Vers une extension du conflit Ukrainien ? Le projet de reconstitution de l’Empire soviétique des ultranationalistes russes

« Aperçu du futur pays ». Capture de l’écran d’accueil du site Zaftra via Google translate au 13 mars 2012

L’Histoire et la Géographie servent aussi à éclairer le présent, particulièrement dans un conflit où le président de la Fédération de Russie justifie son intervention en Ukraine par une histoire revisitée. Une intervention auxquels beaucoup d’analystes ne croyaient pas, mais que l’analyse des propos et actions de Vlamidir Poutine permettait pourtant de prévoir. À cet égard, la consultation du média ultranationaliste russe Zavtra nous éclaire sur l’idéologie justifiant la guerre en Ukraine et sur la suite que les ultranationalistes veulent lui donner.

Les auteurs du site Zaftra qualifient les dirigeants ukrainiens et ceux qui les soutiennent de reptiles, salauds, bâtards, nazis, ukronazis, criminels, gangsters, junkies… Ils les accusent de crimes de guerre, les rendant responsable de la mort, depuis 2014, de milliers d’habitants du Donbass, d’exécutions extrajudiciaires, d’affamer et de bombarder les populations de Marioupol et de Kiev. Le ton des articles, particulièrement agressif, est de plus émaillé de propos xénophobes, homophobes, antisémites et révisionnistes. Le site insiste sur les origines juives de Zélensky sans voir la contradiction à le qualifier de nazi, sur les origines coréennes d’un dirigeant ukrainien, sur l’homosexualité d’une personnalité allemande. Il fait la promotion d’un livre intitulé « Le mythe de l’Holodomor » affirmant que la grande famine d’Ukraine des années 1930 n’est qu’une invention des nazis, reprise par les Ukrainiens et les Occidentaux. Le tout s’insère dans un véritable projet de croisade antioccidentale, dont l’extrait ci-dessous donne un aperçu :

« La Russie à nouveau, comme de tout temps, s’attribue un formidable objectif, réalisable par elle seule : la transformation des ténèbres en lumière. L’enfer, qui ouvre ses portes tous les cent ans et libère des milliers de démons sur la Russie, recule devant l’assaut du paradis russe… »

Les démons ce sont bien sûr les dirigeants ukrainiens et les Occidentaux (Européens de l’Ouest et Américains), accusés de préparer une attaque nucléaire et bactériologique contre la Russie, dont l’imminence a justifié « l’opération spéciale de maintien de la paix ». Les États-Unis sont également accusés « d’ouvrir un deuxième front à Taïwan » en faisant reconnaître cet état comme seul représentant légitime de la Chine aux Nations Unis. Par cette accusation les auteurs de Zaftra cherchent évidemment le soutien de la Chine communiste qui n’accepte pas l’indépendance de Taïwan, et justifient par avance une éventuelle intervention chinoise permettant de constituer une alliance militaire sino-russe contre l’Occident.

Les objectifs européens des ultranationalistes de Zaftra transparaissent dans la carte affichée en page d’accueil, intitulée « Aperçu du futur pays ». Elle montre en rouge une « Grande Russie » incluant tous les pays détachés de l’URSS en 1991 et en rouge clair une « Grande Frontière ». Cette frontière regroupe tous les anciens pays satellites d’Europe de l’Est (y compris l’Allemagne de l’Est) constituant le glacis protecteur de la nouvelle Russie. La méthode pour y parvenir est la « libération » et la « dénazification » des pays soumis au joug occidental, en cours en Ukraine et à étendre à d’autres pays dont la Finlande, puis la tenue de référendum de réunification, dont le premier doit concerner la Russie, l’Ukraine et de la Biélorussie. Bien entendu, les faits montrent la réalité qui se cache derrière l’emploi de ce vocabulaire euphémiste de propagande. La « libération » c’est la guerre, la « dénazification » c’est la répression dont le maire de Melitopol, accusé de « terrorisme », vient de faire les frais. Quand à l’organisation d’un référendum, quel crédit lui accorder tant dans l’Ukraine occupée que dans la Biélorussie et la Russie dont les valeurs démocratiques sont bafouées ?

Même si ce média ne reflète sans doute pas l’opinion de la majorité des Russes, son idéologie est dans la ligne de celle de Vladimir Poutine et peut nous éclairer sur ses intentions.

(Analyse réalisée sur des articles du 10 au 12 mars 2022 grâce à Google translate, sur le site https://zavtra.ru/)

Gauthier Langlois, 13 mars 2022

Pour en savoir plus : le dossier réalisé par l’association Les Clionautes sur la Guerre en Ukraine.

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Reconstituer l’ascension sociale d’un bourgeois au temps de Louis XIV : Geoffroy Petit, marchand mercier, directeur des Postes, intendant militaire puis seigneur de Nanteau-sur-Lunain

La découverte d’un parchemin du XVIIe siècle dans les archives familiales est le début d’une enquête ayant permis de reconstituer le parcours d’un bourgeois au temps de Louis XIV. Issu d’une famille de marchands de vin de la bourgeoisie parisienne et bourguignonne, Geoffroy Petit est un négociant aisé. Ses qualités et relations le mettent au service du ministre Louvois comme directeur général des postes de la Flandre nouvellement conquise, puis comme intendant militaire de la forteresse de Mayence où il subit un siège éprouvant. Démobilisé, il se retire dans le château et la seigneurie qu’il a acquis près de Nemours. Il est le père d’un ingénieur militaire au service de Vauban et d’un financier au service du ministre John Law. Son parcours illustre la réussite sociale de ces familles bourgeoises qui passent de la marchandise aux finances ou à l’armée pour acquérir des titres et vivre noblement dans leur seigneurie.

Fig. 1 : Une mercière, assise au comptoir de sa boutique située au pont Notre-Dame, présente un miroir et un nécessaire de toilette à trois clients de l’aristocratie ou de la haute bourgeoisie. Extrait de l’ Enseigne de Gersaint, tableau de Watteau peint en 1720. Ce tableau peut illustrer en raccourci le parcours de Geoffroy Petit : marchand mercier derrière le comptoir de sa boutique du Pont Notre-Dame en 1663, il se retrouve à la fin du XVIIIe siècle de l’autre côté du comptoir dans la clientèle de ce genre de boutiques.

Reconstituer la vie d’un parisien

Nul ne l’ignore, la disparition des Archives de Paris en 1871 constitue une perte irrémédiable pour les historiens et les généalogistes. Cette perte est partiellement compensée par les minutes notariales des 122 études parisiennes conservées aux Archives nationales. Les minutes constituent une source d’une grande richesse, mais l’ampleur du fond constitue une difficulté, obligeant à dépouiller des milliers de pages de répertoires manuscrits pour retrouver quelques actes. Heureusement, l’action de bénévoles à travers le projet Familles parisiennes et le site Geneanet permet d’accéder à un nombre croissant de documents originaux et de dépouillements de sources. Les entraides généalogiques Le fil d’Ariane et FranceGenweb permettent d’accéder, pour ceux qui ne peuvent se rendre à Paris, à des documents non mis en ligne.

Les archives ainsi collectées doivent être ensuite analysées, vérifiées par la confrontation à d’autres sources et remises dans leur contexte à l’aide de la documentation scientifique. Il s’agit notamment de reconstituer les réseaux de la personne étudiée, de retracer son itinéraire, de combler les lacunes par des hypothèses étayées, de mettre en perspective les faits. Là aussi, le travail est facilité par la mise en ligne de nombreuses ressources, sources primaires et analyses scientifiques, notamment sur les sites Gallica et Persée, et d’outils comme le Géoportail pour se situer dans l’espace sur des cartes du XVIIIe siècle à nos jours. Cela ne dispense pas, quand on le peut, de se rendre dans les dépôts d’archives et dans les médiathèques pour y trouver des ressources complémentaires.

Le présent travail est le fruit d’une enquête généalogique et historique intermittente commencée en 2008 quand l’un de mes cousins éloignés, le docteur Merlin, a bien voulu me prêter les archives de nos ancêtres communs. Parmi celles-ci, figurait un cahier parchemin de huit pages contenant le contrat de mariage de Jean-Baptiste Pinterel, écuyer, sieur de Villeneuve et Marie Nicole Petit, fille de Geofroy Petit, directeur général des postes de Flandres (fig. 2). Ce document a été le point de départ d’une recherche encore en cours, permettant quatorze ans plus tard d’écrire cette reconstitution.

Fig. 2 : Contrat de mariage de Jean-Baptiste Pinterel, écuyer, sieur de Villeneuve, fils de Jean Pinterel, écuyer, seigneur de Montouny et de Villeneuve, capitaine exampt des gardes du corps du Roy, et dame Anne Payen d’une part ; et Marie Nicole Petit, fille de Geofroy Petit, directeur général des postes de Flandre et dame Andrée Dannequin d’autre part. Acte passé le 11 juillet 1684 devant Nicolas Thibert et Pierre Benoist, notaires à Paris. (Archives privées Merlin. La minute de l’acte est conservée aux Archives nationales de France, Paris, MC/ET/LXXII/106). Ce type de copie d’acte notarié destiné au client, dénommé grosse ou expédition, est souvent plus soigné que l’original, dénommé minute, conservé par le notaire. D’où l’emploi comme ici de parchemin au lieu de papier. Parmi les témoins de l’acte figurent Marie Henry épouse Moreau, nourrice du Dauphin, marraine de l’épouse ; Nicolas Petit de Marivats, valet de chambre de Louis XIV, cousin de l’épouse ; le dramaturge Jean Racine, cousin de l’époux.

Une dynastie de marchands de vin parisiens et bourguignons

Geoffroy Petit est né avant 1638 de Geoffroy, marchand de vin qui se qualifie d’honorable homme et bourgeois de Paris, et d’Anne de Compans, sœur d’un marchand-pelletier parisien. Il appartient par sa naissance et son métier à la vieille bourgeoisie.

Être bourgeois de Paris ce n’est pas seulement un titre, c’est aussi bénéficier de privilèges. Depuis un édit royal de 1391, les bourgeois de Paris bénéficient de privilèges proches de la noblesse. Certains sont honorifiques tels que le droit de porter une épée ou des armoiries timbrées ; d’autres sont financiers tels que l’exemption certains impôts et taxes : ils ne paient pas la taille, impôt royal dû par tous les sujets non privilégiés, ni le franc-fief, droit que le roturier doit payer au roi à l’acquisition d’une seigneurie. Ils bénéficient encore du droit de vendre en gros le vin de leur cru à domicile sans le ministère de jurés-crieurs et sans être tenu de faire enregistrer la vente, et de l’importer à l’intérieur de Paris sans payer les droits d’entrée. Ce privilège fiscal, la famille Petit en a certainement bénéficié. Car elle forme une dynastie de marchands de vin implantée à la fois à Paris et en Bourgogne où elle possède certainement des vignes.

En effet, certains membres de la famille sont originaires de Mont-Saint-Sulpice, village situé près d’Auxerre, dont le passé viticole est attesté par la toponymie. Les coteaux situés sur le versant méridional du mont portent le nom de « Sous les vignes » et un peu plus loin à l’ouest, le toponyme « Sur les caves » atteste de l’existence de caves souterraines. Le vin qui y est alors produit est expédié par le marchand montois Marin Petit à son cousin parisien Geoffroy Petit père. Ce vin est acheminé par des bateaux navigants sur l’Yonne et la Seine jusqu’à Paris. À la génération suivante, c’est Pierre, fils aîné de Geoffroy qui reprend ce commerce. Il épouse une certaine Jeanne Pèze, originaire de Mont-Saint-Sulpice où leur fils aîné Edme naît en 1626.

Il faut dire que le marché du vin est alors juteux et en pleine expansion. Avec une population parisienne qui passe, au cours du XVIIe siècle, de 300 000 à 500 000 habitants, et une consommation moyenne annuelle de 75 litres par personne[1], les besoins sont énormes. Le vignoble francilien, bien qu’étendu et de qualité, ne suffit pas à étancher la soif des Parisiens qui importent depuis longtemps du vin de Champagne et de Bourgogne. De plus de nouveaux marchés se développent : le vin français est exporté massivement vers l’Europe du Nord via la Hollande. Les ports de Rotterdam et Amsterdam deviennent les pôles du commerce international de vin et de bien d’autres marchandises. Les Petit ont certainement pris part à ce nouveau marché en vendant du vin aux Hollandais et en rapportant en contrepartie d’autres marchandises qu’ils pouvaient revendre à Paris. Cette diversification commerciale expliquerait que Geoffroy fils ne soit pas devenu marchand de vin, mais mercier.

Geoffroy Petit, marchand mercier et bourgeois de Paris

Fig. 3 : Bien que le port d’armoiries soit permis à tous, tous n’en portent pas et leur usage constitue un signe de notabilité. C’est pourquoi Geoffroy Petit, comme d’autres membres de sa famille, a fait enregistrer les siennes par le juge d’armes d’Hozier. L’Armorial général de la généralité de Paris lui attribue des armes se blasonnant « d’azur à 3 étoiles d’or »[1] qu’il faut sans doute rectifier en « d’azur au chevron d’or accolé de 3 étoiles de même », qui sont les armoiries de sa fille Marie, de son fils Jean-Baptiste Geoffroy Petit de Saint-Lienne et de son neveu Nicolas Petit de Marivats (fig. 4).


[1] Armorial général de France, dressé en vertu de l’édit de 1696 par Charles d’Hozier, volume XXIV Paris II, p. 1655. Jacques Meurgey de Tupigny, Armorial de la généralité de Paris dressé par Charles d’Hozier…, tome III, 1966, p. 444.
Fig. 4: Armoiries de Nicolas Petit de Marivats, neveu de Geoffroy

Qu’entend-on par mercier au XVIIe siècle ? Selon le premier Dictionnaire de l’Académie française publié en 1696, un mercier est un « marchand qui a droit de vendre en gros et en détail toutes sortes de marchandises, et qui fait principalement commerce de marchandises de soie de plusieurs choses servant à l’habillement et à la parure ». Les éditions suivantes de ce dictionnaire témoignent de la diversité de ces marchandises : « la mercerie comprend entre autres le commerce des métaux et des armes, des pierres précieuses et bijoux, des peaux, étoffes et objets d’ameublement, ainsi que les articles dits de menue mercerie : rubans, dentelles, passementerie ». Les merciers sont alors, selon René de Lespinasse, « des grands négociants qui centralisent dans leurs entrepôts des marchandises du monde entier »[2]. Certains ne sont pas seulement des négociants, mais aussi des décorateurs qui s’appuient sur un réseau international d’artistes pour fournir en meubles, bijoux et décorations la haute aristocratie[3].

Sur ce que vendait Geoffroy et sur sa clientèle, nous ne pouvons que faire des hypothèses. Parmi les effets qu’il laisse à sa mort chez sa sœur en 1701, se trouvent quelques objets qui ont pu figurer dans son commerce : une cravate de mousseline garnie de dentelle de Malines, c’est-à-dire provenant des Pays-Bas espagnols ; des cannes des Indes, c’est-à-dire des cannes en bambou venu d’Asie. Quant à sa clientèle, à l’aune de ses relations attestées plus tard avec le ministre Louvois, elle devait comprendre, au moins en partie, des membres de la haute aristocratie. La position de plusieurs de ses proches vivant dans l’intimité de la famille royale a pu faciliter son activité. La marraine de sa fille, Marie Henry épouse Moreau, est la nourrice du dauphin Louis ; son neveu Nicolas Petit de Marivats, est valet de chambre de Louis XIV.

Fig. 5 : Armoiries du corps des merciers de Paris, 1674. Les armes des merciers comportent des bateaux empruntés aux armes de Paris et évoquent l’importance du commerce fluvial. Leur nombre, trois, rappelle la place des merciers dans la hiérarchie des Six corps des marchands. Ces armoiries sont entourées de celle des gardes dirigeant la corporation cette année-là. (Source : Les métiers de Paris, t. II, p. 284).

Si les éléments manquent pour déterminer la position financière de Geoffroy, nous pouvons tout au moins déterminer sa position honorifique dans une société où l’on est très attaché à son rang. Il appartient, nous l’avons dit, à la bourgeoisie de Paris qui compose un ordre moyen entre les grands officiers et le menu peuple. C’est dans cette bourgeoisie que se recrutent les échevins municipaux, les marguilliers des fabriques, les titulaires d’offices royaux ou municipaux. Mais cette bourgeoisie est divisée elle-même en de subtiles catégories hiérarchisées. L’historienne Laurence Croq l’explique ainsi : « l’intégration des magistrats, des avocats et des bons marchands dans la sphère commune des notables, c’est-à-dire de l’élite politique urbaine, s’exprime dans le système des titulatures : le grand robin est « noble homme monsieur maître », l’ancien échevin se présente comme « noble homme » ; le « marchand bourgeois de Paris » prend l’avant-nom d’« honorable homme », dernier maillon de la chaîne des appellations puisque les marchands sont les derniers du peuple qui portent qualité d’honneur »[4]. Et en haut de la hiérarchie des marchands se tiennent les Six corps qui sont, dans l’ordre de préséance, les drapiers, les épiciers, les merciers (fig. 5), les fourreurs, les bonnetiers et les orfèvres. Les marchands de vins et taverniers n’en font pas partie bien que leur communauté ait tenté à de nombreuses reprises de s’y faire accepter[5]. Dans l’ordre de préséance, Geoffroy père, marchand de vin, se place donc en bas de l’échelle des bourgeois, mais avant les artisans et notaires, rejetés dans la catégorie de simple habitant de Paris ou d’homme du peuple. En revanche son fils Geoffroy en qualité de mercier, tout comme son beau-fils Martin de Saint-Amand en qualité de marchand pelletier, appartiennent aux Six corps, l’association des corps marchands les plus prestigieux qui accaparent le pouvoir municipal et exercent une influence politique à l’échelle du royaume[6]. Geoffroy Petit fils possède donc un métier plus honorable que son frère Pierre Petit en qualité de marchand de vin, ses beaux-frères Jean Moynet en qualité de marchand grainier, Denis de Lespine, en qualité de maître pâtissier et Jean Dossier en qualité de maître tonnelier. Mais il n’est pas à la hauteur de la réussite sociale de son neveu Nicolas Petit (1633-1712). Celui-ci, par sa charge de valet de chambre du roi Louis XIV, est entré dans la noblesse en qualité d’écuyer et a reçu les titres de chevalier de l’Ordre royal de Saint-Lazare et de Notre-Dame-du-Mont-Carmel. Sa fortune lui a permis d’acquérir un fief et de vivre en seigneur châtelain. L’on voit donc, dans la famille Petit comme celles de bien des notables parisiens, une diversité de métiers et une certaine perméabilité sociale entre les artisans, les bourgeois et les nobles.

Fig. 6 : Signature de Geoffroy Petit et de son épouse Andrée Dannequin sur leur contrat de mariage du 20 janvier 1663. Leur écriture soignée, comme celle de tous les autres témoins, témoigne d’un usage courant de l’écriture qui caractérise la bourgeoisie cultivée. (Archives nationales, Paris, MC/ET/CV/754).

En 1663, installé socialement, Geoffroy prend femme et la choisit dans le même milieu social que lui (fig. 6). Son épouse, Andrée d’Annequin, est la fille d’un marchand de vin parisien. Comme la majorité des mariages, leur union donc est endogamique, tant d’un point de vue social que géographique. Toutefois, par sa mère, Andrée est issue d’une union hypergamique : sa mère appartient à une famille socialement plus élevée que son époux, et exogamique, elle n’est pas d’origine parisienne. En effet Michelle Le Normant épouse Dannequin est issue de la petite noblesse seigneuriale de l’Orléanais.

Fig. 7 : Nicolas et Jean-Baptiste Raguenet, La joute des mariniers, entre le pont Notre-Dame et le Pont-au-Change, 1751. (Musée Carnavalet, Paris). En 1663 Geoffroy vit dans l’une de ces maisons étroites à cinq niveaux où l’on voit les spectateurs assister aux joutes. Côté Seine elle donne sur les deux pompes Notre Dame, visibles à gauche, qui alimentent les fontaines du quartier. Sous une arche du pont est amarré un bateau-moulin muni de deux roues à aubes. À l’arrière-plan, au-delà des arches, on aperçoit les maisons du quai de Gesvres et du quai de l’Hôtel-de-Ville.

Le couple réside d’abord dans une maison située sur la partie ouest du pont Notre-Dame, comprise dans la paroisse Saint-Jacques de la Boucherie. C’est l’une de celles dont on peut voir la façade côté Seine sur le tableau de Raguenet (fig.7). La famille s’y agrandit de quatre enfants : Marie-Nicole, née en 1666, Charles, André, et Claude, né en 1669.

Fig. 8 : Perspective cavalière du Pont Notre Dame, extraite du Plan de Turgot, réalisé en 1734-1739. Sur la Seine sont figurées des barques et péniches assurant la plus grande partie du trafic marchandise de la capitale.

Le pont Notre-Dame, construit au XVIe siècle, forme alors une rue animée bordée de 70 maisons avec boutique au rez-de-chaussée (fig. 8). Donnant accès au nord à la rue Saint-Martin et au sud à la rue Saint-Jacques, il est placé sur l’un des axes majeurs de la ville et à proximité immédiate des quais de la Seine. Facilement accessible aux marchandises par voie terrestre ou fluviale, situé au cœur de la capitale, c’est l’emplacement idéal pour y faire du commerce. Les Petit y possèdent une boutique à l’enseigne « Aux deux aigles d’or couronnés » où Geoffroy exerce en famille une partie de son activité. Mais l’essentiel de son activité, comme celle de ses collègues, doit se manifester dans les grandes foires, Landit, Saint-Denis, Saint-Germain des Prés et dans les marchés hebdomadaires des Halles où l’on trouve les merciers en rapport avec tous les autres métiers comme intermédiaire et revendeurs. Enfin la recherche de marchandises doit l’amener à voyager, particulièrement vers les Pays-Bas où on le retrouve quelques années plus tard dans un autre métier.

Fig. 9 : L’enseigne de Gersaint, peinte par Watteau en 1720 pour la boutique de l’un des plus célèbres merciers parisiens, installé au Pont-Notre Dame comme Geoffroy Petit un demi-siècle plus tôt. Cette image est la seule qui montre l’intérieur d’une mercerie du XVIIIe siècle. Elle témoigne de la diversité des objets qui pouvaient être vendue dans cette boutique, connue aussi pour ses objets importés d’Orient : outre les tableaux, on observe sur le comptoir un petit miroir et des effets de toilettes, au fond une horloge et de grands miroirs. À droite, derrière un comptoir, Madame Gersaint présente un miroir à trois clients. À gauche, deux commis emballent des tableaux dans une caisse. Watteau a idéalisé la scène en prenant quelques libertés avec la réalité, notamment en faisant disparaître la façade côté rue et en donnant plus d’ampleur à la boutique qui était en réalité exigüe.

Geoffroy Petit, directeur général des postes de Flandre

Fig. 10 : Le protecteur de la famille Petit : François Michel Le Tellier, marquis de Louvois (1641-1691) peint d’après Pierre Mignard (Musée des Beaux-Arts de Reims). Le ministre pose la main sur le plan d’une fortification évoquant sa fonction de secrétaire d’État à la Guerre.

Sous Louis XIV, les postes sont affermées et leur direction est confiée, entre 1668 et 1691, à François Michel le Tellier marquis de Louvois, secrétaire d’État à la Guerre et surintendant des Postes (fig. 10). Cette dernière fonction lui permet de surveiller les entrées et sorties du territoire de correspondance et de personnes dans un but diplomatique et militaire. En 1667, après la conquête, sur les Pays-Bas espagnols, de Lille et d’une partie de la Flandre, Louvois crée une direction générale des postes de Flandre. Celle-ci est détachée de la direction générale des Postes des Pays-Bas et de l’Empire concédée au prince de Taxis. Le premier directeur connu en est un bourgeois de Paris, Jacques Charlier, fils d’une certaine Marie Petit. Geoffroy Petit, qui est peut-être l’un de ses parents, lui succède en 1681[7]. Cette nomination s’explique par les relations de la famille Petit avec Louvois. En effet le neveu de Geoffroy, Nicolas Petit de Marivats, est un proche du ministre. En atteste sa présence, celle de sa famille et de ses collaborateurs au mariage de Nicolas en 1673. De plus Geoffroy Petit, par son expérience de marchand, s’est sans doute constitué un réseau aux Pays-Bas et possède les qualités de gestionnaire nécessaires à la fonction de directeur des postes. Il est de la même génération que Louvois et appartient, comme les ancêtres du ministre, à la vieille bourgeoisie marchande parisienne. Autant de points communs qui ont pu favoriser cette nomination. Il est représentatif de cette bourgeoisie dans laquelle la monarchie recrute des commis bien plus fidèles et compétents que ce que peut fournir la vieille aristocratie.

Fig. 11 : À gauche, une voiture de messagerie transportant passagers et petits colis. Ces voitures, payant une redevance à la ferme des postes, n’étaient autorisées à voyager que de jour. À droite des messagers de la poste aux lettres à cheval. Ceux-ci étaient autorisés à voyager de nuit. Voitures de messagerie et messagers à cheval changeaient leurs chevaux dans des relais, tenus par des maîtres de poste, jalonnant les grandes routes tous les 7 lieues (environ 28 km). Extrait de la Carte de toutes les postes et traverses de France publiée par Nicolas Langlois.

L’historien Eugène Vaillé, dans son Histoire générale des postes françaises, nous donne quelques précisions sur la carrière postale de Geoffroy.En 1681 il se trouve à Maastricht, ville rendue depuis peu par les Français aux Provinces-Unies. De là Louvois l’envoie remplacer Charlier à la tête des postes de Flandre. Le ministre est en correspondance suivie avec Geoffroy Petit auquel il envoie sans cesse des instructions, s’étonnant des initiatives de son agent quand il écrit au commis de Maubeuge, sur un ordre du maréchal d’Humières, de faire mettre en liberté un messager arrêté. La correspondance de Louvois nous apprend encore que Geoffroy est « habilité à visiter les bureaux de Flandre, tant des places du côté de la mer que de l’Artois et du Hainaut ». Il y possède des compétences très larges, relevant non seulement de l’administration, mais aussi de police comme le révèle l’arrestation du messager de Maubeuge. Il contribue au renseignement militaire et diplomatique en interceptant du courrier ou en recevant des dépêches apportées par des messagers clandestins, notamment venu de Mons aux Pays-Bas espagnols. C’est d’ailleurs sans doute non loin, à Valenciennes, qu’il réside avec sa famille. Cela expliquerait que son fils Claude y ait fait l’acquisition d’une rente de seize cents livres à fonds perdu sur la ville. Valenciennes est alors la ville la plus importante située sur la route postale entre Paris et Bruxelles, comme le montre la Carte de toutes les postes et traverses de France publiée en 1626 par Nicolas Berey (fig. 12).

Fig. 12 : Carte géographique des postes qui traversent la France, levée par Nicolas Sanson d’Abbeville, gravée par Melchior Tavernier à Paris, 1632. Le réseau postal relie les grandes villes de France mais aussi l’Europe du Nord et l’Europe du sud. Le contrôle de ce réseau permet d’intercepter, pour des raisons militaires ou diplomatiques, les courriers échangés entre les possessions espagnoles et flamandes des Habsbourg.

Les attributions de Geoffroy l’amènent à travailler avec les grands voyers, les responsables des routes royales sur lesquelles circulent les messagers à cheval. L’un d’eux est Jean-Baptiste Pinterel, président et trésorier général des finances et grand voyer en la généralité de Soissons. Il devient son beau-fils en 1684, en épousant Marie-Nicole, l’aînée des enfants Petit. Incidemment le mariage permet à cette dernière d’intégrer la noblesse, signe d’ascension sociale de la famille. En effet Pinterel est issu d’une famille de la bourgeoisie anoblie. Comme son père et ses cousins présents au mariage, il porte le titre d’écuyer et vit noblement dans une seigneurie, celle de Villeneuve-sur-Fère près de Château-Thierry. C’est aussi un cousin issu de germain du dramaturge Jean Racine, témoin du mariage.

Jusqu’à quand Geoffroy reste-t-il à la tête des postes de Flandre ? Sans doute jusqu’à sa nomination comme intendant à Mayence.

Geoffroy Petit, intendant de Mayence

Dans les titres que donnent les héritiers de Geoffroy à leur père figure celui de ci-devant intendant de Mayence (ou à Mayence). Il s’agit manifestement pour la famille d’un titre de gloire. Les actes retrouvés ne donnent pas de précision sur la date et la nature de cette charge d’intendant. Mais une recherche en allemand avec l’expression « intendant von Mainz » m’a permis de retrouver un récit du siège de Mayence où notre homme apparaît dans cette fonction. Le récit, écrit par un membre de la garnison, est sans doute un rapport réalisé pour le secrétaire d’État à la Guerre et le roi[8]. Il a été exploité par l’historien allemand Johann Heinrich Hennes pour son étude Le siège de Mayence en 1689[9] auquel nous empruntons quelques lignes.

Fig. 13 : Vue de la ville de Mayence assiégée par le prince Charles de Lorraine. Gravure anonyme publiée en 1689 par François Jollain l’aîné (1660-1704), à Paris rue Saint-Jacques à l’enseigne « À la Ville de Cologne » (Bibliothèque nationale de France, GE D-8768, en ligne sur Gallica). Cette vue cavalière du siège est prise depuis le camp des Impériaux au sud-ouest. Au premier plan, l’attaque menée par les Impériaux, au second, la ville fortifiée défendue par la garnison française, au troisième, le Rhin et au dernier la ville de Cassel. En haut, armes de la ville et dans un cartouche, plan de la ville.

En octobre 1688, lors de la guerre menée par Louis XIV contre la Ligue d’Augsbourg, les troupes françaises dirigées par Duras et Vauban s’emparent de la Rhénanie et de la forteresse de Mayence. La défense de la forteresse est confiée au marquis d’Uxelles, une « créature de Louvois », comme le désigne le duc de Saint-Simon. Geoffroy Petit, qui garde la confiance du ministre, le seconde comme intendant militaire. Il est sans doute accompagné de plusieurs de ses fils.

L’année suivante la coalition allemande réagit. Le duc Charles V de Lorraine, à la tête d’une coalition de princes et plus de 40 000 hommes, écarte la menace française sur Francfort en menant, à partir du 1er juin, des attaques contre les Français dans les environs de Mayence. Puis, le 17 juillet, il commence à investir Mayence (fig. 13). En face, la garnison française se monte à seulement 7 000 hommes, mais elle s’est préparée en renforçant les défenses de la ville. L’historien Hennes raconte : « Comme vous pouvez l’imaginer, [les Français] savaient que les troupes allemandes approchaient. Et maintenant il n’y avait plus aucun doute qu’il y aurait un siège dans les formes. Le marquis d’Uxelles, qui commandait les forces d’occupation, tint des conférences sur les moyens de défense avec le gouverneur de la forteresse, de Choisy. Le directeur d’artillerie de Vigny, colonel des bombardiers, dut armer les batteries avec un détachement de son régiment, et l’ingénieur de la Cour reçut l’ordre de réparer complètement les ouvrages qui n’étaient pas encore terminés et de construire plusieurs traverses dans le fossé et la forteresse. L’intendant Petit fit charrier des fascines et des palissades jusqu’aux ouvrages avancés ». « Ce qu’il fit avec une très grande diligence », précise le récit anonyme du siège. « Il s’assura également qu’il y avait un bon approvisionnement en bœufs et en moutons. Armuriers, charrons, forgerons d’outils et d’armes, tout s’est mis en branle. Le second directeur de l’artillerie, de Camelin, était chargé de préparer les batteries ; l’ingénieur de Boudeville fit déblayer quelques points d’accès plus petits des arbres et buissons aux points d’attaque. »

Fig. 14 : Extrait de la vue cavalière du siège. Au premier plan l’attaque des Impériaux menée par des tranchées creusées en zigzag pour éviter les tirs en enfilade et réduire les effets des bombes lancées depuis les remparts. Au second plan les Français se défendent sur le haut des remparts, protégés par des mantelets ou des fascines. À gauche l’un d’eux lance une bombe dans la tranchée ennemie. Sous les bastions, les Français ont aménagé des boulevards de terre. C’est là que Geoffroy Petit a fait planter des palissades destinées à gêner les tentatives d’assaut. Les Français ont abandonné les canons disposés sur les défenses avancées tels que les boulevards mais continuent de tirer depuis les bastions. Les Impériaux ont disposé les leurs dans des redoutes de terre, que les Français prennent pour cible. De part et d’autre, les panaches de fumées témoignent des échanges intenses d’artillerie.

Malgré la supériorité numérique des assiégeants, les Français se défendent efficacement. Ils multiplient les sorties, détruisent les mines et les travaux des ennemis, font des milliers de morts et de blessés parmi lesquels plusieurs princes allemands (fig. 14 et 15). Les assiégeants manquent d’hommes et de munitions, souffrent de la dysenterie. Craignant l’arrivée de renforts, ils lancent, le 6 septembre, toutes leurs troupes à l’assaut. Mais les assiégés parviennent à les repousser. Selon l’auteur anonyme du récit, le duc de Lorraine aurait certainement levé le siège s’il s’était encore prolongé longtemps. Mais le marquis d’Uxelles se trouve à court de munitions et ne peut plus attendre les renforts promis. Le 8 septembre, après sept semaines de combat acharné, il se résout à capituler. Devant cette reddition inespérée, le duc de Lorraine accepte les conditions du vaincu. La garnison française, forte encore de six mille hommes, se retire le 11, tambour battant, enseignes déployées, avec armes et bagages. Elle est conduite jusqu’à Landau, possession française la plus proche.

Fig. 15 : Plan manuscrit du siège de Mayence, 1689. (Bibliothèque nationale de France, GE D-15960, en ligne sur Gallica). Le Nord est à droite. La ville et les fortifications maçonnées figurent en rouge. Elle est entourée par le Rhin et des fossés en eau figurant en bleu-vert. La circulation des bateaux sur le Rhin est bloquée par des chaînes. L’approche de la ville par le fleuve est bloquée par une chaîne de bateaux. Les Français ont renforcé les défenses par des ouvrages extérieurs en terre figurant en vert-clair, placés devant les bastions. Ce sont sur ces ouvrages que Geoffroy Petit a fait placer des fascines protégeant les défenseurs et des palissades pour gêner les attaquants. En jaune apparaissent les tranchées et ouvrages réalisés par le duc de Lorraine ; en gris clair ceux réalisés par l’électeur de Bavière.

Quel est le bilan de ce siège ? Du côté allemand les pertes sont considérables : peut-être 14 000 morts dont un grand nombre d’officiers. Du côté français elles sont plus limitées : 1 200 blessés et 1 000 morts. Parmi eux se trouvent peut-être Charles et André Petit, les deux fils aînés de Geoffroy : ils n’apparaissent pas parmi les héritiers de leur mère en 1700 ni de leur père en 1701, preuve qu’ils sont décédés sans postérité avant ces dates. Quant au fils puîné Claude, âgé alors de 20 ans, c’est certainement à Mayence qu’il a acquis l’expérience lui permettant d’être reçu deux ans plus tard ingénieur militaire[10]. On comprend donc que le siège ait constitué un événement marquant pour la famille Petit.

Comment les défenseurs furent-ils accueillis à leur retour en France ? Le marquis d’Uxelles fut d’abord hué par la foule. Mais comme ni lui ni ses hommes n’avaient démérité, ni Louis XIV ni Louvois ne leur ont tenu rigueur de leur défaite. Aussi, l’auteur du récit du siège a pu écrire « C’est avec raison qu’on a regardé cette défense comme une des plus belles qui se soit faite du règne du roi ». Dans ces conditions, Geoffroy Petit a pu continuer de servir Louvois. Cependant, âgé de plus de 50 ans et certainement éprouvé par le siège, il se retire, sinon dès son retour en France, au moins après la mort de son protecteur en 1691.

C’est à cette date que son fils Claude est reçu ingénieur du roi. Homme de l’art formé à l’attaque, la défense, la construction et l’entretien des fortifications, il est affecté à la place de Dunkerque et participe à l’achèvement des fortifications commencées par Vauban en 1668.

Geoffroy Petit, seigneur de Nanteau-sur-Lunain

Fig. 16 : Extrait du Plan du territoire de Nanteau-sur-Lunain dressé entre 1778 et 1789 où l’on peut voir le château dans son parc, le village et le hameau de Saint-Lienne traversés par la rivière Lunain. (Plans de l’intendance de Paris, Archives de Seine et Marne, 1C40/10).

Comme beaucoup de bourgeois voulant vivre noblement, Geoffroy Petit s’achète une seigneurie, celle de Nanteau-sur-Lunain près de Nemours[11]. Il en est seigneur au moins dès 1692, date à laquelle il apparaît comme témoin sur les registres de la paroisse voisine. En effet, le dimanche 9 décembre, il est parrain d’un fils de Jacques Davisson, chevalier et seigneur de Nonville auquel il donne son prénom. La seigneurie de Nanteau comprend alors un château du XVIIe siècle (fig. 16 à 18), le village de Nanteau et le hameau de Saint-Lienne, constitué autour du prieuré de Saint-Liesne-lès-Nanteau, dépendant de l’abbaye de Rozoy au diocèse de Sens. Geoffroy, sa femme Andrée et leur fils puîné Claude se font alors désigner par le nom de leur seigneurie. Geoffroy est dit « sieur de Nanteau », sa femme est désignée sous l’appellation de « dame de Nanteau » dans un acte de baptême de 1696. Geoffroy et Claude sont dénommés « Petit dit de Nanteau » ou « Petit de Nanteau ». Quant au fils cadet, Jean-Baptiste Geoffroy, il se fait appeler « Petit de Saint-Lienne », du nom du hameau. Le fait d’accoler le nom de sa terre à son nom ou de substituer son nom par le nom de sa terre est une pratique commune qui permet de se donner une apparence de vieille noblesse terrienne. Pour les Petit, qui portent un nom très commun, c’est aussi une manière de se distinguer de leurs nombreux homonymes. Ainsi les descendants de Geoffroy Petit de Nanteau portent les noms de Petit de Saint-Lienne puis Petit de Champlain ; ceux de son frère Pierre portent les noms de Petit de Marivats puis Petit du Bois d’Aulnay, Petit de la Galanderie, Petit de Dracy, Petit de Foix, Petit d’Arthé, Petit du Motet.

Fig. 17 : Plan du château de Nanteau extrait du cadastre napoléonien dressé entre 1824 et 1850. (Archives de Seine et Marne, 4P37/3942 : section H, 2e feuille). Le rapprochement avec le plan de l’intendance montre le château et le parc dans leurs dispositions existantes à la fin du XVIIIe siècle. Le château se compose d’un bâtiment d’une cinquantaine de mètres. Il donne au sud sur une vaste cour d’une centaine de mètres de long, bordée de communs ; au nord sur un parc comprenant deux bassins et des canaux alimentés par le Lunain.
Fig. 18 : Le château de Lunain avant 1906. (Carte postale G.B.N.G. Nemours. Coll. G. Langlois). Il reprend l’ordonnance classique des châteaux de style Louis XIII : un corps de bâtiment central encadré par deux pavillons, construit en brique avec encadrements de pierre, un toit couvert d’ardoises avec lucarnes. Par ses dimensions il se rapproche de celui de voisin de Chevry-en-Sereine, construit dans un style plus sobre entre 1610 et 1633. Jusqu’au milieu du XIXe siècle deux pavillons étroits et sans doute bas prolongeaient le bâtiment de chaque côté.
Fig. 19 : L’entrée du château de Nanteau-sur-Lunain avant 1913. Carte postale A. Poignard, Nemours (Document aimablement communiqué par le COS CRPF.) La cour encadrée de bâtiments visible sur le cadastre ancien (fig. 17) a disparu pour laisser place à une vaste pelouse.
Fig. 20 : La façade nord du château, identique à la façade sud, vers 1900. Au premier plan le Lunain canalisé. (Carte postale A. Poignard photographe à Nemours). Le château, régulièrement inondé par les crues de la rivière, est alors en mauvais état. En 1913, l’industriel Gustave Lesueur le rachète pour le raser et construire un nouveau château situé à la place de la ferme, sur la colline, dans le prolongement du grand bassin.
Fig. 21 : Les écuries de l’ancien château de Nanteau (à droite). Du château classique ne subsistent que cette partie du bâtiment ouest des communs et les bassins du parc. L’ensemble abrite actuellement un Centre de réadaptation professionnelle et de formation. (Photo : COS de Nanteau).

Une fin parisienne

Le début du XVIIIe siècle commence de manière tragique pour la famille Petit. Geoffroy perd successivement sa femme Andrée, décédée en mars 1700 puis son fils Claude, mort en activité à Dunkerque, le 18 janvier suivant. Il les suit dans la mort le 2 septembre 1701. Il était alors hébergé chez sa sœur, Anne Petit veuve du sieur Martin de Saint Amand marchand pelletier à Paris, dans l’appartement que celle-ci occupait au premier étage de la maison qui avait anciennement pour enseigne « Le pot d’étain », rue au Maire, paroisse Saint-Nicolas des Champs. Marie-Nicole Petit épouse Pinterel de Villeneuve et Jean-Baptiste Geoffroy Petit de Saint-Lienne, alors âgé de 16 ans, sont ses seuls héritiers. Ils vendent peu après la seigneurie de Nanteau. Pourvu d’un héritage conséquent, Jean-Baptiste Geoffroy (fig. 19) va faire une belle carrière financière comme premier commis de John Law de Lauriston, directeur de la Compagnie française des Indes orientales et Contrôleur général des finances.

Fig. 22 : Portrait présumé de Jean-Baptiste Geoffroy Petit-de-Saint-Lienne, seigneur de Renay par Laumosnier, 1728. Ce portrait, peint à la mode aristocratique à la manière de Hyacinthe Rigaud, est une image de la réussite sociale de la famille Petit (Collection privée).

Gauthier Langlois, 20 février 2022

Notes

[1] « La vigne et le vin », France Archives, Portail national des Archives, 21 janvier 2022.

[2] René de Lespinasse, « Merciers », Les métiers et corporations de la ville de Paris : XIVe-XVIIIe siècles. II. Orfèvrerie, sculpture, mercerie, ouvriers en métaux, bâtiment et ameublement, Paris, 1892, p. 232-285. Pierre Verlet, « Le commerce des objets d’art et les marchands merciers à Paris au XVIIIe siècle », Annales économies, sociétés, civilisations, 13ᵉ année, n° 1, 1958. pp. 10-29.

[3] Rose-Marie Herda-Mousseaux, La Fabrique du luxe. Les marchands merciers parisiens au XVIIIe siècle, exposition au musée Cognacq-Jay, 29 septembre 2018-27 janvier 2019.

[4] « Des ‘bourgeois de Paris’ à la bourgeoisie parisienne (XVIIe-XVIIIe siècles) », dans Thierry Belleguic et Laurent Turcot (dir.), Les histoires de Paris (XVIe-XVIIIe siècles), actes du colloque tenu à Québec les 22-25 septembre 2010, Paris, Hermann Éditeurs, tome 1, 2013, p. 269-283.

[5] René de Lespinasse, « Marchands de vin – taverniers », Les métiers et corporations de la ville de Paris : XIVe-XVIIIe siècles. I. Ordonnances générales, métiers de l’alimentation, Paris, 1886, p. 669-699.

[6] Mathieu Marraud, Le pouvoir marchand. Corps et corporatisme à Paris sous l’Ancien Régime, Champ Vallon, 2021, 512 p.

[7] Eugène Vaillé, Histoire générale des postes françaises. Tome 4, Louvois, surintendant général des postes, 1668-1691, Paris, Presses universitaires de France, 1951, p. 74, 96, 114, 213, 215, 216, 444, 466, 535. André Corvisier, Louvois, Paris, éditions Fayard, 1983, p. 222-240.

[8] Relation du siège de Grave en 1674 et de celui de Mayence en 1689, Paris, Jombert, 1756, p. 291.

[9] Johann Heinrich Hennes, Die Belagerung von Mainz im Jahr 1689, Mainz, verlag von Victor von Zabern, 1864, p. 22.

[10] Catherine Bousquet-Bressolier, « Être ingénieur à l’aube du siècle des lumières », Bulletin du Comité français de cartographie, n° 138, décembre 1993, p. 35-42.

[11] À ne pas confondre avec Nanteau-sur-Essonne.

La généalogie de Geoffroy Petit de Nanteau est consultable sur Geneanet. Une version au format Word du présent article est disponible ici : Geoffroy Petit

Sources manuscrites

Les sources mentionnées ci-dessous n’ont pas toutes été consultées. D’autres sources sont mentionnées dans la généalogie en ligne. La liste des sources est appelée à s’enrichir grâce à la progression des dépouillements.

  • 1680, 7 octobre. Constitution de rentes par Louis Mallevillain et Nicolas Mallevillain à Mr. Geoffroy Petit. Étude de Pierre Benoist, Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/94.
  • 1680, 10 novembre. Bail de ledit sieur Geoffroy Petit à André Le Contre et Élisabeth Barthélémy sa femme. Étude de Pierre Benoist, Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/94.
  • 1681, 6 juin. Bail de Geoffroy Petit à Gratien Laurent et sa femme. Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/96.
  • 1682, 1 janvier. Constitution de rentes par Louis Broussin et sa femme à Geoffroy Petit, Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/98.
  • 1682, 14 janvier. Constitution de rentes par Louis Malvillain et sa femme à Geoffroy Petit. Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/98.
  • 1682, 17 janvier. Procuration Geoffroy Petit. Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/98.
  • 1682, 17 janvier. Remboursement Andrée Dannequin et le procureur de Geoffroy Petit à sa majesté. Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/98.
  • 1682, 19 janvier. Remboursement Andrée Dannequin à sa majesté. Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/98.
  • 1682, 7 décembre. Rachat Geoffroy Petit à Louis Malvillain. Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/101.
  • 1682, 18 mars. Constitution de rentes de la ville de Paris à Geoffroy Petit. Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/102.
  • 1682, 25 mars. Constitution de rentes de la ville de Paris à Geoffroy Petit. Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/102.
  • 1687, 11 septembre. Désistance d’usufruit Geoffroy Petit et Andrée Dannequin sa femme à Jean-Baptiste Pinterel et Marie Nicolle Petit sa femme. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central. Indiqué dans MC/RE/XXXVIII/2 (minutes non conservées).
  • 1688, 26 octobre. Bail Geoffroy Petit à Claude Dannequin. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central. (minutes non conservées).
  • 1690, 8 octobre. Déclaration de Nicolas Cocuel à Geoffroy Petit. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central. Indiqué dans MC/RE/XXXVIII/2 (Minutes non conservées).
  • 1693, 29 avril. Compte et obligation Geoffroy Petit et Claude Dannequin. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central, MC/ET/XXXVIII/16.
  • 1693, 29 avril. Démission Claude Dannequin. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central, MC/ET/XXXVIII/16.
  • 1693, 30 juillet. Bail Geoffroy Petit à Jean Becquet. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central. Indiqué dans MC/RE/XXXVIII/2 (Minutes non conservées).
  • 1693, 28 novembre. Quittance de Geoffroy Petit à Jean-Louis Arnault. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central. Indiqué dans MC/RE/XXXVIII/2 (Minutes non conservées).
  • 1697, 4 février. Bail de Simon Bazin à Geoffroy Petit. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central, MC/ET/XXXVIII/26.
  • 1699, 24 décembre. Quittance du roi à Geoffroy Petit. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central, indiqué dans MC/RE/XXXVIII/2 (minutes non conservées).
  • 1700, 16 avril. Constitution de rentes par la ville de Paris à Geoffroy Petit. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central, MC/ET/XXXVIII/34.
  • 1701, 23 septembre. Inventaire après décès de Geoffroy Petit, seigneur de Nanteau, époux de Andrée Dannequin, en présence de Jean-Baptiste Pinterel de Villeneuve et son épouse Marie-Nicole Petit, de Claude Dannequin, de Jean-Baptiste Geoffroy Petit, de Anne Petit veuve de Martin de Saint-Amand. Étude de Pierre Aveline. Archives nationales, Paris, MC/ET/XXXVIII/38. En ligne sur Geneanet : https://www.geneanet.org/registres/view/471933/179?individu_filter=19334091

Annexes

Liste des directeurs généraux des postes de Flandre

L’établissement de cette liste n’est pas une tâche facile car la Poste n’est pas à cette époque une administration mais un service concédé en fermage à des particuliers. Il n’y a donc pas d’archives publiques la concernant directement et il faut glaner des informations dans les ouvrages et archives en ligne pour parvenir à la liste suivante :

Les seigneurs de Nanteau-sur-Lunain

Fig. 23 : La façade sud du château de Nanteau-sur-Lunain avant 1910. (Document aimablement communiqué par le COS CRPF.). Le château est alors propriété du comte de La Tour du Pin.

Un sondage dans les registres de baptême, mariage et sépulture de Nanteau et quelques autres sources permet de repérer quelques seigneurs du lieu.

  • 1692-1701. Geoffroy Petit, sieur de Nanteau et son épouse Andrée d’Annequin, dame de Nanteau.
  • 1708. Gabriel de Queneville, bénéficiaire d’une lettre royale d’anoblissement.
  • 1715, 28 octobre. Honorable personne Mademoiselle Elisabeth Testard demoiselle de Nanteau (vue 163) et d’Élisabeth de la Loyre dame de Nanteau (vue 164) apparaissent comme marraines à l’occasion de deux baptêmes.
  • 1717 et 1718. Dame Marie Marthe Bellan, « dame de cette paroisse de Nanteau épouse de messire Bertrand de Sabatier écuyer, seigneur de cette paroisse, maitre ordinaire de la garde-robe de son altesse royale Madame » signe comme marraine sur deux actes de baptêmes. (Vue 173.)
  • 1728 et 1758. Joseph Michel Hyacinthe Lallemand de Betz, chevalier, fermier général et époux de Marguerite Mayet de Ratilly.
  • 1786. André François Petit, écuyer, secrétaire du roi, seigneur de Nanteau-sur-Lunain, époux de Marie Barbier, décédé vers 1786. Cet André François Petit de Nanteau a-t-il un lien de parenté avec Geoffroy Petit ? Faute de de connaître son ascendance, l’interrogation est pour l’instant sans réponse.
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Dame Carcas sur France 2

La légende de Dame Carcas a été présentée sur le Journal de 13 heures de France 2 du samedi 28 septembre 2019. Vous y verrez successivement des touristes devant la statue de Dame Carcas, le conteur Alan Rouch et les enfants de l’école calandreta de la Cité, l’architecte Christian Jaumes et l’historien Gauthier Langlois.

Le reportage a été tourné les 22 et 23 septembre 2019 par Marie Candice Delouvrié et Thierry Gardet. Le format de l’émission a du être réduit en raison de l’actualité rouennaise et chiraquienne.

Ce reportage a inspiré à Dominique Fumanal un billet consacré à l’Étymologie de Carcassonne sur son blog Etymolog!que, publié le 28 septembre 2019.


Pour en savoir plus :

  • Marie Candice Delouvrié et Thierry Gardet, « Contes et légendes : La Dame de Carcassonne », Journal de 13 h France 2, 28 septembre 2019.
  • « Dame Carcas et les origines légendaires de Carcassonne », un article de Gauthier Langlois publié dans le magazine Histoire, de l’Antiquité à nos jours, hors série n° 56, Carcassonne 6000 ans d’Histoire, juillet 2019.
  • La bande dessinée Histoire(s) de Carcassonne dans laquelle on retrouvera à travers deux histoires la Légende contée par un troubadour au XIIe siècle et la réalisation de la statue de Dame Carcas au XVIe siècle.
  • Le manuscrit enluminé de la légende de Dame Carcas, oeuvre de Christian Jaumes, à paraître début octobre.
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Les rapports entre les religions dans le Midi, des origines à nos jours

Vient de paraître !

Les rapports entre les religions dans le Midi, des origines à nos jours
Actes du 63e congrès de la Fédération historique Midi-Pyrénées, Castres 2017

Le 63e congrès de la Fédération historique Midi-Pyrénées s’est réuni à Castres du 6 au 8 octobre 2017, à l’invitation de la Société culturelle du Pays Castrais et de la Société des sciences, arts et belles lettres du Tarn. En cette année de commémoration du 500e anniversaire de la Réforme, il fut consacré aux Rapports entre les religions, dans le Midi, des origines à nos jours. Dans une perspective largement interdisciplinaire, et sur la longue durée, les actes de ce congrès apportent des éclairages sur les relations entre toutes formes de religions (du paganisme aux monothéismes contemporains, en prenant en compte les engagements spirituels les plus divers, ainsi que les convictions a-religieuses ou anti-religieuses affirmées), des relations les plus conflictuelles aux plus apaisées, du sommet à la base des sociétés.

Introduits ou conclus par quatre conférences des professeurs Jean-Marie Pailler, René Souriac, Jacqueline Lalouette et Patrick Cabanel, les dix ateliers, réunissant 32 auteurs, brossent un tableau très complet de ces relations orageuses ou apaisées entre religions, de l’Antiquité à nos jours, pour toute la région Occitanie, dont Castres et la montagne tarnaise sont le cœur géographique et un des épicentres.

TABLE DES MATIERES

  • Accueil par Jean Faury
  • Allocution de Madame Brigitte Laquais
  • Allocution de Madame Éva Géraud
  • Allocution de Monsieur Aimé Balssa
  • Allocution de Monsieur Bertrand de Viviés

Antiquité et Moyen Âge

  • Conférence introductive : Religions et rapports entre religions en Gaule du sud au temps du martyre de Saturnin (250), Jean-Marie Pailler

Du paganisme aux « Sarrasins »

  • Ordre et désordre dans le panthéon d’une cité romaine des Pyrénées centrales : questions sur la structure religieuse de la ciuitas des Convènes, Jean-Luc Schenck-David
  • Ariens et Nicéens à Tolosa au Ve siècle : le cas de l’église wisigothique dite La Daurade, Jean Cassaigneau
  • Remarques sur la présence (ou l’absence) des juifs et des musulmans dans l’hagiographie méridionale au Moyen Âge, Fernand Peloux
  • Aux origines de la chanson de geste Guillaume d’Orange : traditions historiques et légendaires musulmanes et chrétiennes autour de la razzia sarrasine de 793 en Languedoc, Gauthier Langlois
  • Vaudois et juifs dans le Midi méditerranéen Les vaudois à Béziers et dans le Biterrois entre albigeois et catholiques, leurs traces littéraires dans le Breviari d’Amor de Matfres Ermengaud, Henri Barthés
  • Histoire juive, sources chrétiennes : communautés juives et notariat chrétien : les libri judeorum catalans, 1285-1360, Chloé Bonnet
  • Les relations entre les maîtres juifs et les chrétiens (Perpignan, circa 1380-1420), Sarah Maugin et Claude Denjean

Marginalité et hérésies au Moyen Âge

  • Périphéries et marginalités en regard de quelques textes conciliaires et synodaux médiévaux, P. Philippe-Joseph Jacquin
  • La dispute entre catholiques et bons hommes à Montréal (Aude) en 1207, Pilar Jiménez Sanchez

Période moderne

  • Conférence introductive : Un historien moderniste face aux questions religieuse du XVIe siècle, René Souriac

Contacts entre religions à l’époque moderne

  • L’esclavage en Méditerranée : les esclaves chrétiens à Tunis au XVIIe et XVIIIe siècles, Geneviève Falgas
  • Trente ans de controverses entre protestants et catholiques du Midi (1629-1659), Guy Astoul
  • Convergences et divergences épiscopales méridionales face au protestantisme, Guillaume Gras
  • La révocation de l’édit de Nantes fut-elle un drame pour les protestants du Pays d’Olmes ? Bruno Evans

La montagne tarnaise

  • Habitat et demeures dans la montagne castraise durant les guerres de Religion (Tarn, 2e moitié du XVIe s.) : vitalité des agglomérations ou reconstructions ? Adeline Béa.
  • La cohabitation confessionnelle au XVIIe siècle dans le consulat de Viane (Tarn) : une étude socio-spatiale, Laure Demarest-Soubrié
  • Les dimensions religieuses de l’affaire Sirven, Jack Thomas

Castres, capitale protestante

  • Castres, capitale judiciaire : la chambre de l’Édit de Languedoc en résidence à Castres (1595-1670), Stéphane Capot
  • Paul Pellisson et les époux Dacier face à la tentation d’abjurer, Eliane Itti
  • La guerre ou la paix ? Le synode national des Églises réformées de France tenu à Castres sous le regard du roi, du parti protestant et des catholiques méridionaux, Pierre-Jean Souriac

Période contemporaine

  • Conférence introductive : La construction de la laïcité française. De la Déclaration des droits de l’homme à la séparation des Églises et de l’État (1789-1905), Jacqueline Lalouette

Dissidents catholiques et protestants

  • Congénies, quelques centaines d’habitants et quatre confessions (Gard, 1750-1850). De l’entre-soi à la communauté villageoise, Danielle Bertrand-Fabre
  • Étude socio-historique des mouvements de « réveil » du protestantisme tarnais dans la montagne du Tarn au XIXe siècle, Jean-Louis Prunier

Catholiques, protestants et juifs sous l’Occupation

  • Catholiques et protestants de Vabre : le rôle des Églises dans l’accueil et le sauvetage des Juifs durant l’Occupation, Michel Cals
  • Secours et dialogues : l’action de Mgr Bruno de Solages, Marie-Thérèse Duffau
  • L’archevêque d’Albi face à la rafle du Vél d’Hiv : genèse et exégèse de la lettre du 20 septembre 1942 de Jean-Joseph-Aimé Moussaron, Cédric Trouche-Marty
  • Catholiques et juifs dans le Gers (1939-1944), Geneviève et Georges Courtès

Dialogues interreligieux et laïcité

  • Les laïques tarnais et les religions, Jean Faury
  • Catholiques et francs-maçons, Paul Pistre
  • Les relations entre Chrétiens et Musulmans en Occitanie. Le cas des moines bénédictins d’En Calcat et de la confrérie soufie ‘Alawiyya, Habib-Mohamed Samrakandi

Mémoire et mise en récit historique

  • Une mémoire intolérante ? La fête de la Délivrance à Toulouse, Maïté Recasens
  • Fête de la Délivrance, le tricentenaire, Françoise Petit
  • Catholiques et protestants à Mazamet : quelle(s) mise(s) en récit d’un passé « paradoxal » ?, Stéphanie Maffre
  • Conférence finale : Frontières et failles de religion dans le Sud de la France, Patrick Cabanel
  • Discours de clôture, Jean Faury

Un recueil de 576 pages reprenant ces interventions vient d’être édité (septembre 2019) avec un tirage limité (400 exemplaires). Il est vendu au prix public de 29 €. (+ 6 € si envoi postal). Pour toute réservation vous devez adresser le bon de commande à télécharger accompagné d’un chèque à l’ordre de la SCPC, à la Société culturelle du Pays Castrais, 8 place Soult 81100 Castres.

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La correspondance amoureuse d’un financier en Languedoc avec la femme de chambre de la princesse de Condé (XVIIIe siècle)

Fig. 1 : Dos de la lettre du 24 août 1741 de François de Frézals à son épouse Louise de Larzillière. Pour être expédiée la lettre était pliée et fermée par un cachet de cire, visible ici en deux fragments. Sur le dos figure l’adresse (Madame Frezals a l’hotel de Condé a Paris) et le cachet de la poste de Toulouse

Entre 1732 et 1741 François de Frézals, directeur des domaines de la généralité de Toulouse entretient une correspondance avec son épouse Louise de Larzillière, femme de chambre de la princesse de Bourbon-Condé à Paris. Les seize lettres conservées, rédigées dans un style galant, libertin, érotique ou poétique, nous font pénétrer dans l’intimité d’un couple de la bourgeoisie cultivée du règne de Louis XV. On y perçoit aussi les rapports du couple avec la haute aristocratie (les Egmont, Bourbon-Condé, Chevreuse) et le monde de la finance (comme les fermiers généraux). L’édition de ces lettres constitue une intéressante source sur la société du XVIIIe siècle, en particulier sur l’amour et la santé.

Présentation

Peu de correspondances privées du XVIIIe siècle, mis à part celles de célébrités politiques ou littéraires, ont été publiées. Ces écrits du for privé constituent pourtant une source précieuse pour l’historien[1]. Elles nous font pénétrer dans l’intimité des familles. Telle est le cas des lettres envoyées par François de Frézals, directeur des domaines à Montpellier puis Toulouse, à son épouse, Louise de Larzillière, femme de chambre de la princesse de Condé[2] (fig. 2).

Fig. 2 : Portrait présumé de Louise de Larzillière, réalisé après son remariage en 1746. Photo et collection Henri Merlin.

Les deux époux sont issus d’un milieu de robe moyenne ou de domesticité au service des comtes de Braine qui sont, dans la première moitié du siècle, Louise, duchesse de Durfort-Duras, sa fille Henriette et l’époux de cette dernière, le prince d’Egmont-Pignatelli. Le père de François est receveur du comté de Braine et subdélégué de l’intendant de Soissons. Celui de Louise est valet de chambre de la duchesse.

Si l’on suit des érudits du XIXe siècle, les Frézals sont issus d’une très ancienne famille de la noblesse d’épée et de robe d’origine languedocienne et rouergate[3]. Mais cette filiation n’est sans doute qu’une tradition inventée pour se donner des origines prestigieuses comme l’on fait de nombreuses familles bourgeoises anoblies[4]. Son père est en réalité issu d’une famille de petits bourgeois du village de Saint-Pantaléon dans le diocèse de Cahors. En 1698, il réside à Milly-sur-Thérain, village situé à proximité de Beauvais et y exerce la fonction de garde du corps du seigneur du lieu, le maréchal de Boufflers. Il s’y marie avec Françoise Cosme, fille d’un officier du roi. C’est dans ce village du Beauvaisis que, le 25 octobre 1699, naît François, leur premier enfant. Quelques années après, le couple s’installe à Braine où Bernard, qui s’intitule conseiller du roi, est l’un des receveurs du comté[5] puis cumule cette charge avec celle de subdélégué de l’Intendant de Soissons dans la ville.

Fig. 3 : François de Frézals et sa famille

Les Larzillière forment une famille de domestiques et d’officiers au service de la haute aristocratie. Claude de Larzillière, le père de Louise, est d’abord valet de chambre tapissier de Louise Eschalard de la Marck, héritière du comté de Braine et duchesse de Durfort-Duras par son mariage. La mère de Louise, Claude Gérard de Larzillière, est issue d’une famille de laboureurs, de marchands et d’officiers seigneuriaux. Ils se sont mariés en 1710 en présence du comte de la Marck, de la duchesse de Duras, de sa fille la future comtesse d’Egmont et de l’intendant de Soissons. Après la mort de la duchesse, le père devient officier du dauphin Louis de France (futur Louis XV), puis valet de chambre de la comtesse d’Egmont. Le couple réside le plus souvent avec ses maîtres, à Paris ou à Braine (fig. 4) où leur fille Louise naît en 1711[6].

Fig. 4: Plan de la ville, du château et de l’abbaye de Braine en 1767. (Archives de l’Aisne, 8Fi1632). Ce plan est l’un des rares documents permettant de connaître le cadre de vie de François Frezals, Louise de Larzillière et leurs parents alors au service des comtes de Braine. Ils vivent avec leurs maîtres dans le château du Bas qui est agrémenté d’un grand parc à la française. À l’Est du château l’abbaye de Saint-Yved. À l’Ouest hors du plan subsistent les ruines romantiques du château médiéval de la Folie. De tous ces monuments, détruits à partir de 1793 ou pendant la guerre de 14-18, il ne reste plus grand-chose.

François et Louise, sa cadette de douze ans, sont élevés dans l’intimité de la famille comtale qu’ils suivent dans ses différentes résidences : le château du Bas à Braine (fig. 4), les hôtels d’Egmont et de Condé à Paris (fig. 5). Le niveau culturel de François, tel qu’on le déduit de ses lettres, montre qu’il a reçu une fort bonne éducation. Il connaît le latin, possède des références historiques et littéraires : il se compare à don Quichotte, qualifie un fermier général de Machiavel, fait allusion, avec l’oraison de Saint Julien, à un conte de Boccace repris par La Fontaine. Il fréquente le théâtre de Toulouse, lit les poètes à la mode tels que Willart de Grécourt et Régnier-Desmaret et entretient peut-être des relations épistolaires avec le poète Antoine de Laurès. Il compose des poèmes pour sa femme. Il consulte régulièrement la Gazette et le Mercure de France qui lui permettent de s’informer de l’actualité mondaine, politique et littéraire. Bref, c’est un homme cultivé, sans doute apprécié des cercles mondains et tout à fait conforme aux financiers tels que Guy Chaussinand-Nogaret les a décrits[7].

Fig. 5 : À Paris Louise de Larzillière vit aux côtés de la princesse de Condé sa maîtresse dans un véritable château urbain, l’hôtel de Condé et son jardin à la française. L’ensemble occupe la plus grande partie de l’îlot triangulaire situé en haut à gauche de l’image. L’hôtel est bordé à l’ouest par la rue de Condé, à l’est par la rue des Fossés Monsieur le Prince, au sud par la rue de Vaugirard qui la sépare du palais du Luxembourg. À l’ouest (en bas à droite sur l’image), l’église paroissiale Saint-Sulpice que fréquente Louise. Au centre, au 8 rue de Tournon et jouxtant au nord l’hôtel des Ambassadeurs, l’hôtel construit par Saint-Aignan où Louise logeait en 1732. Jouxtant ce dernier au nord, l’hôtel de Terrat (aujourd’hui hôtel de Brancas au 10 rue de Tournon) propriété en 1719 de Jean-Petit de Saint-Lienne dont Louise épouse le fils en secondes noces en 1747. (Perspective cavalière extraite du plan de Turgot, réalisé en 1734-1739).

En 1732 François de Frézals est au service de la Ferme générale. Alors qu’il fait la cour à son amie d’enfance, il est nommé en Languedoc. Au cours d’un séjour à Paris, les deux amis deviennent amants. De cette relation libertine naît en 1738 un garçon, mort en bas âge. À cette date, Louise est femme de chambre de Caroline de Hesse-Rheinfels, l’épouse du prince Louis-Henri, duc de Bourbon-Condé (fig. 6). Sans doute doit-elle cette place à la faveur d’Henriette Julie de Durfort-Duras, fille de la duchesse que le père de Louise servait. À cette date Henriette, plus connue sous son nom marital de Madame d’Egmont, est depuis longtemps la maitresse du duc de Bourbon-Condé[8]. Et c’est en partie sous l’influence de sa maitresse que le duc s’est marié à la jeune Caroline[9].

Fig. 6 : La maîtresse de Louise de Larzillière : Caroline-Charlotte de Hesse-Rheinfels-Rotenbourg et Kazazyan (1714-1741). En 1728, alors âgée de seulement de 14 ans, elle est mariée au duc Louis-Henri de Bourbon-Condé, prince de sang. Les fleurs de lis d’or sur champ azur de sa robe rappellent son rang de princesse royale. (Tableau d’après Pierre Gobert, Musée Condé, Chantilly).

François et Louise se marient en 1740, en présence de tous les Egmont-Pignatelli et Bourbon-Condé. Mais François doit retourner peu après en Languedoc, laissant sa femme à Paris. Ces séparations successives sont à l’origine de la correspondance conservée.

En effet, François réside à Toulouse où il exerce la fonction de directeur des domaines et de la régie du franc-fief de la généralité de Toulouse. En quoi consiste cette fonction ? La réponse nécessite un développement sur le fonctionnement des finances royales. Sous l’Ancien Régime la plus grande partie des revenus de l’État est affermée. Depuis 1726, l’ensemble des fermes est affermé par bail de six ans, à une compagnie financière de quarante membres, appelée Les fermes générales ou Fermes unies[10]. Cette compagnie avance à l’État la somme convenue par le bail, et en échange, se charge de percevoir les droits du roi en conservant de substantiels bénéfices. On dirait aujourd’hui que les Fermes générales assuraient une délégation de service publique. La Ferme des domaines[11] est l’une des cinq grosses fermes des Fermes générales. Elle est représentée au niveau de chaque généralité par un directeur des domaines. Selon Boquet, le « Directeur de la ferme des domaines, est le premier employé, chargé de diriger tous les autres, qui lui sont subordonnés, et qui doivent lui rendre compte de leurs régies, recette et administration. »[12] L’ensemble des droits perçus par les commis dirigés par le directeur des domaines est assez considérable. On peut citer les revenus du domaine royal, c’est-à-dire les droits féodaux des seigneuries appartenant au roi ; des droits d’enregistrement, c’est-à-dire le droit de timbre, taxe perçue sur les actes publics, et le contrôle des actes des notaires ; des droits de mutations sur les propriétés ; les droits de justice consistants en des amendes, confiscations… S’ajoute à cela la régie des droits de franc-fief, une taxe perçue depuis le Moyen Âge sur les roturiers propriétaires de biens nobles, qui, en échange, n’étaient pas soumis au service militaire.

Fig. 7 : Cachet de la ferme des domaines aux armes de France utilisé par François de Frézals

François de Frézals exerce donc une fonction importante qui peut être assez lucrative, car plusieurs directeurs des domaines sont devenus ensuite fermiers généraux. Les directeurs reçoivent un traitement qui leur permet de vivre confortablement et les assimile aux élites nouvelles. Cependant le niveau de richesse de Frézals ne lui permet pas d’être indépendant financièrement et de rejoindre sa femme. Mais il n’est pas dans la gêne. S’il gronde sa femme pour une lettre dont elle aurait pu éviter les frais de port ou la félicite pour les économies qu’elle réalise, c’est par souci d’une bonne gestion financière plutôt que par nécessité.

Frézals n’est pas à proprement parler un fonctionnaire, mais il agit au nom du roi et à ce titre son travail est contrôlé par l’administration royale. Il se trouve donc soumis au contrôle du représentant local de l’exécutif, l’Intendant de Languedoc qui réside à Montpellier, ou son subdélégué de Toulouse. Il est également soumis au contrôle financier de la Cour des comptes et des aides de Montpellier. Mais c’est aussi un employé des Fermes générales. C’est pour cette raison qu’il se montre inquiet de la tournée d’inspection du fermier Jort de Jolibois, auquel il doit présenter sa comptabilité.

Les lettres

Seize lettres sont conservées, couvertes d’une écrite soignée et régulière, ayant conservé pour la plupart leur adresse et leur cachet de cire rouge. Leur état de conservation est bon même si le papier est bruni par endroit par l’humidité.

François de Frézals scelle ses lettres avec trois cachets différents. Le premier qu’il emploie est celui qu’il utilise à titre professionnel : il porte la légende « Ferme des domaines » et les armes de France[13] (fig. 7). Le second est un cachet personnel armorié, sans doute le sien ou celui de sa famille car il l’utilise pendant plus de trois mois et demi[14] (fig. 8). Le dernier est un cachet personnel portant un monogramme constitué de ses initiales[15].

Fig. 8 : Cachet aux armes présumées de François de Frézals

Les relations entre les deux époux constituent bien sûr le thème dominant des lettres. François se montre très amoureux, attentif à la santé de Louise. Il lui envoie des cadeaux : de la soie et de la mousseline nécessaire à sa passion : la confection de tapisserie ; des mouchoirs en indienne, des sirops et confitures aux vertus médicales. Il l’appelle par différents petits noms : « ma chère amie », « mon monstre », « ma marmotte ». Cependant le ton qu’il emploie diffère d’une lettre à l’autre. Dans sa lettre du 7 novembre 1740 il se montre en amant inquiet de la fidélité de sa femme. Il faut dire que les habitants de l’hôtel de Condé ne montrent pas l’exemple. La jeune duchesse de Bourbon, délaissée par son vieux mari qui lui préférait la comtesse d’Egmont, avait noué une relation avec un jeune marquis[16]. Frézals a sans doute eu des échos de cette affaire. Dans sa lettre du 17 juin 1741, il emploie au contraire un ton paternaliste, sermonnant sa femme sur la façon dont elle se soigne, en récitant les lieux communs sur la faiblesse du sexe féminin. Dans la suivante, il prend un ton libertin ou érotique, teinté d’un peu sadisme. Dans sa dernière lettre c’est un ton galant et poétique qui domine. Il y compose deux poèmes dédiés à sa femme à l’occasion de sa fête, où l’amant et le favori prennent le pas sur le mari. D’une manière générale, le sentiment qui domine ces lettres est celui du manque de l’être aimé. La séparation lui pèse de plus en plus.

La famille et les relations apparaissent aussi dans ces lettres. Frézals présente régulièrement ses respects aux parents, au frère et aux cousins de Louise. Il évoque son frère puîné, la naissance de ses deux enfants, mais jamais le souvenir, forcément douloureux, de leur mort en bas âge. Les Egmont et Condé apparaissent comme une famille élargie. Il donne des nouvelles de la famille de Chevreuse, demande souvent des nouvelles de Madame d’Egmont et se préoccupe de la santé de la princesse Caroline surnommée Ocrine. Celle-ci apparaît comme de santé fragile. Frézals évoque sa maladie dans sa lettre du 8 juin 1738. Dans la lettre du 6 janvier 1741, il se réjouit du fait que Louise est secondée par une garde-malade au chevet de la princesse[17]. Et une partie des sirops et confitures qu’il envoie à Louise semble destinée à la princesse.

Les financiers constituant ses relations de travail apparaissent également régulièrement. Les fermiers généraux, ses supérieurs, sont souvent source de soucis. C’est pourquoi il les apprécie peu : il surnomme De Neuville Machiavel et traite Jort de Fribois de suffisant. Il entretient en revanche de bonnes relations avec ses collègues, directeurs des domaines de Montpellier et de Montauban. En revanche il parle peu de ses subordonnés : il se dit prêt à renvoyer son valet s’il ne convient pas à Louise.

François de Frézals s’intéresse aussi à la politique et particulièrement aux menaces de guerre qui peuvent avoir des conséquences financières. Il rédige sur ce point un mémoire qu’il veut soumettre au duc de Chevreuse, puis à Madame d’Egmont. Sans doute cherche-t-il par ce moyen à trouver un emploi qui le rapproche de sa femme.

Fig. 9 : L’Église Saint-Jacques, lieu de sépulture de Jacques de Frézals ( à droite), séparée de la cathédrale Saint-Étienne par un cloître. Extrait du Plan de Tolose, par Albert Jouvin de Rochefort, vers 1678. (Archives municipales de Montpellier).

Mais il n’en aura pas le temps. En effet, François de Frézals décède à Toulouse le 7 septembre 1741, âgé de quarante-cinq ans, deux semaines après avoir rédigé sa dernière lettre. Le lendemain il est inhumé dans l’église Saint-Jacques, annexe de la cathédrale Saint-Étienne[18] (fig. 9). Quelques jours après le subdélégué de Toulouse qui représente l’intendant de Languedoc appose les scellés sur ses biens et registres, décision confirmée par un arrêt du Conseil d’état du 20 septembre[19]. Il était en effet d’usage d’apposer les scellés pour les employés des fermes maniant les deniers royaux. Ceci afin de procéder à l’inventaire puis au solde des comptes sous le contrôle, ici, de la cour des Aides de Montpellier. On ignore ce que devint la succession[20]. Quant à Louise de Larzillière, après la mort de son mari et de sa maitresse, elle reste à l’hôtel de Condé. Elle se remarie en 1746 avec un proche de la famille d’Egmont : Louis Sulpice Petit de Champlain, ancien officier de dragon, capitaine des chasses de la Madame la comtesse d’Egmont qui est présente au mariage[21]. C’est dans leur descendance que sont conservées ces lettres[22].

Édition

Principes d’édition :

L’orthographe et la ponctuation des lettres ont été respectées, à l’exception de quelques majuscules. Les passages restitués entre crochets autres que les indications en italiques correspondent à des lacunes consécutives au décachetage des lettres.

1

[Adresse au dos :] A Mademoiselle. Mademoiselle de Larzillière chez Madame Loiseaux[23] en la maison de M. de St. Aignan[24] caissier des Etats de Bourgogne rue de Tournon faubourg St Germain a Paris.

A Montpellier ce 3e mars 1732

Mademoiselle

Ce seroit ce me semble manquer à la bienseance de négliger de vous faire des offres de service dans cette province ; aprés avoir quitté Paris sans avoir pû prendre de vous mon audience de congé : je vous reitere donc les mêmes offres que je vous ay faites d’être icy vôtre commissionnaire : je sçay que vous aimez le travail de la tapisserie, et que par consequent il vous faut des soyes ; ainsi vous pouvez m’employer car je suis icy dans le centre des meuriers et des vers a soye[25]. A l’egard des liqueurs et du sirop de capillaire[26] je ne vous en offriray pas, mais je prendray mon temps pour en envoyer a M. vôtre frere : ces sortes de choses sont plus du ressort des hommes que des dames. On m’avoit tant vanté la beauté et la vivacité des languedociennes, que je n’ay pas êté étonné d’en voir d’aimables ; je ne sçay si elles me feront oublier Paris, en tout cas c’est une entreprise digne d’elles, car je la crois trés difficile pour l’execution : en homme prudent je me suis precautionné contre leurs charmes, et j’ay des ressouvenirs de Paris que les anges ni les demons les plus adroits ne pourroient pas éffacer ; comme je ne vous crois pas fort propre a joüer le rolle de confidente, je n’auray pas la temerité de vous prendre pour la mienne ; je ne vous manderois cependant que des choses édiffiantes, car en fait de sentiments je suis d’une si grande circonspection, qu’une lettre de 6 lignes si froide qu’elle soit ne laisse pas de me satisfaire : je suis un second don Quichotte : voila bien assés de fo[lies], je reprends le ton serieux p[our] vou[s proposer] encor mes services et vous asseurer que l’on ne peut rien ajouter aux sentiments pleins de respect avec lequel je suis

Mademoiselle

Votre trés humble et trés obeissant serviteur.

Frezals

2

Fig. 10 : Vue des sources de Forges-les-Eaux en pays de Bray où Louise a certainement accompagné sa maîtresse la princesse de Condé. Dessin de Louis Boudan, 1696. (Bnf Gallica). On y voit des carrosses déposer des personnes de qualité venus boire aux fontaines.

[Cachet de la poste au dos :] De Toulouse

[Adresse au dos :] A Madame. Madame Frezals a l’hotel de Condé a Paris.

A Toulouse le 8 juin 1738

Tu trouveras, trés chere amie, un mèmoire cy joint au sujet des affaires qui pouroient avoir lieu si la guerre s’alumoit ; tu le feras communiquer a M. de Flesselles[27] et a M. Hermasn[28] (?), même a M. l’avocat[29], a fin de sçavoir si leurs idées s’accordent avec les miennes, et pour agir en consequence. J’imagine en cas que la guere soit seure, qu’un bon de M. le controlleur general, est ce qu’il y a de meilleur.

C’est aujourd’hui le 27e jour que tu ès accouchée, si tu n’as point eprouvé d’accident tu dois estre assés bien ; cependant il faut te menager trés soigneusement jusques a ce que les forces soient bien revenues et qu’il n’y ait absolument rien a craindre. M. Beauclair[30], mon frere et plusieurs autres personnes m’ont mandé que tu estois autant bien que tu pouvois l’estre ; cependant je n’ay point reçû de nouvelles de la chere mere, quoyque je luy eusse ècrit ; mandes moy si j’ay quelque ceremonial a remplir, et si sans le scavoir, je n’aurois pas faché contre moy ; comme c’est la 1ère fois que je suis Pere, je ne suis pas fort au fait des points et des virgules, mais si j’ay peché de ce côté la, je ne peche seurement pas du côté du cœur et des sentimens.

Donnes moy des nouvelles de ton frere[31], il y a longtems que je n’en ay eu, juge t’il beaucoup, a t’il condamné a mort ? a t’il forcé des garçons d’epouser des filles ? Enfin s’amuse t’il un peu ?

Mille et mille amitiés au Cousin et a la Cousine ; le Cousin s’est un peu diverti de moy dans sa derniere, tu devrois pour me venger luy faire quelque niche[32].

Je joins icy un mémoire pour montrer a Madame d’Egmont[33], si la chose luy convenoit j’amerois autant qu’elle en profita que M. de Chevreuse[34] a qui j’avois dessein d’en donner l’idée.

On dit que la Princesse[35] va toujours fort mal, cela tire furieusement en longueur, et sans doute qu’on sera hors d’etat de profiter de la derniere ressource de la medecine, la prise des eaux[36].

M. le duc de Richelieu[37] a fait icy une entrée royalle, les rues tapissées, un dois porté devant luy, la bourgeoisie sous les armes, des compagnies a cheval, 50. gardes 100. cavaliers de la marechaussée. Tout cela étoit fort grand et l’on trouve qu’il soutien fort bien toute cette grandeur, par encor plus de hauteur.

Ne me donnes de tes nouvelles que quand tu seras absolument bien remise et que l’envie et la force de recommencer t’aurons repris tout de bon, en attendant sois certaine que je t’adore.

Tu me donneras des nouvelles de ton fils.

3

[Adresse au dos :] A Madame. Madame Frezals a l’hotel de Condé a Paris.

A Lyon le 31 octobre 1740

Lundi au soir.

Je suis arrivé, chere amie, en bonne santé et bonne compagnie ; je me suis dissipé autant que je l’ay pû, mais j’avois des retours de reflexions, qui m’attristoient et dont vous etiez la cause, ces reflexions ne me quitteront pas plus a Toulouse qu’en route, cependant je me forme des tableaux consolans pour l’avenir et l’Esperance de nôtre prochaine reunion, me fait endurer plus patiemment une absence, qui m’éprouve plus sensible, que tout autre evenement de ma vie. Excepté le jour ou nous nous sommes asseurés l’un de l’autre, il ne peut m’en arriver de plus beau que celuy ou je te reverray.

Je compte trouver de tes nouvelles a Montpellier, ne me laisse pas dans l’incertitude sur ton etat. Tu dois me connoitre, et ne pas douter, que je n’abandonnasse tout, si j’avois lieu de craindre quelque chose sur ta santé. Ne te fatigue pas trop, conserve toy pour tes parents, pour tes amis, et plus encore pour moy. Tu le dois par les sentimens de tendresse et d’estime que je t’ay voué, et qui ne finiront qu’avec ma vie. Je suis un peu fatigué, je vais cependant ecrire a Vieuxmaison[38] et la poste me presse. A Dieu chere amie menage toy, et aime moy autant que je t’aime. Rapelles moy au souvenir du chere Pere et de la chere Mere et surtout de tes nouvelles. Je t’embrasse de tout mon cœur.

4

[Adresse au dos :] A Madame. Madame Frezals a l’hotel de Condé a Paris.

[Cachet de cire aux armes de France de la Ferme des domaines]

Figure 11 : cachet de la Ferme des domaines aux armes de France, utilisé par Frézals

A Montpellier le 7 novembre 1740

En arrivant icy hier, chere amie, j’ay reçû ta lettre du 29. du mois passé, je ne sçaurois t’exprimer combien ma satisfaction a êté parfaite, d’apprendre par toy même, l’Etat ou tu te trouves. Je n’aurois eu rien a desirer, si tu ne t’etois pas affligée de mon départ ; tu sçavois bien qu’il falloit nous separer, et j’aurois souhaité de tout mon cœur, que tu eusses autant pris sur toy, que je le fesois moy même. Tu conçois bien que j’ay souffert, et que cette separation m’a touché terriblement, mais mon 1er soin a toujours êté de ne pas t’atrister, et de tacher de te consoler, lorsque moy même j’avois le plus besoin de consolation. Si j’êtois bien seur que tu n’as êté deraisonnable que ce jour et le lendemain de mon depart je te le pardonnerois m’ais j’aprehende que tu ne me trompe, et comme je t’ay veu pleurer la veille, tu pourrois bien en avoir fait autant le surlendemain. Je ne veux pas que tu m’en fasse acroire sur ta santé, sur tes peines, ni sur tes occupations, parce que si j’avois lieu de douter de la verité de ce que tu me marque, je serois dans une incertitude affreuse ; ainsi ce seroit moins me consoler, que m’affliger. Fais m’en accroire, si tu veux, sure de certains plaisirs, a la bonne heure, pourveu que je l’ignore, tu me verras toujours le même, mais je serois different si je le scavois ; de ma part, je te cacheray mes infidelités, et nous pourrons vivre politiquement sur cet article. Je ne te feray point d’aveux indirect, et sans doute que tu serois assés prudente pour en user de même. Ton confesseur est cordelier, partant connoisseur, tu peux t’en raporter a luy, un cordelier sur ce point a sa reputation a conserver et n’est pas capable de tromper. C’est assés badiner. J’ay donné ta soye a Lyon et les instructions suffisantes pour la mettre en œuvre. J’ay donné ton mémoire pour la mousseline et tu l’auras comme tu la souhaite. Je vais faire une caisse de sirop de capillair a la fleur d’orange, j’y joindray du sirop de grenade et de limon. Tu presenteras cela à S.A.R.[39] Je vais donner des ordres pour avoir des confitures d’azerolles[40], tu scais l’usage qu’il en faudra faire. Je te feray passer une lettre de change de 500 livres par le 1er courrier. L’amy Vaslet prendra 200 livres et te rendra mon billet, tu garderas le surplus. Adieu chere amie, donne moy de tes nouvelles, et sois seure que je t’aime mille fois plus que moy même.

Embrasse le cher Cousin, c’est un garçon de merite et je me fais honneur de compatir avec luy par le caractere et les sentiments.

Mille amitiés a la grosse Cousine ; ne m’oublie pas auprés du cher Pere et de la chere Mere. Mes complimens au cher frere. Je t’embrasse de tout mon cœur.

5

[Adresse au dos :] A Madame. Madame Frezals a l’hotel de Condé a Paris.

A Montpellier le 9 novembre 1740

Je suis encor icy, chere amie, pour quelques jours, et je ne compte d’estre a Toulouse que mardy prochain. J’y trouveray sans doute de tes nouvelles. J’ay recu toutes sortes de marques d’amitié de mes connoissances en cette ville, et l’on m’a complimenté sur ton bon esprit et ton charmant caractere, M. de Nigry[41] a dit partout mille biens de toy ; s’il n’a fait ton eloge que sur les qualités de l’ame, c’est qu’il a cru que je devois le faire sur les qualités du cœur. Plus j’ay lieu de t’estimer, et plus je ressentirois vivement les alterations de ta santé, tu ne sçaurois trop la menager, si tu m’aimes autant que je m’en flatte ; je dois souhaitter de vivre longtems avec toy, puisqu’il est bien certain que je ne seray jamais le mary d’une autre, quelqu chose qui m’arrive. As-tu vû l’amy Vaslet[42] ou M. de Flesselles, tu me feras plaisir de me donner de leurs nouvelles. Quand M. Ramond[43] passera a Paris, taches de scavoir si l’on croit ou non la guerre. Vois de tems en tems M. de Neuville[44], M. de Bourgogne[45] et M. Landry[46]. Il faut que tu me serves de solliciteur, tu le dois si tu souhaites d’avoir prés de toy le plus fidele des amis, et celuy qui t’aime et te respecte le plus.

Je t’ay fait part de la proposition que M. Chaponel[47] m’a faite de passer à la direction des Domaines franc fiefs et amortissemens de Bretagne, parles en a M. de Flesselles, et prie le de me degager de toutes sollicitations la dessus, d’autant que Province pour Province il vaut mieux que je reste ou je suis que de passer ailleurs.

Pramont[48] et sa femme m’ont fait mille amitiés ; il veu se restituer a Paris, mais si sa santé qui me paroit delabrée, ne le force pas a quitter avant la fin du bail[49], il tiendra jusques la.

Demandes a M. de Champlay[50] s’il veut du londrin ecarlate et combien.

Des complimens a tous nos amis. Ne m’oublies pas auprés du cher Pere et de la chere Mere. Tu connois tous mes sentimens pour toy trés cher amie.

6

A Toulouse le 17 novembre 1740

A mon arrivée icy, cher Amie, j’ay trouvé deux lettres de toy, j’y comptois je n’ay pas êté trompé dans mon attente. La 1ere. est du 5. de ce mois et la seconde est du 9. 8bre. Comme je ne suis parti que le 27 tu pouvois me la remettre, ç’auroit êté 7 sous d’epargné sur les postes. Ne crois pas cependant que je me plaigne et qui m’en coute pour avoir de tes nouvelles, je ne suis point assés dupe pour mettre en comparaison de pareilles bagatelles, avec le repos que je perdrois, si tu ne m’ecrivois pas. Au surplus j’imagine qu’en dattant ta lettre d’octobre, tu sous entendois novembre, et le contenu de cette lettre prouve que tu radotois ; tu t’es aperçüe, dis tu, qu’il t’arrivoit d’avoir de l’humeur et que si j’avois sçu la peine que je te fesois en te contrariant, je m’en serois abstenu. Tes lumieres sont sans doute superieures aux miennes, ou je t’aime assés pour ne te trouver aucun deffaut, je te proteste que ton humeur m’a paru charmante, et que si j’ay quelque fois badiné, ce n’êtoit que pour t’amuser et dans la confiance ou j’êtois sur ton bon esprit ; tu ne me persuaderas jamais, que mes plaisanteries te fissent de la peine, a moins que tu ne me prouve que je ne t’aime point, et c’est precisement ce que tu ne pourras jamais faire, puisqu’il n’est asseurement rien au monde que j’aime, que j’estime et que je respecte autant que toy. Le respect paroitroit un peu fort aux maris ordinaires, mais pour m’en justifier, il suffiroit qu’ils fussent a portée de connoitre comme moy toutes ses bonnes qualités. La froideur dont tu m’accuses, me sembleroit un deffaut bien insuportable, si tu pouvois t’en plaindre ; je ne suis point caressant, je l’avoüe, mais que servent les demonstrations exterieures, quand on est seure du cœur et des sentimens ; doutes tu de moy sur ces deux points, et que faut il que je fasse pour te convaincre que je n’aime que toy, et que tu possedes mon Cœur et ma pensée uniquement. Au nom de Dieu ne me fais plus de ces sortes de reproches, ils m’inquietent et me font douter que tu me rendes la justice que tu me dois. Je sacrifierois une pinte de mon sang, pour me rejoindre a toy, je compte toujours que notre separation ne sera pas longue, et cette esperance est ma seule consolation. Sois seure que je prendray garde a mon valet et que je m’en deferay s’il s’ecarte de ses devoirs, je le renverray même dés son arrivée, si tu me marque que tu le souhaittes, tu peux t’en expliquer naturellement. Un de mes amis te porteras incessamens une douzaine des plus beaux mouchoirs qu’il y ait eu a la vente de L’orient[51], j’en aurois eu 8 livres de chacun si j’avois voulu les ceder, je voudrois qu’ils valüssent 1000 fois plus, je n’en aurois que plus de plaisir a te les offrir ; la meme personne [la suite se trouvait sur un autre feuille qui n’est pas conservée].

7

A Toulouse le 6 janvier 1741

Je n’ay point voulu, chere amie, aller a la comedie ce soir, pour ne pas me priver d’un plaisir plus parfait, c’est à dire de m’entretenir avec toy ; je le gouterois bien mieux teste a teste, et je t’avoue que je commence a concevoir que suporterois trés impatiemment une longue absence ; mes occupations ne prennent rien sur mes sentimens pour toy, il me semble qu’ils deviennent chaque jour plus vifs, je t’aime au dela de toute expression, et cependant je crains toujours de ne pas t’aimer autant que tu le merites ; je ne desire qu’une seule et unique chose dans ce monde, c’est de te rendre heureuse, c’est de meriter ton estime, et de te forcer de convenir que tu m’aimes encor mieux mary, que tu ne m’aimois avant. Tu ne scaurois plus voir rien de nouveau en moy, tu connois tous mes deffauts, tu scais que je suis mauvais joueur, vif, impatient, mais tu scais aussi que ce qui domine le plus dans mon Cœur, c’est l’amour que j’ay pour toy, et ta generosité, te fais fermer les yeux sur ce que je peux avoir de desagreable en faveur de l’empressement extreme que j’ay de te plaire.

J’ay apris avec plaisir que S.A.R. a pris une garde, et que tu te fatigues moins, j’aprendrois plus volontiers la parfaite guerison de la Princesse ; je la souhaite de tout mon Cœur et je fais pour la durée de ses jours, les vœux les plus sinceres. Mais je ne me lasseray point de t’engager a ne point te fatiguer, a prendre garde a tes escaliers[52], je t’avoue que ces escaliers m’ont dèja donné bien des inquietudes, et qu’ils me reviennent a l’esprit toutes les fois que je n’ay pas de tes nouvelles. J’ay cru que tu macquitterois des devoirs de bonne année auprés du cher Pere et de la chere Mere, tu conçois bien que je leur ecrirois asseurement très volontiers, et que c’est pour ne point multiplier les lettres inutilement que je ne l’ay point fait, je leur suis autant attaché que toy meme, je connois leur bon cœur et tous leurs sentimens, et je conserveroy toute ma vie la reconnoissance la plus vive du don precieux qu’ils m’ont fait ; je voulois ecrire a ton frere, mais je n’aurois pas mis un mot pour l’oncle ni pour la tante[53] et cela auroit pu se prendre en mauvaise part. Je me suis privé de cette satisfaction par raport a toy, ainsi acquittes moy auprés de ton frere. Il me semble que les affaires de l’Europe visent a la guerre, les pretentions de la Maison de Baviere[54], les troupes que le Roy de Prusse fait passer en Silesie[55], celles qu’on que le roy d’Espagne va faire passer en Italie[56], la nouvelle revolution de Russie[57], enfin l’election d’un Empereur, sont des circonstances assés fortes pour faire presumer, qu’elles ne se developeront pas sans faire bruler de la poudre.

Tu me feras plaisir de ne pas voir M. Laurés[58], j’ay recu de luy une lettre impertinente, et pour laquelle j’aurois parlé a ses epaules si j’avois êté plus prés de Paris ; c’est un faquin pour ne rien dire de plus, et je me souviendray longtems de son impertinence. M. de Flesselles te dira ce dont il est question.

Je ne te repons point de me priver longtems de l’oraison de St. Julien[59], si tu me laisse toujours icy, mais si je dis cette oraison ce ne sera jamais qu’auprés de toy, soit que tu viennes soit que j’aille ou tu és, ce que j’aimerois beaucoup mieux. Mande moy si tu as l’air raisonnable avec ton ventre. A Dieu Mon Monstre.

8

[Adresse au dos :] A Madame. Madame Frezals a l’hotel de Condé a Paris.

A Toulouse le 11 avril 1741

Puisque mes lettres, cher Amie, ne t’ennuyent pas, je t’en ecriray souvent, mais je crains que si ma correspondance, te fatigues quelque jour, tu ne regardes mon exactitude comme une trés mauvaise habitude ; cependant je ne veux point me faire de peine prematurée, et je ne plais a croire, que je ne te donneray pas lieu de changer. Je souhaite bien vivement d’estre rejoint a toy, mais j’aurois une peine infinie, a me soumettre a la condition que tu passerois fidelement ; je n’ay pas tan[t] de force que cela, et je ne scay qu’[une] seule et unique consideration qu[i] pût me retenir, ce seroit le tor[…] que cela pourroit faire a ta tante. Au reste es tu bien seure qu’il ne manque rien a ton enfant, prends y garde, l’affaire est serieuse, et si tu presumois qu’il pût seulement luy manquer un cheveu, il faudroit songer a le faire, et tu as dans ton voisinage de grands faiseurs. Tu n’en aurois pas besoin, si j’etois plus a portée.

J’ay sur ma table une lettre depuis plus d’un mois pour M. Malibran[60], je ne l’ay pas envoyée faute de scavoir l’adresse, juge de mon esprit par la. Au surplus je luy mandois ce que je t’ay mandé, que si j’etois a Paris je verrois pour luy M. Gilbert de Voisins[61], mais que je ne suis pas dans l’usage de luy ecrire. Fais luy mille complimens.

Je n’ay point du tout oublié M. Morette[62], mais la dame dont il veut scavoir des nouvelles, est mariée avec un conseiller au senechal, ni riche, ni pauvre, elle se porte bien, elle n’est plus jolie, et a plusieurs enfans au surplus elle vit bien avec son mary. En rendant cela dis a M. Morette que s’il me fournissoit des occasions de luy marquer attachement, j’en profiterois avec grand plaisir.

A l’egard de M. de Montjuif[63] si la chose est difficile, n’en parle pas. Je ne voudrois pas pour cela employer Madame d’Egmont.

J’ay recu une lettre de mon frere[64] avec la tienne, je ne scaurois luy repondre par ce courrier, remercie le pour moy et dis luy que je recevray toujours de ses nouvelles avec plaisir. Vous ne me dites rien ni l’un ni l’autre [de] Mr. L’abbé defroqué[65].

Donne moy regulierement des nouvelles de la chere Mere, j’apren[d] avec peine, qu’elle n’est pas tout a fait remise, et je te demande en grace de ne pas me tromper la dessus. Menages toy bien et ecris moy le plus souvent que tu pourras.

9

Fig. 12 : Début de la lettre du 15 avril 1741

[Adresse au dos :] A Madame. Madame de Frezals a l’hotel de Condé a Paris.

A Toulouse le 15 avril 1741

J’avoüe, Madame la railleuse, que j’ay lieu d’estre extremement satisfait de vos procedés ; boire a la santé de son mary avant de se coucher et luy ecrire en se levant, pourveu qu’on ait passé la nuit seule, sont des choses admirables, et qui sembleroient incroyables, a bon nombre d’epoux, qui ne sont dans l’habitude de se rappeler leur hymen, que quand ils veulent s’ennuyer ; en cecy, sans vous deplaire, les epouses sont comprises aussi. A ce propos il est bon de vous observer, que quand on traite en general d’une même espece, sous la dènomination la plus noble, on comprend celle qui l’est moins, ainsi quand on parle de l’homme generalement, la femme est sous entendue, comme êtant fort inferieure a notre espece. Je ne scay si c’est la du Picard[66], en tout cas, mes compatriotes ne doivent point s’en affliger, puisqu’on trouve de ce Picard la, dans l’ancien et le nouveau testament, dans St. Paul, dans les Peres de l’Eglise, dans tous les sermonnaires, et dans le cœur de tous les hommes. Mais vous autres femmes vous vous connoissez si peu en Picard, que vous prenez pour injure, les choses les plus flatteuses ; on veut vous exprimer qu’il n’est point de precautions, qu’on ne prit, pour joüir sans cesse de vos faveurs, et vous attribuez cette idée a misere, c’est asseurement prendre mal les choses, ou ne pas les entendre, et si les Parisiens ont toujours autant d’esprit, j’aime mieux, mon Parler rester Picard. Tu parles dèja de ton enfant comme si tu êtois mere, cela s’apelle se donner des aises de bonne heure, mais je te passeray toujours avec grand plaisir tout ce qui me paroitra de bonne augure ; si j’en crois les nouvelles que j’ay toujours recues, ta grossesse a êté trop heureuse pour que l’accouchement ne le soit pas, je t’avoue que je l’attends avec une vive impatience et que je n’ay que toy pour objet de mes inquietudes. Tu as bien fait de recevoir une nourrice de bonne main et a portée de Paris.

J’ecris a mon pere pour l’engager a estre Parain, nous verrons sa reponse.

Le fermier[67] en tournée est devenu amoureux de M. du Chassin[68] directeur a Montpellier et celuy cy me paroit fort reconnoissant ; ils paroissent faits l’u[n] pour l’autre. Ce même fermier a laché des impertinences sur mon compte a mon frere, il m’a même fait l’honneur de m’en ecrire. Je crois que le parti du mèpris est le plus raisonnable, en attendant qu’une occasion favorable me mette en situation de marquer reconnoissance. Ce fermier est un suffisant, et un ignorant. Au surplus ne dis rien de cela, je m’ennuye de me plaindre. Aime moy toujours cela me tiendra bien de tout.

Mille respect a la chere Mere et au cher Pere s’il est de retour. J’ecriray a Bonefaux[69]. Mille amitiés au Cousin et a la Cousine. Je boiray a vous avec M. Godefroy[70].

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[Cachet de la poste au dos :] De Toulouse

[Adresse au dos :] A Madame. Madame Frezals a l’hotel de Condé a Paris.

A Toulouse le 29 avril 1741

J’aprens toujours avec un empressement nouveau, que ta santé ne s’altere pas, ma chere amie, et tu peux compter que c’est la plus parfaite de toutes les satisfactions pour moy. J’aurois eu quelque inquietude sur les etouffemens dont tu m’entretiens, si t’on êtat ne les rendoit pas pour ainsi dire necessaires, mais il faut que tu ayes attention d’estre presque assise la nuit, et de n’estre jamais seule ; tu ne sçaurois trop te menager, puis qu’independement de ta propre conservation, tu dois songer a moy, et connoissant mes sentiments, tu dois sentir l’affreuse scituation ou tu me jetterois s’il t’arrivoit quelque chose de facheux. Quand tu ne pourras point m’ecrire, pries quelqu’un de le faire je t’en conjure, je me passeray fort bien des longs details, pourveu que je sache de tes nouvelles se seray content. Tu vas estre bientot libre, je crois que le terme aproche. Cette scituation n’est point dangereuse pour les personnes raisonnables, et qui scavent se contraindre, il ne faut qu’une bonne conduite pour s’en tirer heureusement, et c’est cette conduite que je te recommande sur toutes choses. Nous allons avoir un nouveau motif de nous aimer encor plus tendrement, mais comment pourrois tu gagner quelque chose sur un cœur que tu possedes si parfaitement.

J’ay escrit a mon Pere, il nommera quelqu’un pour le representer c’est ce que nous verrons, tu peux luy ecrire aussi, fait cependant ce que tu voudras. Tu m’as fait grand plaisir de me donner des nouvelles de la cher Mere, elle est aprés toy ce que j’aime le mieux au monde. Je diray a Madame de Chevreuse[71] ce que tu me mandes, cette dame se porte bien, ainsi que M. le duc[72] et M. l’eveque de Bayeux[73].

J’ecris a mon frere, sur M. l’abbé Descoleté[74], peut estre ne sera-t-il pas content de ma lettre, mais je dois songer a moy, j’ay trop longtemps songé aux autres.

A Dieu Marmotte, aime moy bien, je t’adore et je te promets un autre enfant le plus tot que je pourray aprés celuy cy. Donnes moy de tes nouvelles. Dis ou fait dire a M. de Bourgogne que j’auray l’honneur de luy ecrire incessament mais que M. de Fribois[75] m’occupe. Le fermier est doux et je le verray venir.

J’ai remis ta mousseline a M. de la Hayes[76] parent de M. de Neuville, et mon amy, si tu es en etat de diner avec luy tu me feras plaisir de l’y engager.

11

[Cachet de la poste au dos :] De Toulouse

[Adresse au dos :] A Madame. Madame Frezals a l’hotel de Condé a Paris.

A Toulouse le 1er may 1741

Notre carriere, ma chere amie, est bien malheureuse, puisque les choses que nous regardons comme le plus parfait bonheur, sont accompagnées des chagrins les plus vifs et les plus amers. Tu connois mes sentimens pour toy ; eh bien mes inquietudes sur ton etat sont de la même force, et plus je te sens prés du terme, moins je suis raisonnable ; enfin je suis si ridicule sur cela, qu’il me semble que je serois plus heureux, si nous êtions encore libres ; juges de ma scituation et plains ma foiblesse. Je scay fort bien qu’en te menageant il n’y a rien a craindre, mais je suis absent, et il me semble a chaque instant, que je te vois monter ou descendre et qu’un faux pas te causes un accident ; bref j’ay des transes perpetuelles. Je compte d’avoir aujourd’huy de tes nouvelles, au nom de Dieu, fais m’en donner regulierement quand tu ne le pourras pas toy même, et ne t’avises pas aprés tes couches de m’ecrire trop for, parce que cela me chagrinera encor plus que le silence.

M. de Fribois s’est expliqué cordialement avec moy, et je luy ay rendu sincerité pour sincerité, c’est un fort galant homme et je voudrois qu’il restat longtemps icy ; je luy ay montré le ridicule de la correspondance et la mauvaise regie de Moncrif[77], et cela par preuves. Je l’ay fait entrer dans le detail de ma regie et il m’en paroit très content, il a pris des exemplaires de nos instructions et lettres circulaires, et il voudroit que les directeurs qui m’avoisinent les eussent. A son retour tu verras ce qu’il pense, et s’il m’a trouvé tel qu’on m’a depeint.

Mes respects a la chere Mere ; M. et Madame de Chevreuse se portent bien. Donnes moy de tes nouvelles, et plains ma scituation, autant que je prends part a la tienne. Mille amitiés au Cousin et a la Cousine.

12

[Cachet de la poste au dos :] De Toulouse

[Adresse au dos :] A Madame. Madame Frezals a l’hotel de Condé a Paris.

A Toulouse le 7 mai 1741

La derniere de tes lettres, chere Amie, m’annonce que tu as êté saignée, et je n’ay plus reçu de tes nouvelles, tu dois bien imaginer que cela m’inquiete beaucoup ; ne m’ecris que deux mots, ou fais ecrire quelqu’un pour toy, et que je ne passe point de semaine sans recevoir quelque lettre qui m’annonce l’etat ou tu te trouves ; n’y manques pas je t’en conjure, cela me feroit souffrir, et je ne dois pas croire, que tu prenes plaisir a m’inquieter.

La Princesse de Leon[78] mourut avant-hier d’une fievre putride, et fut enterrée hier.

M. le Duc et Madame la Duchesse de Chevreuse se portent fort bien ainsi que M. l’eveque d’Evreux[79].

M. de Fribois est toûjours icy, je l’ay fait revenir de bien des preventions, et entre nous j’ai peigné Moncrif dans la grande perfection. Je suis fort content de la façon dont M. de Fribois opere, il me paroit estre egalement content de moy et de ma Regie, au moyen de quoy, j’ay lieu de penser que les choses changeront a son retour.

J’ay beaucoup d’occupations, je fais partir aprés demain mes comptes de 1740, et je n’ay pas le tems de t’en ecrire davantage.

Mes respects a la chere Mere et au cher Pere, s’ils sont de retour.

Il y a longtemps que je n’ay de nouvelles de M. de Flesselles, est ce qu’il seroit malade, tu ne m’en dis rien.

A Dieu chere amie, tu ne scaurois m’aimer autant que je t’aime.

13

[Cachet de la poste au dos :] De Toulouse

[Adresse au dos :] A Madame. Madame Frezals a l’hotel de Condé a Paris.

A Toulouse le 16 mai 1741

Ta derniere lettre chere Amie, m’a fait un plaisir infini, j’y trouve a peu prés les mêmes choses sur ta santé, que ce qui me vient d’ailleurs, et j’ay lieu d’esperer que tu sortiras a ton honneur et gloire, de l’embaras ou tu ès presentement. Menages toy bien avant et aprés tes couches, ne te laisses manquer de rien, amuses toy le plus que tu pourras, et surtout ne m’ecris plus, tes lettres me feroient plus de peine encor que de plaisir, et il suffira que le cousin Beauclair[80] et quelqu’autre personne me donnent regulierement de tes nouvelles. Tu ne scaurois croire combien je suis inquiet, il y a des momens ou je sacrifirois tout pour estre auprés de toy, il y en a d’autres ou je trouve de la consolation a n’estre point a portée de te voir souffrir. Cependant j’aimerois mieux estre prés que loin, tu peux adoucir mes soucis en te menageant soigneusement et en recommandant qu’on me donne de tes nouvelles. Mais au nom de Dieu ne m’ecris plus, je vais de mon côté cesser de t’ecrire. Ma correspondance sera avec la chere Mere.

Figure 13 : Ocrine ou Caroline de Hesse-Rheinfels, princesse de Condé. (Tableau d’après Pierre Gobert, musée Condé à Chantilly).

Tu dois bien de la reconnoissance a Madame Chatillon[81], Madame Daigremont[82] et Madame Marchand[83], de la peine qu’elles se donnent de te faire compagnie de tems en tems, asseure les je t’en prie de mon respect et fais leur bien ma cour. Tu ne me dis rien de mademoiselle Ocrine[84], ne t’avise pas de te brouiller avec l’Allemagne, il faut estre bien avec tout le monde, et il faut respecter dans les autres la Patrie de ta Maitresse. La grosse cousine a des compliments de moy dans une lettre que j’ecrivis avant-hier a son seigneur et maitre ; cette pauvre cousine perd bien de ce que je ne suis pas a Paris, pendant tes couches elle auroit eu deux maris.

Il y a bien six semaines que je n’ay eu aucune nouvelle de M. de Flesselles, mais puisque tu le vois quelque fois, et qu’il te temoigne amitié, cela me suffit.

J’ay sçu par M. Ramond[85] luy même ce que tu me mandes de la conversation avec M. de Neuville ; je pense bien qu’une place vacante conviendroit a M. Ramond pour son fils, mais je doute fors qu’il obtint la mienne quand elle viendroit a vacquer, le seigneur Machiavel[86] sçauroit bien luy donner un croc en jambe.

Le fermier en tournée[87] partit hier matin pour se rendre a Montauban, il n’a voulu loger chez aucun directeur, mais il a accepté un logement chez le neveu de M. de Neuville. Sans doute que la qualité de neveu d’un seigneur aussi respectable met un député hors d’etat de trouver a redire aux faits et gestes, et que tout doit paroitre digne d’admiration[88]. Ce deputé n’est pas tel que je l’avois cru, il est juste et fort raisonnable, il s’est conduit comme il a cru le devoir faire et je doute fort qu’on puisse luy rien imputer quand on sera en presence. C’est ce que tu scauras plutôt que moy. Il connoit bien Duchassin mais il vouloit faire plaisir a la veuve Pramont et il en avoit trouvé le moyen sans qu’il en couta rien a la compagnie[89]. Cependant cette compagnie qui croit faire fortune en maltraitant ses preposés de toutes façons, trouve mauvais qu’un associé pense autrement qu’elle. De pareilles gens ne sont bons a servir qu’autant qu’on ne scauroit mieux faire. Je n’etois pas en peine que Duchassin ne pleu point a la compagnie. Il se croit fort habile et ne l’est point. Cependant il seroit superieur a tout autre, si comme celuy de Montauban il avoit l’honneur d’estre neveu de Monseigneur de Neuville. Mes respects au cher Père et a la chere Mere. Le procés de Madame de Chevreuse fut commencé avant-hier. J’ecriray ce qui se passera. A Dieu chere Amie, songes quelque fois a un second toy meme.

J’oubliois de te dire que j’ay l’honneur d’estre separé de M. […] male[90], c’est peut estre le plus mauvais sujet que la [terre] porte, s’il m’avoit paru capable de correction, j’eu [… es]sayé, mais je ne connois rien de pis. Il pressent que [je vais le] renvoyer a Paris.

14

A Toulouse le 17 juin 1741

Par sa lettre du 3. le cher Cousin me mande que tu as pris medecine le matin ; par celle du 5 il m’annonce que tu as une medecine dans le corps, et par celle du 10 il me regale encor de la nouvelle d’une medecine prise le meme jour ; c’est-à-dire que l’ass. des lettres du cousin, concernant ton petit individu, va devenir comme l’article de Versailles dans la gazette de Paris ; tu auras pris medecine et le roy auras entendu la messe. Je suis tenté de croire que c’est une gageure, ou qu’il y a quelque chose qu’on me cache ; parbleu il n’est pas naturel, que par manière de regal, une femme prenne medecine tous les jours. D’ailleurs je ne vois pas quel mal peut faire une couche a l’estomac, si l’on m’annonçoit que le cerveau a souffert, encor passe, on sçait que c’est la partie foible de ton sexe, mais de par tous les Diables, il faudroit pour le retablir de bons consommés, et non pas des medecines. Au surplus en suposant que tu sois voüée aux medecines, je te permets pendant mon absence, d’en prendre tant que tu voudras, pourveu cependant qu’elles ne te fassent point de mal, mais quand s’y seray, je ne te permettray que les remedes, je n’auray pas même besoin d’apoticaire pour te les donner, ils ne les donnent pas du bon côté.

J’ay recu des nouvelles de M. de Flesselles. Je craignois qu’il ne feu excedé des tracasseries que j’ay essuyées et que je dois a son bon amy M. de Neuville, mais je vois qu’il me conserve toujours son amitié et cela me suffit. Rapelles moy quelque fois a son souvenir, et asseure sa femme de mon respect.

Je suis fort flatté des sentiments que M. de Fribois temoigne pour moy ; quand il est arrivé icy, il n’etoit point du tout prevenu en faveur de ma regie et ce n’a êté qu’en luy en rendant un compte exact qu’il s’est desabusé. Je luy ay montré que j’avois fait tous les bons ètablissemens, et que la compagnie elle même êtois partie d’après moy ; il a reconnu de l’exactitude et de la regle partout, et il a bien desmelé que les affaires se deffendoient icy autrement qu’ailleurs. Je souhaite que son raport fasse cesser les injustices, mais j’en doute, êtant bien persuadé que M. de Neuville les aime. Il en fait même de semblables a celles qu’il a imaginées, pour faire briller son neveu que j’ay instruit, et pour me denigrer ; mais le bonhomme n’en viendra pas a bout, et je connois presentement la force ; bref je me suis procuré des sottises de sa façon.

Assure le cher Pere et la chere Mere de mes respects et fait leur pour moy, comme pour toy meme.

Ne t’avises pas de laisser manger mes habits par les vers, et fais avertir Vinere[91] mon tailleur, M. de Flesselles te diras ou il demeure.

Si vous n’etiez pas une impertinente, petite Marmotte, vous m’auriez mandé des nouvelles de la soye que j’ay remise au frere de M. de Bourgogne en passant a Lyon.

Mille et mille amitiés au petit Cousin et a la grosse Cousine, il me paroit que cette grosse Cousine n’est pas devenue plus raisonnable qu’elle étoit, puisqu’elle se bat avec mon frere.

Je te fais mon compliment sur le menage, cependant quand tu auras besoin d’argent Vaslet t’en donnera ; vingt francs ou quarante par mois, sont pour moy choses fort ègales, je trouveray bien le moyen de reparer ces extraordinaires ; et si tu n’as pas de meilleurs raisons pour en demeurer la, je n’auray guere de peine a les combattres. J’imagine même que si j’etois un quart d’heure avec toy, je te prendrois par des endroits si sensibles que tu consentirois a tout. As tu resolu de ne plus me permettre de le faire qu’avec le doigt.

A Dieu Marmotte, j’attens de tes nouvelles, mais j’attendray avec plus d’impatience encor le moment d’être rejoins et de te jurer mille fois, que je seray toute ma vie, plus a toy qu’a moy même.

Quand tu le pourras il faudra voir M. de Fribois.

15

[Cachet de la poste au dos :] De Toulouse

[Adresse au dos :] A Madame. Madame Frezals a l’hotel de Condé a Paris.

A Toulouse le 27 juillet 1741

N’avez-vous rien a faire dire a votre mary ? Force sottises m’a-t-elle dit. Ce sont les propres termes de votre cousin dans sa lettre du 17 de ce mois, et pour que votre petit cerveau ne soit pas perplex, c’est en vous promenant au Luxembourg, que vous avez fait cette reponse, et vous la fites sur ce que l’on vous demandoit, ce que vous voulez qu’on me dit de votre part. Trouvez vous cela clair ? Parbleu je vous admire ! Oh je vous aprendray a respecter en moy, premierement la virilité et la force, secondement la prudence et la raison, troisiemement l’age et l’experience, quatriemement l’Empire et la souveraineté de mary, cinquiemement l’Image de Dieu. Je ne finirois pas si j’entreprenois de vous rappeler tous vos devoirs, mais comme de simples representations ne touchent pas toujours, de petits animaux tels que vous, je vous promets a la 1ère veue, de vous mettre toute nue, et de vous ètriller tant que je n’en pourray plus, je tacheray meme de grossir la verge de manière a vous èpouvanter, et suposé que la correction aille jusqu’au sang, j’en useray avec vous, comme le bourreau avec les criminels, je repandray des liqueurs dans la playe. C’est assés parlé de punition, en attendant que je remplisse mes promesses. Tu n’aurois qu’a partir de Paris, sans me donner avis de ta marche, ou tu n’aurois qu’a ne point estre exacte a m’ecrire, il n’en faudroit pas d’avantage, pour me faire couper la verge dont je te menace ; je verray donc si tu aime ceste verge, et si tu veux la recevoir ; pour moy je baiserois de bon cœur tous les endroits ou je fraperois avec. Ce n’est pas cependant ce qui m’attache le plus a toy, ton cœur, ton caractere, me seront toujours infiniment chers, et je te promets bien de rester toute ma vie d’une fidelité a toute èpreuve. Je n’ay par exemple, point eu le moindre desir de te trahir, et cependant la verge a souvent été en bon êtat de le faire.

On debite icy des nouvelles qui formeroient de trés grands evenemens, si elles étoient vrayes, tu es a portée de les scavoir, et de voir tout ce qui se passe, tachons de profiter de tout pour nous rejoindre ; j’aurois je t’asseure autant de plaisir et d’empressement de te retrouver, que j’ay senti de chagrin et de repugnance a m’éloigner de toy ; il me semble que je t’aime mille fois davantage que j’en fesois, je croyois cependant qu’on ne pouvoit point aimer plus parfaitement et malgré tout cela je voudrois t’aimer encore davantage. Fais bien ma cour au cher pere et a la chere mere. J’ecriray au cher pere par le premier courrier. A Dieu mon monstre je t’embrasse depuis la teste jusques au pieds, et je ne me rassasie pas de songer que je pourrois te baiser partout.

16

Fig. 14 : Début de la lettre du 24 août 1741 dans laquelle François compose un poème à sa femme. Voir aussi fig. 1.

[Cachet de la poste au dos :] De Toulouse

[Adresse au dos :] A Madame. Madame Frezals a l’hotel de Condé a Paris.

A Toulouse le 24 Aoust 1741

Souffre, ma chere amie, que je rappelle une faute passée, et que j’en tire quelque avantage ; avant d’estre heureux, c’est-à-dire d’estre a toy, j’oubliois fort bien le jour de ta feste, et quoy que je crusse t’aimer parfaitement, certaines attentions m’échapoient, sans que j’en aperçûsse le crime ; aujourd’huy je me le reprocherois et je serois au desespoir de manquer aux plus petits soins c’est par exemple ta feste demain.

Que de mortels vous celebre Loüis
Ce roy qui fut riche aux rives de la Seine
Dont les vertus les travaux inoüis,
Brillerent au dela de l’empire des Comnene[92] ;
De ce nom plus que moy qui doit être eblouis
C’est celuy de nos Rois et de ma Souveraine ;
Chere Louise ! objet charmant !
Plus je connois ton cœur ton caractere
Plus je deviens tendre et parfait amant
Plus je ressens le bonheur de te plaire.
A ta franchise a ta douceur
J’ay consacré mon ame entiere
D’un bien plus precieux si j’etois possesseur
Que ce bien pût te satisfaire
Quelle felicité, que de plaisir !
Je comblerois tes vœux et mes desirs.

Si j’étois a Paris et que tu fusses en Province, je ne serois point en peine de t’envoyer quelque bouquet, mais je t’avoue qu’après y avoir bien reflechi avec Blanquette[93], nous sommes demeuré d’accords, que je ne trouverois rien icy qui pût te plaire, a moins que je n’alasse moy même t’offrir tout ce qui t’apartient, et que je me garderay bien de t’envoyer sans moy ; encor me resteroit il un soin, qui seroit de savoir si le porteur te seroit agreable. J’aprehende que tu ne sois degoutée des hommes et que ce qui leur ressemble ne te fasse peur ; Pour moy j’eprouve que tous les sots contes que l’on fait de l’amour et de l’hymen n’ont aucun fondement ; sans cesse j’entends dire que la derniere faveur est le tombeau de l’amour ; Que l’hymen est le tombeau de l’amour, et mille autres sottises dans le même gout, mais je sens tout le contraire.

Auparavant l’Ego vos conjungo,
L’hymen m’offroit a toy comme Mary ;
L’amour depuis, par un doux vertigo
Au lieu d’Epoux, te donne un favory.

En effet je t’aime davantage que je ne t’ay jamais aimée, j’aprehende toujours de ne point t’aimer assés, je suis tenté de croire que tu m’as ensorcelé ; le pis que j’y trouve, c’est que si le sortilege est dans le temple de Cupidon, je ne seray jamais las de m’ensorceler et cela ne m’otera pas le desir d’y faire maintes stations. Dis moy je te prie comment gouverne tu ce temple, le Portail ne prend il pas quelque fois, la couleur de la cornaline, aimes tu cette couleur, et serois tu fachée, que je la conjurasse encore une fois. Voicy a ce propos un conte qui n’est pas de moy[94], et qui n’en vaut que mieux, tu me diras ce que tu auras pensé en le lisant.

Jeune tendron pour la premiere fois
Goutois les fruits amers de l’hymenée :
La pauvre enfant se vit presqu’aux abois
Quand mit au jour sa premiere lignée
L’époux èmu de la voir tant souffrir ;
Luy dit, ma chere, en honneur je te jure
Que dans la suite aimerois mieux mourir
Qu’ainsi te faire endurer la torture.
La dame alors regardant son Epoux
Luy repartit ; eh ! pourquoy pleurez-vous ?
Si peu de chose, helas, vous effarouche ?
Je n’ay besoin de si fausse pitié.
Chacun me dit qu’à la seconde couche
Mal ne sera si vif de moitié.

Je voudrois scavoir si le jour de ta feste, tu aurois volontiers essayé, si ce conte n’est pas une realité, car effectivement j’ay ouy dire, et je le crois, que la premiere fois que les Portes du temple s’ouvrent et que l’amour y entre triomphant, le Temple et l’amour souffrent beaucoup ; il pourroit bien en estre de même de la premiere couche, ainsi je l’attend a la seconde, mais si cette seconde est aussi laborieuse que la premiere, je te promets de tenir le temple fermé, et l’amour enchainé.

Marthe en travail d’Enfant promettoit a la vierge
A tous les saints du Paradis,
De n’aprocher jamais de ces hommes maudits :
Michel cependant luy tenoit un St. Cierge,
D’une grande vertu pour les accouchements.
Elle accouche, et sitôt qu’elle eu repris ses sens ;
Hé mon Dieu ! Ma pauvre Michelle
Dit elle d’une foible vo[ix,]
Eteignez la Sainte chandelle ;
Ce sera pour une autre fois.[95]

Tu peux faire ce conte la a Mademoiselle Forges[96]. Peut estre n’est il pas dans son recueil. Fais luy mes complimens ainsi qua sa compagne Torticolis[97]. Asseure le cher Pere et la chere mere de mon respect. Sois bien convaincue que je t’adore, et que mon plus grand bonheur, consiste a me persuader que tu m’aimes autant que ton indifference naturelle se permets de le faire. Adieu monstre caresse pour moy le petit minet[98].


[1] Voir Jean-Pierre Bardet, Élisabeth Arnoul, François-Joseph Ruggiu, Les écrits du for privé en Europe : du Moyen âge à l’époque contemporaine : enquêtes, analyses, publications, Bordeaux : Presses universitaires de Bordeaux, 2010.

[2] François est né le 25/10/1699 à Milly-sur-Therain ; Louise le 29/08/1711 à Braine. On trouvera sur http://geneanet.org/gautlang la généalogie et l’ensemble des pièces justificatives n’ayant pu prendre place dans cet article.

[3] Un certain Simon de Frezals fait hommage en 1285 au roi Philippe-le-Hardi pour la baronnie d’Avèze, près du Vigan. Ses descendants sont attestés à Saint-Geniès-d’Olt, dans l’Aveyron, entre le XIVe et la fin du XVIIe siècle. Dans l’église de Saint-Geniès-d’Olt subsiste le tombeau, daté du début du XVe siècle, de Simon de Frézals, petit-neveu du pape Clément VI, et d’Éléonore de Frézals, épouse du comte de Sommerset. À cette date la famille appartient donc à la haute aristocratie du Rouergue. Mais à l’époque moderne on rencontre des Frézals appartenant plutôt à la noblesse de robe et au haut clergé : certains occupent des fonctions de juge, de conseiller au parlement, d’abbé, ou d’archidiacre dans diverses localités du Rouergue et à Toulouse. Parmi eux, Victor de Frézals (1622-1682), conseiller au parlement de Toulouse, seigneur de Vabre et marquis de Beaufort ou d’Avèze, qui possède l’hôtel particulier du même nom à Toulouse, maintenant appelé hôtel de Pierre ou Daguin. Voir Jean Benoist, Suite de l’Histoire des albigeois…, Toulouse : J. et G. Pech, 1693 ; Jean Louis Étienne Bousquet, Études historiques sur la ville de Saint-Geniez-d’Olt, Ratery, 1846, p. 212-227 ; Revue Historique de Toulouse, 1921 ; Hippolyte de Barrau, « De Frésart ou Frésals », Documens historiques et généalogiques sur les familles et les hommes remarquables du Rouergue dans les temps anciens et modernes, Ratery, 1857. p. 341-346. C’est ce dernier qui affirme que les Frézals implantés au XVIIIe siècle dans le Soissonnais et présents à Compiègne au siècle suivant sous le nom de Fresals de Bourfaud, descendent de la même famille.

[4] Dans son étude sur les fermiers généraux Yves Durand affirme : « L’opinion publique déclare que ce sont des laquais enrichis, mais eux-mêmes se déclarent de vieille noblesse d’épée », Les fermiers généraux au XVIIIe siècle, Paris : Maisonneuve et Larose, 1996, p. 251.

[5] Inventaire des archives départementales antérieures à 1790, Aisne.

[6] Le 29 août 1711. Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790, Aisne, vol. 5, 1906, p. 123.

[7] Guy Chaussinand-Nogaret, Les Financiers de Languedoc au XVIIIe siècle, Paris, SEVPEN, 1970.

[8] Lequel décède le 27 janvier 1740 à Chantilly, puis est transporté à l’hôtel de Condé où son corps est exposé pendant 8 jours.

[9] Journal et mémoires du marquis d’Argenson, J. Renouard, 1859, vol. II, p. 230.

[10] Voir Pierre Roux, Les fermes d’impôts sous l’ancien régime…, Paris : A. Rousseau, 1916, 664 p.

[11] Voir Nouvelles instructions generales pour la perception des droits des domaines…, Paris : Prault, 1738, 417 p ; Jean-Paul Massaloux, La régie de l’enregistrement et des domaines aux XVIIIe et XIXe siècles : étude historique, Genève : Droz, Paris : H. Champion, 1989, 414 p.

[12] Bosquet, Dictionnaire raisonné des domaines et droits domaniaux, Rouen, 1762, vol. 2, p. 63. Voir aussi Marie-Laure Legay, Thomas Boullu, (dir.), « Directeur, direction », Dictionnaire de la Ferme générale (1640-1794), en ligne sur Hypotheses.org, consulté le 4 mars 2022.

[13] Cachet ovale de 24 mm de grand axe, 21 mm de petit axe. Écu ovale aux armes de France (d’azur à trois fleurs de lys d’or), timbré d’une couronne royale, entouré d’un collier de l’ordre de saint Louis. Légende : « FERME DES DOMAINES ». Ce cachet est visible sur les lettres des 7 et 9 novembre 1740, des 1er et 7 mai 1741 (fig. 7).

[14] Ce cachet est visible sur les lettres du 11 et 15 avril, du 16 mai et 27 juillet 1741 (fig. 8). Cachet ovale de 18 mm de grand axe, 16 mm de petit axe. Écu ovale fascé de huit pièces, au pal brochant le tout, timbré d’une couronne comtale (c’est-à-dire à 9 boules). Pas de légende. Si le graveur a respecté les codes graphiques en usage dans l’héraldique du XVIIIe siècle, comme dans l’autre cachet où le champ est rempli de hachures horizontales correspondant à l’azur, les émaux et métaux de l’écu peuvent être restitués. Les fasces sont couvertes de hachures verticales, ce qui correspond à gueule soit rouge, le champ et le pal sont lisses, ce qui correspond à l’argent. On peut donc blasonner de la manière suivante : « fascé d’argent et de gueule, au pal d’argent » (voir fig. 15).

Fig. 15 : armoiries figurant sur le cachet de François de Frézals

Une interrogation du moteur de recherche Google sur les armoriaux en ligne sur internet n’a pas permis de retrouver d’armes identiques. Les armoriaux modernes donnent diverses armoiries pour des Frezals (ou Fresals) : FRESALS (de) Toulouse : « Écartelé : au 1, un arc posé en fasce encoché d’une flèche en pal ; au 2, d’azur, au lion d’argent ; au 3, d’azur, à neuf losanges d’argent, 4, 3 et 2 ; au 4, d’argent, à une foi vêtue mouvant des flancs. Sur le tout, d’argent, au chevron d’azur, accolé de trois (Rietstap-Rolland, Europe). DELISLE (ou FRESALS DE LISLE) (Marseille), seigneur du Roussillon, et Granville : « D’azur, à trois lys de jardin d’argent, tigés et feuillés de sinople. » (Artefeuil, Provence) ; FREZAL OU FREZALS DE LISLE Provence : « D’azur, à trois lys de jardin d’argent. » (Rietstap-Rolland, Europe) ; FREZALS DE BOURFAUD, Languedoc (JM16340) : « D’azur, à 3 fraises d’argent, rangées en fasce, les queues en bas. » (Jougla de Morenas, France) voir fig. 18 ; FREZALS Victor de Beaufort de Vabres, chevalier, marquis d’Avèze, baron de Beaufort, épouse de Jeanne d’Austry : « Écartelé : au 1 d’or, au lion de sable, lampassé de gueules ; au 2 d’azur, à trois bandes d’or ; au 3 de gueules, à sept losanges d’argent accolées posés 3, 3 et 1 ; au 4 de même à une tour d’argent ; sur le tout écartelé en a) et d) d’azur à trois fleurs de fraise d’argent, les queues en bande, en b) et c) d’azur, au chevron d’or, accompagné de trois roses d’argent » (Izarny-Gargas-Toulouse, Toulouse) ; FRÉZALS DE LA ROUMIGIÈRE (de) Antoine, élection de Millau : « D’azur, à 3 fraises d’argent, posées en fasce. » (Izarny, Rouergue).

On remarque qu’on retrouve dans la plupart de ces armoiries les trois fraises (ou fleurs de fraise), déjà présentes sur le tombeau des Frezals datant du XVe siècle situé dans l’église de Saint-Geniès-d’Olt. Cela s’explique par le fait qu’il s’agit d’armes parlantes, le nom Frézal évoquant celui de la fraise (fresa en occitan). Les lys ou les roses que l’on trouve sur les autres armoiries sont sans doute une mauvaise interprétation de la fleur de fraise. Ces armoiries se ressemblent donc toutes par leur meuble. Cela ne suffirait pas à prouver leur parenté si l’on ne remarquait qu’elles ont toutes un champ d’azur et le meuble principal d’argent. On peut en conclure que soit toutes ces familles sont apparentées, soit que certaines de ces familles ont copié leurs armoiries sur les autres. En tout état de cause, les armes originales des Frézals seraient donc « d’azur à trois fraises d’argent ».

Si François de Frézals ne porte pas ces dernières armoiries, cela ne signifie pas qu’il n’appartient pas aux familles qui les portent. Il peut avoir repris des armoiries maternelles, ou avoir créé de nouvelles armoiries.

[15] Cachet ovale de 18 mm de grand axe et 16 mm de petit axe. Le monogramme, difficile à lire, semble constitué par deux F, l’un à l’endroit, l’autre à l’envers, entrelacés ; le tout surmonté d’une couronne comtale. Il est visible sur sa dernière lettre, datée du 28 août 1741.

[16] Journal et mémoires du marquis d’Argenson, vol. II, p. 229 ; Edmond-Jean-François Barbier, Chronique de la régence et du règne de Louis XV (1718-1763), Paris : Charpentier, 1857-1866, tome III, p. 193.

[17] Voir Edmond-Jean-François Barbier, Op. cit. tome III, p. 285-287. Charles-Philippe d’Albert de Luynes, Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758), tome 3, Paris : Firmin Didot, 1860, p. 421 et suiv. Léonce de Piépape, Histoire des princes de Condé au XVIIIe siècle, p. 374. En 1731 la duchesse avait eu la petite vérole puis, en 1736, était retombée malade à la suite de ses couches à cause, dit-on, d’une perte de lait qui dégénéra en affection de poitrine tout comme sa sœur morte en 1735. Malgré les eaux de Forges (fig. 10), prises à partir de 1740, elle ne fit que languir et mourut le 14 juin 1741. Elle fut exposée pendant 8 jours dans une chapelle ardente dans ses appartements de l’hôtel de Condé avant d’être enterrée aux Carmélites du faubourg Saint-Jacques.

[18] Archives municipales de Toulouse, registres de sépultures de Saint-Étienne. L’église Saint-Jacques était située le long du cloître de la cathédrale Saint-Étienne. Elle fut détruite avec ce cloitre en 1811. Annexe de la cathédrale, elle abritait deux confréries, l’une dédiée à Saint-Jacques, l’autre à Sainte-Anne. Voir Quitterie Cazes, Le quartier canonial de Saint-Étienne de Toulouse, Carcassonne : Centre d’archéologie médiévale du Languedoc, 1998. C’est peut-être comme membre d’une de ces confréries que François de Frézals fut enterré à Saint-Jacques.

[19] Bosquet, Opus cit. tome II, p. 580.

[20] Un inventaire après décès est réalisé le 26 mars 1744 par le notaire parisien Michel de Saint-Georges. Archives nationales, Paris, Minutier central des notaires, MC/ET/IV/526.

[21] Contrat de mariage passé le 16 mai 1746 devant Jean Andrieu notaire à Paris. Archives Merlin et minutier central des notaires parisiens, étude IV.

[22] Archives qui m’ont été prêtées par un cousin, Henri Merlin (1925-2018), que je remercie vivement ici.

[23] Madame Loiseaux : personne non identifiée.

[24] Guy Chartraire de Saint-Aignan, conseiller au parlement de Dijon, qui fit reconstruire l’hôtel du même nom au 8, rue de Tournon à Paris en 1713. Voir Charles Lefeuve, Les anciennes maisons de Paris. Histoire de Paris rue par rue, maison par maison, tome 3, 1875, p. 182. Le gouverneur de Bourgogne est à cette date le duc de Bourbon-Condé, que Saint-Aignan, de par ses fonctions, doit fréquenter. Ces relations expliquent peut-être le passage de Louise de Larzillière de l’hôtel de Saint-Aignan à celui de Condé.

[25] Les Cévennes, au Nord de Montpellier, sont l’un des centres de production de vers à soie.

[26] Selon l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, capillaire est le nom donné à cinq plantes de la famille des fougères dont on tire un sirop, parmi lesquelles l’adiante blanc (adiantum foliis coriandri), ou capillaire de Montpellier (fig. 16) : « Capillaire, (sirop de) se prépare de plusieurs façons ; le meilleur est celui qui nous vient de Montpellier. Sirop de capillaire, selon la Pharmacopée nouvelle de Paris. Prenez capillaire de Canada deux onces ; faites-les infuser pendant deux heures, en y versant eau bouillante six livres : cette infusion se fera dans un vaisseau fermé ; on y fondra sucre blanc six livres ; on clarifiera ensuite, & l’on fera cuire à consistance de sirop, ou mieux encore à consistance d’éectuaire : on y ajoûtera une nouvelle infusion de capillaire ; on aromatisera ensuite le sirop avec l’eau de fleur d’orange. Le sirop de capillaire est très vanté ; il possede toutes les vertus de cette plante : on l’employe dans les maladies de poitrine : on le mêle dans la tisane ordinaire ; dans les émulsions, dans le thé, pour les rendre plus adoucissans. » Voir aussi Pierre Formi, Traité de l’adianton ou cheveu de Vénus, contenant la description, les utilités et les diverses préparations de cette plante, Montpellier, 1644.

Fig. 16 : Capillaire de Montpellier ou Adianthum capillus-veneris (Linné). (Illustration extraite de la Flore de l’Aude par Athanase Py. Bibliothèque de Toulouse, ms Res E 40-1, t. 20).

[27] Sans doute Jacques de Flesselles, né en 1699, banquier, secrétaire du roi, ou son fils Jacques (1721-1789) qui fit carrière dans l’administration provinciale dans la seconde moitié du XVIIe siècle : intendant de Moulins, Rennes, Lyon, puis dernier prévôt des marchands de Paris, massacré en 1789 à Paris. L’un des deux est nommé receveur général des domaines et bois d’Alençon en 1740.

[28] Hermasn ?

[29] Sans doute le frère de Louise : Louis Claude de Larzillière, avocat au parlement, bailli du comté de Braine (1746-1755), subdélégué de l’intendance de Soissons à Braine (1755).

[30] Un cousin de Frézals, selon la lettre du 16 mai 1741.

[31] Louis Claude de Larzillière qui en tant qu’avocat au parlement de Soissons pouvait aussi exercer des fonctions de juge.

[32] Le cousin et la cousine de Louise ne sont pas identifiés, mais l’un d’eux porte le nom de Larzillière puisque c’est celui des deux parents de Louise, et ils vivent à Paris.

[33] Henriette Julie de Durfort-Duras, princesse d’Egmont-Pignatelli.

[34] Marie Charles Louis d’Albert de Luynes, duc de Chevreuse (1717-1771), beau-frère de Madame d’Egmont.

[35] Sans doute Caroline de Hesse-Rheinfels, duchesse de Bourbon-Condé (1714-1741) qui épouse en 1728 le duc Louis-Henri de Bourbon-Condé et décède à Paris le 14 juin 1741.

[36] Depuis 1740 la duchesse se soigne aux eaux de Forges près de Dieppe, à la suite de sa belle-mère, la duchesse douairière de Bourbon-Condé. Cette station thermale (fig. 10), réputée pour ses eaux ferrugineuses utilisées pour combattre l’anémie, est fréquentée par la cour depuis Louis XIII.

[37] Louis François Armand de Vignerot du Plessis, duc de Richelieu, (1696-1788), nommé lieutenant général de la province de Languedoc. Sur sa réception à Toulouse voir Juliette Berthier, Recevoir en sa ville. Les Capitouls et leurs invités au XVIIIe siècle, Mémoire de Master 1 sous la direction de Sylvie Mouysset, Université Toulouse II – Jean Jaurès, Master Histoire et civilisations modernes et contemporaines 2016–2017.

[38] Peut-être Philippe Guillaume Jacquier de Vieuxmaison (1700-1791), conseiller au parlement de Paris, qui avait épousé la fille d’un fermier général. Voir Yves Durand, Op. cit. p. 389.

[39] Sans doute Caroline de Hesse, ou sa belle-mère Louise Françoise de Bourbon (1673-1743), fille de Louis XIV et de Madame de Montespan.

[40] L’azerole est un fruit qui ressemble à une petite cerise rouge ou jaune, poussant sur l’azerolier, variété de grande aubépine. L’azerolier est cultivé dans le Midi de la France et la confiture d’azeroles est une spécialité des Cévennes (fig. 17).

Fig. 17 : Azérolier ou Crataegus azarolus (Linné). (Illustration extraite de la Flore de l’Aude par Athanase Py. Bibliothèque de Toulouse, ms Res E 40-1, t. 18).

[41] Sans doute Henri Joseph de Nigry, premier consul de Montpellier en 1732.

[42] Vaslet : personne non identifiée.

[43] Ramond : personne non identifiée.

[44] Sans doute Antoine Pierre Mirleau de Neuville, fermier général, Voir Yves Durand, Op. cit., 1996, p. 128-129. Ou son fils Louis Grégoire, directeur général des fermes à Soissons en 1751. Voir Bulletin de la Société académique de Laon, tome 10, 1860, p. 22.

[45] M. de Bourgogne : personne non identifiée.

[46] Landry : sans doute Clair-Louis Landry, receveur général des finances de la généralité de Riom, marié en 1729 à Angélique Bouret, sœur de trois fermiers généraux.

[47] Chaponel : Sans doute Jean-Baptiste Chaponel (vers 1693-1763), fermier des domaines du roi.

[48] Alexandre Mogé, sieur de Pramont, directeur des domaines à Montpellier, décédé en novembre 1740 et son épouse Madeleine Françoise Ferrand. Voir Bosquet, Op. cit. tome II, 1762, p. 579-580 ; Inventaire sommaire des Archives départementales antérieures à 1790, Hérault : B Archives civiles, p. 226.

[49] Le bail de six ans conclu entre le roi et les fermiers généraux.

[50] De Champlay : sans doute le financier parisien François Noël Gillet (1693-1769), seigneur de Champlay (Yonne), intéressé dans les fermes du roi, reçu secrétaire du roi en 1747.

[51] Il s’agit sans doute de mouchoirs en « indienne », tissu acheminé des Indes à Lorient par les bateaux de la Compagnie des Indes.

[52] Les appartements de la duchesse de Bourbon étaient situés à l’étage.

[53] Louis Gérard de Larzillière (1690-1753), substitut du procureur du roi au baillage de Soissons, officier de sa majesté et procureur fiscal du comté de Braine et son épouse Barbe Féval (1700-après 1755).

[54] Le 20 octobre 1740 meurt Charles VI de Habsbourg, empereur du Saint empire romain germanique, en laissant comme héritière de ses états patrimoniaux sa fille Marie-Thérèse d’Autriche. Profitant de la faiblesse supposée de la souveraine, Charles-Albert, duc de Bavière, soutenu par la Prusse puis la France et l’Espagne, prétend à la succession de Charles VI dans l’Empire et en Autriche.

[55] Frédéric II se lance dans la conquête de la Silésie, sur Autriche, en décembre 1740. Cet acte marque le début de la Guerre de succession d’Autriche, qui se termine en 1748 avec le traité d’Aix-la-Chapelle.

[56] L’Espagne, où règne comme en France un Bourbon, est l’alliée naturelle de la France contre les Habsbourg. Philippe V d’Espagne fait passer des troupes en Italie pour soutenir son fils Charles, duc de Parme et de Plaisance, roi de Naples et Sicile.

[57] Le chambellan Bürhen, désigné comme régent par la tsarine Anne Ier pendant la minorité d’Ivan VI, est écarté du pouvoir le 9 novembre 1740 au profit d’Anna Léopoldovna, mère d’Ivan VI.

[58] Il s’agit sans doute d’Antoine de Laurès (1708-1779), poète et auteur dramatique né à Gignac près de Montpellier, fils de Claude-Joseph, conseiller à la cour des comptes des aides et des finances de Montpellier. Voir Régis de Saint-Jouan et Jacques Reilhan de Carnas, « Généalogie de la famille de Laurès » dans Claude-Daniel de Laurès. Mémoire pour servir l’histoire de la ville de Gignac et de ses environs, Arts et traditions rurales, 2004.

[59] L’oraison de Saint Julien l’hospitalier était invoquée par les voyageurs demandant un bon gîte et une protection contre les périls. Cette oraison apparaît dans un conte de Jean de la Fontaine, inspiré d’un conte du Decamerone de Boccace. Dans ce conte un voyageur, dépouillé par des brigands et mourant de froid, est sauvé grâce à l’hospitalité d’une veuve. Celle-ci lui offre non seulement le gîte et le couvert mais aussi l’amour. C’est sans doute au caractère galant de cette histoire que fait allusion Frézals. Un poème de Voltaire confirme que l’expression « faire l’oraison de Saint-Julien » peut prendre au XVIIIe siècle un sens coquin : demander l’hospitalité amoureuse d’une dame.

[60] Malibran. Famille de marchands et banquiers originaire de l’Hérault, implantée dans plusieurs pays. Un Antoine Malibran, bourgeois de Pézenas, est avocat au début du XVIIIe siècle.

[61] Sans doute Pierre Gilbert de Voisins (1684-1769), seigneur de Voisins et marquis de Villaines, magistrat qui fit une brillante carrière à Paris dans le barreau et comme conseiller du roi ; ou son fils Pierre Paul Gilbert de Voisins (1715-1754), avocat au Parlement de Paris. Voir Michaud, Biographie universelle…, Firmin-Didot, tome 16, 1856, p. 450-451 ; J.-F. Bluche, L’origine des magistrats du Parlement de Paris, Paris : C. Klincksieck, 1956.

[62] Morette : personne non identifiée.

[63] Sans doute une personne appartenant à la famille noble de Montjuif, implantée dans le Toulousain depuis le Moyen Âge.

[64] Il s’agit peut-être de Jean Louis Bernard de Frézals de Bourfaud, qui commence une carrière militaire en 1728 et prend sa retraite en 1773 avec le grade de brigadier (fig. 18). Brigadier étant sous l’Ancien Régime le grade équivalent à général. Ses descendants s’installent à Compiègne. Voir Gustave Chaix d’Este-Ange, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, tome 19, p. 281 ; Bulletin de la Société historique de Compiègne, 1911, p. 185, 1926, p. 22, 1938, p. 58.

Fig. 18 : L’un des frères de François : Jean-Louis Bernard de Frézals de Bourfaud, peint par Molinet en 1760. (Musée de l’armée, Paris).

[65] Abbé défroqué : personne non identifiée.

[66] Sans doute une allusion au patois picard parlé dans la région d’origine des deux époux.

[67] Gabriel de Jort de Fribois, fermier général dont il est question dans la lettre suivante.

[68] De Mogé du Chassin, Directeur général du domaine du roy et du franc fief en la généralité de Montpellier, successeur d’Alexandre Mogé, sieur de Pramont.

[69] Bonefaux : personne non identifiée.

[70] Il existe une famille de notables toulousains du nom de Godefroy.

[71] Henriette Nicole d’Egmont-Pignatelli, duchesse de Chevreuse (1719-1782).

[72] Marie Charles Louis d’Albert de Luynes, duc de Chevreuse (1717-1771), époux de la précédente. Selon le duc de Luynes son père, le duc et la duchesse de Chevreuse et leur oncle partent fin décembre 1740 à Toulouse pour aller solliciter un procès, procès dont il est question dans la lettre du 16 mai 1741. Ce procès, mené contre Madame de Caylus, concernait des terres en Languedoc faisant partie de la donation faite par Madame de Saissac à M. de Grimberghen, et par M. de Grimberghen au duc. La conclusion de ce procès intervient en faveur du duc en juin 1742. Voir Charles-Philippe d’Albert de Luynes, Op. cit. tome 3, p. 290, tome 4, p. 176.

[73] Paul d’Albert de Luynes, évêque de Bayeux (1703-1788), oncle du duc de Chevreuse.

[74] Abbé Descoleté : sans doute un surnom pour l’abbé défroqué dont il est question dans la lettre du 11 avril 1741.

[75] Gabriel de Jort de Fribois, fermier général. Voir Yves Durand, Op. cit. p. 377-378.

[76] Peut-être le fermier général du même nom, voir Almanach royal, 1740, p. 333.

[77] François Augustin Paradis de Moncrif (1687-1770), financier acquéreur, en 1716, de l’office de receveur général des domaines et bois de la généralité d’Auch. Il est plus connu comme écrivain et poète, élu à l’académie française en 1733.

[78] Françoise de Roquelaure (1683-1741), veuve de Louis II de Rohan-Chabot, prince de Léon et duc de Rohan, décédée le 5 mai 1741 à Toulouse. Le duc de Luynes rapporte cet évènement de la façon suivante : « Du Mercredi 10, Marly. On a appris aujourd’hui la nouvelle de la mort de Madame la princesse de Léon, à Toulouse, où elle etoit depuis déjà assez de temps à suivre beaucoup de procès qu’elle avait à ce parlement. » Voir Charles-Philippe d’Albert de Luynes, Op. cit. tome 3, p. 391.

[79] François de Frézals a sans doute écrit Évreux pour Bayeux. Car l’évêque de Bayeux, déjà cité, est l’oncle du duc de Chevreuse. Mais on ne voit pas ce que ferait Pierre-Jules-César de Rochechouard-Montigny, évêque d’Évreux de 1733 à 1753, aux côtés du duc.

[80] Beauclair : un cousin de Frézals selon la lettre du 16 mai 1741.

[81] Madame Chatillon : personne non identifiée.

[82] Madame Daigremont : personne non identifiée.

[83] Madame Marchand : personne non identifiée.

[84] Mademoiselle Ocrine : Caroline de Hesse-Rheinfels, duchesse de Bourbon, princesse de Condé.

[85] M. Ramond : personne non identifiée.

[86] Le seigneur Machiavel : cette expression désigne sans doute le fermier général de Neuville, dont Frézals se plaint dans sa lettre du 17 juin 1741.

[87] De Jort de Fribois, voir plus haut.

[88] De Jort de Fribois loge donc chez le neveu de l’un de ses associés, le fermier général de Neuville.

[89] La Ferme générale.

[90] Sans doute le valet dont il est question dans la lettre du 17 novembre 1740.

[91] Vinere, tailleur : personne non identifiée.

[92] Comnène : dynastie qui règne sur l’Empire byzantin aux XIe et XIIe siècles, puis sur l’Empire de Trébizonde jusqu’au milieu du XVe siècle.

[93] Blanquette : personne non identifiée.

[94] Le poème est de Jean Baptiste Joseph Willart de Grécourt (1683-1743). Il s’intitule « La jeune femme en couche, conte, par M. de R*** ». Le texte publié dans les Œuvres complètes de Grécourt comporte quelques variantes par rapport à celui de la lettre, soit que Grécourt en ait réalisé plusieurs versions, soit que François de Frézals l’ait modifié. Voici le texte publié :

Jeune tendron, pour la première fois
Goûtait des fruits amers de l’hyménée.
La pauvre enfant se vit presque aux abois
Quand mit au jour sa trop chère lignée.
Son compagnon qui la voyait souffrir :
Par saint Joseph, lui dit-il, je te jure
Que dans la suite aimerais mieux mourir
Qu’ainsi te faire endurer la torture.
La dame alors, regardant son époux,
Lui repartit : Ah ! pourquoi jurez-vous ?
Quoi ! ce rien-là, mon fils, vous effarouche ?
Je n’ai besoin de si grande pitié.
Las ! on m’a dit qu’à la seconde couche
Le mal n’étais si grand de la moitié

Oeuvres complettes de Grécourt, Nouv. éd. soigneusement corr., et augm. d’un grand nombre de pièces qui n’avaient jamais été imprimées, A Luxembourg : [s.n.], an X (1802), tome 8, p. 197.

[95] Ce poème est de l’abbé François-Séraphin Régnier-Desmaret (1632-1713), secrétaire perpétuel de l’académie française. Il est publié dans ses Poësies françoises, dont la première édition date de 1707. Il a été également repris dans un recueil, Nouveau recueil des epigrammatistes françois, anciens et modernes, publié par Antoine Augustin Bruzen de La Martinière en 1720.

[96] Mademoiselle Forges : ce surnom désigne sans doute une personne fréquentant les eaux de Forges, et ayant accouché ou sur le point d’accoucher. Cela pourrait s’appliquer à la duchesse Caroline, malade depuis ses couches en 1736, mais celle-ci est décédée depuis deux mois. François de Frézals l’ignore-t-il ? C’est peu probable.

[97] Sans doute le surnom d’une compagne de Louise.

[98] Allusion érotique.

Pour en savoir plus :

La généalogie de l’auteur François de Frézals, et de la destinataire Louise de Larzillière, est consultable sur Geneanet.

Cet article est la version enrichie de celui paru dans la revue Dix-huitième siècle, éditée par la Société française d’étude du Dix-Huitième siècle. La revue est consultable dans la plupart des bibliothèques des grandes villes et les bibliothèques universitaires. Elle est accessible gratuitement en ligne, sauf les trois derniers numéros.

Gauthier Langlois, « La correspondance amoureuse de François de Frézals, financier en Languedoc (1732-1741) », Dix-huitième siècle, n° 50, 2018, p. 635-662.

Résumé : Entre 1732 et 1741 François de Frézals, directeur des domaines de la généralité de Toulouse, entretient une correspondance avec son épouse, Louise de Larzillière, femme de chambre de la princesse de Bourbon-Condé à Paris. Les seize lettres conservées, rédigées dans un style galant, libertin, érotique ou poétique, nous font pénétrer dans l’intimité d’un couple de la bourgeoisie cultivée du règne de Louis XV. On y perçoit aussi les rapports du couple avec la haute aristocratie (les Egmont, Bourbon-Condé, Chevreuse) et le monde de la finance (comme les fermiers généraux). L’édition de ces lettres constitue une intéressante source sur la société du XVIIIe siècle, en particulier sur l’amour et la santé.

Gauthier Langlois, « The correspondance in love of François de Frézals, financier en Languedoc (1732-1741) », Dix-huitième siècle, n° 50, 2018, p. 635-662.

Abstract : Between 1732 and 1741, François de Frézals, director of the Toulouse Crown lands, corresponded with his wife, Louise de Larzillière, the Bourbon-Condé Princess’s chambermaid in Paris. The sixteen preserved letters, written in a gallant, libertine, erotic or poetic style, convey the couple’s intimacy typical of the cultivated middle-classes in King Louis XV’s reign, as well as the couple’s relationship with the aristocracy (the Egmont, Bourbon-Condé, Chevreuse) and the financial sphere (such as the fermiers-généraux). The edition of these letters constitutes an interesting source on eighteenth-century society, especially love and health.

Gauthier Langlois, « La correspondencia enamorada de François de Frézals, financiero en Languedoc (1732-1741) », Dix-huitième siècle, n° 50, 2018, p. 635-662.

Resumen : Entre 1732 y 1741 François de Frézals, director del patrimonio real en Tolosa, mantiene una correspondencia con su esposa, Louise de Larzillière, camarera de la duquesa de Bourbon-Condé en París. Con las dieciséis conservadas cartas, redactadas en un estilo cortés, libertino, erótico o poético, penetramos en la intimidad de una pareja de la burguesía cultivada del reino de Luis XV. Percibimos también las relaciones de la pareja con la alta aristocracia (como los Egmont, Bourbon-Condé, Chevreuse) y el mundo de las finanzas (los recaudadores de impuestos). La edición de estas cartas constituye una interesante fuente sobre la sociedad del siglo XVIII, en particular sobre el amor y la salud.

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Fig. 19
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Dame Carcas et la cité de pierre – une nouvelle bande-dessinée sur Carcassonne

Cette nouvelle bande dessinée constitue une nouvelle adaptation de la légende de Dame Carcas. Elle est l’œuvre de Camille Génaux, architecte DPLG installée dans le petit village d’Aragon, non loin de Carcassonne, et de son compagnon Thomas Bourget. Parue fin juillet 2021, elle est déjà disponible dans les librairies de Carcassonne.

Elle sera bientôt disponible dans d’autres points de ventes et sur commande. Des séances de dédicaces sont en cours de programmation. Vous trouverez plus d’information sur cette page prochainement.

Dédicace de Camille Génaux pour Gauthier Langlois le 3 août 2021 à Villemoustaussou sur BD Dame Carcas et la Cité de pierre

Référence :

Camille Génaux (scénariste, dessinatrice et coloriste), Thomas Bourget (scénariste), Dame Carcas et la cité de pierre, Aragon (Aude), Bulles d’Aragon, 2021, 75 p. ISBN 979-10-96219-10-0

Résumé :

Dame Carcas est l’épouse d’un roi sarrasin régnant sur une vaste et majestueuse cité de pierre au cœur d’une abondante végétation. À cette époque, les habitants vivent paisiblement au rythme des saisons.

Quand soudain à quelques lieux de là apparait, orgueilleux et menaçant, Charlemagne. Celui-ci avec sa redoutable armée est bien résolu à reconquérir ce prestigieux territoire. Le roi soutenu par sa dame refuse de se soumettre et ferme les portes de la robuste cité.

Après plusieurs vaines tentatives d’assaut, Charlemagne comprend qu’il sera difficile de s’emparer de la cité par les armes et décide d’entreprendre une guerre de siège. Malheureusement, lors d’une mauvaise contre-attaque, le roi perd la vie, abandonnant son peuple et sa délicate épouse à un sombre avenir.

Alors que tout semble perdu, la dame organise la résistance, usant d’ingéniosité et de stratagèmes pour préserver les habitants de la cité. Portée par son amour de la vie, aidée par la nature, la dame ne capitule pas, retardant ainsi l’inéluctable.

En savoir plus :

Dédicaces :

  • En cours de programmation
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Localiser une photographie ancienne : mission impossible ?

Les collections de photographies anciennes conservées dans des fonds d’institutions publiques contiennent nombre de clichés très intéressants mais non exploités faute d’avoir été identifiés ou décrits avec précision. Pour remédier à cela les Archives de l’Aude ont lancé, en mars 2020, une heureuse initiative intitulée « C’est quoi cet OPNI (Objet Photographique Non Identifié) ? ». Cette initiative, relayée par la Société d’études scientifique de l’Aude sur sa page Facebook a connu un grand succès. Certaines photos, reproduisant une église ou un château ont été vite identifiées par les personnes connaissant les lieux. Pour d’autres cela semblait mission impossible, faute de détail caractéristique apparent. Cependant, avec méthode j’y suis généralement arrivé. Ce sont ces méthodes que je souhaite vous montrer à travers l’exemple de quelques enquêtes.

Archives de l’Aude Fonds Verguet, 5 Fi 1224

UN VILLAGE DU MIDI VITICOLE VERS 1900

La première photographie est celle d’un village resserré, environné de vignes, situé dans une plaine fermée à l’arrière-plan par une montagne peu élevé. Ce type de paysage et d’architecture sont caractéristiques du Languedoc méditerranéen. La lumière et les ombres courtes situent la prise de vue autour de l’été en début de matinée ou en fin d’après-midi. La direction des ombres, qui est celle du soleil, indique que la vue a été prise du Sud-Est si l’on est en matinée, ou du Sud-Ouest si l’on est dans l’après-midi. Mais faute de pouvoir trancher entre ces deux moments, il n’est pas possible de connaître l’orientation du cliché et par conséquent du relief. Une seule certitude : la photo n’est pas prise du nord. La silhouette du village et celle du relief ne sont pas suffisamment caractéristiques pour préciser la localisation.

Un examen de l’inventaire du fonds photographique s’impose donc pour tenter de préciser cette localisation. Ce fonds est constitué de photographies réalisées entre le milieu du XIXe siècle et le début du XXe siècle par l’abbé Léopold Verguet (1817-1914), pionnier de la photographie dans le département de l’Aude. D’un point de vue géographique ce fonds couvre majoritairement l’Aude mais aussi les départements voisins dont les Pyrénées-Orientales et l’Hérault.

Dans l’Aude, ce type de paysage s’observe dans le piémont de la Montagne-Noire en Minervois et dans les plaines des Basses-Corbières situées près de Narbonne. C’est par ces deux régions que commence ma recherche. Un examen de la carte topographique en ligne sur le site de l’IGN permet de lister une vingtaine de villages situés en plaine en bordure de montagne. Une recherche des cartes postales anciennes en ligne de ces villages ne donne rien : soit la photographie n’a pas été prise dans l’Aude, soit le photographe a choisi un angle de vue peu habituel.

Je choisis alors de m’intéresser à la tour qui domine le village. Un zoom sur l’image permet de voir qu’il s’agit d’un clocher de plan carré surmonté d’un toit en bâtière. Il se trouve derrière une grande église dont le mur gouttereau est soutenu par des contreforts.

Une recherche sur les cartes postales anciennes des églises des mêmes villages permet de repérer celle de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse comme ayant les mêmes caractéristiques :

1. L’église de Saint-Laurent, à gauche vue de l’Ouest sur une carte postale ancienne, à droite vue de l’Est sur la photographie ancienne :

Cependant en supposant qu’il s’agisse de la même église, la carte postale n’offre pas la même orientation puisque le clocher est devant la nef. Faute de trouver une vue de l’autre face de l’église de Saint-Laurent, je recherche d’autres détails caractéristiques. Je repère une sorte de château composé de deux tours inégales, que je retrouve sur une photographie du site de la commune :

2. Château XIXe, à gauche d’après le site de la commune, à droite sur la photographie ancienne :

Un troisième détail va permettre de confirmer la localisation et de déterminer l’angle de prise de vue. Il s’agit de la maison située au premier plan à gauche. Par chance, celle-ci est conservée dans un état proche de celui du début du XXe siècle :

3. Maison chemin du Rabet, à gauche sur Google Street View, à droite sur la photographie ancienne :

Le report des trois détails caractéristiques sur la photo ancienne ci-dessous et sur la photo aérienne plus bas permet de situer le lieu où Léopold Verguet a posé son objectif : sur une éminence au-dessus du chemin du Rabet, lui permettant de réaliser une vue générale de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse depuis l’Est-Sud-Est.

Localisation de quelques bâtiments caractéristiques sur la photo ancienne
Localisation des mêmes bâtiments et de l’angle de vue sur photographie aérienne du Géoportail

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Archives de l’Aude fonds Verguet, 5 Fi 1257

LE JARDIN D’UN CALVAIRE

Au centre de la photo, un jardin délimité à gauche par une route, à droite par un chemin, au premier plan par une balustrade de pierre dans laquelle s’ouvre une grille de fer à deux battants, encadrée par deux piliers de grès ou de calcaire. Le battant de droite est ouvert, laissant voir deux jeunes enfants, habillées de façon bourgeoise. Le plus jeune, à gauche, est sans doute un garçon. Il porte une veste à revers large et un bermuda. Le plus âgé, sans doute une fille, porte une chemise, une culotte et un chapeau à rebord large incliné.

Le jardin est manifestement un calvaire. À gauche de l’entrée, à l’extérieur, on observe une croix ancienne en pierre. À l’intérieur, au sommet d’un mamelon, est visible un christ en croix. Entre celui-ci et l’entrée est visible une statue dont la silhouette évoque une Pietà, c’est à dire une Vierge pleurant le Christ mort sur ses genoux.

Différents éléments permettent de situer la photo. Le paysage végétal (vignes, cyprès et pins) est méditerranéen. La topographie (champ plat à gauche sans colline visible à l’horizon, colline basse à droite) situe la scène dans une plaine comme celle du Minervois ou des Basses Corbières. Le panneau routier à l’envers à gauche indique sans doute l’entrée d’un village. Sur le linteau de fer surmontant la grille, Joël Gardes, président de l’Association des Amis du Château de Miglos, a lu l’inscription : « DONNE PAR XAVIER RIGAL 1870 ». C’est à ce moment là et grâce à lui que j’ai commencé ma recherche et qu’elle a pu aboutir.

Une recherche sur le site de généalogie Geneanet permet de repérer un certain Louis Henri Xavier Rigal, propriétaire né le 16 avril 1831 à Villeneuve-les-Chanoines (actuellement Villeneuve-Minervois), qui avait épousé en 1864 une certaine Marie Miquel. Selon Le courrier de l’Aude du 14 mai 1893, il était à cette date décédé et portait le prénom usuel de Xavier. Le nom, la date, le statut social aisé et l’origine géographique de ce Xavier concordent avec celui du mécène du calvaire.

Reste à vérifier la présence d’un calvaire à Villeneuve-Minervois. Le site de la commune et l’ouvrage Vilatge al pais, canton de Peyriac-Minervois évoquent un calvaire construit par les habitants à partir de 1854, comportant plusieurs statues dont une de la vierge, et une croix ancienne de pierre datée de 1696. Toutefois les photographies publiées sur le site ne permettent pas de reconnaître la photographie ancienne.

Vue aérienne du jardin du Calvaire de Villeneuve-Minervois en 2018

Un tour sur le Géoportail permet de vérifier, grâces aux cartes et photographies aériennes, que la topographie du calvaire de Villeneuve-Minervois correspond à celle de la photographie. Le jardin, situé à la sortie du village, affecte une forme triangulaire et s’élève vers l’Est jusqu’à un mamelon. Les photographies et cartes anciennes, présentes sur le Géoportail, permettent de vérifier la présence de vignes, ayant laissé aujourd’hui place à l’extension du village.

Le jardin du Calvaire sur Google street view

Un tour s’impose maintenant sur Google Street view. Là, grosse déception : l’architecture des lieux ne correspond pas à la photo ancienne : point de portail monumental, de croix de pierre, de statue de la vierge et de calvaire. Pourtant, en y regardant de plus près l’on s’aperçoit que le mur où devrait se situer le portail est très récent. Un nouvel accès au jardin a été réalisé un peu plus loin. L’on apprend d’autre part, sur le site de la commune, que la croix de pierre ancienne, datée de 1696, a été déplacée.

De plus la croix de pierre du calvaire sur la photo actuelle du site de la commune (à gauche) et de la croix de la photo ancienne (à droite) semblent bien correspondre.

La difficulté d’identification résultait ici de l’absence de photographies anciennes comparatives et de la disparition de la majorité du mobilier et de l’architecture du lieu. Pour une ultime confirmation il faudrait consulter l’article de SOUCHON (abbé), « Villeneuve Minervois : le calvaire », Histoire et généalogie en Minervois, n° 79, mars 2010, p. 25-30. Et aussi La Semaine religieuse du Diocèse de Carcassonne, hebdomadaire qui doit contenir des articles réalisés à l’occasion des aménagements successifs du jardin du calvaire. Mais ces deux périodiques ne sont pas en ligne et les mesures sanitaires ne m’ont pas permis de me déplacer en bibliothèque. Enfin, des recherches généalogiques permettraient peut-être d’identifier les deux enfants.

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Archives de l’Aude, fonds Verguet, 5 Fi 1267

UNE PROCESSION RELIGIEUSE

Un groupe de personnes, vues de dos, monte un chemin bordé de pins et cyprès. Parmi eux, en fin de cortège, un prêtre et sans doute deux enfants de chœur. Il s’agit donc d’un évènement religieux telle qu’une procession. Le ciel gris atténue les ombres qui ne sont pas visibles, nous privant d’informations sur l’exposition du lieu.

Sur la seule base des informations déduites du cliché la localisation semblait impossible. Tout au plus pouvait-on dire que l’on se situe dans un paysage méditerranéen et que la présence de cyprès est souvent le marqueur d’un cimetière ou d’une chapelle rurale. Mais le rapprochement avec la photo précédente permet de proposer une hypothèse. Il pourrait s’agir des rogations de Villeneuve-Minervois, menées les trois jours précédant l’Ascension (15 août), décrites dans l’ouvrage Vilatge al pais, et qui passaient par le jardin du calvaire. En effet la topographie des lieux semble correspondre : le chemin visible ici semble bien celui qui fait le tour du jardin du calvaire, visible sur photo aérienne et Google Street View (voir plus haut). De plus l’inclinaison des arbres, vers la gauche, correspond à celle que l’on peut observer sur le chemin montant vers le calvaire de Villeneuve-Minervois. Enfin, l’absence d’herbe verte et le sol poussiéreux du chemin situent la scène en été, période de ces rogations.

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LES MÉTHODES D’IDENTIFICATION

Les enquêtes sur les trois photographies ci-dessus utilisent des méthodes d’identification que nous allons formaliser ici.

Une enquête doit commencer par un examen attentif du document tant dans ses caractères externes (le support) que dans ses caractères internes (l’image). Cet examen s’accompagne de descriptions précises facilitant ensuite la recherche dans des bases de données.

Observer les caractères externes (le support)

Le support renseigne sur la technique de prise de vue ou de tirage (plaque de verre, tirage papier…) permettant de dater la photo. Les éventuelles indications imprimées ou manuscrites telles que le nom du photographe sont évidemment à prendre en compte.

Observer les caractères internes (l’image)

Situer dans l’espace :
Observer la végétation, le relief, la géologie, les matériaux et le style des constructions, le style des costumes… pour déterminer la région.

Situer dans le temps :
Observer l’état de la végétation, la luminosité, la taille des ombres pour déterminer la période de l’année et le moment de la journée.

Orienter :
Observer la direction des ombres en fonction de la date et de l’heure, l’orientation des bâtiments (village de montagne exposé généralement au sud, église orientée généralement à l’est…), l’inclinaison des arbres (suivant le vent dominant ou la meilleure exposition), le sens d’écoulement d’un cours d’eau, la direction d’une ligne électrique, d’une voie de chemin de fer…

Repérer les détails caractéristiques :
Observer les personnes (geste, attitude, regard, genre, âge, habits…) pour caractériser leur position sociale, leur activité… Observer les bâtiments et reliefs remarquables, les objets, les inscriptions…

Rechercher et confronter

Les observations permettent de faire des hypothèses qu’il faut confronter à d’autres sources d’information :

Confronter avec la vie de l’auteur :
Connaître la vie de l’auteur de la photographie ou de la collection permet de savoir les lieux qu’il a fréquenté et donc d’orienter la recherche.

Confronter avec la collection :
Vérifier si d’autres photographies de la collection ne partagent pas des caractéristiques communes avec celle à identifier.

Rechercher un monument :
Utiliser des bases de données sur le patrimoine culturel telles que celles du Ministère de la Culture, d’une région comme l’Occitanie, d’une association comme la Société d’études scientifiques de l’Aude

Identifier un type de paysage :
Utiliser des sites tels que l’Atlas des paysages du Languedoc-Roussillon.

Rechercher une personne :
Utiliser des bases de données généalogiques telles que Geneanet ou FamilySearch.

Rechercher un événement :
Utiliser la presse ancienne sur les portails Presse locale ancienne ou Gallica de la Bibliothèque nationale de France, dans les collections des bibliothèques locales et des archives départementales.

Retrouver des photographies anciennes :
Interroger les moteurs de recherche à l’aide de mots-clés. Les moteurs généralistes type Google Image ou Pinterest risquent de vous noyer dans des réponses trop nombreuses et pas toujours pertinentes. Sur les photographies interrogez le moteur de recherche de Gallica par nature de document, aire géographique etc. Sur les cartes postales anciennes utilisez le moteur de recherche agrégatif de Lexigos qui interroge des sites commerciaux, associatifs et institutionnels nationaux ou locaux. Pour un accès géographique voyez aussi Geneanet, Cartorum, des sites institutionnels, associatifs ou personnels de votre région, des bibliothèques comme Rosalis, bibliothèque patrimoniale de Toulouse.

Vérifier sur le terrain :
L’idéal est de confronter la photographie ancienne avec la même vue sur le terrain. Mais il n’est pas toujours possible de se rendre sur place. Le Géoportail permet, à l’aide de cartes et photographies aériennes anciennes ou actuelles, de connaitre la topographie, la géologie, l’occupation du sol… L’application Google Street View sur Google maps permet de visualiser le paysage à 360° depuis une rue. Leur confrontation permet de localiser le point et l’angle de prise de vue.

Ne pas désespérer

En cas d’échec, demandez de l’aide sur les réseaux sociaux, les forums spécialisés, ou auprès des acteurs locaux. Car la recherche collective est souvent plus efficace. Élargissez vos sources d’information ou votre aire géographique. Recommencez cette recherche plus tard. Entre-temps vous aurez de nouvelles idées, un nouveau regard ou vous aurez accès à de nouvelles sources.

Aller plus loin

La photographie étant localisée, il vous faudra peut-être aussi la dater en la confrontant à l’évolution topographique des lieux, à l’état de la végétation, au style des costumes, au contexte ; en utilisant un calcul astronomique basé sur la direction de l’ombre. Puis vous pourrez l’exploiter en vous intéressant non seulement au contenu mais aussi au regard du photographe. Vous trouverez des exemples de mise en œuvre de l’ensemble de ces méthodes dans les deux articles suivants réalisés chacun autour d’une photo jusque-là non identifiée :

Langlois (Gauthier), « Un village fortifié, déserté à la fin du XIXe siècle : Castelmaure », Bulletin de la Société d’études scientifiques de l’Aude, tome CXIX, 2019, p. 141-146.

Langlois (Gauthier), « Un épisode de la révolte viticole de 1907 à Tuchan », Bulletin de la Société d’études scientifiques de l’Aude, tome CXIX, 2019, p. 149-153.

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Autour de l’industrie de la pipe et de la tabatière. Innovations et échanges dans la tournerie entre l’Est des Pyrénées et le Jura (XIXe- début XXe siècle)

Extrait d’un catalogue d’une maison de commerce jurassienne vers 1800, catalogue ramené dans l’Aude par la famille Verguet

Conférence dans le cadre des séances mensuelles de la Société d’études scientifiques de l’Aude
Samedi 18 janvier 2020 -15h30
Auditorium de la Chapelle des Jésuites, rue des Études à Carcassonne

Papier à entête de l’usine Monneret-Bès à Belvianes (Aude), 1921.
 

Résumé : La fabrication de petits objets de tabletterie, de tournerie et boissellerie a longtemps constitué un revenu complémentaire des paysans des montagnes. Au XIXe siècle, avec le passage de l’artisanat à l’industrie, le Jura a pris une position dominante dans la fabrication des peignes, des jouets ou des pipes. Mais une telle activité a existé aussi dans les Pyrénées où des jurassiens sont établis dès le milieu du XIXe siècle. En 1857 l’arrivée du chemin dans l’Aude et l’invention de la pipe de bruyère dans les Corbières vont dynamiser cette industrie et renforcer ses liens avec celle du Jura.

Cette communication a fait l’objet de l’article suivant paru en 2020 :

  • Langlois (Gauthier), « Autour de l’industrie de la pipe et de la tabatière. Innovations et échanges dans la tournerie entre l’Est des Pyrénées et le Jura (XIXe– début XXe siècle) », Bulletin de la Société d’études scientifiques de l’Aude, tome CXIX, 2019, p. 79-94.

Cette recherche a été prolongée par les travaux de Enrico Castruccio. À travers deux articles mis en ligne sur le site de l’entreprise milanaise Al Pascià, il confirme que les premières pipes de bruyères commercialisées ont été fabriquées en 1856 à Saint-Paul-de-Fenouillèdes. À lire en version italienne ou anglaise, ou en français via une traduction automatique :

  • Castruccio (Enrico), « Radica : abbozi di storia degli abbozzi / Briar : notes on the history of briar blocks», Al Pascià, 2022, en ligne. Partie 1, Partie 2.

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La commune de 1871 : une relecture

La Commune de 1871 : une relecture, sous la direction de Marc César et Laure Godineau. CREAPHIS éditeur, Collection Silex, 2019.

RÉSUMÉ

Devenue un mythe mondial au xxe siècle, la Commune de 1871 est en réalité mal connue. Le 18 mars et la Semaine sanglante sont des points de repère parisiens, marqueurs mémoriels qui cachent en partie sa grande complexité comme sa dimension nationale ou transnationale. Fertile en initiatives de tous types, elle constitue a posteriori un extraordinaire et fascinant laboratoire du politique. Expérience démocratique originale, affirmation républicaine, forme de fédéralisme à la française, tentative d’émancipation sociale, utopie, référence insurrectionnelle ou révolutionnaire, elle est tout cela à la fois et davantage encore. De fortes reconstructions historiques, sociales ou politiques ont renforcé sa polysémie.

C’est à une relecture collective qu’invitent ici les plus grands spécialistes et de jeunes chercheurs. Quel fut le quotidien de 1871, localement ? Que se joua-t-il sur l’ensemble du territoire, marqué par une grande diversité des espaces et des lieux ? Quelles furent les réceptions à l’échelle internationale ? Les trente-cinq textes de cet ouvrage accordent aussi une large place à l’après-Commune, à l’exil et à la déportation, aux influences et aux commémorations, ainsi qu’aux aspirations du premier XIXe siècle. Enfin, au plus près des individus, des auteurs retracent des parcours de vie de contemporains connus ou anonymes, acteurs ou non du mouvement.

Qu’est-ce que la Commune ? Ce livre, riche en images et documents, propose des pistes novatrices et rouvre le débat. Il montre la dimension capitale de l’expérience communaliste pour décrypter le XIXe siècle et pour nourrir nos questionnements les plus contemporains.

L’ouvrage rassemble les actes du colloque international tenu à l’occasion du 140e anniversaire de la Commune : Regards sur la Commune de 1871 en France. Nouvelles approches et perspectives / New light on the Commune of 1871 in France. New approaches and new prospects, Narbonne, Hôtel de Ville, 24-26 mars 2011, organisé par le Centre de Recherche Espaces, Sociétés, Culture (CRESC), Université Paris 13, la Commission Archéologique et Littéraire de Narbonne et l’Institut d’Histoire Sociale CGT de l’Aude.

TABLE DES MATIERES


Marc César et Laure Godineau – La Commune, une histoire en renouvellement

PARTIE 1. UNE VISION ÉLARGIE : L’ESPACE ET LE TEMPS

● DE 1848 À 1871
– Michèle Riot-Sarcey et Jacques Rougerie – De la Révolution de 1848 à la Commune de Paris
– Antoine Schwartz – La Marseillaise, un journal républicain et socialiste à la fin du Second Empire
– Fabrice Erre – La Poire et le Brigand : représentations satiriques des antagonismes de la Commune
– Jonathan Vouters – « Vingt ans après ». L’appel aux volontaires pour combattre la Commune face au précédent de juin 1848

● DIMENSION NATIONALE DU MOUVEMENT COMMUNALISTE
– Inès Ben Slama – Les luttes de pouvoir à Lyon de septembre 1870 à mai 1871
– Jérôme Quaretti – L’année terrible à Perpignan et dans les campagnes du Roussillon (4 sept. 1870-4 sept. 1871)
– Laurent Le Gall – Le silence et la peur. Traces de la Commune dans le Morbihan
– Jacques Frayssenge – L’Aveyron, les Aveyronnais face à la Commune : opposants opiniâtres et acteurs engagés
– Guillaume Parisot – La province occupée pendant la Commune de 1871 : attitude des administrations allemandes et françaises, regards croisés des occupants et des occupés

● POINTS DE VUE DE L’OCCUPANT ET D’AILLEURS
– Olivier Berger – Étude des relations entre la Commune et les Allemands. De nouvelles pistes pour comprendre l’événement et la position allemande
– Burak Onaran – Les échos de la Commune chez les Ottomans : une étude préliminaire

PARTIE 2. PARIS

● UNE VILLE EN RÉVOLUTION
– Danièle Voldman – Le moratoire des loyers, mesure de circonstance ou utopie sociale ?
– Claude Latta – La « minorité » de la Commune (avril-mai 1871)
– Masaï Mejiaz – Les frontières du Paris insurrectionnel de 1871 : échanges, surveillances et enjeux
– Benoît Doessant – La gendarmerie sur tous les fronts de la lutte contre la Commune de Paris

● AU PLUS PRÈS
– Iain Chadwick – Jeux d’échelles : quels sont les avantages d’une approche micro-analytique pour la Commune ?
– Quentin Deluermoz et Jérémie Foa – Le cœur ouvert à l’inconnu, communards aux Champs-Élysées
– Laure Godineau – Le journal du couple Accard : une écriture ordinaire au temps du siège et de la Commune

● PARCOURS
– Anthony Glinoer et Deborah Xuereb – Eugène Vermersch : vertiges de l’infamie
– Gauthier Langlois – Fortuné Henry (1821-1882), itinéraire d’un communard méridional
– Éric Fournier – Louis-François Parisel : un acteur oublié, au centre de la culture de guerre communarde

PARTIE 3. POSTÉRITÉS

● RÉPRESSION ET EXIL
– Gonzalo J. Sánchez, Jr. – Réhabiliter des criminels ou des politiques ? Les communards entre régime cellulaire et transportation
– Carolyn J. Eichner – Exil et empire colonial : Louise Michel et l’expérience de la déportation
– Marc César – L’exil russe de Jules Montels auprès de Léon Tolstoï (1878-1880)

● INFLUENCES ET HÉRITAGES
– Philippe Darriulat – La mémoire immédiate de la Commune de Paris dans la chanson de diffusion
– John Merriman – L’influence de la Commune sur les anarchistes au début des années 1890
– Rémy Pech – La mémoire de la Commune et les socialistes narbonnais : un soleil trompeur

● PERCEPTIONS
– Filippo Benfante – La Commune est une affaire de bohème. À propos de la traduction italienne
des Réfractaires de Jules Vallès (1871-1874)

– Daniel Mollenhauer – La Commune, symptôme du « caractère national français » ? Remarques sur la perception de la Commune en Allemagne
– Jean-Numa Ducange – La Commune de 1871 vue par les sociaux-démocrates autrichiens de l’entre-deux-guerres

PARTIE 4. ÉCRIRE L’HISTOIRE OU COMMÉMORER

● FAIRE L’HISTOIRE DE LA COMMUNE
– Odile Krakovitch – Les archives de la Commune : des destructions et secrets à l’ouverture
– Jacques Rougerie – Mise au point historiographique
– Jacques Girault – Changement d’une problématique : étudier le cas bordelais, 1971-2011

● DU CENTENAIRE DE LA COMMUNE À NOS JOURS
– Gilbert Gaudin – Le centenaire de la Commune de Narbonne, 1871-1971
– Jean-Louis Robert – La Commune de Paris : une réflexion sur mémoire et histoire
– Robert Tombs – Conclusions

Quelques repères visuels
Repères chronologiques
Pistes de de lecture
Table des illustrations
Crédits des illustrations
Les auteurs

POUR EN SAVOIR PLUS

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Avis de recherche : pipes et autres objets de tournerie pyrénéens

Quelques articles vendus par une maison de commerce jurassienne vers 1800 : pipe, chapelet, boutons… de buis ou de bois. Extrait d’un catalogue manuscrit conservé aux Archives de l’Aude.

Si la fabrication de peignes en corne dans la haute vallée de l’Hers, à Sainte-Colombe-sur-l’Hers (Aude) ou en Pays d’Olmes (Ariège) aux XIXe et XXe siècles est bien connue, notamment à travers les recherches de Bruno Evans, il n’en n’est pas de même de la petite industrie pyrénéenne de tournerie et boissellerie travaillant le buis et la bruyère. Cette activité est fort ancienne, comme en témoigne au début du XIVe siècle l’existence du berger hérétique de Cubières, Guilhem Bélibaste, qui vivait en exil de la fabrication de peignes. Cette industrie, plus particulièrement développée au XIXe siècle dans les Corbières et le Fenouillèdes (Aude et Pyrénées-Orientales) a subsisté au moins jusqu’au début du XXe siècle. Mais elle a laissé peu de traces. C’est pourquoi, dans la perspective d’une communication à la Société d’études scientifiques de l’Aude en 2020, je recherche :

  • Documents d’archives tels que factures, catalogues de fabriques…
  • Photographies ou tableaux de personnes de la région fabriquant ou utilisant des objets de tournerie.
  • Objets en buis ou en bruyère susceptibles d’avoir été produits dans l’Aude ou régions voisines.

Merci de votre aide.

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Mes armoiries

     Depuis plus de vingt ans j’utilisais comme logo personnel le chevalier Guilhem de Peyrepertuse, tel qu’il figure à cheval sur son sceau de 1240 (voir ci-dessous).

Guilhme de Peyrepertuse d'après son sceau de 1240

     Souhaitant renouveler mon logo, j’ai choisi d’utiliser des armoiries -choix logique si l’on considère que dans le cadre de mes recherches historiques et généalogiques j’ai mainte fois travaillé sur l’héraldique. Deux solution s’ouvraient à moi : soit créer des armoiries de toutes pièces, soit reprendre des armoiries existantes portées par des ancêtres. Si l’on connait les armes de plusieurs familles Langlois (l’Armorial Rietstap en donne plus de trente) je n’ai pas pu faire de lien entre ces Langlois et ma famille. Et en vertu du droit héraldique qui stipule que toute personne est libre de porter des armoiries à condition de ne pas usurper celles d’autrui, je ne pouvais les reprendre. Partant du patronyme Langlois j’aurais pu créer des armes parlantes comportant par exemple comme meubles une langue et une oie formant rébus (langue oie = Langlois). Mais j’ai préféré reprendre les armes que ma grand-mère maternelle portait sur sa chevalière et que mon oncle maternel porte toujours sur la sienne. Il s’agit des armes de notre aïeule Florence Eulalie Petit-de-Champlain (1813-1888). Sachant que les armoiries constituent un accessoire du nom et que le nom Petit-de-Champlain est tombé en quenouille, c’est à dire n’est plus porté, j’ai, comme ma grand-mère et mon oncle, toute légitimité pour les reprendre.

Armoiries de Nicolas Petit de Marivats peintes dans l’Armorial d’Hozier

      Mes recherches généalogiques m’ont apprises que ces armes étaient portées par plusieurs familles bourgeoises parisiennes nommées Petit, dont l’ancêtre commun vivait au XVIe siècle. Ces familles vivant noblement ou anoblies ont pris entre la fin du XVIIe siècle et le XVIIIe siècle le nom des seigneuries qu’elles avaient acquises. Ce sont les Petit de Marivats, Petit du Bois d’Aulnay, Petit du Motet, Petit de Saint-Lienne et Petit de Champlain. Mon ancêtre Geoffroy Petit, bourgeois de Paris, portait selon l’armorial d’Hozier « d’azur à 3 étoiles d’or » qu’il faut sans doute rectifier par « d’azur au chevron d’or accolé de 3 étoiles de même », armoiries de sa fille Marie-Nicole et de son neveu Nicolas Petit de Marivats enregistrées dans le même armorial.

tableaulaumosnier1728aveccadre

Portrait présumé de Jean-Baptiste Geoffroy Petit de Saint-Lienne, premier commis de John Law (contrôleur général des finances et directeur de la Compagnie des Indes) puis bourgeois de Paris et seigneur de Renay. Portait réalisé en 1728 à Paris par Jacques Laumosnier.

      Ce sont aussi celles de Jean-Baptiste Geoffroy Petit de Saint-Lienne (voir ci-dessus), fils de Geoffroy, connues notamment par son cachet. Comme l’ancêtre commun aux porteurs de ces armes était décédé bien avant l’édit de 1696 établissant l’armorial de France, j’en déduit que ces armes n’ont pas été composées par les commis du juge d’armes d’Hozier et attribuées d’office à la famille Petit. Ces armes sont donc portées dans ma famille depuis au moins depuis le XVIIe siècle et treize générations (dont sept de Geoffroy Petit à Florence Eulalie Petit de Champlain).

      Pour personnaliser mes armes j’ai choisi comme supports deux ours qui font allusion à un article que j’avais rédigé sur la chasse de cet animal dans les Corbières au Moyen Âge. J’y ai ajouté également une devise que j’ai composée pour la famille de ma femme. Je n’ai pas repris en revanche la couronne de marquis qui figure sur les chevalières de ma grand-mère, de mon oncle et d’une cousine éloignée. Ainsi établies ces armoiries se blasonnent : « d’azur au chevron d’or accompagné de 3 étoiles du même qui est Petit de Champlain. –Supports : deux ours de sable. –Devise : Fortius semper. »

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