En cette rentrée 2017, l’AEC vous propose samedi 25 février 2017 une conférence inédite de l’historien médiéviste Gauthier Langlois : Les frères Abban, des occitans à l’assaut de Montségur.

AEC / René Nelli

Samedi 25 février 2017. En cette rentrée 2017, l’AEC / René Nelli vous propose une conférence inédite de l’historien médiéviste Gauthier Langlois:

Les frères Abban, des occitans à l’assaut de Montségur

Auditorium de la chapelle des Jésuites à Carcassonne, 14 h 30, entrée libre et gratuite.

chavalier-raimond-abbanDans la première moitié du XIIIe siècle alors que la majorité des chevaliers occitans s’engage dans une résistance contre l’Église catholique et le roi, Raimond, Guilhem et Bérenger Abban, trois frères originaires d’Albi, font volontairement un choix politique et religieux très différent. Au service du roi de France ils participent à toutes les opérations militaires menées contre les rebelles et les cathares : les sièges de Cordes (1227) et Toulouse (1228), la défense de la Cité de Carcassonne assiégée par Trencavel (1240), le siège de Montségur (1243-1244), la prise de Quéribus (1255). Leur engagement indéfectible aux côtés du roi en Languedoc…

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Le logo de la région Occitanie. Enjeux identitaires et historiques

Logo région OccitanieDébats et polémiques

     Depuis sa présentation au Conseil régional vendredi 3 février 2017, le nouveau logo de la région suscite, sur les réseaux sociaux, des débats passionnés et parfois polémiques. Sur l’esthétique d’abord. Certains lui reprochent son manque d’audace et d’originalité, le comparant notamment au logo de Carrefour ; d’autres au contraire lui reprochent, en tronquant les emblèmes catalans ou occitans, de ne pas respecter la tradition voire de commettre un véritable sacrilège. Les considérations nationalistes s’expriment également de manière passionnée. Certains considèrent que l’on fait la part trop belle aux catalans qui ne représentent qu’une petite minorité au sein de la région. A l’inverse d’autres, s’appuyant sur des convictions laïques ou catalanistes veulent enlever la croix de Toulouse. Le nombre de pals suscite des interrogations: faut-il voir dans les rayures rouge et jaune une évocation du comté de Foix ou du Roussillon ?

     Ces débats et polémiques appellent plusieurs remarques. D’abord ils rappellent l’importance des enjeux identitaires d’un emblème tel que celui de la région. Je ne ferais pas de commentaires sur les choix esthétiques : c’est une affaire de goût qu’on peut ou non partager. Intéressons nous en revanche à la signification identitaire du logo et aux problèmes héraldiques.

Une synthèse des identités régionales

     La volonté de la région, exprimée dans son cahier des charges était que le nouveau logo devait tenir compte « de toutes les cultures et identités régionales, avec une référence à nos couleurs : l’or et le rouge sang » Il y a donc bien une référence implicite aux identités occitanes et catalanes, mais aussi, au sein de l’espace occitan, aux identités gasconnes ou fuxéennes qui partagent, dans leurs emblèmes, la même association de couleurs. La région a volontairement choisi un emblème qui soit le plus consensuel possible et qui s’inscrit dans la continuité des emblèmes précédents, que cela soit les emblèmes des régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon ou des institutions régionales d’ancien régime. Les discours officiels qui ont accompagné la présentation du logo vont dans ce sens.

Un logo non respectueux de l’héraldique ?

     Beaucoup de commentaires reprochent également au logo de ne pas respecter les règles héraldiques. Il faut d’abord rappeler qu’un logo n’est pas un blason et n’est donc pas soumis aux règles conventionnelles de l’héraldique. Que d’autre part la composition et la représentation des blasons n’ont jamais eu la rigidité que les manuels modernes du blason ont voulu imposer. Qu’enfin la composition de ce logo respecte pourtant un certain nombre de règles de l’héraldique :

Des armes composées en mi-parti

     L’association de la croix de Toulouse et des pals catalans constitue ce qu’on appelle des armes composées. C’est une pratique courante, qu’on peut encore de nos jours observer dans les armes des couronnes espagnoles et britanniques. L’association de deux blasons donne généralement un « parti », c’est à dire un blason divisé en deux dans le sens vertical. Une manière plus rare d’unir deux blasons est le « mi-parti », c’est à dire de réunir la moitié gauche (dextre en héraldique) de l’un avec la moitié droite (sénestre) de l’autre, à condition que l’on puisse facilement identifier les blasons originaux. C’est ce qui a été fait ici.

Un nombre incorrect de pals ?

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Sceau d’Alphonse, roi d’Aragon, comte de Barcelone et marquis de Provence, 1185. (Dessin de Blancard).

Sceau de Roger IV, comte de Foix, 1241

Sceau de Roger IV, comte de Foix et vicomte de Castelbon, 1241. (Archives nationales, Service des sceaux D663).

     Le nombre de pals, la figure verticale ici en rouge, n’a souvent pas grande importance. Le nombre de pals qui figure sur les représentations des armes des comtes de Barcelone ou de Foix est resté longtemps très variable, oscillant entre deux et six sur les écus. Ainsi le sceau équestre d’Alphonse, roi d’Aragon, comte de Barcelone et marquis de Provence, daté de 1185, comporte cinq pals sur l’écu et une douzaine sur la housse du cheval. Même nombre sur le sceau équestre de Roger IV de Foix, daté de 1241. Sur un plafond peint de la fin du XIIIe découvert à Lagrasse (Aude), le comte de Foix et le roi d’Aragon sont représentés chacun avec un écu à quatre pals. Le nombre de figures est en fait généralement lié à place laissée sur le support. On parle alors de pièces rebattues, c’est à dire en nombre indéterminé.

pyrenees_orientales_le_departement     Ce n’est qu’à la fin du Moyen Âge voire à l’époque moderne que le nombre de pals se fixe, en liaison avec la Légende des quatre barres de sang. Cette légende, rapportée dans la chronique de Beuter publiée en 1551, attribue l’origine des armes catalanes au comte Guifred de Barcelone et à l’empereur des Francs Louis. Blessé par les Normands, Guifred demanda à l’empereur de lui donner des armes sur son écu qui était d’or. L’empereur plongea alors sa main dans le sang du comte et dessina avec ses doigts quatre traces de sang sur l’écu d’or. Cette légende nationaliste a inspiré le logo actuel du département des Pyrénées-Orientales. Donc les trois pals rouges du logo de la région ne constituent ni une erreur, ni une référence exclusive au blason des comtes de Foix.

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Des pals mal orientés ?

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Entrée du roi Jacques Ier d’Aragon dans la ville de Valence en 1238. Fresque du début du XIVe siècle, monastère d’Alacañiz. On observe sur les tours de grandes bannières à une pointe aux armes du roi d’Aragon, portées sur des mâts ; et de petites bannières rectangulaires portées sur une lance aux armes des seigneurs ayant participés à la prise de la ville.

     Confondant blason et bannière, un internaute affirme que les pals du logo, disposés verticalement, ne correspondent pas au drapeau catalan où ces pals sont disposés horizontalement. Cette différence d’orientation est facile à expliquer. Au Moyen Âge la bannière est généralement accrochée au bout de la lance. En position de combat, lance horizontale, la bannière est disposée dans le même sens que l’écu ou la cotte d’armes. En revanche au repos la lance est plantée verticalement, comme sur les tours ci-dessus. Les figures apparaissent alors horizontalement. Toutefois, pour des raisons esthétiques, comme sur la bannière du piéton ci-dessus, les figures peuvent être redressées.

     Au total, le logo de la région est donc plutôt conforme aux règles héraldiques et remplit sa fonction de synthèse identitaire.

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La croix et les pals sang et or : le nouveau logo de la région Occitanie

Logo région Occitanie

     Le nouveau logo de l’Occitanie a été présenté vendredi 3 février 2017, lors d’une assemblée plénière du Conseil régional à Montpellier. Il est le fruit d’un concours lancé en octobre 2016 et remporté par une jeune gersoise, Léa Filipowicz. Le cahier des charges précisait que ce nouveau logo devra tenir compte de toutes les cultures et identités régionales, avec une référence « à nos couleurs : l’or et le rouge sang ». Selon la Région le logo incarne « les valeurs de l’Occitanie, la diversité de ses territoires et la richesse de ses cultures occitanes et catalanes ».
     L’association de la croix de Toulouse avec les pals d’Aragon s’imposait comme la référence la plus évidente. C’est d’ailleurs ce que je suggérai dans un précédent article de ce blog.
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Le roi d’Aragon en armes. L’écu et la house de cheval décorés des pals sang et or catalans. Détail d’une planche peinte de la  fin du XIIIe siècle conservée à Lagrasse (Aude)

     Rappelons que ces deux emblèmes sont issus des blasons adoptés au XIIe siècle par les comtes de Toulouse et les comtes de Barcelone-rois d’Aragon, qui dominaient alors l’essentiel de l’espace occitan et catalan. Ils sont repris à l’époque moderne comme emblèmes d’institutions régionales (États de Languedoc, Conseil souverain du Roussillon, Generalitat de Catalunya…). Au XIXe siècle, avec la renaissance du catalan et de l’occitan, ils deviennent les emblèmes des défenseurs des langues, cultures et identités occitane et catalane. L’association des couleurs rouge et or, particulièrement prisée en Europe méridionale, est un héritage des empereurs romains qui portaient une toge pourpre bordée d’or.

     Le nouveau logo entretient une filiation étroite avec la plupart des précédents logos des régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées, et notamment le second logo de L.R. (1988) et le blason associé (voir ci-dessous), où figuraient déjà l’association de la croix de Toulouse et des pals catalan.
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Pour en savoir plus :
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Jacques Laumosnier, peintre du maréchal de Tessé et peintre du roi (1669-1744)

     En 1660, suite au traité des Pyrénées,  le jeune roi Louis XIV rencontre son homologue espagnol Philippe V puis se marie avec sa fille Marie-Thérèse d’Autriche en l’église de Saint-Jean-de-Luz. Pour célébrer cet évènement une série de tapisserie est réalisée par la manufacture des Gobelins. Un peintre en tirera deux tableaux conservés au Musée Tessé du Mans. Si ces tableaux sont très célèbres, leur  auteur, Laumosnier, restait jusque là un inconnu. La découverte du nom de Laumosnier au dos d’un portrait conservé dans ma famille m’a amené à réaliser une véritable enquête pour découvrir ce peintre. Le résultat de cette recherche vient d’être publié dans la Revue de la Société historique et archéologique du Maine. On trouvera ci-dessous un aperçu des résultats de cette enquête, complété par la présentation d’un tableau conservé au château de Sceaux, récemment identifié comme étant l’œuvre de Laumosnier.
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Marie de Louis XIV

Le mariage de Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche (9 juin 1660). Copie réduite peinte par Laumosnier du carton de tapisserie exécuté par Henri Testelin d’après Charles Le Brun et Adam Frans van der Meulen pour la tenture de l’Histoire du Roi. (Le Mans, musée Tessé).

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Une famille d’artisans aisés
     Jacques Laumosnier est le fils de Charles et de sa seconde épouse Marguerite Martin, un couple d’artisans aisés établis à Paris. Le père, Charles, est maître potier d’étain et fils d’un paysan de Clichy-la-Garenne. Titulaire d’un office d’archer-sergent au Châtelet, il s’intitule bourgeois de Paris. Né entre 1664 et 1669, Jacques Laumosnier est encore mineur quand ses parents décèdent en 1681. Il passe sous la tutelle de son oncle maternel Guillaume Martin, maître passementier boutonnier, puis de son beau-frère le potier d’étain Thomas Loir.
     Devenu adulte, il épouse Magdelaine Martin, fille d’un commissaire ordonnateur des guerres. De ce couple nait en 1709 René Laumosnier, qui exerce en 1729 le métier d’architecte.
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Formé aux Gobelins
     Jacques réalise sans doute son apprentissage à la manufacture des Gobelins, dirigée par les peintres Charles Le Brun et Adam Frans van der Meulen, puis, après 1690, par leur successeur Jean-Baptiste Martin. C’est probablement auprès de ce dernier qu’il apprend la peinture historiée. Il est reçu maître peintre le 7 avril 1693 et intègre l’Académie de Saint-Luc, communauté regroupant les maîtres peintres et sculpteurs parisiens.
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Peintre du maréchal de Tessé
     Travaillant probablement aux Gobelins comme tous les artistes de son entourage et ayant donc accès aux cartons conservés dans la manufacture c’est sans doute pour cette raison qu’il est choisi par le maréchal de Tessé pour réaliser les deux premiers tableaux qu’on connaît de lui : L’Entrevue de Louis XIV et de Philippe IV dans l’Île des faisans et Le mariage de Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche à Saint-Jean-de-Luz. Ces deux tableaux sont en effet des copies réduites de cartons de haute lisse des Gobelins, d’après Charles Le Brun et Adam Frans van der Meulen. Au total,  entre 1694 et 1725, Laumosnier réalise pour le maréchal de Tessé, son protecteur et principal client, neuf grands tableaux représentant les évènements marquants de la vie du maréchal. Cela l’amène peut-être à séjourner dans les résidences de son protecteur : l’hôtel de Tessé au Mans et le château de Vernie situé à une vingtaine de kilomètres de cette ville. Mais il reste domicilié entre 1705 et 1743 rue Saint-Denis dans la paroisse Saint-Nicolas-des-Champs à Paris.
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Trois signatures de Jacques Laumosnier : sur un acte notarié de 1725, au dos d’une toile de 1728 et d’une toile de 1735.

Peintre du roi
     A partir de 1718 Jacques Laumosnier se pare du titre de peintre du roi, ce qui suppose qu’il ait effectivement travaillé pour le souverain. Il semble collaborer avec les peintres de fleurs Jean-Baptiste Belin de Fontenay père et fils, connus pour avoir exercé dans différentes résidences royales telles que Saint-Germain, Fontainebleau ou encore Versailles. Mais les œuvres que Laumosnier a réalisées pour le roi restent à identifier.
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Peintre au service de l’aristocratie et de la bourgeoisie
     Après la mort en 1725 de son protecteur, Jacques Laumosnier reçoit diverses commandes privées. Il participe, sans doute sous la direction d’Augustin Oudart Justina, à la décoration du château d’Ermenonville pour le vicomte du même nom, entre 1725 et 1732. Il réalise aussi des portraits à la manière de Hyacinthe Rigaud, le peintre le plus en vogue à cette époque, pour de riches aristocrates ou bourgeois tels que l’évêque d’Arras (vers 1725) ou le financier Jean-Baptiste Petit-de-Saint-Lienne (1728). Le buste tourné vers la droite et le drapé du portrait ci-dessous sont inspirés, selon Stéphane Perreau, de divers portraits réalisés par Rigaud, notamment celui de la Martinière et celui du marquis de la Mésangère daté de 1712.
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Portrait réalisé à Paris par Laumosnier en 1728. Ce tableau conservé dans ma famille représente l’un de nos ancêtres que j’ai réussi à identifier comme étant Jean-Baptiste Geoffroy Petit de Saint-Lienne, seigneur de Renay. Cet ancêtre qui avait fait fortune comme premier commis de John Law, contrôleur général des finances et directeur de la Compagnie des Indes, avait les moyens de se faire réaliser un portrait à la mode.

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     On retrouve notre peintre quelques années plus tard au service du duc du Maine, fils de Louis XIV et de madame de Montespan, et de son épouse Louise Élisabeth de Bourbon. Pour la duchesse il peint en 1735 la Nymphe de Sceaux. Il s’agit encore, comme une partie des tableaux réalisés pour le maréchal de Tessé, d’une peinture réalisée d’après un dessin de Charles Le Brun. Le dessin en question constituait le frontispice d’un poème écrit en 1677 par Philippe Quinault, célébrant les fresques réalisées par le peintre sur la coupole du Pavillon de l’Aurore.
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La Nymphe de Sceaux. Tableau peint en 1735 par Laumosnier d’après un dessin de Charles Le Brun. On aperçoit au second plan le pavillon de l’Aurore réalisé dans le parc du château de Sceaux pour Colbert. (Collection du Musée départemental du Parc de Sceaux. Photo: Pascal Lemaître).

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Professeur à l’Académie de Saint-Luc
     En 1735 il exerce, comme professeur à l’Académie de Saint-Luc. Parmi les peintres qu’il a pu contribuer à former citons Laurent Cars (1699-1771), qui exercera surtout comme graveur et dont l’une des premières œuvres reprend le portrait de l’évêque d’Arras par Laumosnier.
     À la date de son dernier acte connu, en 1744, Jacques Laumosnier est âge de plus de 75 ans et n’exerce plus. Il meurt sans doute peu après.
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En guise de conclusion
     On mesure le chemin parcouru sur la connaissance de cet artiste et son oeuvre sachant qu’à l’exception du catalogue des peintures du musée Tessé réalisé par Élisabeth Foucart-Walter en 1982, les ouvrages de référence tel que le Bénézit ne connaissaient de ce peintre que son nom de famille et ses oeuvres conservées au Mans. Toutefois, nous ne connaissons que douze tableaux de cet artiste. C’est peu pour un peintre qui a exercé pendant un demi-siècle. Il faut dire que Jacques Laumosnier a réalisé surtout des copies ou des tableaux à la manière de ses maîtres ou inspirateurs. C’est sans doute plus un bon technicien qu’un artiste. L’essentiel de son oeuvre reste anonyme et consiste peut-être en des copies ou des oeuvres de collaboration qu’il n’a pas signées. Reste que l’identification récente de sa signature sur la Nymphe de Sceaux montre que de nouvelles découvertes sont à attendre.
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Pour en savoir plus :

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Enquête sur une lettre mystérieuse. Contribution à l’histoire d’une célèbre mystification littéraire (suite)

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    En décembre 2014 je relatais l’histoire d’une mystification littéraire ayant défrayé la chronique au milieu du XIXe siècle et dont l’auteur reste à découvrir : Enquête sur une lettre mystérieuse. Cette mystification avait notamment eu pour victime, aux côtés de nombreuses célébrités, le penseur Pierre-Joseph Proudhon. Les notes d’Alfred Darimon, ancien secrétaire du penseur anarchiste, nous livrent de nouveaux détails sur cette affaire mystérieuse.

     En 1884 Alfred Darimon (1819-1902), ancien journaliste et homme politique, publie À travers une révolution (1847-1855). Dans ce livre il décrit ses relations avec Proudhon dont il était le disciple et le secrétaire pendant la révolution de 1848 et le début du Second Empire. La même année il livre au Figaro un article dans lequel il publie les notes qu’il avait rédigées en 1856 sur la mystification littéraire dont Proudhon avait été victime :

EXTRAIT DE MES CARNETS

LES DÉTROUSSEURS D’AUTOGRAPHES

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Alfred Darimon photographié par Reutlinger.

(Source : B.n.F.)

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Proudhon.
(Source : Wikipédia)

     Depuis la publication de mon livre : À travers une Révolution, j’ai reçu de nombreuses communications. La plus intéressante, à coup sûr, est une brochure de M. Philibert Audèbrand, intitulée : Proudhon et l’écuyère de l’Hippodrome, dans laquelle l’auteur raconte une des scènes les plus curieuses de la vie littéraire de notre temps.

     Il serait à désirer que cette brochure, devenue introuvable, fût réimprimée. En attendant que l’auteur se décide à en faire une nouvelle édition, je crois qu’on lira avec intérêt les notes que j’ai recueillies sur cet incident qui nous a valu une grande page de littérature et de morale.

12 septembre 1856.

     Il y a, en ce moment, une bande organisée de gens, moitié mystificateurs, moitié quémandeurs d’autographes, qui exploitent tout ce qui a un semblant de notoriété.

     Le procédé qu’ils emploient est assez ingénieux. S’ils demandaient purement et simplement, comme les amateurs naïfs, quelques lignes de votre écriture, ils s’exposeraient à se faire éconduire.

     Ils prennent une voie détournée, mais plus sûre. Ils font appel à vos sentiments : tantôt c’est un bon jeune homme, tombé dans le gouffre de l’immoralité, qui demande que vous lui tendiez une main secourable pour l’aider à en sortir ; tantôt c’est une belle pécheresse qui réclame de vous un conseil, une bonne parole, pour rentrer dans la voie de la vertu.

     Malheur à vous, si vous tombez dans le piège et si vous donnez la consultation qui vous est demandée !… Votre réponse passe à l’état de rareté autographique; en attendant qu’elle aille enrichir la collection de quelque amateur, elle est livrée à la curiosité des oisifs, toujours disposés à pénétrer dans les replis de vos plus secrètes pensées.

     J’ai reçu bien souvent de ces lettres, et je les ai toujours laissées sans réponse. Un des modèles du genre est une épître qui m’a été écrite, l’année dernière, au moment où la critique que j’avais faite du livre de M. Le Play, les Ouvriers européens, avait de nouveau remis mon nom en vedette.

     Voici cette lettre, dont l’intention est trop naïvement accusée, et que je regrette de n’avoir pas mis sous les yeux de Proudhon :

     Monsieur.

     Veuillez me pardonner de vous écrire sans avoir l’honneur d’être connu de vous ; mais j’ai la plus vive sympathie pour vos écrits et suis en proie à une tristesse profonde. C’est avec une certaine hésitation que je vous adresse cette lettre, Monsieur, et je ne sais pas trop si vous jugerez convenable d’y répondre, quand vous saurez que je suis chef d’orchestre d’un bal public à la barrière de l’École militaire… Cependant, je me hasarde à vous confier mes chagrins, ayant foi, Monsieur, en votre extrême indulgence. Je crois devoir vous dire d’abord, Monsieur, que je suis heureux sous le rapport physique, matériel. Je gagne cent cinquante francs par mois comme chef d’orchestre ; en outre, je compose de la musique de danse ; mais c’est au cœur que sont mes souffrances, et elles sont très vives.

     Je n’ai que vingt-deux ans ; je suis loin de ma famille et dans un grand isolement moral, parce que les mœurs des hommes que je suis obligé de fréquenter me sont antipathiques.

     Ce qui contribue surtout à me rendre profondément triste, c’est que j’ai perdu, il y a près d’un an, la seule personne qui me donnait encore la force de surmonter le dégoût du présent en me faisant espérer un meilleur avenir. Le monde me parait maintenant un désert où je me sens comme perdu. Mes souffrances sont si violentes que je pense parfois au suicide. Mais je repousse cette idée le plus que je puis ; car, je le sens, elle est indigne d’un homme.

     Il m’a semblé qu’en m’adressant à vous, Monsieur, vous pourriez peut-être m’indiquer un remède, ou du moins un palliatif à mes souffrances morales, et que quelques lignes de vous auraient une influence heureuse sur mon esprit.

     Bien que je sois encore jeune, j’ai beaucoup lu d’ouvrages économiques et socialistes, car je suis de ceux qui pensent que tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, et j’éprouve une bien vive sympathie pour ceux qui cherchent à améliorer le sort des classes déshéritées de la société. Vos livres, vos articles m’ont plu particulièrement et m’ont fait ressentir de la confiance pour vous.

     Je serais donc très honoré et très heureux si vous vouliez bien me donner quelques conseils, pour m’aider à surmonter mon accablement.

     Agréez, je vous prie, Monsieur, avec mes excuses, l’assurance de mes sentiments respectueux et dévoués.

Ludovic PICARD.

Grenelle, 20 septembre 1855.

Le bal de la Victoire où Ludovic Picard officie est l'une de ses salles de bal à la mode sous le Second Empire. Beaucoup sont situées près des anciennes barrières d'octroi et sont parfois considérés comme mal famées. Voici comment cette salle de bal est décrite en 1861 : « A l'ex barrière de l'École (...) nous trouvons deux bastringues à jamais célèbres, le Salon de Mars et le salon de la Victoire, presque exclusivement fréquentés par des militaires, comme leur nom l'indique. Les dames y sont, pour la plupart, des filles des maisons publiques de Paris. » (Ego, Bouis-Bouis, bastringues et caboulots de Paris, Paris : Tralin, 1861, p. 131-132. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64614935/f139.image Image : Le bal Mabille, Lithographe de Provost. Source : B.n.F. Gallica.

Le bal de la Victoire où Ludovic Picard officie est l’une de ces salles à la mode sous le Second Empire. Beaucoup sont situées près des anciennes barrières d’octroi et sont parfois considérées comme mal famées. Voici comment cette salle de bal est décrite en 1861 : « A l’ex barrière de l’École (…) nous trouvons deux bastringues à jamais célèbres, le Salon de Mars et le Salon de la Victoire, presque exclusivement fréquentés par des militaires, comme leur nom l’indique. Les dames y sont, pour la plupart, des filles des maisons publiques de Paris. » (Ego, Bouis-Bouis, bastringues et caboulots de Paris, Paris : Tralin, 1861, p. 131-132.  Image : Le bal Mabille, Lithographe de Provost. Source : B.n.F. Gallica.)

     Proudhon n’a pas toujours eu la même prudence que moi. Il répond à toutes les lettres qu’on lui adresse, sans trop s’enquérir de la valeur ou de la qualité de ses correspondants. Lui qui ferme si rigoureusement sa porte aux indiscrets, il ouvre son âme toute grande aux inconnus. Je sais, par expérience, qu’avec une page d’écriture moulée, pourvu qu’on y mette un peu d’orthographe, on peut obtenir de lui quatre ou cinq pages dans lesquelles il dévoile tout ce que renferment son cœur et son intelligence.

     Cette manie, qui le possède, de prodiguer son admirable prose au premier venu vient de lui attirer une affaire désagréable. Puisse-t-elle lui servir de leçon !

     Un M. Gabriel Vicaire, que personne ne connaît, a adressé à la Gazette de Paris, qui l’a oubliée avec empressement, la copie d’une lettre écrite par Proudhon à une ancienne écuyère de l’Hippodrome, lui demandant des conseils pour rentrer dans le sentier d’une existence régulière. Cette lettre a fait le tour de la presse parisienne et elle sera probablement reproduite par tous les journaux de l’ancien et du nouveau monde.

     C’est qu’aussi ces six pages, écrites avec une parfaite sincérité, ne renferment pas le plus petit mot pour rire.

     C’est un véritable traité de morale à l’usage de ces êtres dévoyés que le monde flétrit et que les débauchés recherchent. Un Père de l’Église n’y trouverait pas une ligne à retrancher.

     Mais il suffit que cette pièce ait été arrachée à Proudhon, à l’aide d’un indigne subterfuge, pour qu’elle change immédiatement, de caractère. On ne se joue pas ainsi de la bonne foi d’un grand écrivain. Il est visible que l’ancienne écuyère de l’Hippodrome n’a jamais existé. Il y a, une sorte d’abus de confiance à déguiser ainsi sa personnalité et à prendre un masque pour pénétrer dans l’intimité des sentiments et de la pensée d’un homme. C’est se livrer à un véritable vol moral.

     Aussi, la publication de cette lettre à l’écuyère, en lui montrant qu’il avait été victime d’une, mystification, a-t-elle amené chez Proudhon une de ces explosions de colère auxquelles il se livre quand il se croit atteint dans sa dignité.

     Nefftzer [directeur du journal La Presse] et moi, nous avons ressenti le contrecoup de sa mauvaise humeur.  La Presse avait reproduit, le lendemain de sa publication dans la Gazette de Paris, cette lettre, devenue un document historique et biographique en même temps qu’un monument littéraire. Proudhon a pris texte de cette reproduction pour adresser à la Presse une lettre pleine de reproches et empreinte d’une amertume profonde : « En vous remerciant, disait-il en terminant, de l’envoi que vous me faites de la Presse, souffrez, monsieur le rédacteur, que je vous fasse mes réserves sur un procédé qui dépasse la limite de ma reconnaissance. »

     Quand nous avons revu Proudhon, il nous a littéralement accablés : Nous étions de faux amis ! Nous étions de connivence avec ses adversaires ! Nous nous entendions avec eux pour déverser sur lui le ridicule et la déconsidération !

     Je n’ai pu calmer un peu notre pauvre ami qu’en lui donnant communication de la lettre signée LUDOVIC PICARD que j’avais reçue l’année précédente.

     – Ce n’est pas, a-t-il dit, la même écriture que celle de l’écuyère prétendue ; mais c’est la même inspiration. Évidemment les deux lettres viennent de la même officine. J’ai été, je le vois bien, un grand sot.

     Gabriel Vicaire ne s’est pas borné, à ce qu’il paraît, à faire de la lettre de Proudhon le texte d’une mauvaise plaisanterie. Il l’a colportée dans des officines où l’on tient boutique d’autographes. Il est donc démontré que ce n’est pas un simple mystificateur, mais un de ces détrousseurs de correspondances privées qui font argent et marchandise des communications les plus intimes.

     Proudhon nous a appris que M. Gabriel Vicaire, se considérant comme offensé par les observations qu’il avait adressées à la Gazette de Paris, pour se plaindre de l’abus qui avait été fait de sa correspondance, parlait de lui envoyer des témoins et d’exiger une réparation par les armes.

     – Comment ! a fait remarquer le bon Nefftzer, vous ne vous apercevez pas que ce monsieur continue à vous faire poser. Voulez-vous que je vous dise mon sentiment ? Il n’existe pas de M. Gabriel Vicaire ; dans tout ceci, vous me paraissez avoir été exploité par des gens qui avaient besoin de votre nom pour faire du bruit. Dans quel but ? Je ne le sais pas bien. Mais en ce temps tout est bon pour faire diversion, et je ne crois pas me tromper.

     – Nefftzer me semble être dans le vrai, ai-je dit à mon tour. En attendant, puisque la Gazette de Paris a des relations avec M. Vicaire, mettez-la en demeure de tirer l’affaire au clair. Son rédacteur en chef, M. Philibert Audèbrand, est un galant homme. Je suis certain qu’il fera tous ses efforts pour vous aider à mettre les rieurs de votre côté.

     Proudhon est devenu rêveur. Tout à coup il a retroussé sa manche et il a fait un geste qui nous a terrifiés tous les deux ; puis il nous a dit d’une voix rauque :

     – Je conseille à ce M. Gabriel Vicaire de ne jamais se trouver en ma présence. Je l’écraserai comme une mouche.

     Et nous congédiant brusquement :

     – Au revoir, nous a-t-il crié, en nous poussant dehors, je vais écrire à M. Audèbrand.

 ***

     Proudhon écrivit en effet à M. Audèbrand. La lettre est imprimée au tome VII page 128, de sa Correspondance. Bien que M. Audèbrand ait publié, en 1868, la brochure dont je parle plus haut, il n’a pas cru devoir y insérer cette pièce. Elle en forme pourtant la conclusion naturelle.

     Proudhon y a résumé en deux mots sa pensée sur cette ridicule affaire : « Instrumenter un homme pour quelque motif que ce soit, c’est manquer à  sa dignité ; c’est, je le répète, lui faire insulte. »

Alfred Darimon.

Source : Alfred Darimon, « Extrait de mes carnets. Les détrousseurs d’autographes », le Figaro, 30 juillet 1884.

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La Foire aux images – 1er festival de BD de Lagrasse

Samedi 8 et dimanche 9 octobre, venez participer au premier festival de bande dessinée de Lagrasse, non loin de Carcassonne et Narbonne. Vous pourrez y rencontrer une vingtaine d’auteurs dont André Cheret, père de Rahan, Jacques Terpant qui s’est inspiré du Pays Cathare pour sa série 7 cavaliers ainsi que Gauthier Langlois l’un des auteurs de Histoire(s) de Carcassonne.

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Plus d’informations sur le site La Foire aux Images.

En complément du salon venez découvrir Samedi 19 novembre à Carcassonne   La maison de Bérenger Mage viguier de Lagrasse au XIIIe siècle et son plafond peint armorié. Une découverte exceptionnelle exposé à la Maison du Patrimoine à Lagrasse, qui sera présentée par Gauthier Langlois, Julien Foltran et Jean-Pierre Sarret.

 

 

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La maison de Bérenger Mage viguier de Lagrasse au XIIIe siècle et son plafond peint armorié

Samedi 19 novembre à Carcassonne, Gauthier Langlois, Julien Foltran et Jean-Pierre Sarret présentent l’exceptionnelle découverte d’un plafond peint armorié du XIIIe siècle, qui est exposé à la Maison du Patrimoine à Lagrasse au cœur des Corbières.

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Le roi de Navarre en armes et à cheval

Communication présentée par Gauthier Langlois, Julien Foltran, Jean-Pierre Sarret
dans le cadre des séances mensuelles de la Société d’études scientifiques de l’Aude
samedi 19 novembre 2016 à 14h30
Carcassonne, auditorium de la chapelle des Jésuites.

Résumé :

     Dans les années 1270 les Mage, une famille bourgeoise en cours d’intégration à la noblesse, se fait construire une riche maison à Lagrasse. Elle manifeste son nouveau rang social par une salle de réception réalisée dans le style gothique à la mode : décor sculpté des fenêtres provenant du chantier de la cathédrale de Carcassonne ; plafond peint mêlant influences françaises et hispaniques. La partie actuellement visible du décor peint montre des motifs géométriques et des animaux fantastiques alternant avec des cavaliers en armes. Le décor héraldique, réalisé vers 1278, traduit la situation politique et sociale. Il évoque la guerre gagnée en 1276 par la France sur la Castille pour la Navarre. Sont ainsi représentés des souverains impliqués dans le conflit, des barons de la sénéchaussée de Carcassonne et des membres de la famille Mage probablement mobilisés dans cette guerre. Ce décor est un témoignage exceptionnel sur les maisons patriciennes de la fin du XIIIe siècle et le dynamisme d’une ville en pleine expansion.

Visage d'homme

Visage d’homme

Cette communication sera suivie à 15h30 d’une communication sur La confrérie de la Sainte-Croix à Narbonne (XVIIe-XVIIIe siècles), présentée par  Claude-Marie Robion

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