La fusion du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées. Quel nom, quelle capitale et quel emblème pour cette région ?

Le logo de la future région ?

Le logo de la future région ?

     Les projets de réforme territoriale suscitent beaucoup de débats et d’inquiétudes. Les enjeux économiques, politiques et identitaires de ces projets sont en effet important. Quelles sont les limites à donner aux nouvelles régions ? Quel nom et quel emblème leur donner ? Quelle capitale choisir ? Pas facile de répondre à ces questions quand les intérêts des uns et des autres sont divergents. Pour contribuer au débat voici quelques éclairages et réflexions issus de ma pratique d’historien et de professeur d’Histoire-Géographie.

     Dans un article publié l’année dernière sur ce blog j’avais évoqué les origines de la région Languedoc-Roussillon ainsi que ses enjeux identitaires, économiques et politiques. Revenons sur ce thème à propos de la fusion proposée récemment par le président de la République des régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon ainsi que de la disparition projetée des départements. Il ne s’agit pas dans cet article de discuter du bien fondé de ce projet de réforme ni de son découpage mais de réfléchir sur quelques aspects de cette réforme concernant les limites, le nom, l’emblème et la capitale de la région projetée.

Découpage régional proposé par l'Élysée le 3 juin 2014

Découpage régional proposé par l’Élysée le 3 juin 2014

Limites et nom

Un ensemble cohérent faisant renaître le comté de Toulouse ?

     Contrairement aux projets précédents, celui de François Hollande ne démembre aucune région mais procède à des fusions. C’est ainsi que Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon sont mariées pour former la plus grande région de France par sa superficie avec treize départements. Par sa population de 5,3 millions d’habitants (soit 8 % de la population française) cette région sera aussi l’une des plus peuplées.

     Cet ensemble correspond à l’aire d’attraction des métropoles de Toulouse et Montpellier. D’un point de vue historique la future région coïncide en grande partie avec l’ancien comté de Toulouse et ses zones d’influence. Seuls le Roussillon et les Hautes-Pyrénées n’en faisaient pas partie, tandis que l’Ardèche, la Drome et le Vaucluse, anciennes possessions des comtes, ne sont pas comprises dans cette future région.

Un grand Languedoc

     Le choix d’accoler les noms des régions fusionnées pour former un nouveau nom se défend dans quelques cas comme l’Alsace-Lorraine qui regrouperait deux régions aux identités propres. En revanche le nom Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon serait long et assez difficile à porter. Une simplification s’impose, au moins pour l’usage courant.  Par chance la nouvelle région regroupe des territoires qui partagent une identité linguistique et culturelle commune : à l’exception du Roussillon, tous les départements appartiennent au domaine occitan. Et si l’on considère que le catalan n’est qu’un dialecte d’occitan, au même titre que le gascon, le limousin ou le provençal, toute la région est occitane. Cependant cette région ne couvre pas l’ensemble de l’aire occitane, qui comprend aussi l’Aquitaine, le Limousin et la Provence. Le nom Occitanie ne serait donc pas adapté. Il semble pourtant retenir les faveurs de la Dépêche du Midi.

Les provinces de Languedoc et de Roussillon d'après la carte de Noli de la fin du XVIIe siècle

Les provinces de Languedoc et de Roussillon d’après la carte de Noli de la fin du XVIIe siècle

     En revanche, le nom Languedoc, qui dérive de « langue d’oc », expression qui apparait au XIIIe siècle pour désigner l’Occitan, serait plus judicieux. Ce nom désigne d’abord au sens large le Midi occitan. Il désigne aussi, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, une province s’étendant des piémonts pyrénéens au Rhône. De plus le nom Languedoc est encore compris, par une partie de la population, comme le territoire correspondant à l’ancienne province. C’est ainsi que les éditions Privat ont publié dans les années 1970 une Histoire du  Languedoc moderne.  Même si au sens restreint, l’étendue de cette province ne coïncide qu’en partie avec la future région, au sens large la future région serait bien de langue d’oc.

     Le quotidien l’Indépendant diffusé dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales propose à ses lecteurs de voter pour l’un des noms suivants : Midi d’Oc, Languedoc-Roussillon, Midi-Roussillon, Septimanie, Sud-Pyrénées, Sud de la France. On trouvera dans le tableau ci-dessous quelques commentaires sur l’origine des désignations proposées et leur pertinence. Car, si l’on peut envisager des sondages ou un référendum pour le choix du nom, il convient au préalable de présenter de manière approfondie les différentes propositions.

Nom Commentaire
Languedoc  Ce nom est populaire et rappelle l’identité occitane, la Province de Languedoc qui englobait le Toulousain et la région Languedoc-Roussillon. Il risque cependant d’être mal compris par des habitants de Midi-Pyrénées ne connaissant pas le Languedoc historique.
Languedoc-Roussillon  Ce nom a été créé en 1960 en accolant les noms des deux anciennes provinces. Il pourrait satisfaire les Catalans. Mais il risque d’être mal compris par des habitants de Midi-Pyrénées ne connaissant pas le Languedoc historique.
Midi d’Oc  Le nom Midi rappelle la position de la région au Sud de la France et reprend une partie de l’ancien nom de l’une des deux régions. Cependant Midi est un nom inventé et surtout employé par le Nord de la France. La précision Oc rappelle l’identité occitane.
Midi-Roussillon  Ce nom est la fusion de Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. Il peut plaire aux Catalans. Toutefois cette désignation n’est pas très cohérente, notamment parce qu’elle accole des noms de nature différente (un point cardinal et une ancienne province), d’autre part parce que le Roussillon fait partie du Midi.
Occitanie  Ce nom désigne l’aire historique de la langue occitane, soit la moitié sud de la France ainsi que quelques vallées italiennes et espagnoles. Ce nom est à la fois très populaire et très identitaire mais la future région ne correspond qu’à environ un quart de l’Occitanie.
Sud-Pyrénées  Ce nom n’est qu’une légère modification de Midi-Pyrénées : on y a remplacé Midi par son synonyme Sud. Cette désignation n’évoque que partiellement l’identité locale et n’est pas très cohérente: pourquoi ne retenir comme massif montagneux que les Pyrénées ? Quid du sud du Massif Central (Cévennes, Monts de Lacaune, Aubrac…)
Sud de la France  Ce nom reprend celui de la marque créée par la région Languedoc-Roussillon pour promouvoir à étranger les productions locales. Il évoque peu l’identité locale mais permet à un étranger de localiser facilement la région.
Septimanie  Ce nom désignait au haut Moyen Âge le Languedoc méditerranéen. En 2004 Georges Frêche a tenté de rebaptiser ainsi la région Languedoc-Roussillon qu’il présidait. Mais il a été rejeté par une majorité d’habitants pour lesquels il n’évoquait rien. La Septimanie historique ne coïncide qu’avec le tiers de la future région et n’est pas populaire.
Blason des États de Languedoc. (Armorial des Etats de Languedoc par Denis-François Gastelier de la Tour, 1767)

Blason des États de Languedoc. (Armorial des Etats de Languedoc par Denis-François Gastelier de la Tour, 1767)

La croix de Toulouse pour emblème ?

     La croix ajourée d’or sur fond rouge est l’emblème que se sont choisis les comtes de Toulouse au XIIe siècle. Elle devient par la suite l’emblème des possessions de ces comtes. A l’Époque moderne, les États de Languedoc, institution gérant la province du même nom et préfigurant le conseil régional, choisit également la croix de Toulouse comme emblème. Avec la renaissance de l’Occitan au XIXe siècle et le développement de mouvement occitanistes, cette croix devient l’emblème des défenseurs de la langue et de la culture occitane. La région Midi-Pyrénées l’adopte à son tour dans les années 1980 tandis que la région Languedoc-Roussillon en fait un des éléments de son logo entre 1988 et 2004.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone.

     Les habitants de la future région sont donc attachés et familiarisés avec cette croix de Toulouse. Elle doit donc être conservée. Toutefois cette croix n’évoque pas l’identité catalane présente dans les Pyrénées-Orientales. On pourrait donc associer à la croix de Toulouse les pals sang et or catalans, comme dans le blason de la Région Languedoc-Roussillon ci-contre. Ces pals peuvent évoquer les blasons  du comté de Foix (c’est à dire l’Ariège), et de la vicomté de Millau (c’est à dire le sud Aveyron), territoires situés dans l’aire d’influence des comtes catalans de Barcelone au début du XIIIe siècle. Ces mêmes pals peuvent évoquer l’influence catalane qui s’exerce à la même époque sur l’Aude (comtés de Carcassonne, Razès et Narbonne) ainsi que sur la ville de Montpellier.

Deux capitales ?

     La grande crainte d’une partie des Montpelliérains et notamment celle de Christian Bourquin, président de la région Languedoc-Roussillon est de voir la ville de Montpellier perdre en même temps que son titre de capitale régionale, une partie de son influence et de ses emplois au profit de Toulouse. Car Toulouse, par son poids démographique et économique s’impose comme la capitale du nouvel ensemble régional. De plus, l’étendue de la future région risque de marginaliser davantage les villes et territoires situés loin de Toulouse, comme Mende, située à près de 4 heures de route. La solution pourrait être de conserver deux capitales.

     Cela peut paraître irréaliste mais la province de Languedoc a connu cette expérience. La capitale de la province a été fixée en 1670 à Montpellier mais cette province était divisée en deux parties appelées « généralités » dont l’une des deux avait pour capitale Toulouse et l’autre Montpellier. De plus, l’assemblée gérant les impôts et travaux publics de cette province, les États de Languedoc, siégeait jusqu’en 1737 de manière tournante dans les principales villes de la province. C’est ainsi que Carcassonne, Narbonne, Béziers, Nîmes ou Beaucaire jouèrent temporairement le rôle de capitale provinciale.

     En 1790 la création des départements entraîna le choix de nouvelles capitales. Pour ménager les susceptibilités locales un système d’alternance avait été prévu. C’est ainsi que dans l’Aude Narbonne et Carcassonne devaient être alterner à la tête du département. Cependant ce système ne fut pas mis en œuvre.

     Les exemples de territoires plus ou moins bicéphales ne manquent pas non plus dans le monde d’aujourd’hui. La Bolivie possède deux capitales : Sucre qui accueille la cour suprême et la Paz le siège du gouvernement. Le parlement européen siège à Strasbourg et Bruxelles…

     En s’inspirant des exemples précédents on peut imaginer que le conseil régional siège en alternance à Montpellier et Toulouse, voire même dans les différents départements. Cela n’entrainerai pas de dépenses supplémentaires puisque les locaux sont déjà construits. On peut imaginer aussi de répartir les services entre les différentes villes. Tout ce qui touche à la mer et notamment le Parlement de la mer, aurait par exemple vocation à rester sur Montpellier. Ce type d’organisation existe déjà dans d’autres régions. La Haute et la Basse-Normandie ont par exemple créé un comité régional du tourisme commun aux deux régions, et dont le siège n’est pas dans l’une des capitales régionales, mais à Evreux, la préfecture de l’Eure. La ville de Carcassonne qui occupe une position centrale dans la future région et qui est l’un de ses pôles touristiques pourrait accueillir elle aussi le comité régional du tourisme. Ce type d’organisation permettrait de conserver un certain équilibre entre les villes et de trouver une réaffectation des locaux des départements.

     Philippe Saurel, maire de Montpellier, favorable à la fusion des deux régions, serait pour une organisation de ce type. Dans une interview publiée sur le blog du Narbonnais Michel Santo, il se prononce pour le choix de Montpellier comme capitale administrative, Toulouse restant la capitale économique.

Conclusion

     La proposition la plus cohérente semble d’appeler la région Languedoc, de lui donner pour emblème la croix de Toulouse et pour capitale Toulouse ou Montpellier. Cependant, dans un souci d’équilibre et d’équité territoriale il conviendrait de ne pas concentrer tous les services ni toutes les sessions du Conseil régional dans la même ville.

Pour en savoir plus :

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15 réponses à La fusion du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées. Quel nom, quelle capitale et quel emblème pour cette région ?

  1. jouany dit :

    non et non! le catalan n’est pas un dialecte occitan, mais bel et bien une langue à part entière.

    • D’un point de vue légal et identitaire c’est une langue distincte de l’Occitan mais d’un point de vue linguistique c’est un dialecte de langue d’oc. Il n’y a pas plus de différences entre le Languedocien et le Catalan qu’entre Languedocien et le Gascon ou le Provençal. Les troubadours du Moyen Âge étaient conscient de l’unité linguistique de l’espace occitano-catalan. Pour ménager les susceptibilités des uns et des autres on peut aussi dire que le catalan est l’une des langues du groupe linguistique occitano-catalan.

      • joanpere dit :

        Dire que la Catalan est un dialecte de la langue d’Oc est une hérésie. Le Catalan, qui est issu du latin, est une langue romane au même titre que l’Espagnol, l’Italien, le Français ou le Portugais. Alors si vous commencez à dire n’importe quoi sur ce que tout un chacun sait, que penser du reste ? L’origine de cette langue, n’a rien à voir avec une future union et du nom à lui attribuer. Toutefois, Languedoc me choque un peu, et il ne situe pas la région pour les étrangers. Pour le blason, la réunion de la croix et les pals catalans me semble un bon compromis.

      • On peut dire aussi dans l’autre sens que la langue d’Oc est un dialecte de Catalan. (Mais en disant cela je risque de m’attirer les foudres de certains occitanistes après m’être attiré les foudres de certains catalanistes :) ). Encore une fois c’est surtout le statut juridique qui distingue le Catalan et l’Occitan.

    • endavid dit :

      Voici un lien Wikipedia qui montre toute la complexité des liens entre occitan et catalan:

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Catalan#Caract.C3.A9ristiques

      On ne tranchera pas sur ce blog la question de la poule et de l’oeuf, les linguistes ne sont même pas d’accord entre eux…

  2. j’aime beaucoup ton blog ! Merci pour ces partages d’infos

  3. Un nouvel article de Michel Santo « Chronique de Narbonne ! Valls et Saurel dans l’Aude pour vendre la fusion avec Midi-Pyrénées » http://contre-regard.com/chronique-de-narbonne-valls-et-saurel-dans-laude-pour-vendre-la-fusion-avec-midi-pyenees/

  4. jouany dit :

    Le Roussillon n’a jamais fait partie des terres du comte de Toulouse. Si mes « souvenirs » (!) sont bons, Montpellier appartenait au royaume d’Aragon… Et puis, le jacobinisme de M. Valls me semble bien paradoxal!!

  5. YOLENE dit :

    bien compliqué tout cela!Personnellement ,pour emblème la croix occitane me semble appropriée, pour le nom c’est plus complexe:ne pas froisser les sensilbilités et éviter ridicule longueur inappropriée.pitié pas de nom à rallonge genre provence alpes cote d’azur mochement raccourci en paca!

  6. Romain dit :

    Bonjour,
    D’un pont de vue Languedocien, ce groupement des deux régions ressemble fort à une réunion, c’est vrai. Vous mentionnez le cas du Roussillon comme principale exception. Pourtant plus à l’ouest, environ 40% (surface) de Midi Pyrénées n’a jamais fait partie ni du Languedoc, ni du Comté de Toulouse… c’est nettement plus grand que le Roussillon, doit-on le passer sous silence?
    Je ne vous jette pas la pierre tant il est vrai que la Gascogne semble absente des radars contemporains. Aux Gascons de faire parler d’eux!
    Mais je ne pouvais m’empêcher de rectifier :)
    Cordialement,
    Un Gascon installé à Carcassonne.

  7. mulero david dit :

    Pas une fois le nom de Perpignan n’apparaît dans votre article… Sans doute un indice prémonitoire de la place qu’aurait le territoire catalan dans cette super-région: un appendice excentré. L’avenir du pays catalan est au Sud, cela me semble inéluctable.

    • Votre remarque et celle du gascon de Carcassonne plus haut montrent toute la difficulté de préserver l’identité et la place de chaque territoire et ville au sein de cette grande région. Perpignan et la Catalogne Nord doivent avoir leur place dans la future région. Mais cela n’exclue pas de renforcer la coopération avec les régions voisines, notamment avec la Catalogne Sud au sein de l’Eurorégion Pyrénées-Méditerranée. Perpignan, de part sa situation géographique et ses liens historiques avec la Catalogne, les Baléares et Montpellier, doit s’imposer comme le pivot de cette coopération transfrontalière.

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