Occitanie, Languedoc, Pyrénées… Quel nom gagnera la bataille pour désigner la région ?

LRMP

     La nouvelle est tombée hier, 11 avril 2016. La région LRMP a retenu les cinq noms qui seront soumis à la consultation populaire en mai. Le choix du nom est un feuilleton qui passionne, déchaîne parfois les débats identitaires, y compris sur ce blog puisque les articles sur l’identité régionale y sont les plus lus. Et c’est bien normal. « Nommer : le nom est un destin » a écrit Claudie Duhamel-Amado, une spécialiste du Languedoc-Médiéval. Le choix du nom n’est pas neutre.

     L’assemblée régionale a fini par éliminer quatre noms et en a réintroduit un, Occitanie-Pays Catalan, sur la pression de personnes attachées à l’identité catalane :

 

  • Languedoc
  • Languedoc-Pyrénées
  • Occitanie
  • Occitanie-Pays Catalan
  • Pyrénées-Méditerranée

 

     Avant de discuter à nouveau de ces cinq propositions et faire un pronostic sur le nom gagnant, j’aimerai vous faire lire ce que j’avais rédigé il y a quelques jours. Car de la même façon qu’on ne devrait pas voter pour une personne sur sa seule apparence, on devrait pas voter pour un nom sans en connaître les origines et les enjeux. Et comme la méthode comparative est la plus efficace pour faire son choix, voici le comparatif que j’avais rédigé. Je n’y avait retenu que trois noms : Languedoc, Occitanie et Midi, car les autres, principalement les noms composés, m’apparaissaient comme des variantes.

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La région au début de la croisade des Albigeois. (Source : Wikimedia)

Origines et étymologie

Languedoc

Occitanie

Midi

L’expression Langue d’oc apparaît à la fin du XIIIe siècle dans les usages de l’administration française pour qualifier la partie du domaine royal issu des possessions des comtes de Toulouse et vicomtes de Carcassonne. Elle dérive d’une classification (attestée dans une œuvre de Dante en 1303) des langues romanes en trois familles suivant la façon de dire oui. (Oc en occitan, oïl en français, si en italien et espagnol.) Cette classification est sans doute l’œuvre de troubadours occitans, trouvères français ou leurs homologues italiens. Le nom Occitanie dérive de l’adjectif occitan attesté à la fin du XIIIe siècle dans sa forme latine pour qualifier la langue d’oc. Son usage ne se développe qu’avec la renaissance de la langue occitane au XIXe siècle, notamment pour remplacer Languedoc. Le nom Midi dérive du substantif midi qui désigne d’abord le milieu de la journée puis par extension la direction du soleil en milieu de journée -c’est-à-dire le sud- et enfin les territoires situés au sud. Le nom Midi au sens de « pays méridionaux » est attesté dès la fin du XVIIe siècle. L’usage moderne, depuis la Révolution, l’entend au sens plus restrictif de « sud de la France », notamment pour remplacer le nom Languedoc. C’est à cette époque par exemple que le « canal royal de Languedoc » est rebaptisé en « canal du Midi ».

 

Sumien

Carte de l’aire linguistique de l’occitan et du catalan par Domergue Sumien — Revue Linguistica Occitana. Source : wikimedia.

 

Étendue géographique

Languedoc Occitanie

Midi

Au sens large les terres de langue d’oc correspondent à tout l’espace occitan et catalan du XIIIe siècle. Au sens restreint le Languedoc désigne la province de l’ancien régime correspondant approximativement aux départements de Haute-Garonne, Tarn, Aude, Hérault, Gard, Lozère. Depuis la loi Defferre (1982) dotant les régions d’un Conseil régional, l’usage courant l’entend au sens plus restrictif de « Languedoc méditerranéen », c’est-à-dire la région Languedoc-Roussillon à l’exception du département des Pyrénées-Orientales. Ce nom désigne actuellement l’aire historique de la langue occitane, soit le sud de la France ainsi que quelques vallées italiennes et espagnoles. Le Midi désigne le sud de la France et se confond en grande partie avec l’aire linguistique de l’occitan en France même si ses limites sont très vagues. Mais pour les parisiens, le Midi c’est surtout la Provence, celle de Fernandel et de Pagnol.

Enjeux géographiques

Languedoc Occitanie

Midi

Dans son acception géographique première le Languedoc englobe la totalité de l’aire linguistique occitane et catalane et par conséquent la totalité de la nouvelle région LRMP. Mais ce nom est surtout perçu dans son sens le plus restrictif chez ceux qui n’ont pas une culture historique sur ce point, notamment les plus jeunes. Il est donc clivant pour les personnes attachées à une identité catalane, gasconne ou rouergate. La région LRMP ne correspond qu’à un quart de l’aire occitane et apparaît à certains comme une confiscation au profit d’une seule région de ce nom dont l’usage devrait être réservé à l’aire linguistique. L’Institut d’Estudis Occitans affirme par exemple « Occitània es 4 regions ». Enfin l’emploi du seul nom Occitanie exclut toute référence à l’identité catalane. Pour ces raisons certains proposent d’ajouter au nom Occitanie un second nom pour former un nom composé tel que « Occitanie-Pyrénées » ou « Occitanie centrale » ou encore « Occitanie-Roussillon » ou enfin, « Occitanie-Pays Catalan », nom finalement retenu parmi ceux proposés à la consultation. Le nom Midi employé seul pose le même problème qu’Occitanie. Le Midi au sens large c’est tout le sud de la France et pas seulement LRMP. C’est pour cette raison que la dénomination « Midi-Pyrénées » avait été créée, par opposition à Midi aquitain ou Midi provençal. En revanche, contrairement à Occitanie, le nom Midi n’exclut pas le Roussillon. Toutefois, comme précisé plus haut, le nom Midi est surtout associé à la Provence pour les habitants de la moitié nord de la France.
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Blason des États de Languedoc. (Armorial des Etats de Languedoc par Denis-François Gastelier de la Tour, 1767)

Enjeux identitaires

Languedoc Occitanie

Midi

Dans son sens étymologique le nom Languedoc est fortement associé à la langue et la culture occitane puisque l’expression « langue d’oc » est la première dénomination utilisée pour désigner la langue et l’espace occitan. Par ailleurs le mot languedocien qui en dérive désigne l’occitan central, ou dialecte occitan parlé dans presque toute la région LRMP, sauf l’Ouest de l’Ariège et de la Haute-Garonne, le Gers et les Hautes-Pyrénées, situés dans l’aire du gascon, et les Pyrénées-Orientales situées dans l’aire du catalan. Tout comme Languedoc, son presque synonyme, Occitanie est un nom consubstantiellement associé à la langue et la culture occitane. Largement médiatisé par divers mouvements culturels et politiques, notamment dans les années 1960, il a en partie supplanté son rival Languedoc, parce qu’il apparaît comme ayant une extension plus large. Tout comme les noms à consonance essentiellement géographique (Pyrénées, Méditerranée…) Midi a la préférence de ceux qui craignent un nom trop identitaire pouvant être le prélude à un repli sur les identités régionales et un éclatement de la France. Il est vrai que certains catalanistes des Pyrénées-Orientales évoquent ouvertement un rattachement à la Catalogne sud, dans l’hypothèse de l’indépendance de cette région d’Espagne.   Pour d’autres le Midi est associé à une identité plutôt caricaturale, celle de l’accent chantant, du pastis, des parties de boules, des nouvelles de Daudet, des films de Pagnol et de Fernandel. Une identité dans laquelle certains habitants de LRMP peuvent se reconnaître mais qui est surtout l’identité que les habitants du Nord de la France prêtent aux provençaux.

 

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Une publicité parmi d’autres de la région Languedoc-Roussillon et sa marque « Sud de France », associant sur une même image la mer, la vigne, l’olivier symbole de la Méditerranée et quelques productions fruitières.

 

Enjeux économiques

Languedoc Occitanie

Midi

Les noms Languedoc et Occitanie semblent connus et bénéficier d’une image favorable des régions voisines, notamment en Catalogne espagnole. Mais au-delà, il n’est pas sûr que la notoriété de ces deux noms soit importante. Le nom Languedoc l’emporte sans doute en notoriété à l’étranger sur Occitanie, car ce nom a bénéficié d’une existence officielle et de campagnes de promotions via la région Languedoc-Roussillon. Les deux noms sont associés aux valeurs du sud, notamment le soleil. Mais Languedoc est plus particulièrement associé au vin et au tourisme balnéaire. Le nom évoque les vacances, le soleil pour les habitants du Nord de la France. À l’étranger il n’est pas sûr que la notoriété ce nom soit importante, sauf dans les pays francophones d’Europe (Belgique et Suisse).

Gentilé

Languedoc Occitanie

Midi

Les gentilés languedocien et occitan ont l’avantage d’exister dans différentes langues et d’être d’un usage courant. Toutefois ils possèdent une acception linguistique qui peut être source de confusion. Mais il en est de même de français, catalan, ou anglais qui peuvent désigner soit une langue, soit une personne. Il n’existe pas de gentilé correspondant à Midi. En ajoutant à ce nom le suffixe –ien ou –ois cela donnerai midien ou midois. Pas sûr que ces gentilés soit facilement associés à Midi.

     Au terme de ce comparatif le nom Midi semble recalé sur bien des points. Quant aux noms Languedoc et Occitanie, ils sont presque équivalents. Toutefois Languedoc a l’avantage de l’ancienneté, de la notoriété hors de la région et d’être plus conforme à son étendue géographique C’est sans doute pourquoi ce nom a la préférence du comité du nom, du Comité économique et social de la région et de nombre de spécialiste tels que les historiens Rémy Pech ou Emmanuel Le Roy Ladurie. (Voir article précédent). En revanche Occitanie a l’avantage de la notoriété dans la région puisqu’il n’est pas perçu par tous dans son étendue géographique large.

 

     Les sondages réalisés sur les sites des journaux donnent des indications en ce sens. Sur le site du quotidien l’Indépendant (qui couvre l’Aude et les Pyrénées-Orientales), c’est la combinaison Occitanie-Catalogne qui semble l’emporter, parce que c’est la seule qui convienne aux demandes identitaires d’une partie des habitants des Pyrénées-Orientales. (Bizarrement, la  combinaison Languedoc-Pays catalans n’a pas été proposée). Sur le site de la Dépêche (qui couvre presque toute la région), c’est le nom Occitanie qui l’emporte. Car la majorité des lecteurs de ce quotidien habitent l’ancienne région Midi-Pyrénées et plus particulièrement l’agglomération toulousaine. Autrement dit, les élites penchent plutôt pour Languedoc alors que le peuple penche plutôt pour Occitanie, où, en Roussillon, pour Occitanie-Catalogne. Le poids démographique de la ville rose est tel dans la nouvelle région que le résultat de la consultation risque donc d’être déterminé par les toulousains.

 

     Le résultat de la consultation populaire sera sans doute Occitanie, à moins qu’un effort pédagogique soit fait pour Languedoc. Toutefois, l’assemblée régionale, dans sa séance du 12 juin prochain, peut faire un autre choix, par exemple celui d’Occitanie-Pays catalan, solution politique qui peut convenir aux partisans des deux identités et qui respecte le choix populaire le plus probable. Restera alors à franchir une dernière étape, celle de la validation du nom par le Conseil d’état. Or, dans notre pays jacobin et centralisateur, dont l’administration et la majorité des hommes politiques ont rejeté plusieurs fois la ratification de la charte européenne des langues régionales, il n’est pas dit qu’un nom très identitaire tel que Occitanie-Pays Catalans soit validé.

 

 

Pour en savoir plus :

 

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Le choix d’un nom pour Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées

La procédure

Un logo provisoire et minimaliste pour la région dans son année de transition 2016

Un logo provisoire et minimaliste pour la Région dans une année 2016 de transition

     Le choix du nom définitif de la région issue de la fusion de Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées est entré dans une phase active. La Région a d’abord lancé une consultation ouverte à tous destinée à recueillir des propositions de nom. Un comité de consultation composé de 30 membres, réuni le 4 avril 2016 à Carcassonne, a retenu huit propositions. Lors de sa séance plénière du 15 avril prochain le Conseil régional retiendra parmi ces propositions celles qui seront soumises à une consultation citoyenne. Il décidera lors de la même séance la méthode par laquelle l’ensemble des citoyennes, citoyens et lycéens de la Région seront consultés. Suite à cette consultation citoyenne, les élus régionaux adopteront en assemblée plénière le 24 juin 2016, une résolution fixant leur choix. Un décret en Conseil d’Etat devra valider ce nom avant le 1er octobre 2016.

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Les propositions du Comité du nom    

Voici la liste des propositions de nom dans l’ordre dans laquelle elle a été publiée :

  • Languedoc
  • Terre d’Oc
  • Occitanie
  • Pyrénées-Méditerranée
  • Languedoc-Pyrénées
  • Pays d’Oc
  • Midi
  • Occitanie-Roussillon

     Cette liste appelle quelques réflexions. Les noms proposés se répartissent en deux catégories :

     Six sur huit sont porteurs d’une forte identité occitane, que cela soit à travers les termes Oc, Languedoc ou Occitanie. Le comité semble avoir avalisé le souhait des lecteurs des journaux du groupe la Dépêche qui s’étaient prononcés très majoritairement en faveur de noms identitaires. En revanche la référence à une identité catalane n’apparait que dans une seule proposition et sous la forme Roussillon. Les propositions contenant le mot catalan ou Catalogne ont été écartées, sans doute parce qu’elles apparaissent comme sources de polémiques, dans le contexte du développement de l’indépendantisme catalan outre Pyrénées.

     Deux noms ne font aucune référence explicite à l’identité culturelle et linguistique locale. Ils sont empruntés à la position géographique par rapport à Paris (Midi), ou au relief (Pyrénées-Méditerranées). Ces choix rappellent ceux des départements français. En 1790 l’Assemblée nationale avait voulu, en donnant aux départements des noms empruntés au relief (rivières, fleuves montagnes ou mers), faire table rase avec le passé, ses identités locales et ses privilèges. La consultation des forums et commentaires en ligne montre que le choix d’un nom sans référence identitaire possède ses partisans. En effet certains craignent qu’un nom identitaire, tout comme la reconnaissance officielle de l’Occitan via la ratification de la charte européenne des langues régionales, serait un pas vers l’éclatement de l’unité française.

 

À mon avis la liste proposée est encore trop longue. Il subsiste encore des variantes qui risqueraient de favoriser, comme dans les élections, la dispersion des voix. Par exemple il faut faire un choix entre Terre d’Oc et Pays d’Oc.

     Pour ce qui est de la méthode, le choix d’une consultation très large, qui ne soit pas limitée aux seuls électeurs de la région mais aussi au lycéens et éventuellement aux « expatriés » part d’une bonne intention. Mais cette méthode risque d’être difficile à mettre en oeuvre. Le référendum, jugé trop coûteux, semble écarté. Reste la solution d’un vote électronique mais qui risque de ne pas être fiable. La solution la plus fiable serait un sondage réalisé sur un large échantillon représentatif de la population par un institut indépendant. Cette solution permettrait également de ne pas se contenter d’un simple vote, mais de demander aux sondés de procéder à un classement.

Quelques enjeux du nom : identité et gentilé

     Quelque soit la méthode adoptée il me semble que les citoyens doivent être informés des enjeux des différentes appellations et puissent débattre de ces enjeux. Le nom d’un territoire doit plaire aux habitants de ce territoire. Mais il doit aussi permettre aux étrangers d’identifier facilement ce territoire. C’est sans doute pour cela que le nom Septimanie a été écarté pour notre région tout comme Austrasie pour la région finalement appelée Grand Est. Ces noms ne sont plus en usage depuis le Moyen Âge et sont donc peu connus en dehors du milieu des historiens. Le nom doit également être porteur de valeurs positives. Ainsi Sud de France a sans doute été écarté en raison de son acronyme SDF peu valorisant. Le nom doit également pouvoir être associé à un gentilé. Voici par exemple ce que cela donnerait en associant les suffixes –ien ou –ois aux différentes proposition :

  • Languedoc : languedocien (nom déjà existant).
  • Terre d’Oc : terredocien ? terredocois ? ociens ? ocois ?
  • Occitanie : occitan (déjà existant mais source de confusion) ou occitanien ?
  • Pyrénées-Méditerranée : pyrénéeméditerranéen ? (trop long) ou pyrénéen (nom existant mais aussi marque commerciale de confiseries donc source de problèmes).
  • Languedoc-Pyrénées : languedocpyrénéen ? (trop long).
  • Pays d’Oc : paysdocien ? paysdocois ?
  • Midi : midien ? midois ?
  • Occitanie-Roussillon : occitano-roussillonnais ? (trop long).

     Ce petit exercice montre que les noms composés se prêtent mal à la création de gentilés, à moins de ne retenir qu’un élément du nom. Restent donc seulement quatre noms qui peuvent être associés à un gentilé plus ou moins satisfaisant : Languedoc, Terre d’Oc, Occitanie et Midi.

 Le choix du nom Languedoc

Histoire-du-Languedoc     Dans la liste publiée par le comité du nom, l’appellation Languedoc arrive en premier, signe que cette appellation semble avoir la préférence des membres du comité.  Pour expliquer ce choix, il faut revenir à l’origine du nom.

Les origines du nom

     L’italien Dante, dans son ouvrage De vulgari eloquentia (1303-1304), distingue trois familles de langues romanes, selon leur manière de dire oui : la langue d’oïl (correspondant au français) ; la langue de si (correspondant à l’italien, l’espagnol…) et la langue d’oc (correspondant à l’occitan occitan et au catalan). En réalité l’expression langue d’oc apparaît quelques années avant, dans les documents de l’administration française. Elle désigne alors le domaine royal formé par la réunion des anciennes possessions des comtes de Toulouse et des Trencavel, vicomtes d’Albi, Béziers et Carcassonne. L’expression apparaît sous la forme latine suivante : in partibus lingua occitana, que l’on peut traduire par « dans les terres de langue d’oc ».

L’étendue géographique du Languedoc

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Cette carte, issue de l’excellent Atlas historique de la province de Languedoc réalisé sous la direction d’Élie Pélaquier, permet de comparer les limites de la région LRMP avec plusieurs divisions administratives anciennes. L’étendue de la Narbonnaise et de la province de Languedoc correspondent à un peu plus de la moitié de l’actuelle région. L’étendue de la juridiction du parlement (ou cour d’appel) de Toulouse constitue déjà un grand Languedoc coïncidant à plus de 75 % avec la région LRMP.

     Autrement dit, vers 1300, l’expression langue d’oc sert, au sens large, à désigner les langues catalano-occitanes qui sont alors perçues par les troubadours comme une langue unique. En ce sens l’ensemble de l’actuelle région appartient au domaine linguistique de langue d’oc, qu’on y parle gascon, languedocien ou catalan. Au sens restreint l’expression langue d’oc désigne la future province de Languedoc.

     Bien que l’étendue de cette province ne coïncide qu’avec la moitié de la région, elle comprend déjà les deux métropoles régionales de Toulouse et Montpellier et une partie de leur zone d’influence (voir carte ci-dessus). Si l’on tient compte de la répartition actuelle de la population, c’est sans doute plus des trois-quarts des habitants de la région qui vivent sur le territoire de l’ancienne province de Languedoc.

Un usage continu du nom

LeLanguedoc

Le bimensuel Le Languedoc, publié à Toulouse à partir de 1891, est l’un des nombreux témoignages de l’usage encore vivant du nom de l’ancienne province dont la ville rose était l’une des deux capitales. Sur cette image, servant d’en-tête au périodique, figure une vue de Toulouse d’où se détachent la silhouette de ses monuments les plus emblématiques dont l’église Saint-Sernin et un pont sur la Garonne. Le dessin est surmonté par les armes du Languedoc, telles qu’elles figurent sur les monuments construits par la province. La région est également symbolisée par un soleil, des palmes et un rameau d’olivier. Source : Gallica.

     Si la province de Languedoc a disparu avec la création des départements en 1790, l’usage du nom Languedoc est resté vivant jusqu’à nos jours pour désigner l’étendue de l’ancienne province. En témoigne par exemple le titre d’un éphémère bimensuel publié à la fin du XIXe siècle à Toulouse (voir ci-dessus). Ou encore l’Histoire du Languedoc de 1900 à nos jours, publié par maison d’édition toulousaine Privat en 1980 (voir ci-dessus). Ce n’est qu’avec la transformation, en 1982, des régions en collectivités territoriales, que l’usage du nom Languedoc se réduit pour ne désigner que sa partie méditerranéenne, c’est à dire les départements de la Lozère, du Gard, de l’Hérault et de l’Aude. Pour les plus jeunes Toulouse peut apparaître comme ne faisant pas partie du Languedoc. Il y a donc un effort pédagogique à faire sur ce point là.

En guise de conclusion

     Comme je l’avais écrit dans un précédent article sur ce blog, le nom Languedoc semble le meilleur choix. C’est le nom le plus consensuel pour concilier les différentes identités locales. C’est aussi le plus ancien, son usage est continu et il bénéficie d’une fort notoriété, notamment dans le domaine viticole. Cela n’empêche pas, toute comme vient de le faire la Région Grand Est, de mettre en sous titre d’autres noms tels que Pyrénées, Méditerranée ou Roussillon.

Pour en savoir plus :

     Les journaux du groupe la Dépêche ainsi que France 3 et France bleue proposent un vote sur les huit propositions :

     Ces journaux ont également publié une série d’interview sur le sujet. Voir en particulier :

     Si le nom Occitanie semble pour l’instant  emporter la faveur des votants en Midi-Pyrénées, ce choix pose des problèmes quant à son étendue géographique.  Voir en particulier les excellentes remarques que Michel Santo a publié sur son blog, la position de l’Institut d’Estudis Occitans et celle du Comité économique social et environnemental (CESER) :

      Des catalans protestent contre le choix du comité du Nom :

Différentes pétitions ont été mises en ligne et notamment :

Voir aussi les articles que j’ai publiés sur le même thème sur mon blog  :

 

 

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Quéribus dans la BD (1)

Quéribus, une silhouette fantastique et vertigineuse

     Abandonné au XVIIe siècle, le château de Quéribus reste longtemps oublié. Mais en 1966 l’émission La caméra explore le temps diffusée sur l’unique chaine de télévision française, consacre ses deux dernières émissions aux Cathares. Le succès dans le midi de la France est considérable. À la même époque, Michel Roquebert, alors journaliste à La Dépêche du Midi, entraîne le public régional sur les chemins escarpés des« Citadelles du vertige ». Il lui ouvre bientôt les portes de l’Epopée cathare. C’est le début d’un engouement de masse pour ces citadelles qui, depuis, n’a pas cessé. Parce qu’il devient nécessaire d’expliquer à tous ces nouveaux visiteurs et curieux l’histoire et la formation de ces sites, historiens et archéologues médiévistes se lancent à leur tour dans leur redécouverte. Dans leur sillage, quelques auteurs de bandes dessinées s’inspirent de ces châteaux comme simple décor ou pour faire revivre les moments forts de l’histoire de la Croisade des Albigeois. Le château de Quéribus n’échappe pas à cette mode et apparaît dans une dizaine d’albums.

Le « Château du Maître de la Mort » des Compagnons du crépuscule (1984)

     Le château de Quéribus, planté sur un piton rocheux qui donne le vertige, ne semble pas avoir été construit par les hommes. On imagine volontiers que ce nid d’aigle soit l’œuvre et le repaire de quelque puissance fantastique ou maléfique, à l’égal du « Château du Géant » de Saint-Guilhem-le-Désert ou des nombreux châteaux du diable que l’on rencontre en France ou dans les contes. C’est certainement pour cette raison que François Bourgeon, l’un des maîtres de la bande dessinée française, s’en inspire pour imaginer son « Château du Maître de la Mort » qui apparaît dans le premier tome de sa trilogie Les compagnons du crépuscule (1984).

     Le chevalier sans visage, au cours de sa quête pour se venger du Maître de la Mort dont il a longtemps été un auxiliaire dévoué, vit en rêve une étrange aventure. Aux marges du Bois des brumes, le pays des lutins, il franchit les bornes qui délimitent le territoire du maître et découvre un étrange château.

TourMaitreMort-SortilegeDuBoisDesBrumesWeb     La silhouette du château du Maître de la Mort, qui apparait dans les planches 38 (voir ci-dessus) et 39 évoque immédiatement Quéribus. Au paysage  des Corbières François Bourgeon a emprunté, pour le premier plan, la face sud de la montagne, minérale et tourmentée ; et pour l’arrière plan, les plaines et les collines du Fenouillèdes dominées par le château. Au château de Quéribus François Bourgeon a emprunté la silhouette massive et aveugle du donjon planté sur un piton. Mais il a éliminé les bâtiments annexes qui prolongent l’édifice vers l’Ouest. Enfin, il a donné au donjon une forme rectangulaire conforme aux tours des XIe – XIIIe siècles et à l’aspect primitif de la forteresse.

Quéribus, face Est (Photos : )

Quéribus, face Est (Photo : Christian Seguié : La visite de Quéribus en 80 photos) Le donjon présente sur cette face un aspect polygonal résultant de la construction d’une véritable carapace enrobant le donjon carré du XIIIe siècle. Ces travaux, destinés à résister aux canons, datent du XVe ou du XVIe siècle. A l’arrière plan les collines et plaines du Fenouillèdes dont François Bourgeon s’est inspiré pour l’arrière plan de son dessin.

 

Henri Gaud

Face sud du château de Quéribus. (Photo : Henri Gaud pour l’Association des sites du Pays cathare.) Remarquer l’aspect minéral et tourmenté de la montagne que François Bourgeon a repris dans son dessin.

CouvDuby

Cette vue aérienne saisissante de Quéribus en couverture d’un livre à succès de Georges Duby a certainement beaucoup contribué à la popularité du château.

     François Bourgeon a réuni une importante documentation pour écrire et dessiner cette série. Outres les œuvres de René Nelli sur les troubadours, il a notamment utilisé l’Atlas des châteaux Forts (1977) et Les plus beaux châteaux-forts de France (1978) de Charles-Laurent Salch, ou encore l’Europe au Moyen Âge (1978) de Georges Duby. C’est dans l’un de ces trois livres qu’il a découvert Quéribus. Dans sa vaste documentation il a puisé bien d’autres motifs qu’il reproduit parfois fidèlement. Pour se limiter à des exemples de la région, citons la place de Mirepoix, ses « couverts » et sa « maison des consuls »; un chapiteau conservé au musée des Augustin de Toulouse figurant une chasse à l’ours; une miniature des coutumes de Toulouse… Cette richesse documentaire et le souci du détail contribuent à la qualité de la série.

La suite est à lire dans l’article suivant : Quéribus dans la bande dessinée (2) : Quéribus, symbole de la résistance occitane.

 

Pour en savoir plus :HS - Dans le sillage des sirènes

  • Présentation de la série Les compagnons du crépuscule sur la Bédéthèque.
  • Michel Thiébaut, Dans le sillage des sirènes : autour des compagnons du crépuscule de François Bourgeon, Casterman, 1992. (réédité aux éditions 12 bis, 2010).
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La fusion du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées. Mobilisation des Occitans et des Catalans sur le choix du nom et de l’emblème

      Depuis la publication, en juin 2014, de mon article La fusion du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées. Quel nom, quelle capitale et quel emblème pour cette région ? un certain nombre d’articles, rendant compte de la position d’élus ou de citoyens occitans et catalans, ont été publiés dans la presse sur le même sujet. Cet article rend compte de cette actualité.

Le logo de la future région ?

Le logo de la future région vu par les occitanistes ? (Image réalisée en remplaçant le nom Midi-Pyrénées par le nom Languedoc sur le logo de la région Midi-Pyrénées)

Chez les Occitans, un consensus autour du nom Languedoc et de la croix occitane ?

     Christian Bourquin, président de la région Languedoc-Roussillon récemment décédé, était un farouche opposant à la fusion de sa région avec Midi-Pyrénées. En revanche, son collègue Martin Malvy, à la tête de Midi-Pyrénées, milite pour le rapprochement des deux régions. En témoigne un intéressant dossier publié dans le numéro d’automne 2014 du magazine Midi-Pyrénées info, publié par le Conseil régional. Ce magazine suggère notamment de conserver la croix de Toulouse ou croix occitane comme emblème de la future région.

     A l’initiative de l’Association occitaniste Pais Nostre s’est tenu le 27 septembre à Narbonne un colloque intitulé « l’Occitanie à l’heure de la réforme territoriale » (Voir l’Indépendant du 10 octobre 2014. Il réunissait des spécialistes comme l’historien Rémy Pech, et des élus des deux régions et de plusieurs tendances politiques comme les maires de Toulouse, Montpellier et Narbonne. Les intervenants, tous acquis au principe de fusion des deux régions, se sont prononcés pour nommer la future région « Languedoc ».

La Senyera ou drapeau catalan (Source : Wikipédia)

La Senyera ou drapeau catalan (Source : Wikipédia)

Chez les Catalans, mobilisation pour le maintient de l’identité catalane

     En réaction, des catalans des Pyrénées-Orientales se mobilisent pour le maintient de l’identité catalane dans le nom de la future région. Le site de l’Association catalaniste Olivier propose depuis le 9 octobre un sondage sur ce sujet. En moins de deux jours plus de 21 000 personnes s’y seraient déjà exprimées, preuve du grand intérêt que portent les habitants à leur identité (1). Selon les chiffres publiés par le site « Languedoc-Pays-Catalans » remporte plus de la moitié des suffrages, suivi par « Languedoc-Catalogne » (14%). Les autres propositions : « Pyrénées-Languedoc-Roussillon », « Pyrénées-Méditerranée », « Languedoc-Méditerranée » et « Midi-Méditerranée » ne semblent rencontrer qu’une minorité de suffrages. Dommage que le choix soit orienté, notamment en ne proposant pas aux internautes la proposition « Languedoc ».

     On notera dans ce sondage que la très grande majorité de ceux qui se prononcent pour une identité catalane, préfèrent l’expression « Pays-Catalans » ou « Catalogne » à « Roussillon ». Il est vrai que les deux premières expressions renvoient à une identité linguistique et culturelle partagée avec le sud des Pyrénées, ce qui donne plus de poids aux Catalans. Alors que le nom Roussillon n’évoque qu’une province d’ancien régime et un comté médiéval dont le territoire ne correspondait qu’à une partie des Pyrénées-Orientales.

     On notera aussi dans des commentaires postés sur le site de l’Indépendant que certains internautes évoquent ouvertement la possibilité d’un rattachement des Pyrénées-Orientales à la Catalogne espagnole. L’annonce faite unilatéralement par le président de la generalitat de Catalunya d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne espagnole a certainement contribué à susciter des espoirs d’une réunification du Nord et du Sud de la Catalogne.

     Ces débats ne sont pas sans évoquer ceux suscités par l’initiative de Georges Frèche, alors président de la région Languedoc-Roussillon, de rebaptiser la région de Septimanie. Débats que j’avais évoqués dans l’article sur les emblèmes de la région.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone. A noter que les pals catalans sont ici à droite (à sénestre ne héraldique) dans une position qui rappelle la situation géographique par rapport à la France. Pour des raisons graphiques les mêmes pals sont à gauche dans le logo.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone.

Une conciliation possible ?

     Si le choix d’un emblème reprenant les ceux des Catalans et des Occitans ne pose pas de problèmes (voir ci-dessus), le choix du nom est beaucoup plus polémique. Les Catalans se sentent à juste titre lésés par la dénomination « Languedoc ». Mais les Gascons peuvent en dire autant. Et que dire de tous ceux qui ne se sentent ni occitan, ni catalan ? Faut-il préférer une dénomination plus neutre empruntée à la géographique physique telle que Midi, Méditerranée ou Pyrénées ? C’est la solution qui avait été choisie lors de la création des départements en 1790. Pour ne pas rappeler l’ancien régime et couper court aux débats identitaires, les députés avaient décidé de baptiser les départements de noms empruntés à des cours d’eau ou à des montagnes. Quelle que soit la solution retenue n’oublions pas que l’essentiel est de vivre ensemble.

(1) J’emploie le conditionnel car ce type de sondage réalisé sur Internet est très facile à falsifier. Un même utilisateur peut voter de nombreuses fois grâce à des techniques très simples.

Pour en savoir plus :

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La fusion du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées. Quel nom, quelle capitale et quel emblème pour cette région ?

Le logo de la future région ?

Le logo de la future région ?

     Les projets de réforme territoriale suscitent beaucoup de débats et d’inquiétudes. Les enjeux économiques, politiques et identitaires de ces projets sont en effet important. Quelles sont les limites à donner aux nouvelles régions ? Quel nom et quel emblème leur donner ? Quelle capitale choisir ? Pas facile de répondre à ces questions quand les intérêts des uns et des autres sont divergents. Pour contribuer au débat voici quelques éclairages et réflexions issus de ma pratique d’historien et de professeur d’Histoire-Géographie.

     Dans un article publié l’année dernière sur ce blog j’avais évoqué les origines de la région Languedoc-Roussillon ainsi que ses enjeux identitaires, économiques et politiques. Revenons sur ce thème à propos de la fusion proposée récemment par le président de la République des régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon ainsi que de la disparition projetée des départements. Il ne s’agit pas dans cet article de discuter du bien fondé de ce projet de réforme ni de son découpage mais de réfléchir sur quelques aspects de cette réforme concernant les limites, le nom, l’emblème et la capitale de la région projetée.

Découpage régional proposé par l'Élysée le 3 juin 2014

Découpage régional proposé par l’Élysée le 3 juin 2014

Limites et nom

Un ensemble cohérent faisant renaître le comté de Toulouse ?

     Contrairement aux projets précédents, celui de François Hollande ne démembre aucune région mais procède à des fusions. C’est ainsi que Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon sont mariées pour former la plus grande région de France par sa superficie avec treize départements. Par sa population de 5,3 millions d’habitants (soit 8 % de la population française) cette région sera aussi l’une des plus peuplées.

     Cet ensemble correspond à l’aire d’attraction des métropoles de Toulouse et Montpellier. D’un point de vue historique la future région coïncide en grande partie avec l’ancien comté de Toulouse et ses zones d’influence. Seuls le Roussillon et les Hautes-Pyrénées n’en faisaient pas partie, tandis que l’Ardèche, la Drome et le Vaucluse, anciennes possessions des comtes, ne sont pas comprises dans cette future région.

Un grand Languedoc

     Le choix d’accoler les noms des régions fusionnées pour former un nouveau nom se défend dans quelques cas comme l’Alsace-Lorraine qui regrouperait deux régions aux identités propres. En revanche le nom Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon serait long et assez difficile à porter. Une simplification s’impose, au moins pour l’usage courant.  Par chance la nouvelle région regroupe des territoires qui partagent une identité linguistique et culturelle commune : à l’exception du Roussillon, tous les départements appartiennent au domaine occitan. Et si l’on considère que le catalan n’est qu’un dialecte d’occitan, au même titre que le gascon, le limousin ou le provençal, toute la région est occitane. Cependant cette région ne couvre pas l’ensemble de l’aire occitane, qui comprend aussi l’Aquitaine, le Limousin et la Provence. Le nom Occitanie ne serait donc pas adapté. Il semble pourtant retenir les faveurs de la Dépêche du Midi.

Les provinces de Languedoc et de Roussillon d'après la carte de Noli de la fin du XVIIe siècle

Les provinces de Languedoc et de Roussillon d’après la carte de Noli de la fin du XVIIe siècle

     En revanche, le nom Languedoc, qui dérive de « langue d’oc », expression qui apparait au XIIIe siècle pour désigner l’Occitan, serait plus judicieux. Ce nom désigne d’abord au sens large le Midi occitan. Il désigne aussi, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, une province s’étendant des piémonts pyrénéens au Rhône. De plus le nom Languedoc est encore compris, par une partie de la population, comme le territoire correspondant à l’ancienne province. C’est ainsi que les éditions Privat ont publié dans les années 1970 une Histoire du  Languedoc moderne.  Même si au sens restreint, l’étendue de cette province ne coïncide qu’en partie avec la future région, au sens large la future région serait bien de langue d’oc.

     Le quotidien l’Indépendant diffusé dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales propose à ses lecteurs de voter pour l’un des noms suivants : Midi d’Oc, Languedoc-Roussillon, Midi-Roussillon, Septimanie, Sud-Pyrénées, Sud de la France. On trouvera dans le tableau ci-dessous quelques commentaires sur l’origine des désignations proposées et leur pertinence. Car, si l’on peut envisager des sondages ou un référendum pour le choix du nom, il convient au préalable de présenter de manière approfondie les différentes propositions.

Nom Commentaire
Languedoc  Ce nom est populaire et rappelle l’identité occitane, la Province de Languedoc qui englobait le Toulousain et la région Languedoc-Roussillon. Il risque cependant d’être mal compris par des habitants de Midi-Pyrénées ne connaissant pas le Languedoc historique.
Languedoc-Roussillon  Ce nom a été créé en 1960 en accolant les noms des deux anciennes provinces. Il pourrait satisfaire les Catalans. Mais il risque d’être mal compris par des habitants de Midi-Pyrénées ne connaissant pas le Languedoc historique.
Midi d’Oc  Le nom Midi rappelle la position de la région au Sud de la France et reprend une partie de l’ancien nom de l’une des deux régions. Cependant Midi est un nom inventé et surtout employé par le Nord de la France. La précision Oc rappelle l’identité occitane.
Midi-Roussillon  Ce nom est la fusion de Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. Il peut plaire aux Catalans. Toutefois cette désignation n’est pas très cohérente, notamment parce qu’elle accole des noms de nature différente (un point cardinal et une ancienne province), d’autre part parce que le Roussillon fait partie du Midi.
Occitanie  Ce nom désigne l’aire historique de la langue occitane, soit la moitié sud de la France ainsi que quelques vallées italiennes et espagnoles. Ce nom est à la fois très populaire et très identitaire mais la future région ne correspond qu’à environ un quart de l’Occitanie.
Sud-Pyrénées  Ce nom n’est qu’une légère modification de Midi-Pyrénées : on y a remplacé Midi par son synonyme Sud. Cette désignation n’évoque que partiellement l’identité locale et n’est pas très cohérente: pourquoi ne retenir comme massif montagneux que les Pyrénées ? Quid du sud du Massif Central (Cévennes, Monts de Lacaune, Aubrac…)
Sud de France  Ce nom reprend celui de la marque créée par la région Languedoc-Roussillon pour promouvoir à étranger les productions locales. Il évoque peu l’identité locale mais permet à un étranger de localiser facilement la région.
Septimanie  Ce nom désignait au haut Moyen Âge le Languedoc méditerranéen. En 2004 Georges Frêche a tenté de rebaptiser ainsi la région Languedoc-Roussillon qu’il présidait. Mais il a été rejeté par une majorité d’habitants pour lesquels il n’évoquait rien. La Septimanie historique ne coïncide qu’avec le tiers de la future région et n’est pas populaire.
Blason des États de Languedoc. (Armorial des Etats de Languedoc par Denis-François Gastelier de la Tour, 1767)

Blason des États de Languedoc. (Armorial des Etats de Languedoc par Denis-François Gastelier de la Tour, 1767)

La croix de Toulouse pour emblème ?

     La croix ajourée d’or sur fond rouge est l’emblème que se sont choisis les comtes de Toulouse au XIIe siècle. Elle devient par la suite l’emblème des possessions de ces comtes. A l’Époque moderne, les États de Languedoc, institution gérant la province du même nom et préfigurant le conseil régional, choisit également la croix de Toulouse comme emblème. Avec la renaissance de l’Occitan au XIXe siècle et le développement de mouvement occitanistes, cette croix devient l’emblème des défenseurs de la langue et de la culture occitane. La région Midi-Pyrénées l’adopte à son tour dans les années 1980 tandis que la région Languedoc-Roussillon en fait un des éléments de son logo entre 1988 et 2004.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone.

     Les habitants de la future région sont donc attachés et familiarisés avec cette croix de Toulouse. Elle doit donc être conservée. Toutefois cette croix n’évoque pas l’identité catalane présente dans les Pyrénées-Orientales. On pourrait donc associer à la croix de Toulouse les pals sang et or catalans, comme dans le blason de la Région Languedoc-Roussillon ci-contre. Ces pals peuvent évoquer les blasons  du comté de Foix (c’est à dire l’Ariège), et de la vicomté de Millau (c’est à dire le sud Aveyron), territoires situés dans l’aire d’influence des comtes catalans de Barcelone au début du XIIIe siècle. Ces mêmes pals peuvent évoquer l’influence catalane qui s’exerce à la même époque sur l’Aude (comtés de Carcassonne, Razès et Narbonne) ainsi que sur la ville de Montpellier.

Deux capitales ?

     La grande crainte d’une partie des Montpelliérains et notamment celle de Christian Bourquin, président de la région Languedoc-Roussillon est de voir la ville de Montpellier perdre en même temps que son titre de capitale régionale, une partie de son influence et de ses emplois au profit de Toulouse. Car Toulouse, par son poids démographique et économique s’impose comme la capitale du nouvel ensemble régional. De plus, l’étendue de la future région risque de marginaliser davantage les villes et territoires situés loin de Toulouse, comme Mende, située à près de 4 heures de route. La solution pourrait être de conserver deux capitales.

     Cela peut paraître irréaliste mais la province de Languedoc a connu cette expérience. La capitale de la province a été fixée en 1670 à Montpellier mais cette province était divisée en deux parties appelées « généralités » dont l’une des deux avait pour capitale Toulouse et l’autre Montpellier. De plus, l’assemblée gérant les impôts et travaux publics de cette province, les États de Languedoc, siégeait jusqu’en 1737 de manière tournante dans les principales villes de la province. C’est ainsi que Carcassonne, Narbonne, Béziers, Nîmes ou Beaucaire jouèrent temporairement le rôle de capitale provinciale.

     En 1790 la création des départements entraîna le choix de nouvelles capitales. Pour ménager les susceptibilités locales un système d’alternance avait été prévu. C’est ainsi que dans l’Aude Narbonne et Carcassonne devaient être alterner à la tête du département. Cependant ce système ne fut pas mis en œuvre.

     Les exemples de territoires plus ou moins bicéphales ne manquent pas non plus dans le monde d’aujourd’hui. La Bolivie possède deux capitales : Sucre qui accueille la cour suprême et la Paz le siège du gouvernement. Le parlement européen siège à Strasbourg et Bruxelles…

     En s’inspirant des exemples précédents on peut imaginer que le conseil régional siège en alternance à Montpellier et Toulouse, voire même dans les différents départements. Cela n’entrainerai pas de dépenses supplémentaires puisque les locaux sont déjà construits. On peut imaginer aussi de répartir les services entre les différentes villes. Tout ce qui touche à la mer et notamment le Parlement de la mer, aurait par exemple vocation à rester sur Montpellier. Ce type d’organisation existe déjà dans d’autres régions. La Haute et la Basse-Normandie ont par exemple créé un comité régional du tourisme commun aux deux régions, et dont le siège n’est pas dans l’une des capitales régionales, mais à Evreux, la préfecture de l’Eure. La ville de Carcassonne qui occupe une position centrale dans la future région et qui est l’un de ses pôles touristiques pourrait accueillir elle aussi le comité régional du tourisme. Ce type d’organisation permettrait de conserver un certain équilibre entre les villes et de trouver une réaffectation des locaux des départements.

     Philippe Saurel, maire de Montpellier, favorable à la fusion des deux régions, serait pour une organisation de ce type. Dans une interview publiée sur le blog du Narbonnais Michel Santo, il se prononce pour le choix de Montpellier comme capitale administrative, Toulouse restant la capitale économique.

Conclusion

     La proposition la plus cohérente semble d’appeler la région Languedoc, de lui donner pour emblème la croix de Toulouse et pour capitale Toulouse ou Montpellier. Cependant, dans un souci d’équilibre et d’équité territoriale il conviendrait de ne pas concentrer tous les services ni toutes les sessions du Conseil régional dans la même ville.

Pour en savoir plus :

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Séismes historiques dans l’Aude, les Pyrénes-Orientales et l’Ariège

La secousse modérée qui a été ressentie autour de Lourdes le 29 avril 2014 ou plus récemment dans le Pays-de-Sault le 2 mars 2016 nous rappelle que les Pyrénées et notamment le département de l’Aude sont situés dans une zone qui a connu et connaîtra des séismes importants voire meurtriers.

L'Indépendant du 19 février 1996

L’Indépendant du 19 février 1996

Le séisme de Saint-Paul de Fenouillet en 1996 : la plus importante secousse de ces dernières années en France

     Le sud du département est la région de l’Aude la plus exposée aux tremblements de terre. Le dimanche 18 février 1996 à 2 heure 46 du matin un séisme de magnitude comprise entre 5,2 et 5,6 sur l’échelle de Richter a secoué la région d’Axat et Saint-Paul de Fenouillet. Il a été ressenti jusqu’à Toulouse et Barcelone (voir carte). Je l’ai personnellement ressenti à la maternité de Carcassonne où j’ai été réveillé par un bruit sourd comparable à celui d’un gros camion qui passait devant la fenêtre tandis que les vitres, le lit et tous les meubles étaient secoués. Grâce à la profondeur du foyer (zone d’où part le séisme), et la situation de l’épicentre (zone située à la verticale du foyer) dans une région presque inhabitée, ce séisme n’a provoqué que la frayeur des habitants et des fissures dans des maisons des Corbières. Cependant une telle magnitude peut avoir des conséquences beaucoup plus graves : la même année, un séisme de même puissance a provoqué en Turquie la destruction de plusieurs villages et la mort d’un millier de personnes. Le 28 février 1997 en Iran, un séisme de magnitude 5,5 a provoqué la mort d’un millier de personnes, blessé 25000 autres et fait 60000 sans abris.

Carte de propagation des effets du séisme du 18 février 1996. Source : Sismicité de France - B.R.G.M.

Carte de propagation des effets du séisme du 18 février 1996. Source : Sismicité de France – B.R.G.M.

     La cause de l’activité sismique dans l’Aude est la rencontre de la plaque ibérique, poussée par la plaque africaine, avec la plaque européenne. Cette poussée est à l’origine du soulèvement des Pyrénées. De temps en temps, sous la pression de cette poussée, des pans de montagne se réajustent le long d’une faille.

Le séisme de 1428 dans les Pyrénées

     L’histoire et l’archéologie ont recueilli le souvenir de quelques séismes importants ayant touché la région. Le 2 février 1428 un séisme se produit dans les Pyrénées. C’est le plus important séisme ressenti en France. A son épicentre situé près d’Olot ou Camprodon en Catalogne espagnole, l’intensité atteint 9 sur l’échelle de MSK (qui en compte 12). Il provoque des centaines de mort et la destruction partielle de 62 villages. Dans les Pyrénées-Orientales par exemple le clocher d’Arles-sur-Tech, les remparts de Prats-de-Mollo et le monastère de Fontaclara se sont effondrés. Les secousses sont ressenties à Toulouse, Albi, Cahors, Avignon ou Barcelone. Compte tenu de son intensité et de sa situation, il a pu provoquer des dégâts importants voire des morts jusque dans le sud des Corbières. D’autant que ce séisme fait suite à une série de secousses qui se sont produites l’année précédente et qui ont du fragiliser un certain nombre de constructions.

Ruines de l'église Saint-Martin de Molhet. Photo: Annick Oliveras pour Vilatges al país.

Ruines de l’église Saint-Martin de Molhet. Photo: Annick Oliveras pour Vilatges al país.

La destruction du village de Molhet dans l’Aude

     Une tradition que j’avais entendue enfant vers 1975 affirme en effet que le village de Molhet (commune de Padern) aurait été détruit par un tremblement de terre. Les fouilles menées par Michèle et Jean-Bernard Gau vers 1990 ont mis à jour de grands pans effondrés de la chapelle Saint-Martin qui pourrait avoir été ruinée de cette façon. Ce village disparu est situé dans la zone la plus soumise aux risques sismiques du département de l’Aude. Il a pu être détruit par la secousse de 1428 ou une réplique plus locale. D’autres traces archéologiques possible de cette secousse ont été repérées dans la commune de Davejean un peu plus au nord. Des fouilles menées par Marylène Patou entre 1980 et 1984 dans la grotte du Garrolha ont montré que le plafond de la grotte s’était en partie effondré lors d’un séisme.  Le niveau d’effondrement scellait une couche contenant de la céramique de la fin du XIIIe.

Un séisme en 1778

     Des séismes de faible intensité, il y en a des centaines par an. Rien que pour l’année 1778 le BRGM en a recensé huit dans les Pyrénées. Et tous n’ont pas été recensés, notamment celui-ci relevé par Corinne-Bruno Costesèque dans les registres de baptême, mariage et sépulture de la commune de  Laroque-d’Olmes en Ariège : « Sera pour memoyre que le present jour vintieme octobre 1778 a onze heures avant midy etant derriere mon bureau jay clayrement et distinctement resenti un subit court et fort tremblement de terre accompaigné dun droups (avec?) et gros bruit sousterrain presque santral venant du sud que lon ma dit quil a éte resenti a Mirepois, a Chalabre, qua Montferrier des mortiers et des pierres en ont ete detachees du clocher qua Sabarat la route de leglise en a ete lezardee. jay du moins remarqué que la fontaine qui sortoit de dessous Sautel de laratoire Notre Dame du Bout du Pont St Martain qui avoit hué pendant les plus grandes secheresses sest retiree et abaissee de pres dun pied et quelle paroit entierement tarin.« 

     La description de ce séisme par le prêtre de Laroque d’Olmes est intéressante. La zone où il a été ressenti s’étant sur une longueur d’au moins cinquante kilomètres dans le Plantaurel. (Voir carte ci-dessous. Les points correspondent aux lieux cités par le prêtre). Cette zone correspond au chevauchement frontal Nord Pyrénéen (figuré en noir sur la carte ci-dessous), tout comme le séisme de 1996. Les dégâts semblent légers (les points rouges sur la carte) et correspondent sans doute à une intensité de 6 sur l’échelle MSK. L’épicentre est sans doute à situer autour de Foix. Ce séisme résulte sans doute d’un réajustement le long d’une petite faille de la zone Nord-Pyrénéenne.

Pour en savoir plus :

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Emblèmes de la région Languedoc-Roussillon. Origines, enjeux identitaires, économiques et politiques

Second sceau de Raimond VII, comte de Toulouse (1245). Sur l'écu et le caparaçon figurent la croix de Toulouse, adopté comme emblème par les comtes de Toulouse au milieu du XIIe siècle.

Second sceau de Raimond VII, comte de Toulouse (1245). Sur l’écu et le caparaçon figurent la croix de Toulouse, adoptée comme emblème par les comtes au milieu du XIIe siècle.

     Les emblèmes tels que les sceaux et blasons du Moyen Âge ou les logos de notre époque sont l’image que veut donner de soi une personne ou une collectivité. L’étude des emblèmes la Région Languedoc-Roussillon est révélateur des enjeux et tensions identitaires, économiques et politiques.

La création des régions

     Les départements, créés en 1790, se sont vite révélé des échelons trop petits pour les administrations françaises. Chaque administration a alors créé un échelon intermédiaire entre le département et l’État : académie pour l’Éducation nationale, ressort de cour d’appel pour la Justice etc. Les limites de ces différentes administrations ne coïncidant pas, la nécessité d’une rationalisation du découpage administratif s’est imposée. D’autre part dans les années 1950 la politique de planification et d’aménagement du territoire menée par l’État apparaît impossible à mettre en œuvre dans les limites étriquées des départements. Un jeune énarque, Serge Antoine, est chargé de proposer un découpage régional. Ce découpage est officialisé par le décret du 2 juin 1960 créant les circonscriptions d’action régionale placées sous l’autorité d’un préfet.

Le découpage régional

Carte du Languedoc-Roussillon

Carte du Languedoc-Roussillon

     Les critères du découpage sont essentiellement géographiques et ne prennent pas en compte les limites culturelles ou historiques. Il ne s’agit pas de délimiter des territoires de vie, mais rappelons-le, de rationaliser le découpage administratif et de mettre en œuvre la politique du gouvernement concernant l’aménagement du territoire. Concernant la Région Languedoc-Roussillon le choix a été fait de regrouper les départements situés dans la zone d’influence de Montpellier, promue au titre de métropole régionale. Mais cette zone d’influence ne suit pas les limites départementales. Ainsi les départements de l’Aude ou de l’Aveyron sont partagés entre l’influence de Toulouse et celle de Montpellier. Le choix retenu par Serge Antoine constitue cependant un ensemble relativement cohérent : le Gard, l’Hérault, l’Aude et les Pyrénées-Orientales forment un ensemble homogène du point de vue du milieu physique et sont irrigués par un axe de circulation majeur. Seule la Lozère qui forme une excroissance vers le Nord n’appartient pas au milieu méditerranéen et reste à l’écart des grands axes de circulation. Mais ce département se situe dans la zone d’influence de Nîmes. Au final ce cadre se révèle tout à fait adapté à la politique d’aménagement du littoral languedocien commencé sous la direction de Pierre Racine en 1963.

Le choix du nom : Languedoc-Roussillon

CarteProvinceLanguedoc

Les provinces de Languedoc et de Roussillon d’après la carte de Nolin (fin XVIIe siècle)

     Le nom de la région ainsi constitué est emprunté à deux provinces d’ancien régime : le Languedoc et le Roussillon.

     Le Languedoc, dont la capitale était Toulouse, regroupait les territoires intégrés au domaine royal suite à la Croisade des Albigeois : les vicomtés d’Albi, Béziers et Carcassonne confisqués aux Trencavel en 1226 et regroupés dans la sénéchaussée de Carcassonne ; le comté de Toulouse intégré au domaine royal après la mort de ses héritiers en 1271 et partagé en deux sénéchaussées : Beaucaire et Toulouse. À cet ensemble s’ajoute en 1349 la ville de Montpellier rachetée par le roi de France au roi de Majorque.

     Dès la fin du XIIIe siècle se développe l’usage de l’expression langue d’oc pour désigner l’ensemble du territoire où se parle l’occitan par opposition à langue d’oil, territoire où se parle le français. Dans l’usage de l’administration française langue d’oc se transforma en Languedoc et finit par ne désigner qu’une partie de l’espace occitan : la province de Languedoc.

     Le Roussillon tire son nom d’un comté dont la capitale était au haut Moyen Âge Ruscino, actuellement Château Roussillon, localité ayant précédé Perpignan. Possession des comtes de Barcelone le Roussillon fut incorporé à la France lors du traité des Pyrénées (1659). Le département des Pyrénées-Orientales reprend en grande partie les limites de la province du Roussillon.

 Une collectivité territoriale depuis 1982

     Avec la loi de décentralisation portée le ministre Gaston Defferre en 1982 les régions deviennent des collectivités territoriales dirigées par un conseil régional élu au suffrage universel direct. Après une période transitoire la première élection de conseillers généraux a lieu en 1986 et place à la tête du Languedoc-Roussillon un homme de droite, Jacques Blanc, député de la Lozère. C’est à cette date qu’apparaît le premier logo de la région ou plutôt de son institution le Conseil régional.

1986 : un logo minimaliste

Premier logo de la Région (1986)

Premier logo de la Région (1986)

    Les mentions Conseil régional et Languedoc Roussillon encadrent trois bandes de couleur surmontées par les lettres L R. Les trois bandes de couleur peuvent évoquer l’organisation du territoire : le bleu pour la mer, le vert pour les plaines du littoral et l’orange pour l’arrière-pays montagneux. Ces bandes peuvent aussi évoquer les avantages mis en avant par la Région : le bleu pour le tourisme balnéaire, le vert pour la nature et l’orange pour le soleil ou les productions agricoles (la région produisant des agrumes). Ce logo malgré sa simplicité n’est pas très explicite. De plus il est peu attirant : la juxtaposition de deux couleurs complémentaires (le vert foncé et l’orange) n’est pas très agréable à l’œil. Enfin ce logo fonde l’identité de la Région sur des éléments qui n’ont rien de spécifique au Languedoc-Roussillon. C’est sans doute pour toutes ces raisons que la Région, toujours présidée par Jacques Blanc, adopte en 1988 un nouveau logo.

1988 : entre tourisme balnéaire et identité régionale : un emblème riche mais complexe

Second logo de la Région (1988)

Second logo de la Région (1988)

    Dans ce second logo on retrouve les trois couleurs qui évoquent l’organisation et l’économie de la région, mais dans des nuances plus harmonieuses. Les bandes vertes et bleues sont divisées chacune en cinq parties, évoquant les cinq départements constituant la Région. Ces deux bandes sont placées au bas d’un hexagone symbolisant la France. De cette façon les personnes extérieures à la Région peuvent facilement la situer. Enfin ces bandes sont dessinées de façon à former un arc de cercle et un effet de perspective donnant l’illusion d’un mouvement. Ce mouvement veut refléter le dynamisme de la Région.

     L’hexagone est constitué d’un dégradé allant du rouge au sud au jaune au nord. Dans la partie sud se détachent une croix jaune et une alternance de bandes verticales jaunes et rouges formant les contours d’un blason. Le logo reprend donc deux blasons médiévaux, celui des comtes de Toulouse symbolisant ici le Languedoc, et celui des comtes de Barcelone symbolisant ici le Roussillon.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone. A noter que les pals catalans sont ici à droite (à sénestre ne héraldique) dans une position qui rappelle la situation géographique par rapport à la France. Pour des raisons graphiques les mêmes pals sont à gauche dans le logo.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone. A noter que les pals catalans sont ici à droite (à sénestre en héraldique) dans une position qui rappelle la situation géographique par rapport à la France. Pour des raisons graphiques les mêmes pals sont à gauche dans le logo.

     Le blason des comtes de Toulouse se décrit ainsi en langage héraldique « de gueules à la croix vidée, cléchée et pommetée d’or », c’est-à-dire rouge à la croix ajourée d’or. Il a été repris à l’Époque moderne par les États de Languedoc, institution constituée par les représentants des trois ordres de la province. Cette institution qui gérait le budget provincial préfigure en quelque sorte le Conseil régional. Avec la renaissance de l’Occitan au XIXe siècle et le développement de mouvement occitanistes, le blason des comtes de Toulouse devient l’emblème des défenseurs de la langue et de la culture occitane.

     Le blason des comtes de Barcelone se décrit ainsi en langage héraldique : « d’or à quatre pals de gueules », soit jaune à quatre bandes verticales rouges. Ce blason qui dérive sans doute de la bannière d’un des royaumes carolingiens, le royaume de Bourgogne-Provence, a été repris comme emblème héraldique par les comtes de Barcelone, héritiers du comté de Provence. C’est pourquoi on retrouve cet emblème dans toutes les possessions de ces comtes : Provence, Millau, Foix, Roussillon, Catalogne, Aragon, Baléares, Valence… A l’Époque moderne plusieurs institutions provinciales espagnoles ou françaises reprennent ce blason, notamment la Generalitat de Catalunya et le Conseil souverain du Roussillon. Au XIXe siècle avec la renaissance de la langue catalane et le développement de mouvements catalanistes le blason des comtes de Barcelone devient l’emblème des défenseurs de la langue, de la culture ou de la nation catalane.

     En reprenant ces deux blasons dans son logo la Région revendique un double héritage historique, linguistique et culturel. De plus en faisant du rouge et du jaune les couleurs dominantes de son logo elle perpétue le goût des Européens du sud pour l’association de ces deux couleurs. Couleurs qui étaient celles des empereurs romains et que l’on retrouve dans la plupart des emblèmes des provinces du sud de la France, d’Espagne et d’Italie.

     On notera enfin la disparition de la mention « Conseil régional » au profit de « Région ». L’institution et son territoire sont confondus dans un même mot. Le choix est judicieux car on s’identifie plus facilement à la région qu’on habite qu’à l’institution qui la dirige.

     Ainsi ce logo riche et complexe est destiné à deux publics différents. Pour les habitants de la Région il vise à créer une identité régionale s’appuyant sur des identités linguistiques et culturelles préexistantes. Pour les étrangers à la Région il situe le Languedoc-Roussillon dans l’espace français et vante certains de ses atouts.

2004 : un nouvel emblème pour un nouveau régime.

     Avec l’arrivée de Georges Frêche à la tête de la Région en 2004 le logo va une nouvelle fois changer. Georges Frêche, maire socialiste de Montpellier est un farouche opposant de Jacques Blanc. La rupture avec l’ancien président se doit d’être marquée non seulement par une politique différente mais aussi par un nouvel emblème.

Détail des logos des trois régions voisines du Languedoc-Roussillon : Midi-Pyrénées, Catalunya (au centre) et Provence-Alpes-Côte d'Azur (à droite).

Détail des logos des trois régions voisines du Languedoc-Roussillon : Midi-Pyrénées, Catalunya (au centre) et Provence-Alpes-Côte d’Azur (à droite).

     En dehors de marquer sa différence avec son prédécesseur qu’est-ce que Georges Frêche pouvait bien reprocher à l’ancien logo ? Certainement sa complexité. Ensuite que la Région peut apparaitre comme tiraillée entre deux identités parfois rivales, l’une catalane et l’autre occitane. Ces rivalités étant accentuées par l’existence de deux métropoles concurrentes et politiquement opposées : Perpignan la catalane dirigée par une municipalité de droite et Montpellier l’occitane dirigée par Georges Frêche. Enfin, l’utilisation des identités occitane et catalane n’est pas propre à la région Languedoc-Roussillon. La région Midi-Pyrénées utilise un logo reprenant le blason des comtes de Toulouse. La Communauté autonome de Catalogne utilise comme logo le blason des comtes de Barcelone. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur utilise également le blason des comtes de Barcelone, mais associé aux blasons du Dauphiné et du comté de Nice. Dans une logique identitaire et concurrentielle il faut se démarquer des régions voisines.

      Apparaît alors le logo suivant :

Troisième logo de la Région (2004)

Troisième logo de la Région (2004)

    Si les couleurs or et rouge subsistent, la croix de Toulouse et les pals des comtes de Barcelone ont disparus, ou plutôt ont fusionné dans une figure s’inscrivant dans un hexagone. Cette figure semble donc fusionner les identités française, occitane et catalane. Aucune référence à la situation géographique du Languedoc-Roussillon à l’intérieur de la France n’apparait plus. Il est vrai que c’est à cette date moins nécessaire, la Région ayant 22 ans d’existence en tant que collectivité territoriale, sa situation est mieux connue qu’une génération plus tôt.

     Sur le site de la Région le logo est accompagné du texte explicatif suivant : « Sept soleils réunis en un seul composent le logotype de la Région. Ils symbolisent son rayonnement, son mouvement, son avenir. » On retrouve donc l’idée de région ensoleillé présente sur tous les logos successifs. De plus le soleil rappelle la croix de Toulouse qui est considérée par certains comme une figuration solaire. En revanche les couleurs verte et bleue présentes sur les logos précédents ont disparus. Il est vrai que le tourisme balnéaire, symbolisé par la couleur bleue, n’est plus l’activité économique prioritaire de la politique régionale. Georges Frêche veut faire du Languedoc-Roussillon une Californie française combinant un cadre de vie agréable et un dynamisme économique, notamment dans les hautes technologies. D’où les idées de rayonnement, de mouvement et d’avenir que le logo est censé représenter. Cependant si l’idée de rayonnement est perceptible, on ne perçoit pas comment les idées de mouvement et d’avenir sont représentées dans ce logo.

Carte de la région appelée Gallia gothica (Gaule gothique) par les Wisigoths et Septimanie par les Francs.

Carte de la région appelée Gallia gothica (Gaule gothique) par les Wisigoths et Septimanie par les Francs.

     Contrairement au logo précédent on ne retrouve pas d’évocation des cinq départements composant la Région. Les sept soleils renvoient à un découpage territorial beaucoup plus ancien que précise le slogan « Vivre en Septimanie ». En bon historien et géographe féru d’Antiquité Georges Frêche est allé rechercher le découpage administratif ancien qui se rapproche le plus du découpage de l’actuelle région Languedoc-Roussillon. Pendant deux siècles et demi, précisément entre 507 et 759, les sept cités de Elne, Narbonne, Carcassonne, Béziers, Agde, Maguelone et Nîmes ont fait partie d’un même ensemble territorial, dominé par les Wisigoths puis les Arabes et ayant Narbonne comme capitale. Cet espace dénommé le plus souvent Gaule gothique a été appelé par les Francs Septimanie, c’est à dire région des sept cités.

      En regardant la carte on s’aperçoit cependant que la coïncidence territoriale entre la Septimanie et la région Languedoc-Roussillon est loin d’être parfaite : le Gévaudan correspondant à la Lozère ne faisait pas partie de la Septimanie. Des mauvaises langues ont affirmé que ce choix a été dicté par la volonté d’exclure la Lozère dont Jacques Blanc est alors le député.

L'opposition au changement de nom a été particulièrement "virulent" chez les Catalans. Ici une affiche publicitaire de la station de ski des Angles dans les Pyrénées orientales. On y voit à gauche le caganer, personnage emblématique des crèches catalanes coiffé de la berretina et généralement représenté en train de chier. Il est ici armé d'une seringue aux armes de la Catalogne pour vacciner un chieur malade de la "septimaniole".

L’opposition au changement de nom a été particulièrement « virulente » chez les Catalans. Ici une affiche publicitaire de la station de ski des Angles dans les Pyrénées orientales. On y voit à gauche le caganer, personnage emblématique des crèches catalanes coiffé de la barretina et généralement représenté en train de chier. Il est ici armé d’une seringue aux armes de la Catalogne pour vacciner un autre caganer (chieur) malade de la « septimaniole ».

     La volonté autocratique de Georges Frêche est alors de rebaptiser la Région Septimanie. Mais dans une phase transitoire, pour habituer les habitants à cette nouvelle dénomination, le nom Septimanie est associé à Languedoc-Roussillon. Une grande campagne de publicité, destinée à promouvoir le nouveau nom et la marque qui lui est associée est lancée. Mais on n’est plus en 1960 où le découpage et la dénomination des régions avait été décidé par les autorités sans aucune consultation de la population ni de ses représentants élus. Ce changement de nom aurait pu marcher à l’exemple de la Macédoine ou d’Israël qui ont repris le nom d’un état antique pour baptiser leur nouvel état. Mais à la différence de ces deux états, le nom Septimanie n’évoquait rien pour la très grande majorité des habitants de la Région. De plus les habitants de la Région avaient fini par s’habituer voire s’attacher à la dénomination Languedoc-Roussillon. Une forte opposition au changement de nom s’est développée. Le nouveau nom a été tourné en ridicule avec des jeux de mots tels que « Septicémie » ou « Sept p’tites mamies » ou encore avec des caricatures comme celle figurant ci-dessus.

Quatrième logo de la Région (octobre 2005)

Quatrième logo de la Région (octobre 2005)

Logo de la marque régionale "Sud de la France". Cette dénomination qui a remplacé "Septimanie" a été choisie pour une meilleur visibilité à l'international, notamment pour les exportations de vin.

Logo de la marque régionale « Sud de France »

     En octobre 2005 Georges Frêche finit par s’incliner et abandonne son projet. Le slogan « Vivre en Septimanie » disparaît du logo. Et une nouvelle marque, destinée à promouvoir les produits régionaux voit le jour :  « Sud de France ». On y retrouve outre un soleil, des couleurs qui évoquent le vin et la mer. La nouvelle dénomination qui a remplacé « Septimanie » a été choisie pour une meilleur visibilité à l’international, notamment pour les exportations de vin.

Pour en savoir plus :

Sur les emblèmes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone  et plus généralement sur l’emblématique :

  • Pastoureau (Michel), Traité d’héraldique, 2e édition, Paris : Picard, 1993.
  • Macé (Laurent), Les comtes de Toulouse et leur entourage, XIIe – XIIIe siècles, rivalités, alliances et jeux de pouvoirs, Toulouse : Éditions Privat, 2000.
  • Raymond Ginouillac, La croix occitane. Albi : Institut d’études occitanes du Tarn, 2006, 132 p.
  • Emblèmes de France : http://emblemes.free.fr/
  • Heraldie : http://heraldie.blogspot.fr/

Sur l’origine du nom Languedoc :

  • Vaissète (dom Joseph), « Note sur l’origine du nom de Languedoc », Histoire générale de Languedoc (édition Privat), tome X, p. 27-39. En ligne sur l’Open source Library.

Sur les limites historiques du Languedoc :

  • Pélaquier (Élie), (dir.), Atlas historique de la province de Languedoc, C.N.R.S.  –  C.R.I.S.E.S., Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences humaines et Sociales, Université Paul Valéry – Montpellier III, 2009. En ligne sur le site des Archives départementales de l’Hérault.

Sur la création des régions administratives :

  • Décret du 2 juin 1960 en ligne sur Légifrance.
  • Feltin (Michel), « Serge Antoine. L’homme qui a découpé les régions », L’Express, 15/03/2004. En ligne ici.
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Italie, Provence, Vosges 1944 : témoignages sur les victoires oubliées de l’armée française

 

Conférence de Gauthier LANGLOIS, jeudi 2 juin 2016 à Arzens

« Italie, Provence, Vosges 1944 : témoignages sur les victoires oubliées de l’armée française »

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     Grâce aux victoires de l’armée d’Afrique, la France a pris place parmi les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Gauthier Langlois vous fera revivre ces évènements oubliés à travers les carnets et lettres de guerre, qu’il vient de publier, de deux officiers issus d’une famille du Lauragais. Les témoignages vivants et émouvants de son grand-père Jean Vaugien et son grand-oncle Jean Albouy nous restituent le quotidien de la guerre au milieu d’une unité de goumiers (montagnards nord-africains). Une histoire qui commence au Maroc et s’achève dans les Vosges avec la nomination de Jean Vaugien comme aide de camp du maréchal de Lattre et la mort de Jean Albouy au combat.

Conférence organisée dans le cadre des 27e Estivales de la Malepère au foyer municipal d’Arens (Aude), à 20 h 30. Entrée libre et gratuite.

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Quéribus dans la BD (2)

Quéribus, symbole de la résistance occitane

 

     Dans un premier article nous avons découvert comment la silhouette du château de Quéribus avait inspiré le décor d’une bande dessinée mêlant aventure et fantastique au Moyen Âge : Les Compagnons du crépuscule de François Bourgeon. D’un tout autre genre est l’album Pitchou d’Oc découvre l’Occitanie, signé en 1987 par Christian Cau et Robert Pradines.  Influencés par les mouvements occitanistes les deux auteurs ont choisi de faire découvrir leur région aux enfants. Leur héros, Pitchou d’Oc, est en lui-même une synthèse des éléments mémoriels les plus emblématiques de l’histoire et la culture régionale :
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Une des vignettes illustrant le récit du siège de Quéribus en 1255 imaginé par Christian Cau et dessiné par Robert Pradines.

 

Pradines-Robert-Pitchou-D-oc-Decouvre-L-occitanie-Vol-1-Livre-846610837_L     Petit troubadour, Pitchou d’Oc est né à Cucugnan le jour de la chute du château de Montségur (16 mars 1244) d’un père toulousain et d’une mère catalane réfugiés dans les Corbières pour fuir l’Inquisition. Un temps à l’abri la famille est rattrapée par la guerre. Au printemps 1255, le sénéchal de Carcassonne et le seigneur Olivier de Termes arrivent à la tête d’une forte armée. Ils viennent réduire le château Quéribus dans lequel Pitchou d’Oc et sa famille se sont réfugiés en compagnie d’autres cathares. La forteresse semble imprenable. Aussi les assiégeants choisissent de réduire ce nid d’hérétiques par la famine. L’indomptable Chabert de Barbaira, protecteur des cathares, est contraint à négocier la reddition. Mais Pitchou d’Oc et son compagnon Amiel parviennent à s’enfuir de la forteresse par un souterrain, avant de se réfugier en Ariège…

 

     Le scénariste, Christian Cau, conservateur des archives de Toulouse, apporte à cette bande dessinée la caution scientifique et pédagogique de l’historien. Mais si le siège de Quéribus est un évènement authentique, il est associé dans la suite du récit à tout  un discours ésotérique autour du saint Graal. Les auteurs adhèrent sans réserve à une histoire et une archéologie imaginaire du catharisme née dans la première moitié du XXe siècle et toujours à la mode de nos jours. En effet, dans la suite du récit, le jeune héros suit un parcours initiatique qui le mène à la découverte du Graal au château de Montréal-de-Sos puis à recevoir la croix de Toulouse ramené d’Orient. Muni de cet objet magique, il peut voyager dans le temps à la découverte de l’histoire de l’Occitanie.
Quéribus apparaît donc, au même titre que d’autres châteaux cathares tel que Montségur, comme le support d’une histoire fantasmée où cathares et occitans sont confondus dans une perspective régionaliste et ésotérique.

 

     (A suivre…)

 

A noter : la B.D. a inspiré des organisateurs d’un trail (course à pied dans la nature) pour enfant au départ de Cucugnan qu’ils ont baptisé du nom du héros, Trail Pitchou d’Oc. Voir L’Indépendant du 17 mai 2012.
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Mythes et légendes de l’Aude

Jeudi 14 avril 2016 à 18 heures à la médiathèque Grain de sel, de Carcassonne.

Vous avez dit trésors ? À Rennes-le-Château, dans l’Alaric ou à Carcassonne ? Princesse, fées et lieux magiques peuplent nos contrées, venez découvrir ou redécouvrir les mythes et légendes de l’Aude. Retracer leurs origines, leurs évolutions et transformation lors d’une rencontre avec Véronique Barreau et Gauthier Langlois.

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Rencontre organisée dans le cadre du programme Mythes et légendes de l’Aude, avec Véronique BARRAU, auteur de Balades et légendes en Terre d’Aude et Gauthier LANGLOIS, auteur de plusieurs études sur le légendaire audois et co-auteur de la BD Histoire(s) de Carcassonne. Rencontre organisée par la Médiathèque de Carcassonne-Agglo dans le cadre du rendez-vous mensuel Le thé de la connaissance.

Ajoutez cet évènement à votre agenda :

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Hommage de Dame Carcas aux victimes des attentats du 13/11/2015

Manifestation Je suis Charlie à Carcassonne 11 janvier 2015

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De Carrickfergus à Carcassonne – l’histoire méconnue du comte d’Ulster pendant la croisade Albigeoise

Venir découvrir, le 3 octobre 2015 dans le charmant village de Laurac-le-Grand, l’histoire peu connue du comte d’Ulster en Lauragais pendant la croisade des Albigeois, les lieux et personnes qu’il a côtoyés, à travers une exposition  et un colloque d’archéologues et d’historiens.
Laurac1
Programme :
  • 10:00 François STEENKESTE : Allocution d’ouverture 
  • 10:10 Paul DUFFY : De Carrickfergus à Carcassonne – Le Comte d’Ulster en Lauragais
  • 10:50 Pilar JIMENEZ : Origines et implantation de l’Eglise des bons hommes en Languedoc
  • 11:30 : Pause
  • 11:40 Florence GUILLOT : La fortification de Montréal-de-Sos (Ariège-Pyrénées) de la Croisade aux lendemains du traité de Corbeil
  • 12:20 Charles PEYTAVIE : Éléments sur la genèse d’un mythe historique et littéraire – le souvenir de dame Guiraude de Laurac
  • 13:00 : Déjeuner
  • 14:00 Jean CATALO : Eléments du système fossoyé du Château Narbonnais de Toulouse, fin XIIe-XIIIe siècles
  • 14:40 Gauthier LANGLOIS : Les sceaux de Simon de Montfort, un itinéraire politique
  • 15:20 Lucien ARIES : La victoire des occitans à la bataille de Baziège de 1219
  • 16:00 : Fin du colloque.
Entrée libre et gratuite
Pour réserver une place veuillez contacter le 04 68 78 12 61
Lieu du colloque: Mairie de Laurac, Place Blanche de-Laurac 11270 Laurac
Le charmant petit village de Laurac (ou Laurac-le-Grand), ancienne capitale du Lauragais, est situé au sud de Castelnaudary, à 68 km de Toulouse et 36 de Carcassonne.
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