Dame Carcas et la cité de pierre – une nouvelle bande-dessinée sur Carcassonne

Cette nouvelle bande dessinée constitue une nouvelle adaptation de la légende de Dame Carcas. Elle est l’œuvre de Camille Génaux, architecte DPLG installée dans le petit village d’Aragon, non loin de Carcassonne, et de son compagnon Thomas Bourget. Parue fin juillet 2021, elle est déjà disponible dans les librairies de Carcassonne.

Elle sera bientôt disponible dans d’autres points de ventes et sur commande. Des séances de dédicaces sont en cours de programmation. Vous trouverez plus d’information sur cette page prochainement.

Dédicace de Camille Génaux pour Gauthier Langlois le 3 août 2021 à Villemoustaussou sur BD Dame Carcas et la Cité de pierre

Référence :

Camille Génaux (scénariste, dessinatrice et coloriste), Thomas Bourget (scénariste), Dame Carcas et la cité de pierre, Aragon (Aude), Bulles d’Aragon, 2021, 75 p. ISBN 979-10-96219-10-0

Résumé :

Dame Carcas est l’épouse d’un roi sarrasin régnant sur une vaste et majestueuse cité de pierre au cœur d’une abondante végétation. À cette époque, les habitants vivent paisiblement au rythme des saisons.

Quand soudain à quelques lieux de là apparait, orgueilleux et menaçant, Charlemagne. Celui-ci avec sa redoutable armée est bien résolu à reconquérir ce prestigieux territoire. Le roi soutenu par sa dame refuse de se soumettre et ferme les portes de la robuste cité.

Après plusieurs vaines tentatives d’assaut, Charlemagne comprend qu’il sera difficile de s’emparer de la cité par les armes et décide d’entreprendre une guerre de siège. Malheureusement, lors d’une mauvaise contre-attaque, le roi perd la vie, abandonnant son peuple et sa délicate épouse à un sombre avenir.

Alors que tout semble perdu, la dame organise la résistance, usant d’ingéniosité et de stratagèmes pour préserver les habitants de la cité. Portée par son amour de la vie, aidée par la nature, la dame ne capitule pas, retardant ainsi l’inéluctable.

En savoir plus :

Dédicaces :

  • En cours de programmation
Publié dans Bande dessinée, Légende | Tagué , , , | 1 commentaire

Dame Carcas sur France 2

La légende de Dame Carcas a été présentée sur le Journal de 13 heures de France 2 du samedi 28 septembre 2019. Vous y verrez successivement des touristes devant la statue de Dame Carcas, le conteur Alan Rouch et les enfants de l’école calandreta de la Cité, l’architecte Christian Jaumes et l’historien Gauthier Langlois.

Le reportage a été tourné les 22 et 23 septembre 2019 par Marie Candice Delouvrié et Thierry Gardet. Le format de l’émission a du être réduit en raison de l’actualité rouennaise et chiraquienne.

Ce reportage a inspiré à Dominique Fumanal un billet consacré à l’Étymologie de Carcassonne sur son blog Etymolog!que, publié le 28 septembre 2019.


Pour en savoir plus :

  • Marie Candice Delouvrié et Thierry Gardet, « Contes et légendes : La Dame de Carcassonne », Journal de 13 h France 2, 28 septembre 2019.
  • « Dame Carcas et les origines légendaires de Carcassonne », un article de Gauthier Langlois publié dans le magazine Histoire, de l’Antiquité à nos jours, hors série n° 56, Carcassonne 6000 ans d’Histoire, juillet 2019.
  • La bande dessinée Histoire(s) de Carcassonne dans laquelle on retrouvera à travers deux histoires la Légende contée par un troubadour au XIIe siècle et la réalisation de la statue de Dame Carcas au XVIe siècle.
  • Le manuscrit enluminé de la légende de Dame Carcas, oeuvre de Christian Jaumes, à paraître début octobre.
Publié dans Légende | Tagué | Laisser un commentaire

Les rapports entre les religions dans le Midi, des origines à nos jours

Vient de paraître !

Les rapports entre les religions dans le Midi, des origines à nos jours
Actes du 63e congrès de la Fédération historique Midi-Pyrénées, Castres 2017

Le 63e congrès de la Fédération historique Midi-Pyrénées s’est réuni à Castres du 6 au 8 octobre 2017, à l’invitation de la Société culturelle du Pays Castrais et de la Société des sciences, arts et belles lettres du Tarn. En cette année de commémoration du 500e anniversaire de la Réforme, il fut consacré aux Rapports entre les religions, dans le Midi, des origines à nos jours. Dans une perspective largement interdisciplinaire, et sur la longue durée, les actes de ce congrès apportent des éclairages sur les relations entre toutes formes de religions (du paganisme aux monothéismes contemporains, en prenant en compte les engagements spirituels les plus divers, ainsi que les convictions a-religieuses ou anti-religieuses affirmées), des relations les plus conflictuelles aux plus apaisées, du sommet à la base des sociétés.

Introduits ou conclus par quatre conférences des professeurs Jean-Marie Pailler, René Souriac, Jacqueline Lalouette et Patrick Cabanel, les dix ateliers, réunissant 32 auteurs, brossent un tableau très complet de ces relations orageuses ou apaisées entre religions, de l’Antiquité à nos jours, pour toute la région Occitanie, dont Castres et la montagne tarnaise sont le cœur géographique et un des épicentres.

TABLE DES MATIERES

  • Accueil par Jean Faury
  • Allocution de Madame Brigitte Laquais
  • Allocution de Madame Éva Géraud
  • Allocution de Monsieur Aimé Balssa
  • Allocution de Monsieur Bertrand de Viviés

Antiquité et Moyen Âge

  • Conférence introductive : Religions et rapports entre religions en Gaule du sud au temps du martyre de Saturnin (250), Jean-Marie Pailler

Du paganisme aux « Sarrasins »

  • Ordre et désordre dans le panthéon d’une cité romaine des Pyrénées centrales : questions sur la structure religieuse de la ciuitas des Convènes, Jean-Luc Schenck-David
  • Ariens et Nicéens à Tolosa au Ve siècle : le cas de l’église wisigothique dite La Daurade, Jean Cassaigneau
  • Remarques sur la présence (ou l’absence) des juifs et des musulmans dans l’hagiographie méridionale au Moyen Âge, Fernand Peloux
  • Aux origines de la chanson de geste Guillaume d’Orange : traditions historiques et légendaires musulmanes et chrétiennes autour de la razzia sarrasine de 793 en Languedoc, Gauthier Langlois
  • Vaudois et juifs dans le Midi méditerranéen Les vaudois à Béziers et dans le Biterrois entre albigeois et catholiques, leurs traces littéraires dans le Breviari d’Amor de Matfres Ermengaud, Henri Barthés
  • Histoire juive, sources chrétiennes : communautés juives et notariat chrétien : les libri judeorum catalans, 1285-1360, Chloé Bonnet
  • Les relations entre les maîtres juifs et les chrétiens (Perpignan, circa 1380-1420), Sarah Maugin et Claude Denjean

Marginalité et hérésies au Moyen Âge

  • Périphéries et marginalités en regard de quelques textes conciliaires et synodaux médiévaux, P. Philippe-Joseph Jacquin
  • La dispute entre catholiques et bons hommes à Montréal (Aude) en 1207, Pilar Jiménez Sanchez

Période moderne

  • Conférence introductive : Un historien moderniste face aux questions religieuse du XVIe siècle, René Souriac

Contacts entre religions à l’époque moderne

  • L’esclavage en Méditerranée : les esclaves chrétiens à Tunis au XVIIe et XVIIIe siècles, Geneviève Falgas
  • Trente ans de controverses entre protestants et catholiques du Midi (1629-1659), Guy Astoul
  • Convergences et divergences épiscopales méridionales face au protestantisme, Guillaume Gras
  • La révocation de l’édit de Nantes fut-elle un drame pour les protestants du Pays d’Olmes ? Bruno Evans

La montagne tarnaise

  • Habitat et demeures dans la montagne castraise durant les guerres de Religion (Tarn, 2e moitié du XVIe s.) : vitalité des agglomérations ou reconstructions ? Adeline Béa.
  • La cohabitation confessionnelle au XVIIe siècle dans le consulat de Viane (Tarn) : une étude socio-spatiale, Laure Demarest-Soubrié
  • Les dimensions religieuses de l’affaire Sirven, Jack Thomas

Castres, capitale protestante

  • Castres, capitale judiciaire : la chambre de l’Édit de Languedoc en résidence à Castres (1595-1670), Stéphane Capot
  • Paul Pellisson et les époux Dacier face à la tentation d’abjurer, Eliane Itti
  • La guerre ou la paix ? Le synode national des Églises réformées de France tenu à Castres sous le regard du roi, du parti protestant et des catholiques méridionaux, Pierre-Jean Souriac

Période contemporaine

  • Conférence introductive : La construction de la laïcité française. De la Déclaration des droits de l’homme à la séparation des Églises et de l’État (1789-1905), Jacqueline Lalouette

Dissidents catholiques et protestants

  • Congénies, quelques centaines d’habitants et quatre confessions (Gard, 1750-1850). De l’entre-soi à la communauté villageoise, Danielle Bertrand-Fabre
  • Étude socio-historique des mouvements de « réveil » du protestantisme tarnais dans la montagne du Tarn au XIXe siècle, Jean-Louis Prunier

Catholiques, protestants et juifs sous l’Occupation

  • Catholiques et protestants de Vabre : le rôle des Églises dans l’accueil et le sauvetage des Juifs durant l’Occupation, Michel Cals
  • Secours et dialogues : l’action de Mgr Bruno de Solages, Marie-Thérèse Duffau
  • L’archevêque d’Albi face à la rafle du Vél d’Hiv : genèse et exégèse de la lettre du 20 septembre 1942 de Jean-Joseph-Aimé Moussaron, Cédric Trouche-Marty
  • Catholiques et juifs dans le Gers (1939-1944), Geneviève et Georges Courtès

Dialogues interreligieux et laïcité

  • Les laïques tarnais et les religions, Jean Faury
  • Catholiques et francs-maçons, Paul Pistre
  • Les relations entre Chrétiens et Musulmans en Occitanie. Le cas des moines bénédictins d’En Calcat et de la confrérie soufie ‘Alawiyya, Habib-Mohamed Samrakandi

Mémoire et mise en récit historique

  • Une mémoire intolérante ? La fête de la Délivrance à Toulouse, Maïté Recasens
  • Fête de la Délivrance, le tricentenaire, Françoise Petit
  • Catholiques et protestants à Mazamet : quelle(s) mise(s) en récit d’un passé « paradoxal » ?, Stéphanie Maffre
  • Conférence finale : Frontières et failles de religion dans le Sud de la France, Patrick Cabanel
  • Discours de clôture, Jean Faury

Un recueil de 576 pages reprenant ces interventions vient d’être édité (septembre 2019) avec un tirage limité (400 exemplaires). Il est vendu au prix public de 29 €. (+ 6 € si envoi postal). Pour toute réservation vous devez adresser le bon de commande à télécharger accompagné d’un chèque à l’ordre de la SCPC, à la Société culturelle du Pays Castrais, 8 place Soult 81100 Castres.

Publié dans Publications | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , | 2 commentaires

Localiser une photographie ancienne : mission impossible ?

Les collections de photographies anciennes conservées dans des fonds d’institutions publiques contiennent nombre de clichés très intéressants mais non exploités faute d’avoir été identifiés ou décrits avec précision. Pour remédier à cela les Archives de l’Aude ont lancé, en mars 2020, une heureuse initiative intitulée « C’est quoi cet OPNI (Objet Photographique Non Identifié) ? ». Cette initiative, relayée par la Société d’études scientifique de l’Aude sur sa page Facebook a connu un grand succès. Certaines photos, reproduisant une église ou un château ont été vite identifiées par les personnes connaissant les lieux. Pour d’autres cela semblait mission impossible, faute de détail caractéristique apparent. Cependant, avec méthode j’y suis généralement arrivé. Ce sont ces méthodes que je souhaite vous montrer à travers l’exemple de quelques enquêtes.

Archives de l’Aude Fonds Verguet, 5 Fi 1224

UN VILLAGE DU MIDI VITICOLE VERS 1900

La première photographie est celle d’un village resserré, environné de vignes, situé dans une plaine fermée à l’arrière-plan par une montagne peu élevé. Ce type de paysage et d’architecture sont caractéristiques du Languedoc méditerranéen. La lumière et les ombres courtes situent la prise de vue autour de l’été en début de matinée ou en fin d’après-midi. La direction des ombres, qui est celle du soleil, indique que la vue a été prise du Sud-Est si l’on est en matinée, ou du Sud-Ouest si l’on est dans l’après-midi. Mais faute de pouvoir trancher entre ces deux moments, il n’est pas possible de connaître l’orientation du cliché et par conséquent du relief. Une seule certitude : la photo n’est pas prise du nord. La silhouette du village et celle du relief ne sont pas suffisamment caractéristiques pour préciser la localisation.

Un examen de l’inventaire du fonds photographique s’impose donc pour tenter de préciser cette localisation. Ce fonds est constitué de photographies réalisées entre le milieu du XIXe siècle et le début du XXe siècle par l’abbé Léopold Verguet (1817-1914), pionnier de la photographie dans le département de l’Aude. D’un point de vue géographique ce fonds couvre majoritairement l’Aude mais aussi les départements voisins dont les Pyrénées-Orientales et l’Hérault.

Dans l’Aude, ce type de paysage s’observe dans le piémont de la Montagne-Noire en Minervois et dans les plaines des Basses-Corbières situées près de Narbonne. C’est par ces deux régions que commence ma recherche. Un examen de la carte topographique en ligne sur le site de l’IGN permet de lister une vingtaine de villages situés en plaine en bordure de montagne. Une recherche des cartes postales anciennes en ligne de ces villages ne donne rien : soit la photographie n’a pas été prise dans l’Aude, soit le photographe a choisi un angle de vue peu habituel.

Je choisis alors de m’intéresser à la tour qui domine le village. Un zoom sur l’image permet de voir qu’il s’agit d’un clocher de plan carré surmonté d’un toit en bâtière. Il se trouve derrière une grande église dont le mur gouttereau est soutenu par des contreforts.

Une recherche sur les cartes postales anciennes des églises des mêmes villages permet de repérer celle de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse comme ayant les mêmes caractéristiques :

1. L’église de Saint-Laurent, à gauche vue de l’Ouest sur une carte postale ancienne, à droite vue de l’Est sur la photographie ancienne :

Cependant en supposant qu’il s’agisse de la même église, la carte postale n’offre pas la même orientation puisque le clocher est devant la nef. Faute de trouver une vue de l’autre face de l’église de Saint-Laurent, je recherche d’autres détails caractéristiques. Je repère une sorte de château composé de deux tours inégales, que je retrouve sur une photographie du site de la commune :

2. Château XIXe, à gauche d’après le site de la commune, à droite sur la photographie ancienne :

Un troisième détail va permettre de confirmer la localisation et de déterminer l’angle de prise de vue. Il s’agit de la maison située au premier plan à gauche. Par chance, celle-ci est conservée dans un état proche de celui du début du XXe siècle :

3. Maison chemin du Rabet, à gauche sur Google Street View, à droite sur la photographie ancienne :

Le report des trois détails caractéristiques sur la photo ancienne ci-dessous et sur la photo aérienne plus bas permet de situer le lieu où Léopold Verguet a posé son objectif : sur une éminence au-dessus du chemin du Rabet, lui permettant de réaliser une vue générale de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse depuis l’Est-Sud-Est.

Localisation de quelques bâtiments caractéristiques sur la photo ancienne
Localisation des mêmes bâtiments et de l’angle de vue sur photographie aérienne du Géoportail

____________________

Archives de l’Aude fonds Verguet, 5 Fi 1257

LE JARDIN D’UN CALVAIRE

Au centre de la photo, un jardin délimité à gauche par une route, à droite par un chemin, au premier plan par une balustrade de pierre dans laquelle s’ouvre une grille de fer à deux battants, encadrée par deux piliers de grès ou de calcaire. Le battant de droite est ouvert, laissant voir deux jeunes enfants, habillées de façon bourgeoise. Le plus jeune, à gauche, est sans doute un garçon. Il porte une veste à revers large et un bermuda. Le plus âgé, sans doute une fille, porte une chemise, une culotte et un chapeau à rebord large incliné.

Le jardin est manifestement un calvaire. À gauche de l’entrée, à l’extérieur, on observe une croix ancienne en pierre. À l’intérieur, au sommet d’un mamelon, est visible un christ en croix. Entre celui-ci et l’entrée est visible une statue dont la silhouette évoque une Pietà, c’est à dire une Vierge pleurant le Christ mort sur ses genoux.

Différents éléments permettent de situer la photo. Le paysage végétal (vignes, cyprès et pins) est méditerranéen. La topographie (champ plat à gauche sans colline visible à l’horizon, colline basse à droite) situe la scène dans une plaine comme celle du Minervois ou des Basses Corbières. Le panneau routier à l’envers à gauche indique sans doute l’entrée d’un village. Sur le linteau de fer surmontant la grille, Joël Gardes, président de l’Association des Amis du Château de Miglos, a lu l’inscription : « DONNE PAR XAVIER RIGAL 1870 ». C’est à ce moment là et grâce à lui que j’ai commencé ma recherche et qu’elle a pu aboutir.

Une recherche sur le site de généalogie Geneanet permet de repérer un certain Louis Henri Xavier Rigal, propriétaire né le 16 avril 1831 à Villeneuve-les-Chanoines (actuellement Villeneuve-Minervois), qui avait épousé en 1864 une certaine Marie Miquel. Selon Le courrier de l’Aude du 14 mai 1893, il était à cette date décédé et portait le prénom usuel de Xavier. Le nom, la date, le statut social aisé et l’origine géographique de ce Xavier concordent avec celui du mécène du calvaire.

Reste à vérifier la présence d’un calvaire à Villeneuve-Minervois. Le site de la commune et l’ouvrage Vilatge al pais, canton de Peyriac-Minervois évoquent un calvaire construit par les habitants à partir de 1854, comportant plusieurs statues dont une de la vierge, et une croix ancienne de pierre datée de 1696. Toutefois les photographies publiées sur le site ne permettent pas de reconnaître la photographie ancienne.

Vue aérienne du jardin du Calvaire de Villeneuve-Minervois en 2018

Un tour sur le Géoportail permet de vérifier, grâces aux cartes et photographies aériennes, que la topographie du calvaire de Villeneuve-Minervois correspond à celle de la photographie. Le jardin, situé à la sortie du village, affecte une forme triangulaire et s’élève vers l’Est jusqu’à un mamelon. Les photographies et cartes anciennes, présentes sur le Géoportail, permettent de vérifier la présence de vignes, ayant laissé aujourd’hui place à l’extension du village.

Le jardin du Calvaire sur Google street view

Un tour s’impose maintenant sur Google Street view. Là, grosse déception : l’architecture des lieux ne correspond pas à la photo ancienne : point de portail monumental, de croix de pierre, de statue de la vierge et de calvaire. Pourtant, en y regardant de plus près l’on s’aperçoit que le mur où devrait se situer le portail est très récent. Un nouvel accès au jardin a été réalisé un peu plus loin. L’on apprend d’autre part, sur le site de la commune, que la croix de pierre ancienne, datée de 1696, a été déplacée.

De plus la croix de pierre du calvaire sur la photo actuelle du site de la commune (à gauche) et de la croix de la photo ancienne (à droite) semblent bien correspondre.

La difficulté d’identification résultait ici de l’absence de photographies anciennes comparatives et de la disparition de la majorité du mobilier et de l’architecture du lieu. Pour une ultime confirmation il faudrait consulter l’article de SOUCHON (abbé), « Villeneuve Minervois : le calvaire », Histoire et généalogie en Minervois, n° 79, mars 2010, p. 25-30. Et aussi La Semaine religieuse du Diocèse de Carcassonne, hebdomadaire qui doit contenir des articles réalisés à l’occasion des aménagements successifs du jardin du calvaire. Mais ces deux périodiques ne sont pas en ligne et les mesures sanitaires ne m’ont pas permis de me déplacer en bibliothèque. Enfin, des recherches généalogiques permettraient peut-être d’identifier les deux enfants.

____________________

Archives de l’Aude, fonds Verguet, 5 Fi 1267

UNE PROCESSION RELIGIEUSE

Un groupe de personnes, vues de dos, monte un chemin bordé de pins et cyprès. Parmi eux, en fin de cortège, un prêtre et sans doute deux enfants de chœur. Il s’agit donc d’un évènement religieux telle qu’une procession. Le ciel gris atténue les ombres qui ne sont pas visibles, nous privant d’informations sur l’exposition du lieu.

Sur la seule base des informations déduites du cliché la localisation semblait impossible. Tout au plus pouvait-on dire que l’on se situe dans un paysage méditerranéen et que la présence de cyprès est souvent le marqueur d’un cimetière ou d’une chapelle rurale. Mais le rapprochement avec la photo précédente permet de proposer une hypothèse. Il pourrait s’agir des rogations de Villeneuve-Minervois, menées les trois jours précédant l’Ascension (15 août), décrites dans l’ouvrage Vilatge al pais, et qui passaient par le jardin du calvaire. En effet la topographie des lieux semble correspondre : le chemin visible ici semble bien celui qui fait le tour du jardin du calvaire, visible sur photo aérienne et Google Street View (voir plus haut). De plus l’inclinaison des arbres, vers la gauche, correspond à celle que l’on peut observer sur le chemin montant vers le calvaire de Villeneuve-Minervois. Enfin, l’absence d’herbe verte et le sol poussiéreux du chemin situent la scène en été, période de ces rogations.

____________________

LES MÉTHODES D’IDENTIFICATION

Les enquêtes sur les trois photographies ci-dessus utilisent des méthodes d’identification que nous allons formaliser ici.

Une enquête doit commencer par un examen attentif du document tant dans ses caractères externes (le support) que dans ses caractères internes (l’image). Cet examen s’accompagne de descriptions précises facilitant ensuite la recherche dans des bases de données.

Observer les caractères externes (le support)

Le support renseigne sur la technique de prise de vue ou de tirage (plaque de verre, tirage papier…) permettant de dater la photo. Les éventuelles indications imprimées ou manuscrites telles que le nom du photographe sont évidemment à prendre en compte.

Observer les caractères internes (l’image)

Situer dans l’espace :
Observer la végétation, le relief, la géologie, les matériaux et le style des constructions, le style des costumes… pour déterminer la région.

Situer dans le temps :
Observer l’état de la végétation, la luminosité, la taille des ombres pour déterminer la période de l’année et le moment de la journée.

Orienter :
Observer la direction des ombres en fonction de la date et de l’heure, l’orientation des bâtiments (village de montagne exposé généralement au sud, église orientée généralement à l’est…), l’inclinaison des arbres (suivant le vent dominant ou la meilleure exposition), le sens d’écoulement d’un cours d’eau, la direction d’une ligne électrique, d’une voie de chemin de fer…

Repérer les détails caractéristiques :
Observer les personnes (geste, attitude, regard, genre, âge, habits…) pour caractériser leur position sociale, leur activité… Observer les bâtiments et reliefs remarquables, les objets, les inscriptions…

Rechercher et confronter

Les observations permettent de faire des hypothèses qu’il faut confronter à d’autres sources d’information :

Confronter avec la vie de l’auteur :
Connaître la vie de l’auteur de la photographie ou de la collection permet de savoir les lieux qu’il a fréquenté et donc d’orienter la recherche.

Confronter avec la collection :
Vérifier si d’autres photographies de la collection ne partagent pas des caractéristiques communes avec celle à identifier.

Rechercher un monument :
Utiliser des bases de données sur le patrimoine culturel telles que celles du Ministère de la Culture, d’une région comme l’Occitanie, d’une association comme la Société d’études scientifiques de l’Aude

Identifier un type de paysage :
Utiliser des sites tels que l’Atlas des paysages du Languedoc-Roussillon.

Rechercher une personne :
Utiliser des bases de données généalogiques telles que Geneanet ou FamilySearch.

Rechercher un événement :
Utiliser la presse ancienne sur les portails Presse locale ancienne ou Gallica de la Bibliothèque nationale de France, dans les collections des bibliothèques locales et des archives départementales.

Retrouver des photographies anciennes :
Interroger les moteurs de recherche à l’aide de mots-clés. Les moteurs généralistes type Google Image ou Pinterest risquent de vous noyer dans des réponses trop nombreuses et pas toujours pertinentes. Sur les photographies interrogez le moteur de recherche de Gallica par nature de document, aire géographique etc. Sur les cartes postales anciennes utilisez le moteur de recherche agrégatif de Lexigos qui interroge des sites commerciaux, associatifs et institutionnels nationaux ou locaux. Pour un accès géographique voyez aussi Geneanet, Cartorum, des sites institutionnels, associatifs ou personnels de votre région, des bibliothèques comme Rosalis, bibliothèque patrimoniale de Toulouse.

Vérifier sur le terrain :
L’idéal est de confronter la photographie ancienne avec la même vue sur le terrain. Mais il n’est pas toujours possible de se rendre sur place. Le Géoportail permet, à l’aide de cartes et photographies aériennes anciennes ou actuelles, de connaitre la topographie, la géologie, l’occupation du sol… L’application Google Street View sur Google maps permet de visualiser le paysage à 360° depuis une rue. Leur confrontation permet de localiser le point et l’angle de prise de vue.

Ne pas désespérer

En cas d’échec, demandez de l’aide sur les réseaux sociaux, les forums spécialisés, ou auprès des acteurs locaux. Car la recherche collective est souvent plus efficace. Élargissez vos sources d’information ou votre aire géographique. Recommencez cette recherche plus tard. Entre-temps vous aurez de nouvelles idées, un nouveau regard ou vous aurez accès à de nouvelles sources.

Aller plus loin

La photographie étant localisée, il vous faudra peut-être aussi la dater en la confrontant à l’évolution topographique des lieux, à l’état de la végétation, au style des costumes, au contexte ; en utilisant un calcul astronomique basé sur la direction de l’ombre. Puis vous pourrez l’exploiter en vous intéressant non seulement au contenu mais aussi au regard du photographe. Vous trouverez des exemples de mise en œuvre de l’ensemble de ces méthodes dans les deux articles suivants réalisés chacun autour d’une photo jusque-là non identifiée :

Langlois (Gauthier), « Un village fortifié, déserté à la fin du XIXe siècle : Castelmaure », Bulletin de la Société d’études scientifiques de l’Aude, tome CXIX, 2019, p. 141-146.

Langlois (Gauthier), « Un épisode de la révolte viticole de 1907 à Tuchan », Bulletin de la Société d’études scientifiques de l’Aude, tome CXIX, 2019, p. 149-153.

Publié dans Article d'histoire, Pédagogie | Tagué , , , , | 2 commentaires

Autour de l’industrie de la pipe et de la tabatière. Innovations et échanges dans la tournerie entre l’Est des Pyrénées et le Jura (XIXe- début XXe siècle)

Extrait d’un catalogue d’une maison de commerce jurassienne vers 1800, catalogue ramené dans l’Aude par la famille Verguet

Conférence dans le cadre des séances mensuelles de la Société d’études scientifiques de l’Aude
Samedi 18 janvier 2020 -15h30
Auditorium de la Chapelle des Jésuites, rue des Études à Carcassonne

Papier à entête de l’usine Monneret-Bès à Belvianes (Aude), 1921.
 

Résumé : La fabrication de petits objets de tabletterie, de tournerie et boissellerie a longtemps constitué un revenu complémentaire des paysans des montagnes. Au XIXe siècle, avec le passage de l’artisanat à l’industrie, le Jura a pris une position dominante dans la fabrication des peignes, des jouets ou des pipes. Mais une telle activité a existé aussi dans les Pyrénées où des jurassiens sont établis dès le milieu du XIXe siècle. En 1857 l’arrivée du chemin dans l’Aude et l’invention de la pipe de bruyère dans les Corbières vont dynamiser cette industrie et renforcer ses liens avec celle du Jura.

Publié dans Conférence | Tagué , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

La commune de 1871 : une relecture

La Commune de 1871 : une relecture, sous la direction de Marc César et Laure Godineau. CREAPHIS éditeur, Collection Silex, 2019.

RÉSUMÉ

Devenue un mythe mondial au xxe siècle, la Commune de 1871 est en réalité mal connue. Le 18 mars et la Semaine sanglante sont des points de repère parisiens, marqueurs mémoriels qui cachent en partie sa grande complexité comme sa dimension nationale ou transnationale. Fertile en initiatives de tous types, elle constitue a posteriori un extraordinaire et fascinant laboratoire du politique. Expérience démocratique originale, affirmation républicaine, forme de fédéralisme à la française, tentative d’émancipation sociale, utopie, référence insurrectionnelle ou révolutionnaire, elle est tout cela à la fois et davantage encore. De fortes reconstructions historiques, sociales ou politiques ont renforcé sa polysémie.

C’est à une relecture collective qu’invitent ici les plus grands spécialistes et de jeunes chercheurs. Quel fut le quotidien de 1871, localement ? Que se joua-t-il sur l’ensemble du territoire, marqué par une grande diversité des espaces et des lieux ? Quelles furent les réceptions à l’échelle internationale ? Les trente-cinq textes de cet ouvrage accordent aussi une large place à l’après-Commune, à l’exil et à la déportation, aux influences et aux commémorations, ainsi qu’aux aspirations du premier XIXe siècle. Enfin, au plus près des individus, des auteurs retracent des parcours de vie de contemporains connus ou anonymes, acteurs ou non du mouvement.

Qu’est-ce que la Commune ? Ce livre, riche en images et documents, propose des pistes novatrices et rouvre le débat. Il montre la dimension capitale de l’expérience communaliste pour décrypter le XIXe siècle et pour nourrir nos questionnements les plus contemporains.

L’ouvrage rassemble les actes du colloque international tenu à l’occasion du 140e anniversaire de la Commune : Regards sur la Commune de 1871 en France. Nouvelles approches et perspectives / New light on the Commune of 1871 in France. New approaches and new prospects, Narbonne, Hôtel de Ville, 24-26 mars 2011, organisé par le Centre de Recherche Espaces, Sociétés, Culture (CRESC), Université Paris 13, la Commission Archéologique et Littéraire de Narbonne et l’Institut d’Histoire Sociale CGT de l’Aude.

TABLE DES MATIERES


Marc César et Laure Godineau – La Commune, une histoire en renouvellement

PARTIE 1. UNE VISION ÉLARGIE : L’ESPACE ET LE TEMPS

● DE 1848 À 1871
– Michèle Riot-Sarcey et Jacques Rougerie – De la Révolution de 1848 à la Commune de Paris
– Antoine Schwartz – La Marseillaise, un journal républicain et socialiste à la fin du Second Empire
– Fabrice Erre – La Poire et le Brigand : représentations satiriques des antagonismes de la Commune
– Jonathan Vouters – « Vingt ans après ». L’appel aux volontaires pour combattre la Commune face au précédent de juin 1848

● DIMENSION NATIONALE DU MOUVEMENT COMMUNALISTE
– Inès Ben Slama – Les luttes de pouvoir à Lyon de septembre 1870 à mai 1871
– Jérôme Quaretti – L’année terrible à Perpignan et dans les campagnes du Roussillon (4 sept. 1870-4 sept. 1871)
– Laurent Le Gall – Le silence et la peur. Traces de la Commune dans le Morbihan
– Jacques Frayssenge – L’Aveyron, les Aveyronnais face à la Commune : opposants opiniâtres et acteurs engagés
– Guillaume Parisot – La province occupée pendant la Commune de 1871 : attitude des administrations allemandes et françaises, regards croisés des occupants et des occupés

● POINTS DE VUE DE L’OCCUPANT ET D’AILLEURS
– Olivier Berger – Étude des relations entre la Commune et les Allemands. De nouvelles pistes pour comprendre l’événement et la position allemande
– Burak Onaran – Les échos de la Commune chez les Ottomans : une étude préliminaire

PARTIE 2. PARIS

● UNE VILLE EN RÉVOLUTION
– Danièle Voldman – Le moratoire des loyers, mesure de circonstance ou utopie sociale ?
– Claude Latta – La « minorité » de la Commune (avril-mai 1871)
– Masaï Mejiaz – Les frontières du Paris insurrectionnel de 1871 : échanges, surveillances et enjeux
– Benoît Doessant – La gendarmerie sur tous les fronts de la lutte contre la Commune de Paris

● AU PLUS PRÈS
– Iain Chadwick – Jeux d’échelles : quels sont les avantages d’une approche micro-analytique pour la Commune ?
– Quentin Deluermoz et Jérémie Foa – Le cœur ouvert à l’inconnu, communards aux Champs-Élysées
– Laure Godineau – Le journal du couple Accard : une écriture ordinaire au temps du siège et de la Commune

● PARCOURS
– Anthony Glinoer et Deborah Xuereb – Eugène Vermersch : vertiges de l’infamie
– Gauthier Langlois – Fortuné Henry (1821-1882), itinéraire d’un communard méridional
– Éric Fournier – Louis-François Parisel : un acteur oublié, au centre de la culture de guerre communarde

PARTIE 3. POSTÉRITÉS

● RÉPRESSION ET EXIL
– Gonzalo J. Sánchez, Jr. – Réhabiliter des criminels ou des politiques ? Les communards entre régime cellulaire et transportation
– Carolyn J. Eichner – Exil et empire colonial : Louise Michel et l’expérience de la déportation
– Marc César – L’exil russe de Jules Montels auprès de Léon Tolstoï (1878-1880)

● INFLUENCES ET HÉRITAGES
– Philippe Darriulat – La mémoire immédiate de la Commune de Paris dans la chanson de diffusion
– John Merriman – L’influence de la Commune sur les anarchistes au début des années 1890
– Rémy Pech – La mémoire de la Commune et les socialistes narbonnais : un soleil trompeur

● PERCEPTIONS
– Filippo Benfante – La Commune est une affaire de bohème. À propos de la traduction italienne
des Réfractaires de Jules Vallès (1871-1874)

– Daniel Mollenhauer – La Commune, symptôme du « caractère national français » ? Remarques sur la perception de la Commune en Allemagne
– Jean-Numa Ducange – La Commune de 1871 vue par les sociaux-démocrates autrichiens de l’entre-deux-guerres

PARTIE 4. ÉCRIRE L’HISTOIRE OU COMMÉMORER

● FAIRE L’HISTOIRE DE LA COMMUNE
– Odile Krakovitch – Les archives de la Commune : des destructions et secrets à l’ouverture
– Jacques Rougerie – Mise au point historiographique
– Jacques Girault – Changement d’une problématique : étudier le cas bordelais, 1971-2011

● DU CENTENAIRE DE LA COMMUNE À NOS JOURS
– Gilbert Gaudin – Le centenaire de la Commune de Narbonne, 1871-1971
– Jean-Louis Robert – La Commune de Paris : une réflexion sur mémoire et histoire
– Robert Tombs – Conclusions

Quelques repères visuels
Repères chronologiques
Pistes de de lecture
Table des illustrations
Crédits des illustrations
Les auteurs

POUR EN SAVOIR PLUS

Publié dans Compte-rendu | Tagué , , , , | 2 commentaires

Avis de recherche : pipes et autres objets de tournerie pyrénéens

Quelques articles vendus par une maison de commerce jurassienne vers 1800 : pipe, chapelet, boutons… de buis ou de bois. Extrait d’un catalogue manuscrit conservé aux Archives de l’Aude.

Si la fabrication de peignes en corne dans la haute vallée de l’Hers, à Sainte-Colombe-sur-l’Hers (Aude) ou en Pays d’Olmes (Ariège) aux XIXe et XXe siècles est bien connue, notamment à travers les recherches de Bruno Evans, il n’en n’est pas de même de la petite industrie pyrénéenne de tournerie et boissellerie travaillant le buis et la bruyère. Cette activité est fort ancienne, comme en témoigne au début du XIVe siècle l’existence du berger hérétique de Cubières, Guilhem Bélibaste, qui vivait en exil de la fabrication de peignes. Cette industrie, plus particulièrement développée au XIXe siècle dans les Corbières et le Fenouillèdes (Aude et Pyrénées-Orientales) a subsisté au moins jusqu’au début du XXe siècle. Mais elle a laissé peu de traces. C’est pourquoi, dans la perspective d’une communication à la Société d’études scientifiques de l’Aude en 2020, je recherche :

  • Documents d’archives tels que factures, catalogues de fabriques…
  • Photographies ou tableaux de personnes de la région fabriquant ou utilisant des objets de tournerie.
  • Objets en buis ou en bruyère susceptibles d’avoir été produits dans l’Aude ou régions voisines.

Merci de votre aide.

Publié dans Avis de recherche | Tagué , , , , , | Laisser un commentaire

Mes armoiries

     Depuis plus de vingt ans j’utilisais comme logo personnel le chevalier Guilhem de Peyrepertuse, tel qu’il figure à cheval sur son sceau de 1240 (voir ci-dessous).

Guilhme de Peyrepertuse d'après son sceau de 1240

     Souhaitant renouveler mon logo, j’ai choisi d’utiliser des armoiries -choix logique si l’on considère que dans le cadre de mes recherches historiques et généalogiques j’ai mainte fois travaillé sur l’héraldique. Deux solution s’ouvraient à moi : soit créer des armoiries de toutes pièces, soit reprendre des armoiries existantes portées par des ancêtres. Si l’on connait les armes de plusieurs familles Langlois (l’Armorial Rietstap en donne plus de trente) je n’ai pas pu faire de lien entre ces Langlois et ma famille. Et en vertu du droit héraldique qui stipule que toute personne est libre de porter des armoiries à condition de ne pas usurper celles d’autrui, je ne pouvais les reprendre. Partant du patronyme Langlois j’aurais pu créer des armes parlantes comportant par exemple comme meubles une langue et une oie formant rébus (langue oie = Langlois). Mais j’ai préféré reprendre les armes que ma grand-mère maternelle portait sur sa chevalière et que mon oncle maternel porte toujours sur la sienne. Il s’agit des armes de notre aïeule Florence Eulalie Petit-de-Champlain (1813-1888). Sachant que les armoiries constituent un accessoire du nom et que le nom Petit-de-Champlain est tombé en quenouille, c’est à dire n’est plus porté, j’ai, comme ma grand-mère et mon oncle, toute légitimité pour les reprendre.

Armoiries de Nicolas Petit de Marivats peintes dans l’Armorial d’Hozier

      Mes recherches généalogiques m’ont apprises que ces armes étaient portées par plusieurs familles bourgeoises parisiennes nommées Petit, dont l’ancêtre commun vivait au XVIe siècle. Ces familles vivant noblement ou anoblies ont pris entre la fin du XVIIe siècle et le XVIIIe siècle le nom des seigneuries qu’elles avaient acquises. Ce sont les Petit de Marivats, Petit du Bois d’Aulnay, Petit du Motet, Petit de Saint-Lienne et Petit de Champlain. Mon ancêtre Geoffroy Petit, bourgeois de Paris, portait selon l’armorial d’Hozier « d’azur à 3 étoiles d’or » qu’il faut sans doute rectifier par « d’azur au chevron d’or accolé de 3 étoiles de même », armoiries de sa fille Marie-Nicole et de son neveu Nicolas Petit de Marivats enregistrées dans le même armorial.

tableaulaumosnier1728aveccadre

Portrait présumé de Jean-Baptiste Geoffroy Petit de Saint-Lienne, premier commis de John Law (contrôleur général des finances et directeur de la Compagnie des Indes) puis bourgeois de Paris et seigneur de Renay. Portait réalisé en 1728 à Paris par Jacques Laumosnier.

      Ce sont aussi celles de Jean-Baptiste Geoffroy Petit de Saint-Lienne (voir ci-dessus), fils ou petit-fils de Geoffroy, connues notamment par son cachet. Comme l’ancêtre commun aux porteurs de ces armes était décédé bien avant l’édit de 1696 établissant l’armorial de France, j’en déduit que ces armes n’ont pas été composées par les commis du juge d’armes d’Hozier et attribuées d’office à la famille Petit. Ces armes sont donc portées dans ma famille depuis au moins depuis le XVIIe siècle et treize générations (dont sept de Geoffroy Petit à Florence Eulalie Petit de Champlain).

      Pour personnaliser mes armes j’ai choisi comme supports deux ours qui font allusion à un article que j’avais rédigé sur la chasse de cet animal dans les Corbières au Moyen Âge. J’y ai ajouté également une devise que j’ai composée pour la famille de ma femme. Je n’ai pas repris en revanche la couronne de marquis qui figure sur les chevalières de ma grand-mère et mon oncle. Ainsi établies ces armoiries se blasonnent : « d’azur au chevron d’or accompagné de 3 étoiles du même qui est Petit de Champlain. –Supports : deux ours de sable. –Devise : Fortius semper. »

Publié dans Généalogie, Héraldique | Tagué , , | Laisser un commentaire

Trencavel, dernier vicomte d’Albi, Béziers et Carcassonne

Premier sceau de Raimond II Trencavel, vicomte d'Albi, Béziers et Carcassonne, 1247. (Revers du sceau. Lacune complétée par montage photographique à l'aide de l'avers). Archives nationales, Service des sceaux, D 760 bis.

Premier sceau de Raimond II Trencavel, vicomte d’Albi, Béziers et Carcassonne, avant 1247.
(Revers du sceau. Lacune complétée par montage photographique à l’aide de l’avers. Archives nationales, Service des sceaux, D 760 bis.)
Le vicomte est représenté à cheval, en armes. Sur son écu et sur le caparaçon du cheval figurent les armes utilisées par les Trencavel jusqu’en 1247.

     Aucune représentation du dernier vicomte de Carcassonne, Albi et Béziers n’était connue, à l’exception de celle figurant sur ses sceaux. Sur une fresque aragonaise de la fin du XIIIe siècle j’ai repéré un cavalier en armes dont les armoiries correspondent à celle des vicomtes de Carcassonne. La nouvelle interprétation de cette fresque permet de trancher entre les différentes hypothèses sur les couleurs des armoiries des Trencavel, couleurs jusque là inconnues, et de supposer la participation de  Raimond II Trencavel au siège de Valencia (1238).

En effet, Laurent Macé a montré que les armoiries de Raimond II Trencavel étaient jusqu’en 1247 un « fascé de gueules et de ravelles », les ravelles étant de petites raves, soit des sortes de radis. Il s’agit d’armes parlantes fondées sur le jeu de mot occitan « Trenca ravel », (tranche ravelle), les fasces du blason tranchant les ravelles. En 1247, Raimond abandonne, en même temps que son titre de vicomte, les armes familiales. Sur ses nouvelles armes il fait figurer des hermines à la place des ravelles. L’identification de la représentation du vicomte sur la fresque aragonaise confirme l’étude de Laurent Macé : les armes des Trencavel sont bien un «fascé de gueules et de ravelles noires ».

Armoiries des Trencavel avant 1247. Dessin : G. Langlois pour Wikipedia.

Cette découverte a donné lieu à un article, paru en 2015 : « À propos d’une représentation du vicomte Trencavel sur une peinture murale de la conquête de Valence : L’exil du dernier vicomte de Béziers, Albi et Carcassonne dans les États de la couronne d’Aragon ». On trouvera ci-dessous le résumé de cet article et un lien pour le télécharger.

Fig4-PeintureAlcanizDetail

Résumé
L’étude démontre que Raimond Trencavel, dernier vicomte de Carcassonne, Albi et Béziers est représenté sur une peinture murale du début du XIVe siècle conservée au château d’Alcañiz, siège de l’ordre de Calatrava en Aragon. Cette peinture figure l’un des épisodes de la conquête du royaume de Valence entre 1232 et 1238. La présence du vicomte à cette conquête est confirmée par quelques actes. La peinture suggère en outre que le vicomte s’était rangé sous la bannière d’un baron aragonais, Artal de Luna. Ce fait pourrait s’expliquer par un lien familial entre le lignage des Luna et le vicomte. La peinture témoigne enfin de la conservation de la mémoire du vicomte en terre aragonaise, une soixantaine d’années après sa disparition. Cet article permet par ailleurs de confirmer les couleurs des armes des Trencavel et d’évoquer la vie et les relations du vicomte en exil au sud des Pyrénées.

Le vicomte de Carcassonne Trencavel en 1240. (Extrait de la couverture de l'Aude dans l'Histoire de Claude Pelet, Gauthier Langlois et Dominique Baudreu sous la direction d'Alain d'Amato. Editions Aldacom, 2006)

Le vicomte de Carcassonne Trencavel en 1240. (Extrait de la couverture de l’Aude dans l’Histoire de Claude Pelet, Gauthier Langlois et Dominique Baudreu sous la direction d’Alain d’Amato. Editions Aldacom, 2006)

Abstract

On the portrayal of Viscount Trencavel on a wall painting of the Conquest of Valencia: The exile of the last Viscount of Beziers, Albi and Carcassonne in the states of the Kingdom of Aragon. The study shows that Raimond Trencavel, the last Viscount of Carcassonne, Albi and Beziers, was portrayed in an early 14th century wall painting, stored in the castle of Alcañiz, seat of the Calatrava Order in Aragon. This painting depicts one of the episodes of the Conquest of Valencia between 1232 and 1238. The Viscount’s presence at this conquest is confirmed by various acts. Furthermore, the painting suggests that the Viscount fought under the banner of a baron of Aragon, Artal de Luna. This fact is probably explained by family ties between the Viscount and the de Luna lineage. Finally, the painting indicates that, some 60 years after his death, the Viscount was still remembered in Aragon territory. This article also permits the confirmation of the colours of the Trencavel blazon and an indication of the Viscount’s life and relations during his exile in the Southern Pyrenees.

BSESA2014-Couv

Resumen

Representación del vizconde Trencavel en una pintura mural de la conquista de Valencia. El estudio muestra que Raimond Trencavel último vizconde de Carcasona, Béziers y Albi aparece en una pintura mural de principios del siglo XIV conservada en el castillo de Alcañiz, sede de la Orden de Calatrava en Aragón. Esta pintura representa a uno de los episodios de la conquista del reino de Valencia entre 1232 y 1238. La presencia del vizconde en esta conquista se ve confirmada por algunas actas. La pintura sugiere además que el vizconde se sumó al bando de un barón aragonés, Artal de Luna. Este hecho podría ser explicado por una relación de parentesco entre el linaje de los Luna y el vizconde. Finalmente esta pintura refleja cómo sesenta años después de su muerte, aún perduraba su recuerdo en las tierras aragonesas. Este artículo sirve, por otra parte, para confirmar los colores del escudo de armas de los Trencavel y para evocar la vida y relaciones del vizconde exiliado al sur de los Pirineos.

« À propos d’une représentation du vicomte Trencavel sur une peinture murale de la conquête de Valence : L’exil du dernier vicomte de Béziers, Albi et Carcassonne dans les États de la couronne d’Aragon », Bulletin de la Société d’études scientifiques de l’Aude, tome CXIV, 2014, pp. 49-60.

Vous pouvez accéder à la version électronique de l’article en cliquant sur l’un des logos suivants :

Vous pouvez aussi acheter le Bulletin Société d’études scientifiques de l’Aude ou le consulter dans de nombreuses bibliothèques comme celles recensées dans le Catalogue collectif français.

Voir aussi :

Publié dans Article d'histoire, Héraldique, Sigillographie | Tagué , , , , , | Laisser un commentaire

On a retrouvé la bergerie de Guilhem Bélibaste, dernier parfait cathare occitan

Panorama depuis les Baillessats, emplacement supposé de la bergerie de Bélibaste, vers le sud et le Canigou. (Photo : Camping des Baillessats).

Le souvenir de la famille du dernier cathare occitan, Guilhem Bélibaste, est conservé dans la toponymie de sa commune natale, Cubières-sur-Cinoble. 

Situation du hameau « Les Balaissas » sur la carte de Cassini (XVIIIe), au nord de Cubières

Un hameau et un champ au nom des Bélibaste

Le regretté Pierre Bascou, historien spécialiste des Corbières au XVIe siècle avait publié sur son blog un article passé largement inaperçu et dont nous résumons ici les conclusions. Pour cet historien le hameau de Baillessats tirerait son nom de Bélibaste, par suite d’une mauvaise graphie ou prononciation. La bergerie qui est à l’origine du hameau aurait appartenu à la famille Bélibaste qui lui aurait laissé son nom ainsi qu’au petit plateau attenant, le « pla de Bélibaste ». Comme le nom de famille Bélibaste est rarissime et n’apparaît plus dans les sources après le XIVe siècle, nous pouvons être sûr que c’est bien la famille du dernier cathare qui a laissé son nom au lieu. Ou que la famille ait pris le nom du lieu. Rappelons enfin que Guilhem Bélibaste était berger et qu’il est donc fort probable qu’il ait utilisé cette bergerie.

Bélibaste, origine du nom et évolution :

Pour compléter le travail de Pierre Bascou ajoutons quelques réflexions étymologiques. Le nom Bélibaste n’est connu dans les sources que sous la forme latine Belibasta, comme anthroponyme désignant des habitants de Cubières des XIIIe et XIVe siècles, ainsi que comme toponyme (voir plus haut), sous la forme française Balibast désignant au XVIIe siècle un espace plat situé au nord du hameau appelé aujourd’hui les Baillessats. Ce nom n’étant pas attesté hors de Cubières, son étymologie est difficile à déterminer. Le nom pourrait venir de l’occitan ou du catalan ancien bèl esbat, en français le bel ébat ou de bèl bast : beau bât, bel animal de bât, belle brute, ou encore de bèl e bast : beau et brut… Toutes ces étymologies pourraient convenir à un berger. Quant au passage de Balibast à Baillessats, il pourrait résulter d’une double mutation phonétique : une métathèse (inversion de syllabe) et syncope (disparition d’un phonème, ici le b), à une époque, le XVIIIe siècle, où le nom n’évoque plus rien : Balibast -> Balisats -> Baillessats. Mais ce passage résulte plus probablement d’une erreur de lecture par confusion entre B et le ß correspondant au double S. Le ß (appelé stz par les Allemands) est encore utilisé en français au XVIIIe siècle, comme l’atteste la carte de Cassini (voir plus haut) qui orthographie le nom Les Balaißas. Ainsi Balibast a sans doute été lu Balißast (Balissaste) par le graveur de la carte. Puis le nom aurait évolué de carte en carte en Baillessats.

Vue aérienne du hameau des Baillessats sur le Géoportail

De la bergerie aux gîtes

Aujourd’hui le hameau des Baillessats est partagé entre plusieurs propriétés qui abritent des gîtes et un camping à la ferme dans un cadre verdoyant. (Voir les liens ci-dessous).

Pour en savoir plus :

Publié dans Article d'histoire, Toponymie | Tagué , , | 7 commentaires

Relations entre Barcelone et Carcassonne à la fin du XIe siècle

Le hasard de la recherche m’a permis de repérer un document en apparence assez insignifiant, non daté et non contextualisé. Après une enquête minutieuse autour des personnes mentionnées, ce document s’est avéré d’un grand intérêt pour l’histoire des relations entre les comtés de Barcelone et de Carcassonne à la fin du XIe siècle. Il nous éclaire aussi sur la vie et les actes d’une comtesse peu connue, sur les voyages, où chevaliers et marchands cheminaient ensemble. C’est enfin un rare et précoce témoignage sur les pratiques comptables catalanes. Le résultat de cette enquête qui utilise des méthodes de datation innovantes est publié sous le titre « Nouvelles perspectives sur les relations entre Barcelone et Carcassonne à la fin du XIe siècle d’après un compte catalan », dans les Annales du Midi, la revue de référence pour l’histoire de la France méridionale.

Langlois (Gauthier). – « Nouvelles perspectives sur les relations entre Barcelone et Carcassonne à la fin du XIe siècle d’après un compte catalan », Annales du Midi, tome 130, n° 304, 2018, p. 519-533.

Paru en septembre 2019, disponible en stock ou sur commande chez les libraires, consultable dans toutes les grandes bibliothèques françaises et étrangères, de nombreuses bibliothèques et services d’archives en Occitanie.

Résumés

Nouvelles perspectives sur les relations entre Barcelone et Carcassonne à la fin du XIe siècle d’après un compte catalan

Un compte non daté est interprété comme les dépenses d’une expédition menée par la comtesse Mahaut après l’assassinat de son époux Ramon Berenguer II, pour défendre l’héritage de son fils convoité par les comtes et barons catalans et occitans. Escortée par quelques chevaliers catalans et guidée par des marchands juifs, Mahaut aurait cherché des soutiens dans plusieurs comtés et recruté dans les Corbières un groupe de chevaliers pour tenter de reprendre les comtés de Carcassonne et Razès en cours d’appropriation par les Trencavel.

New perspectives on relations between Barcelona and Carcassonne at the end of the 11th century according to a Catalan account

An undated account is interpreted as the expenses of an expedition led by the Countess Mahaut after the assassination of her husband Ramon Berenguer II, to defend the inheritance of his son coveted by the counts and barons Catalan and Occitan. Escorted by some Catalan knights and guided by Jewish merchants, Mahaut would have sought support in several counties and recruited in the Corbières a group of knights to try to retake the counties of Carcassonne and Razes being appropriated by the Trencavel.

Noves perspectives sobre les relacions entre Barcelona i Carcassona a finals del segle XI segons un compte català

Un compte sense data s’interpreta com les despeses d’una expedició dirigida per la comtessa Mafalda després de l’assassinat del seu marit, Ramon Berenguer II, per defensar l’herència del seu fill cobejat pels comtes i barons català i occità. Escortat per alguns cavallers catalans i guiats per comerciants jueus, Mafalda hauria buscat suport en diversos comtats i va reclutar als Corbières un grup de cavallers per intentar reprendre els comtats de Carcassona i Razes apropiats pel Trencavel.

Bonus : géolocalisation des lieux cités dans le compte sur carte Google maps

Publié dans Publications | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire