Emblèmes occitans et catalans, des comtés du Moyen Âge à la future région Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon. Origines, enjeux identitaires, politiques et économiques

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone. A noter que les pals catalans sont ici à droite (à sénestre ne héraldique) dans une position qui rappelle la situation géographique par rapport à la France. Pour des raisons graphiques les mêmes pals sont à gauche dans le logo.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone. A noter que les pals catalans sont ici à droite (à sénestre en héraldique) dans une position qui rappelle la situation géographique par rapport à la France.

Conférence publique et gratuite par Gauthier Langlois à Palairac (Aude), le samedi 20 juin à 16 heures au foyer municipal, dans le cadre de « Total festum 2015 »

Quel nom(s) et quel(s) emblème(s) pour notre région ?

     Avec la réforme territoriale le débat fait rage sur le choix des noms et des emblèmes donnés aux futures régions. Les enjeux identitaires, économiques et politiques sont en effet importants.

     Comment par exemple nommer la région issue de la fusion de Champagne-Ardennes, Lorraine et Alsace ? Conserver les quatre noms c’est favoriser l’usage d’un acronyme comme ALCA qui restera inconnu de beaucoup. Abandonner le nom Champagne s’est se priver d’une marque mondialement célèbre. Abandonner le nom Alsace c’est faire fi de la forte identité revendiquée par les Alsaciens. Pour retrouver un nom et une identité commune à cet ensemble disparate il faut remonter au haut Moyen Âge, à l’époque d’un éphémère royaume mérovingien appelé Austrasie. Mais ce nom, complètement oublié, n’évoque rien pour beaucoup.

     Les mêmes problèmes se posent pour la région issue de la fusion de Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. C’est l’occasion de revenir sur certains symboles identitaires catalans et occitans. Quels sont leurs origines et quelques sont les enjeux autour du choix du nom et de l’emblème ?

couv1MoyenneA l’issue de cette conférence j’aurais le plaisir de dédicacer pour la première fois ma dernière publication, les Carnets et lettres de guerre de mon grand-père Jean Vaugien et de mon grand-oncle Jean Albouy, publiés en juin 2015 aux éditions Lavauzelle.

Pour en savoir plus:

     Palairac est un charmant village situé au centre des Corbières, à égale distance de Carcassonne, Narbonne et Perpignan. Profitez de la conférence pour découvrir son riche patrimoine. Cette conférence a lieu dans le cadre des manifestations « Total festum 2015 » organisée à Palairac le samedi 20 juin par la mairie et le Comité des fêtes avec le soutien de la Région. Au programme :

  • 9h à 12 h : atelier de chant Occitan « Quintillac » ouvert à tous, conduit par Fabienne Gay, dans la salle des Fêtes.
  • 11 h 30 : apéritif gratuit offert par la mairie.
  • 12 h 30 repas villageois (voir ci-dessous).
  • 13 h – 15 h 30 concert gratuit rock festif occitan (entre les plats et +) du groupe Test de Christian Almerge, en français et en occitan.
  • 16 h 00 conférence par Gauthier Langlois : « Emblèmes occitans et catalans. Origines et enjeux », dans la salle des fêtes.

Repas villageois à réserver avant le 18 juin auprès de: langlois.palairac.11330@orange.fr, Tél. 04 68 48 13 50. Pour 15 € vous aurez droit à une entrée (salade composée), un plat chaud (réalisé par le traiteur Olivier Mateu de Lézignan 06 74 25 89 90), fromages,  dessert, café. Vins rosé, rouge, ou blanc servis au cours du repas. Pensez à prendre vos couverts et assiettes.

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La fusion du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées. Mobilisation des Occitans et des Catalans sur le choix du nom et de l’emblème

      Depuis la publication, en juin 2014, de mon article La fusion du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées. Quel nom, quelle capitale et quel emblème pour cette région ? un certain nombre d’articles, rendant compte de la position d’élus ou de citoyens occitans et catalans, ont été publiés dans la presse sur le même sujet. Cet article rend compte de cette actualité.

Le logo de la future région ?

Le logo de la future région vu par les occitanistes ? (Image réalisée en remplaçant le nom Midi-Pyrénées par le nom Languedoc sur le logo de la région Midi-Pyrénées)

Chez les Occitans, un consensus autour du nom Languedoc et de la croix occitane ?

     Christian Bourquin, président de la région Languedoc-Roussillon récemment décédé, était un farouche opposant à la fusion de sa région avec Midi-Pyrénées. En revanche, son collègue Martin Malvy, à la tête de Midi-Pyrénées, milite pour le rapprochement des deux régions. En témoigne un intéressant dossier publié dans le numéro d’automne 2014 du magazine Midi-Pyrénées info, publié par le Conseil régional. Ce magazine suggère notamment de conserver la croix de Toulouse ou croix occitane comme emblème de la future région.

     A l’initiative de l’Association occitaniste Pais Nostre s’est tenu le 27 septembre à Narbonne un colloque intitulé « l’Occitanie à l’heure de la réforme territoriale » (Voir l’Indépendant du 10 octobre 2014. Il réunissait des spécialistes comme l’historien Rémy Pech, et des élus des deux régions et de plusieurs tendances politiques comme les maires de Toulouse, Montpellier et Narbonne. Les intervenants, tous acquis au principe de fusion des deux régions, se sont prononcés pour nommer la future région « Languedoc ».

La Senyera ou drapeau catalan (Source : Wikipédia)

La Senyera ou drapeau catalan (Source : Wikipédia)

Chez les Catalans, mobilisation pour le maintient de l’identité catalane

     En réaction, des catalans des Pyrénées-Orientales se mobilisent pour le maintient de l’identité catalane dans le nom de la future région. Le site de l’Association catalaniste Olivier propose depuis le 9 octobre un sondage sur ce sujet. En moins de deux jours plus de 21 000 personnes s’y seraient déjà exprimées, preuve du grand intérêt que portent les habitants à leur identité (1). Selon les chiffres publiés par le site « Languedoc-Pays-Catalans » remporte plus de la moitié des suffrages, suivi par « Languedoc-Catalogne » (14%). Les autres propositions : « Pyrénées-Languedoc-Roussillon », « Pyrénées-Méditerranée », « Languedoc-Méditerranée » et « Midi-Méditerranée » ne semblent rencontrer qu’une minorité de suffrages. Dommage que le choix soit orienté, notamment en ne proposant pas aux internautes la proposition « Languedoc ».

     On notera dans ce sondage que la très grande majorité de ceux qui se prononcent pour une identité catalane, préfèrent l’expression « Pays-Catalans » ou « Catalogne » à « Roussillon ». Il est vrai que les deux premières expressions renvoient à une identité linguistique et culturelle partagée avec le sud des Pyrénées, ce qui donne plus de poids aux Catalans. Alors que le nom Roussillon n’évoque qu’une province d’ancien régime et un comté médiéval dont le territoire ne correspondait qu’à une partie des Pyrénées-Orientales.

     On notera aussi dans des commentaires postés sur le site de l’Indépendant que certains internautes évoquent ouvertement la possibilité d’un rattachement des Pyrénées-Orientales à la Catalogne espagnole. L’annonce faite unilatéralement par le président de la generalitat de Catalunya d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne espagnole a certainement contribué à susciter des espoirs d’une réunification du Nord et du Sud de la Catalogne.

     Ces débats ne sont pas sans évoquer ceux suscités par l’initiative de Georges Frèche, alors président de la région Languedoc-Roussillon, de rebaptiser la région de Septimanie. Débats que j’avais évoqués dans l’article sur les emblèmes de la région.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone. A noter que les pals catalans sont ici à droite (à sénestre ne héraldique) dans une position qui rappelle la situation géographique par rapport à la France. Pour des raisons graphiques les mêmes pals sont à gauche dans le logo.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone.

Une conciliation possible ?

     Si le choix d’un emblème reprenant les ceux des Catalans et des Occitans ne pose pas de problèmes (voir ci-dessus), le choix du nom est beaucoup plus polémique. Les Catalans se sentent à juste titre lésés par la dénomination « Languedoc ». Mais les Gascons peuvent en dire autant. Et que dire de tous ceux qui ne se sentent ni occitan, ni catalan ? Faut-il préférer une dénomination plus neutre empruntée à la géographique physique telle que Midi, Méditerranée ou Pyrénées ? C’est la solution qui avait été choisie lors de la création des départements en 1790. Pour ne pas rappeler l’ancien régime et couper court aux débats identitaires, les députés avaient décidé de baptiser les départements de noms empruntés à des cours d’eau ou à des montagnes. Quelle que soit la solution retenue n’oublions pas que l’essentiel est de vivre ensemble.

(1) J’emploie le conditionnel car ce type de sondage réalisé sur Internet est très facile à falsifier. Un même utilisateur peut voter de nombreuses fois grâce à des techniques très simples.

Pour en savoir plus :

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La fusion du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées. Quel nom, quelle capitale et quel emblème pour cette région ?

Le logo de la future région ?

Le logo de la future région ?

     Les projets de réforme territoriale suscitent beaucoup de débats et d’inquiétudes. Les enjeux économiques, politiques et identitaires de ces projets sont en effet important. Quelles sont les limites à donner aux nouvelles régions ? Quel nom et quel emblème leur donner ? Quelle capitale choisir ? Pas facile de répondre à ces questions quand les intérêts des uns et des autres sont divergents. Pour contribuer au débat voici quelques éclairages et réflexions issus de ma pratique d’historien et de professeur d’Histoire-Géographie.

     Dans un article publié l’année dernière sur ce blog j’avais évoqué les origines de la région Languedoc-Roussillon ainsi que ses enjeux identitaires, économiques et politiques. Revenons sur ce thème à propos de la fusion proposée récemment par le président de la République des régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon ainsi que de la disparition projetée des départements. Il ne s’agit pas dans cet article de discuter du bien fondé de ce projet de réforme ni de son découpage mais de réfléchir sur quelques aspects de cette réforme concernant les limites, le nom, l’emblème et la capitale de la région projetée.

Découpage régional proposé par l'Élysée le 3 juin 2014

Découpage régional proposé par l’Élysée le 3 juin 2014

Limites et nom

Un ensemble cohérent faisant renaître le comté de Toulouse ?

     Contrairement aux projets précédents, celui de François Hollande ne démembre aucune région mais procède à des fusions. C’est ainsi que Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon sont mariées pour former la plus grande région de France par sa superficie avec treize départements. Par sa population de 5,3 millions d’habitants (soit 8 % de la population française) cette région sera aussi l’une des plus peuplées.

     Cet ensemble correspond à l’aire d’attraction des métropoles de Toulouse et Montpellier. D’un point de vue historique la future région coïncide en grande partie avec l’ancien comté de Toulouse et ses zones d’influence. Seuls le Roussillon et les Hautes-Pyrénées n’en faisaient pas partie, tandis que l’Ardèche, la Drome et le Vaucluse, anciennes possessions des comtes, ne sont pas comprises dans cette future région.

Un grand Languedoc

     Le choix d’accoler les noms des régions fusionnées pour former un nouveau nom se défend dans quelques cas comme l’Alsace-Lorraine qui regrouperait deux régions aux identités propres. En revanche le nom Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon serait long et assez difficile à porter. Une simplification s’impose, au moins pour l’usage courant.  Par chance la nouvelle région regroupe des territoires qui partagent une identité linguistique et culturelle commune : à l’exception du Roussillon, tous les départements appartiennent au domaine occitan. Et si l’on considère que le catalan n’est qu’un dialecte d’occitan, au même titre que le gascon, le limousin ou le provençal, toute la région est occitane. Cependant cette région ne couvre pas l’ensemble de l’aire occitane, qui comprend aussi l’Aquitaine, le Limousin et la Provence. Le nom Occitanie ne serait donc pas adapté. Il semble pourtant retenir les faveurs de la Dépêche du Midi.

Les provinces de Languedoc et de Roussillon d'après la carte de Noli de la fin du XVIIe siècle

Les provinces de Languedoc et de Roussillon d’après la carte de Noli de la fin du XVIIe siècle

     En revanche, le nom Languedoc, qui dérive de « langue d’oc », expression qui apparait au XIIIe siècle pour désigner l’Occitan, serait plus judicieux. Ce nom désigne d’abord au sens large le Midi occitan. Il désigne aussi, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, une province s’étendant des piémonts pyrénéens au Rhône. De plus le nom Languedoc est encore compris, par une partie de la population, comme le territoire correspondant à l’ancienne province. C’est ainsi que les éditions Privat ont publié dans les années 1970 une Histoire du  Languedoc moderne.  Même si au sens restreint, l’étendue de cette province ne coïncide qu’en partie avec la future région, au sens large la future région serait bien de langue d’oc.

     Le quotidien l’Indépendant diffusé dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales propose à ses lecteurs de voter pour l’un des noms suivants : Midi d’Oc, Languedoc-Roussillon, Midi-Roussillon, Septimanie, Sud-Pyrénées, Sud de la France. On trouvera dans le tableau ci-dessous quelques commentaires sur l’origine des désignations proposées et leur pertinence. Car, si l’on peut envisager des sondages ou un référendum pour le choix du nom, il convient au préalable de présenter de manière approfondie les différentes propositions.

Nom Commentaire
Languedoc  Ce nom est populaire et rappelle l’identité occitane, la Province de Languedoc qui englobait le Toulousain et la région Languedoc-Roussillon. Il risque cependant d’être mal compris par des habitants de Midi-Pyrénées ne connaissant pas le Languedoc historique.
Languedoc-Roussillon  Ce nom a été créé en 1960 en accolant les noms des deux anciennes provinces. Il pourrait satisfaire les Catalans. Mais il risque d’être mal compris par des habitants de Midi-Pyrénées ne connaissant pas le Languedoc historique.
Midi d’Oc  Le nom Midi rappelle la position de la région au Sud de la France et reprend une partie de l’ancien nom de l’une des deux régions. Cependant Midi est un nom inventé et surtout employé par le Nord de la France. La précision Oc rappelle l’identité occitane.
Midi-Roussillon  Ce nom est la fusion de Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. Il peut plaire aux Catalans. Toutefois cette désignation n’est pas très cohérente, notamment parce qu’elle accole des noms de nature différente (un point cardinal et une ancienne province), d’autre part parce que le Roussillon fait partie du Midi.
Occitanie  Ce nom désigne l’aire historique de la langue occitane, soit la moitié sud de la France ainsi que quelques vallées italiennes et espagnoles. Ce nom est à la fois très populaire et très identitaire mais la future région ne correspond qu’à environ un quart de l’Occitanie.
Sud-Pyrénées  Ce nom n’est qu’une légère modification de Midi-Pyrénées : on y a remplacé Midi par son synonyme Sud. Cette désignation n’évoque que partiellement l’identité locale et n’est pas très cohérente: pourquoi ne retenir comme massif montagneux que les Pyrénées ? Quid du sud du Massif Central (Cévennes, Monts de Lacaune, Aubrac…)
Sud de France  Ce nom reprend celui de la marque créée par la région Languedoc-Roussillon pour promouvoir à étranger les productions locales. Il évoque peu l’identité locale mais permet à un étranger de localiser facilement la région.
Septimanie  Ce nom désignait au haut Moyen Âge le Languedoc méditerranéen. En 2004 Georges Frêche a tenté de rebaptiser ainsi la région Languedoc-Roussillon qu’il présidait. Mais il a été rejeté par une majorité d’habitants pour lesquels il n’évoquait rien. La Septimanie historique ne coïncide qu’avec le tiers de la future région et n’est pas populaire.
Blason des États de Languedoc. (Armorial des Etats de Languedoc par Denis-François Gastelier de la Tour, 1767)

Blason des États de Languedoc. (Armorial des Etats de Languedoc par Denis-François Gastelier de la Tour, 1767)

La croix de Toulouse pour emblème ?

     La croix ajourée d’or sur fond rouge est l’emblème que se sont choisis les comtes de Toulouse au XIIe siècle. Elle devient par la suite l’emblème des possessions de ces comtes. A l’Époque moderne, les États de Languedoc, institution gérant la province du même nom et préfigurant le conseil régional, choisit également la croix de Toulouse comme emblème. Avec la renaissance de l’Occitan au XIXe siècle et le développement de mouvement occitanistes, cette croix devient l’emblème des défenseurs de la langue et de la culture occitane. La région Midi-Pyrénées l’adopte à son tour dans les années 1980 tandis que la région Languedoc-Roussillon en fait un des éléments de son logo entre 1988 et 2004.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone.

     Les habitants de la future région sont donc attachés et familiarisés avec cette croix de Toulouse. Elle doit donc être conservée. Toutefois cette croix n’évoque pas l’identité catalane présente dans les Pyrénées-Orientales. On pourrait donc associer à la croix de Toulouse les pals sang et or catalans, comme dans le blason de la Région Languedoc-Roussillon ci-contre. Ces pals peuvent évoquer les blasons  du comté de Foix (c’est à dire l’Ariège), et de la vicomté de Millau (c’est à dire le sud Aveyron), territoires situés dans l’aire d’influence des comtes catalans de Barcelone au début du XIIIe siècle. Ces mêmes pals peuvent évoquer l’influence catalane qui s’exerce à la même époque sur l’Aude (comtés de Carcassonne, Razès et Narbonne) ainsi que sur la ville de Montpellier.

Deux capitales ?

     La grande crainte d’une partie des Montpelliérains et notamment celle de Christian Bourquin, président de la région Languedoc-Roussillon est de voir la ville de Montpellier perdre en même temps que son titre de capitale régionale, une partie de son influence et de ses emplois au profit de Toulouse. Car Toulouse, par son poids démographique et économique s’impose comme la capitale du nouvel ensemble régional. De plus, l’étendue de la future région risque de marginaliser davantage les villes et territoires situés loin de Toulouse, comme Mende, située à près de 4 heures de route. La solution pourrait être de conserver deux capitales.

     Cela peut paraître irréaliste mais la province de Languedoc a connu cette expérience. La capitale de la province a été fixée en 1670 à Montpellier mais cette province était divisée en deux parties appelées « généralités » dont l’une des deux avait pour capitale Toulouse et l’autre Montpellier. De plus, l’assemblée gérant les impôts et travaux publics de cette province, les États de Languedoc, siégeait jusqu’en 1737 de manière tournante dans les principales villes de la province. C’est ainsi que Carcassonne, Narbonne, Béziers, Nîmes ou Beaucaire jouèrent temporairement le rôle de capitale provinciale.

     En 1790 la création des départements entraîna le choix de nouvelles capitales. Pour ménager les susceptibilités locales un système d’alternance avait été prévu. C’est ainsi que dans l’Aude Narbonne et Carcassonne devaient être alterner à la tête du département. Cependant ce système ne fut pas mis en œuvre.

     Les exemples de territoires plus ou moins bicéphales ne manquent pas non plus dans le monde d’aujourd’hui. La Bolivie possède deux capitales : Sucre qui accueille la cour suprême et la Paz le siège du gouvernement. Le parlement européen siège à Strasbourg et Bruxelles…

     En s’inspirant des exemples précédents on peut imaginer que le conseil régional siège en alternance à Montpellier et Toulouse, voire même dans les différents départements. Cela n’entrainerai pas de dépenses supplémentaires puisque les locaux sont déjà construits. On peut imaginer aussi de répartir les services entre les différentes villes. Tout ce qui touche à la mer et notamment le Parlement de la mer, aurait par exemple vocation à rester sur Montpellier. Ce type d’organisation existe déjà dans d’autres régions. La Haute et la Basse-Normandie ont par exemple créé un comité régional du tourisme commun aux deux régions, et dont le siège n’est pas dans l’une des capitales régionales, mais à Evreux, la préfecture de l’Eure. La ville de Carcassonne qui occupe une position centrale dans la future région et qui est l’un de ses pôles touristiques pourrait accueillir elle aussi le comité régional du tourisme. Ce type d’organisation permettrait de conserver un certain équilibre entre les villes et de trouver une réaffectation des locaux des départements.

     Philippe Saurel, maire de Montpellier, favorable à la fusion des deux régions, serait pour une organisation de ce type. Dans une interview publiée sur le blog du Narbonnais Michel Santo, il se prononce pour le choix de Montpellier comme capitale administrative, Toulouse restant la capitale économique.

Conclusion

     La proposition la plus cohérente semble d’appeler la région Languedoc, de lui donner pour emblème la croix de Toulouse et pour capitale Toulouse ou Montpellier. Cependant, dans un souci d’équilibre et d’équité territoriale il conviendrait de ne pas concentrer tous les services ni toutes les sessions du Conseil régional dans la même ville.

Pour en savoir plus :

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Emblèmes de la région Languedoc-Roussillon. Origines, enjeux identitaires, économiques et politiques

Second sceau de Raimond VII, comte de Toulouse (1245). Sur l'écu et le caparaçon figurent la croix de Toulouse, adopté comme emblème par les comtes de Toulouse au milieu du XIIe siècle.

Second sceau de Raimond VII, comte de Toulouse (1245). Sur l’écu et le caparaçon figurent la croix de Toulouse, adoptée comme emblème par les comtes au milieu du XIIe siècle.

     Les emblèmes tels que les sceaux et blasons du Moyen Âge ou les logos de notre époque sont l’image que veut donner de soi une personne ou une collectivité. L’étude des emblèmes la Région Languedoc-Roussillon est révélateur des enjeux et tensions identitaires, économiques et politiques.

La création des régions

     Les départements, créés en 1790, se sont vite révélé des échelons trop petits pour les administrations françaises. Chaque administration a alors créé un échelon intermédiaire entre le département et l’État : académie pour l’Éducation nationale, ressort de cour d’appel pour la Justice etc. Les limites de ces différentes administrations ne coïncidant pas, la nécessité d’une rationalisation du découpage administratif s’est imposée. D’autre part dans les années 1950 la politique de planification et d’aménagement du territoire menée par l’État apparaît impossible à mettre en œuvre dans les limites étriquées des départements. Un jeune énarque, Serge Antoine, est chargé de proposer un découpage régional. Ce découpage est officialisé par le décret du 2 juin 1960 créant les circonscriptions d’action régionale placées sous l’autorité d’un préfet.

Le découpage régional

Carte du Languedoc-Roussillon

Carte du Languedoc-Roussillon

     Les critères du découpage sont essentiellement géographiques et ne prennent pas en compte les limites culturelles ou historiques. Il ne s’agit pas de délimiter des territoires de vie, mais rappelons-le, de rationaliser le découpage administratif et de mettre en œuvre la politique du gouvernement concernant l’aménagement du territoire. Concernant la Région Languedoc-Roussillon le choix a été fait de regrouper les départements situés dans la zone d’influence de Montpellier, promue au titre de métropole régionale. Mais cette zone d’influence ne suit pas les limites départementales. Ainsi les départements de l’Aude ou de l’Aveyron sont partagés entre l’influence de Toulouse et celle de Montpellier. Le choix retenu par Serge Antoine constitue cependant un ensemble relativement cohérent : le Gard, l’Hérault, l’Aude et les Pyrénées-Orientales forment un ensemble homogène du point de vue du milieu physique et sont irrigués par un axe de circulation majeur. Seule la Lozère qui forme une excroissance vers le Nord n’appartient pas au milieu méditerranéen et reste à l’écart des grands axes de circulation. Mais ce département se situe dans la zone d’influence de Nîmes. Au final ce cadre se révèle tout à fait adapté à la politique d’aménagement du littoral languedocien commencé sous la direction de Pierre Racine en 1963.

Le choix du nom : Languedoc-Roussillon

CarteProvinceLanguedoc

Les provinces de Languedoc et de Roussillon d’après la carte de Nolin (fin XVIIe siècle)

     Le nom de la région ainsi constitué est emprunté à deux provinces d’ancien régime : le Languedoc et le Roussillon.

     Le Languedoc, dont la capitale était Toulouse, regroupait les territoires intégrés au domaine royal suite à la Croisade des Albigeois : les vicomtés d’Albi, Béziers et Carcassonne confisqués aux Trencavel en 1226 et regroupés dans la sénéchaussée de Carcassonne ; le comté de Toulouse intégré au domaine royal après la mort de ses héritiers en 1271 et partagé en deux sénéchaussées : Beaucaire et Toulouse. À cet ensemble s’ajoute en 1349 la ville de Montpellier rachetée par le roi de France au roi de Majorque.

     Dès la fin du XIIIe siècle se développe l’usage de l’expression langue d’oc pour désigner l’ensemble du territoire où se parle l’occitan par opposition à langue d’oil, territoire où se parle le français. Dans l’usage de l’administration française langue d’oc se transforma en Languedoc et finit par ne désigner qu’une partie de l’espace occitan : la province de Languedoc.

     Le Roussillon tire son nom d’un comté dont la capitale était au haut Moyen Âge Ruscino, actuellement Château Roussillon, localité ayant précédé Perpignan. Possession des comtes de Barcelone le Roussillon fut incorporé à la France lors du traité des Pyrénées (1659). Le département des Pyrénées-Orientales reprend en grande partie les limites de la province du Roussillon.

 Une collectivité territoriale depuis 1982

     Avec la loi de décentralisation portée le ministre Gaston Defferre en 1982 les régions deviennent des collectivités territoriales dirigées par un conseil régional élu au suffrage universel direct. Après une période transitoire la première élection de conseillers généraux a lieu en 1986 et place à la tête du Languedoc-Roussillon un homme de droite, Jacques Blanc, député de la Lozère. C’est à cette date qu’apparaît le premier logo de la région ou plutôt de son institution le Conseil régional.

1986 : un logo minimaliste

Premier logo de la Région (1986)

Premier logo de la Région (1986)

    Les mentions Conseil régional et Languedoc Roussillon encadrent trois bandes de couleur surmontées par les lettres L R. Les trois bandes de couleur peuvent évoquer l’organisation du territoire : le bleu pour la mer, le vert pour les plaines du littoral et l’orange pour l’arrière-pays montagneux. Ces bandes peuvent aussi évoquer les avantages mis en avant par la Région : le bleu pour le tourisme balnéaire, le vert pour la nature et l’orange pour le soleil ou les productions agricoles (la région produisant des agrumes). Ce logo malgré sa simplicité n’est pas très explicite. De plus il est peu attirant : la juxtaposition de deux couleurs complémentaires (le vert foncé et l’orange) n’est pas très agréable à l’œil. Enfin ce logo fonde l’identité de la Région sur des éléments qui n’ont rien de spécifique au Languedoc-Roussillon. C’est sans doute pour toutes ces raisons que la Région, toujours présidée par Jacques Blanc, adopte en 1988 un nouveau logo.

1988 : entre tourisme balnéaire et identité régionale : un emblème riche mais complexe

Second logo de la Région (1988)

Second logo de la Région (1988)

    Dans ce second logo on retrouve les trois couleurs qui évoquent l’organisation et l’économie de la région, mais dans des nuances plus harmonieuses. Les bandes vertes et bleues sont divisées chacune en cinq parties, évoquant les cinq départements constituant la Région. Ces deux bandes sont placées au bas d’un hexagone symbolisant la France. De cette façon les personnes extérieures à la Région peuvent facilement la situer. Enfin ces bandes sont dessinées de façon à former un arc de cercle et un effet de perspective donnant l’illusion d’un mouvement. Ce mouvement veut refléter le dynamisme de la Région.

     L’hexagone est constitué d’un dégradé allant du rouge au sud au jaune au nord. Dans la partie sud se détachent une croix jaune et une alternance de bandes verticales jaunes et rouges formant les contours d’un blason. Le logo reprend donc deux blasons médiévaux, celui des comtes de Toulouse symbolisant ici le Languedoc, et celui des comtes de Barcelone symbolisant ici le Roussillon.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone. A noter que les pals catalans sont ici à droite (à sénestre ne héraldique) dans une position qui rappelle la situation géographique par rapport à la France. Pour des raisons graphiques les mêmes pals sont à gauche dans le logo.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone. A noter que les pals catalans sont ici à droite (à sénestre en héraldique) dans une position qui rappelle la situation géographique par rapport à la France. Pour des raisons graphiques les mêmes pals sont à gauche dans le logo.

     Le blason des comtes de Toulouse se décrit ainsi en langage héraldique « de gueules à la croix vidée, cléchée et pommetée d’or », c’est-à-dire rouge à la croix ajourée d’or. Il a été repris à l’Époque moderne par les États de Languedoc, institution constituée par les représentants des trois ordres de la province. Cette institution qui gérait le budget provincial préfigure en quelque sorte le Conseil régional. Avec la renaissance de l’Occitan au XIXe siècle et le développement de mouvement occitanistes, le blason des comtes de Toulouse devient l’emblème des défenseurs de la langue et de la culture occitane.

     Le blason des comtes de Barcelone se décrit ainsi en langage héraldique : « d’or à quatre pals de gueules », soit jaune à quatre bandes verticales rouges. Ce blason qui dérive sans doute de la bannière d’un des royaumes carolingiens, le royaume de Bourgogne-Provence, a été repris comme emblème héraldique par les comtes de Barcelone, héritiers du comté de Provence. C’est pourquoi on retrouve cet emblème dans toutes les possessions de ces comtes : Provence, Millau, Foix, Roussillon, Catalogne, Aragon, Baléares, Valence… A l’Époque moderne plusieurs institutions provinciales espagnoles ou françaises reprennent ce blason, notamment la Generalitat de Catalunya et le Conseil souverain du Roussillon. Au XIXe siècle avec la renaissance de la langue catalane et le développement de mouvements catalanistes le blason des comtes de Barcelone devient l’emblème des défenseurs de la langue, de la culture ou de la nation catalane.

     En reprenant ces deux blasons dans son logo la Région revendique un double héritage historique, linguistique et culturel. De plus en faisant du rouge et du jaune les couleurs dominantes de son logo elle perpétue le goût des Européens du sud pour l’association de ces deux couleurs. Couleurs qui étaient celles des empereurs romains et que l’on retrouve dans la plupart des emblèmes des provinces du sud de la France, d’Espagne et d’Italie.

     On notera enfin la disparition de la mention « Conseil régional » au profit de « Région ». L’institution et son territoire sont confondus dans un même mot. Le choix est judicieux car on s’identifie plus facilement à la région qu’on habite qu’à l’institution qui la dirige.

     Ainsi ce logo riche et complexe est destiné à deux publics différents. Pour les habitants de la Région il vise à créer une identité régionale s’appuyant sur des identités linguistiques et culturelles préexistantes. Pour les étrangers à la Région il situe le Languedoc-Roussillon dans l’espace français et vante certains de ses atouts.

2004 : un nouvel emblème pour un nouveau régime.

     Avec l’arrivée de Georges Frêche à la tête de la Région en 2004 le logo va une nouvelle fois changer. Georges Frêche, maire socialiste de Montpellier est un farouche opposant de Jacques Blanc. La rupture avec l’ancien président se doit d’être marquée non seulement par une politique différente mais aussi par un nouvel emblème.

Détail des logos des trois régions voisines du Languedoc-Roussillon : Midi-Pyrénées, Catalunya (au centre) et Provence-Alpes-Côte d'Azur (à droite).

Détail des logos des trois régions voisines du Languedoc-Roussillon : Midi-Pyrénées, Catalunya (au centre) et Provence-Alpes-Côte d’Azur (à droite).

     En dehors de marquer sa différence avec son prédécesseur qu’est-ce que Georges Frêche pouvait bien reprocher à l’ancien logo ? Certainement sa complexité. Ensuite que la Région peut apparaitre comme tiraillée entre deux identités parfois rivales, l’une catalane et l’autre occitane. Ces rivalités étant accentuées par l’existence de deux métropoles concurrentes et politiquement opposées : Perpignan la catalane dirigée par une municipalité de droite et Montpellier l’occitane dirigée par Georges Frêche. Enfin, l’utilisation des identités occitane et catalane n’est pas propre à la région Languedoc-Roussillon. La région Midi-Pyrénées utilise un logo reprenant le blason des comtes de Toulouse. La Communauté autonome de Catalogne utilise comme logo le blason des comtes de Barcelone. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur utilise également le blason des comtes de Barcelone, mais associé aux blasons du Dauphiné et du comté de Nice. Dans une logique identitaire et concurrentielle il faut se démarquer des régions voisines.

      Apparaît alors le logo suivant :

Troisième logo de la Région (2004)

Troisième logo de la Région (2004)

    Si les couleurs or et rouge subsistent, la croix de Toulouse et les pals des comtes de Barcelone ont disparus, ou plutôt ont fusionné dans une figure s’inscrivant dans un hexagone. Cette figure semble donc fusionner les identités française, occitane et catalane. Aucune référence à la situation géographique du Languedoc-Roussillon à l’intérieur de la France n’apparait plus. Il est vrai que c’est à cette date moins nécessaire, la Région ayant 22 ans d’existence en tant que collectivité territoriale, sa situation est mieux connue qu’une génération plus tôt.

     Sur le site de la Région le logo est accompagné du texte explicatif suivant : « Sept soleils réunis en un seul composent le logotype de la Région. Ils symbolisent son rayonnement, son mouvement, son avenir. » On retrouve donc l’idée de région ensoleillé présente sur tous les logos successifs. De plus le soleil rappelle la croix de Toulouse qui est considérée par certains comme une figuration solaire. En revanche les couleurs verte et bleue présentes sur les logos précédents ont disparus. Il est vrai que le tourisme balnéaire, symbolisé par la couleur bleue, n’est plus l’activité économique prioritaire de la politique régionale. Georges Frêche veut faire du Languedoc-Roussillon une Californie française combinant un cadre de vie agréable et un dynamisme économique, notamment dans les hautes technologies. D’où les idées de rayonnement, de mouvement et d’avenir que le logo est censé représenter. Cependant si l’idée de rayonnement est perceptible, on ne perçoit pas comment les idées de mouvement et d’avenir sont représentées dans ce logo.

Carte de la région appelée Gallia gothica (Gaule gothique) par les Wisigoths et Septimanie par les Francs.

Carte de la région appelée Gallia gothica (Gaule gothique) par les Wisigoths et Septimanie par les Francs.

     Contrairement au logo précédent on ne retrouve pas d’évocation des cinq départements composant la Région. Les sept soleils renvoient à un découpage territorial beaucoup plus ancien que précise le slogan « Vivre en Septimanie ». En bon historien et géographe féru d’Antiquité Georges Frêche est allé rechercher le découpage administratif ancien qui se rapproche le plus du découpage de l’actuelle région Languedoc-Roussillon. Pendant deux siècles et demi, précisément entre 507 et 759, les sept cités de Elne, Narbonne, Carcassonne, Béziers, Agde, Maguelone et Nîmes ont fait partie d’un même ensemble territorial, dominé par les Wisigoths puis les Arabes et ayant Narbonne comme capitale. Cet espace dénommé le plus souvent Gaule gothique a été appelé par les Francs Septimanie, c’est à dire région des sept cités.

      En regardant la carte on s’aperçoit cependant que la coïncidence territoriale entre la Septimanie et la région Languedoc-Roussillon est loin d’être parfaite : le Gévaudan correspondant à la Lozère ne faisait pas partie de la Septimanie. Des mauvaises langues ont affirmé que ce choix a été dicté par la volonté d’exclure la Lozère dont Jacques Blanc est alors le député.

L'opposition au changement de nom a été particulièrement "virulent" chez les Catalans. Ici une affiche publicitaire de la station de ski des Angles dans les Pyrénées orientales. On y voit à gauche le caganer, personnage emblématique des crèches catalanes coiffé de la berretina et généralement représenté en train de chier. Il est ici armé d'une seringue aux armes de la Catalogne pour vacciner un chieur malade de la "septimaniole".

L’opposition au changement de nom a été particulièrement « virulente » chez les Catalans. Ici une affiche publicitaire de la station de ski des Angles dans les Pyrénées orientales. On y voit à gauche le caganer, personnage emblématique des crèches catalanes coiffé de la barretina et généralement représenté en train de chier. Il est ici armé d’une seringue aux armes de la Catalogne pour vacciner un autre caganer (chieur) malade de la « septimaniole ».

     La volonté autocratique de Georges Frêche est alors de rebaptiser la Région Septimanie. Mais dans une phase transitoire, pour habituer les habitants à cette nouvelle dénomination, le nom Septimanie est associé à Languedoc-Roussillon. Une grande campagne de publicité, destinée à promouvoir le nouveau nom et la marque qui lui est associée est lancée. Mais on n’est plus en 1960 où le découpage et la dénomination des régions avait été décidé par les autorités sans aucune consultation de la population ni de ses représentants élus. Ce changement de nom aurait pu marcher à l’exemple de la Macédoine ou d’Israël qui ont repris le nom d’un état antique pour baptiser leur nouvel état. Mais à la différence de ces deux états, le nom Septimanie n’évoquait rien pour la très grande majorité des habitants de la Région. De plus les habitants de la Région avaient fini par s’habituer voire s’attacher à la dénomination Languedoc-Roussillon. Une forte opposition au changement de nom s’est développée. Le nouveau nom a été tourné en ridicule avec des jeux de mots tels que « Septicémie » ou « Sept p’tites mamies » ou encore avec des caricatures comme celle figurant ci-dessus.

Quatrième logo de la Région (octobre 2005)

Quatrième logo de la Région (octobre 2005)

Logo de la marque régionale "Sud de la France". Cette dénomination qui a remplacé "Septimanie" a été choisie pour une meilleur visibilité à l'international, notamment pour les exportations de vin.

Logo de la marque régionale « Sud de France »

     En octobre 2005 Georges Frêche finit par s’incliner et abandonne son projet. Le slogan « Vivre en Septimanie » disparaît du logo. Et une nouvelle marque, destinée à promouvoir les produits régionaux voit le jour :  « Sud de France ». On y retrouve outre un soleil, des couleurs qui évoquent le vin et la mer. La nouvelle dénomination qui a remplacé « Septimanie » a été choisie pour une meilleur visibilité à l’international, notamment pour les exportations de vin.

Pour en savoir plus :

Sur les emblèmes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone  et plus généralement sur l’emblématique :

  • Pastoureau (Michel), Traité d’héraldique, 2e édition, Paris : Picard, 1993.
  • Macé (Laurent), Les comtes de Toulouse et leur entourage, XIIe – XIIIe siècles, rivalités, alliances et jeux de pouvoirs, Toulouse : Éditions Privat, 2000.
  • Raymond Ginouillac, La croix occitane. Albi : Institut d’études occitanes du Tarn, 2006, 132 p.
  • Emblèmes de France : http://emblemes.free.fr/
  • Heraldie : http://heraldie.blogspot.fr/

Sur l’origine du nom Languedoc :

  • Vaissète (dom Joseph), « Note sur l’origine du nom de Languedoc », Histoire générale de Languedoc (édition Privat), tome X, p. 27-39. En ligne sur l’Open source Library.

Sur les limites historiques du Languedoc :

  • Pélaquier (Élie), (dir.), Atlas historique de la province de Languedoc, C.N.R.S.  –  C.R.I.S.E.S., Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences humaines et Sociales, Université Paul Valéry – Montpellier III, 2009. En ligne sur le site des Archives départementales de l’Hérault.

Sur la création des régions administratives :

  • Décret du 2 juin 1960 en ligne sur Légifrance.
  • Feltin (Michel), « Serge Antoine. L’homme qui a découpé les régions », L’Express, 15/03/2004. En ligne ici.
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Mes articles sur la région signalés par l’Express.

L'Express N°3335 - 3 Juin au 9 Juin 2015_Page_1     Le journaliste Michel Feltin-Palas vient de publier un article renseigné aux meilleures sources, qui aborde les enjeux identitaires, économiques et politiques des noms des futures régions issues de la réforme de 2015 : « Cherche nom de région désespérément », L’Express, n° 3335, semaine du 3 au 9 juin 2015, p. 68-73.

     A cette occasion j’ai été consulté et cité dans l’article. Un extrait de cet excellent article est disponible sur le site www.lexpress.fr

Mes articles sur le sujet :

Un quatrième article est en préparation : « Nommer la région, mode d’emploi ».

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Blanchot de Brenas, l’inventeur du « Curé de Cucugnan », son voyage à Carcassonne et dans les Corbières en 1858

Cette gravure, publiée en 1834 dans les Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France, montre la Cité dans l'état de ruine grandiose telle que Blanchot de Brenas l'a découverte en 1858

Cette gravure, publiée en 1834 dans les Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, montre la Cité dans l’état de ruine grandiose telle que Blanchot de Brenas l’a découverte en 1858. Remarquer les paysans et les muletiers au premier plan.

Conférence de Gauthier Langlois le 16 mai 2015.

     Au milieu du XIXe siècle, la visite des Pyrénées et des ruines médiévales sont des destinations fort prisées des romantiques en quête de pittoresque. Cependant, si Carcassonne est un site déjà assez visité, rares sont ceux, tel le jeune Auguste Blanchot de Brenas, qui se risquent sur les mauvais chemins des Corbières.

     En juin 1858 Auguste et son ami Félix décident de visiter le Languedoc en commençant par Carcassonne. Une rencontre dans la Cité les pousse à poursuivre leur voyage touristique par les Corbières, région alors inaccessible et ignorée.

     Dans le journal qu’il tient à cette occasion, Auguste conte avec beaucoup d’humour les aventures des deux jeunes gens sur les mauvais chemins des Corbières. Fin observateur, il restitue avec fidélité et talent les paysages grandioses, les rencontres avec de pittoresques personnages, les mœurs et les coutumes de cette contrée sauvage. Passionné par les légendes, il raconte les exploits de Dame Carcas contre Charlemagne à Carcassonne ou les méfaits des fées lavandières de l’Orbieu qui font tourner la tête aux jeunes garçons. Le récit de voyage, publié en feuilleton entre 1858 et 1859, s’achève par  le sermon du curé de Cucugnan qui s’efforce de sauver ses ouailles de l’enfer.

     Cette dernière histoire a acquis une célébrité mondiale grâce aux plagiats qu’en ont fait Roumanille et Alphonse Daudet mais son inventeur, Auguste Blanchot de Brenas, est bien oublié. Seuls quelques spécialistes de la littérature se sont intéressé à cet auteur et dans le seul but d’établir la filiation littéraire du fameux sermon. Quelques historiens et ethnologues ont puisé dans le récit de voyage des informations précieuses sur la vie quotidienne et le folklore au XIXe siècle. Mais personne ne s’est intéressé de manière critique au récit. Ce sont ces lacunes que cette communication se propose de combler. Qui était vraiment Blanchot de Brenas ? Quelle fiabilité accorder à son récit et que peut-il nous apporter ?

     Cette conférence se tiendra dans le cadre de la séance mensuelle de la Société d’études scientifiques de l’Aude, le samedi 16 mai à partir de 14 h 30 dans l’Auditorium de la chapelle des Jésuites, rue des Études à Carcassonne. Elle sera précédée par la communication de Marie-Elise Gardel : Les Abords sud de la Cité : approche diachronique. Etude archéologique de la partie sud-est de la commune de Carcassonne, située en zone rurale, entre la Cité, l’Aude, la Cavayère et l’Autoroute. (Voir les résumés sur le site de la SESA).

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Mercredi 29 avril 2015, à Carcassonne, « Trencavel à l’assaut de la Cité. Le grand siège de 1240. »

Le siège de Carcassonne vu par Claude Pelet et Gauthier Langlois dans la BD L'Aude dans l'Histoire, éditions Aldacom, 2006.

Le siège de Carcassonne vu par Claude Pelet et Gauthier Langlois dans la BD L’Aude dans l’Histoire, éditions Aldacom, 2006.

L’historien Gauthier Langlois donnera une conférence sur « Trencavel à la l’assaut de la Cité. Le grand siège de 1240 », le mercredi 29 avril 2015 à 19 h 30 à la Maison de quartier de Grazailles, 43 rue Frédéric Soulié, à Carcassonne. A cette occasion il dédicacera ses ouvrages et son dernier article sur Trencavel.

     A la fin de l’été 1240, le jeune vicomte de Carcassonne, Albi et Béziers, Raymond Trencavel, tente de reprendre possession des terres dont la Croisade puis le roi de France l’a spolié. Grâce au soutien massif de la population, de la noblesse locale – et particulièrement des sympathisants du catharisme – il assiège la cité de Carcassonne où s’est réfugié le sénéchal représentant le roi capétien.

     L’historien médiéviste Gauthier Langlois, qui a déjà publié plusieurs articles de référence sur ce siège, évoquera ce grand épisode de l’histoire de la Cité de Carcassonne et la vie mouvementée du dernier vicomte de Carcassonne. A cette occasion il présentera son article paru dans le dernier Bulletin de la Société d’études scientifiques de l’Aude :

  BSESA2014-Couv   « À propos d’une représentation du vicomte Trencavel sur une peinture murale de la conquête de Valence : L’exil du dernier vicomte de Béziers, Albi et Carcassonne dans les États de la couronne d’Aragon »

Résumé de l’article :

     L’étude démontre que Raimond Trencavel, dernier vicomte de Carcassonne, Albi et Béziers est représenté sur une peinture murale du début du XIVe siècle conservée au château d’Alcañiz, siège de l’ordre de Calatrava en Aragon. Cette peinture figure l’un des épisodes de la conquête du royaume de Valence entre 1232 et 1238. La présence du vicomte à cette conquête est confirmée par quelques actes. La peinture suggère en outre que le vicomte s’était rangé sous la bannière d’un baron aragonais, Artal de Luna. Ce fait pourrait s’expliquer par un lien familial entre le lignage des Luna et le vicomte. La peinture témoigne enfin de la conservation de la mémoire du vicomte en terre aragonaise une soixantaine d’années après sa disparition. Cet article permet par ailleurs de confirmer les couleurs du blason des Trencavel et d’évoquer la vie et les relations du vicomte en exil au sud des Pyrénées.

     Representación del vizconde Trencavel en una pintura mural de la conquista de Valencia. El estudio muestra que Raimond Trencavel último vizconde de Carcasona, Béziers y Albi aparece en una pintura mural de principios del siglo XIV conservada en el castillo de Alcañiz, sede de la Orden de Calatrava en Aragón. Esta pintura representa a uno de los episodios de la conquista del reino de Valencia entre 1232 y 1238. La presencia del vizconde en esta conquista se ve confirmada por algunas actas. La pintura sugiere además que el vizconde se sumó al bando de un barón aragonés, Artal de Luna. Este hecho podría ser explicado por una relación de parentesco entre el linaje de los Luna y el vizconde. Finalmente esta pintura refleja cómo sesenta años después de su muerte, aún perduraba su recuerdo en las tierras aragonesas. Este artículo sirve, por otra parte, para confirmar los colores del escudo de armas de los Trencavel y para evocar la vida y relaciones del vizconde exiliado al sur de los Pirineos.

Des exemplaires du Bulletin de la SESA seront en vente sur place, ainsi que les bandes dessinées l’Aude dans l’Histoire et Histoire(s) de Carcassonne.

Trencavel devant la porte d'Aude - Couverture de l'Aude dans l'Histoire de Claude Pelet, Gauthier Langlois et Dominique Baudreu. Editions Aldacom, 2006

Trencavel devant la porte d’Aude – Couverture de l’Aude dans l’Histoire de Claude Pelet, Gauthier Langlois et Dominique Baudreu. Editions Aldacom, 2006

Renseignements : Maison de quartier de Grazailles, 43 rue Frédéric Soulié, 11000 Carcassonne. Tél : 04 30 34 43 53 m.b.nau@orange.fr

Pour se rendre à la maison de quartier : depuis le centre ville, prendre la direction Toulouse, puis, immédiatement après le pont traversant la voie ferrée, prendre la première à droite (rue Frédéric Soulié). La maison de quartier se trouve 650 mètres plus loin, sur la gauche. Localisation sur le Géoportail. Localisation sur Google maps.

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L’amour, la sexualité et l’Inquisition. Les expressions de l’amour dans les registres d’Inquisition (XIIIe-XIVe siècles)

 Compte rendu : Gwendoline Hancke, L’amour, la sexualité et l’Inquisition. Les expressions de l’amour dans les registres d’Inquisition (XIIIe-XIVe siècles). Cahors : La Louve édition, 2007, 188 p.

     Gwendoline Hancke, originaire de Tübingen en Allemagne, est docteur en histoire et vit actuellement en Ariège, au cœur de la région qu’elle étudie. Elle publie ici son troisième ouvrage.

Les registres d’inquisition, une source précieuse

Amour, sexualité et Inquisition, voilà un titre accrocheur qui peut susciter fantasme ou interrogation. Mais le sous titre est plus explicite : Les expressions de l’amour dans les registres d’Inquisition. « Parler du couple –et à plus forte raison de l’amour- à partir des registres d’Inquisition, peut, à première vue, paraître contradictoire » affirme l’auteur. Quoi de plus opposé que l’amour et la procédure inquisitoriale. Pourtant, les sources inquisitoriales (comme d’ailleurs plus généralement les sources judiciaires, la remarque est de moi) sont d’une richesse exceptionnelle sur la vie quotidienne. Richesse d’autant plus précieuse que les autres sources : littéraires, théoriques, ou normatives, « ne reflètent pas obligatoirement des comportements, des sentiments et des pratiques réelles ».


     Aux registres d’Inquisition, l’auteur a joint une autre source judiciaire : les enquêtes administratives menées à la demande de Louis IX au milieu du XIIIe siècle suite à la croisade albigeoise. La conservation de ces sources délimite le champ de recherche : essentiellement la Haute-Garonne, l’Ariège et l’Aude, zones où le catharisme a connu un développement important entre le XIIIe et le début du XIVe siècle. Ces sources ont déjà été mises à profit pour étudier la société méridionale par de nombreux chercheurs dans la lignée desquels G. Hancke se place, et notamment Jean Duvernoy, Emmanuel Leroy-Ladurie ou Anne Brenon. L’auteur y a puisé la matière principale de ses travaux et notamment de sa thèse, publiés dans la même maison d’édition :

Les belles hérétiques, être noble et cathare (2001) • Femmes en Languedoc, la vie quotidienne des femmes de la noblesse occitane au XIIIe siècle, entre catholicisme et catharisme (2006). • L’Hérésie en héritage, familles de la noblesse occitane dans l’Histoire, du XIIe au début du XIVe siècle : un destin commun (2006). Le présent livre est donc le développement d’un aspect de ses précédents travaux. Il est divisé en cinq chapitres.

Les cadres des relations amoureuses et sexuelles

     Dans les deux premiers chapitres l’auteure passe en revue les différents cadres des relations : mariage, adultère, séparation, polygamie, concubinage, amour partagé, homosexualité… Elle constate que le mariage religieux qui s’est imposé au XIIe siècle dans la société européenne, n’a pas encore éliminé d’autres formes de vie de couple (mariage devant notaire, union libre…). La limite entre mariage et union libre reste floue. Bien que l’Église catholique considère le mariage comme indissoluble et fondé sur le consentement des époux, l’analyse des sources montre que la très grande majorité des mariages sont arrangés, sur des critères politiques, lignagers ou économiques. A quoi s’ajoute, dans cette région, un critère religieux. Elle estime que dans les clans cathares, la recherche d’un époux de la même religion motive les trois-quarts des unions. L’indissolubilité du mariage n’est pas non plus toujours respectée. Parmi les nombreux exemples qu’elle en donne citons une particularité propre aux croyants cathares. L’entrée en religion de l’un des époux est considérée comme une rupture de mariage et permet au conjoint resté laïc de se remarier.

Les sentiments : passion, indifférence, violence

     Dans les chapitres trois et quatre l’auteure s’intéresse aux sentiments dans le mariage ou hors-mariage. La passion motive certaines unions ainsi qu’une partie des relations hors mariages. On se régale en particulier du récit des relations de Pèire Clergue, croyant cathare, curé de Montaillou et don Juan local avec la châtelaine Béatris de Planissoles. La vie amoureuse ou sexuelle de ces deux personnages hauts en couleur, rendus célèbres par le livre d’Emmanuel Leroy Ladurie Montaillou village occitan fournit à Gwendoline Hancke l’exemple d’autres sentiments : pressions exercées par Pèire Clergue sur les femmes pour parvenir à ses fins… On notera aussi, dans le cadre de relations à la limite de l’homosexualité et de la pédophilie, la violence exercée par un clerc hérétique de Pamiers sur des garçons, de jeunes étudiants adolescents.

La vie sexuelle, entre plaisir et rejet

     Le cinquième et dernier chapitre est consacré à la vie sexuelle. G. Hancke commence par rappeler les conceptions religieuses de la sexualité : « en bref les cathares tolèrent le plaisir mais rejettent la procréation, l’Église catholique encourage la procréation (des couples mariés), mais condamne le plaisir. » Elle met ensuite en relation ces conceptions avec la pratique. Le témoignage de Béatris de Planissoles est encore à mis contribution. La châtelaine de Montaillou prend manifestement beaucoup de plaisir dans sa relation avec le curé Pèire Clergue. Mais elle fait part à son amant de sa crainte de se retrouver enceinte et par là déshonorée. Ce dernier lui fournit un moyen de contraception sous la forme d’une herbe, placée sans doute dans le vagin. Un témoignage dont G. Hancke souligne le caractère exceptionnel. Les témoignages sur la vie sexuelle étant rares dans les sources inquisitoriale, l’auteur appuie également son discours sur d’autres sources : deux « enseignements » qui s’adressent aux femmes de la noblesse occitane et dispensent conseils d’hygiène et beauté, traité de médecine donnant des conseils pour donner du plaisir à la femme, deux chansons de trobairitz (femmes troubadours)…

Une société tolérante ?

     Tout au long de l’ouvrage et dans la conclusion l’auteur analyse avec beaucoup de finesse l’écart entre les pratiques amoureuses ou sexuelles d’une part, le droit canon catholique et la morale cathare d’autre part pour conclure que les prescriptions des religieux ne sont pas toujours connues et guères respectées. Il se dégage de cette étude une grande diversité de relations amoureuses ou sexuelles et une certaine tolérance qui rapprochent sur ce plan la société occitane médiévale de la nôtre. Mais G. Hancke ne tombe pas dans les pièges d’idéaliser cette société médiévale ou de reporter sa conception de notre société sur la société médiévale. Elle montre en particulier les limites de cette tolérance et la place de la femme, souvent soumise à l’homme.

Un ouvrage passionnant

     Au total l’Amour, la sexualité et l’Inquisition est un ouvrage riche, rigoureux et bien écrit. G. Hancke exerce sur chaque témoignage son esprit critique, ne perdant pas de vue que certains témoins évitent de parler de ce qui peut nuire à eux ou leurs proches et que d’autres rapportent de simples rumeurs. On notera aussi son souci de restituer l’orthographe occitane des prénoms. Les critiques négatives sont donc limitées. Certaines citations auraient méritées à être transposée en style direct pour plus de lisibilité et rendre plus vivant les témoignages. Les conclusions de son étude auraient pu être confrontées à d’autres sources que normatives ou théoriques. Je développe ce dernier point :

     G. Hancke n’utilise qu’à deux reprises, et sur le seul thème du plaisir sexuel une œuvre de troubadour. Des rapprochements entre la pratique et l’idéal des troubadours auraient pu être faits sur d’autres thèmes notamment celui de l’adultère féminin. Adultère qui est justifié quand le mari est jaloux, dans plusieurs nouvelles occitanes telles que Flamenca ou la Nouvelle du Perroquet. (Voir à ce sujet D. LUDE-DUDEMAINE, Flamenca et les « novas » à triangle amoureux : contestation et renouveau de la « fin’amor », Montpellier : Presses universitaires de la Méditerranée, 2007, 170 p.). Des rapprochements auraient pu être faits avec des sources catalanes qui concernent aussi le Languedoc.

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Un mariage civil au XIIe siècle
Le vicomte de Béziers et Carcassonne, Bernat Aton et son épouse Cécile marient leur fille Ermengarde à Gaufred, fils du comte de Roussillon en 1110. Miniature de la fin du XIIe siècle, Liber feudorum major, Archives de la Couronne d’Aragon, Barcelone.

     Je pense en particulier à cette miniature de la fin du XIIe siècle qui représente le mariage de la fille du vicomte de Carcassonne et le fils du comte de Roussillon. On y voit le vicomte de Carcassonne joindre les mains des mariés. Preuve que dans l’esprit du miniaturiste catalan le mariage est encore perçu comme un acte civil, arrangé par les parents. Je pense aussi au récit autobiographique du roi Jaume Ier d’Aragon (dont une excellente traduction vient d’être publiée par A. et R. Vinas) qui nous livre anecdotes et sentiments sur la vie de couple de ses parents à Montpellier, et sur sa propre vie amoureuse et sexuelle. Qui plus est, Jaume Ier nous a laissé un fort intéressant « contrat de concubinage ». Ces quelques remarques n’enlèvent rien à la qualité de l’ouvrage mais sont là pour montrer que les conclusions de G. Hancke peuvent être validées par d’autres sources.

Pour en savoir plus :

     La première version de ce compte-rendu a été publiée en 2008 sur la Cliothèque.

Pour citer cet article :

Langlois (Gauthier). – « Compte rendu : Gwendoline Hancke, L’amour, la sexualité et l’Inquisition. Les expressions de l’amour dans les registres d’Inquisition (XIIIe-XIVe siècles) », La Cliothèque, mis en ligne le 2 mars 2008 : http://www.clio-cr.clionautes.org/spip.php?article1811 et Paratge, mis en ligne le 14 mars 2015 : https://paratge.wordpress.com/2015/03/13/amour/

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Autour de la BD Notre Mère la Guerre

Une remarquable exposition sur 14-18 qui ravira tous les amateurs de BD ou d’Histoire

      Dans le cadre des commémorations du centenaire de la Première Guerre Mondiale, les Archives départementales de l’Aude ont réalisé, avec la collaboration de l’Association On a marché sur la bulle, une exposition autour de l’œuvre de Kris et Maël, Notre mère la guerre.

     Le 24 février, après avoir exposé leur travail à 130 collégiens du département (voir la Dépêche du Midi du 26 février 2015 et photos d’Emanuela Bura), le dessinateur Maël et le scénariste Kris ont animé une conférence dans laquelle ils ont présenté leurs sources historiques et leur méthode de travail.

Maël et Kris dans l'exposition.  (Photo : Alain Estieu - Archives départementales de l'Aude).

Maël et Kris au milieu de l’exposition.
(Photo : Alain Estieu – Archives départementales de l’Aude).

Un travail rigoureux

Couv_211457     Notre Mère la Guerre est une bande dessinée publiée en quatre tomes entre 2009 et 2012. Elle mêle histoire de guerre et intrigue policière autour de la découverte de l’assassinat de plusieurs femmes sur le front.

     C’est le souvenir d’une visite à Verdun lorsqu’il était adolescent et la lecture des carnets du tonnelier audois Louis Barthas qui ont donné à Kris l’envie de traiter en BD la Première Guerre Mondiale. Ces carnets, édités par l’historien audois  Rémy Cazals, est l’une des nombreuses sources d’inspiration des auteurs. C’est autour d’une anecdote rapportée par le tonnelier, la présence d’une section de jeunes délinquants sur le front, qu’ils ont tissé une partie de leur histoire. Le nom d’un des héros, Peyrac, est également un hommage à Louis Barthas qui était originaire de Peyriac-Minervois. Lors de la conférence Kris et Maël ont présenté un petit aperçu de leurs sources d’inspirations abondantes et diversifiées. Grâce  à cette documentation parfaitement assimilée, les auteurs ont réalisé une histoire qui fait preuve d’une grande rigueur historique et d’une grande sensibilité. La directrice des Archives de l’Aude, Sylvie Caucanas, et l’historien Alexandre Lafon, ont souligné la richesse et le caractère remarquable de cette œuvre.

     Au total, cette bande dessinée dresse un tableau très juste et très complet de la façon dont des hommes et des femmes ont vécu cette guerre. L’intrigue passionnante est de plus servie par un dessin à l’aquarelle de toute beauté.

     A noter qu’une adaptation de la série, réalisée par Olivier Marchal, est en court de tournage.

ChroniquesUn prolongement : les Chroniques de Notre Mère la Guerre

     Le succès remporté par cette série, désormais disponible en intégrale, auprès des bédéphiles comme des historiens, est à l’origine d’un prolongement intitulé les Chroniques de Notre Mère la Guerre. Dans ce volume les auteurs présent la genèse de la série, leurs sources d’inspirations et rendent hommage, à travers à plusieurs nouvelles en BD, à cinq acteurs  de cette guerre dont Charles Péguy, Louis Barthas et l’Anglaise Vera Brittain. On trouvera sur le site de la Mission du centenaire de la guerre de 14-18 plusieurs extraits de ce volume, dont les esquisses et les sept planches de l’hommage au tonnelier audois Louis Barthas, dessiné par Hardoc.

Un extrait de l'hommage en BD à Louis Barthas dessiné par Hadoc sur un scénario de Kriss.

Un extrait de l’hommage en BD à Louis Barthas dessiné par Hardoc sur un scénario de Kriss.

L’exposition aux Archives départementales de l’Aude

L'exposition.  (Photo : Alain Estieu - Archives départementales de l'Aude).

L’exposition.
(Photo : Alain Estieu – Archives départementales de l’Aude).

     L’exposition et le catalogue qui l’accompagne présentent les auteurs, la genèse de la série et la façon dont les auteurs se sont appropriés la documentation pour reconstituer la vie au front, pour restituer la violence, la camaraderie et la place des femmes. Les panneaux d’expositions sont accompagnés de nombreux dessins originaux de Maël et de nombreux objets et documents originaux tels que les fameux carnets de Louis Barthas. L’exposition permet donc une véritable confrontation entre la BD et ses sources, et de voir toutes les étapes et techniques de la réalisation de cette BD.

Dedicace

Dédicace de Maël et Kris sur le catalogue de l’exposition

     L’exposition est visible aux Archives départementales de l’Aude à Carcassonne du 24 février au 3 avril 2015 du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h 30 et le vendredi de 8 h 30 à 16 h 30. Le Catalogue de l’exposition (dont la couverture est ci-dessous) est en vente sur place ou par correspondance auprès des Archives départementales.

NotreMereLaGuerreCouv Pour en savoir plus :

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Sceaux consulaires médiévaux du versant méridional de la Montagne Noire

Fig. 2 : Sceau matrice d’Ermessinde de Carcassonne, comtesse de Barcelone et Gérone (975-1058) conservé au Trésor de la cathédrale de Gérone. C’est une intaille gravée en latin et en arabe du nom de la comtesse.

Fig. 2 : Sceau matrice d’Ermessinde de Carcassonne, comtesse de Barcelone et Gérone (975-1058) conservé au Trésor de la cathédrale de Gérone. C’est une intaille gravée en latin et en arabe du nom de la comtesse.

     Les démêlés du roi Philippe-le-Bel avec le pape Boniface VIII au début du XIVe siècle ont permis indirectement la conservation de dix sceaux de villages du Nord de l’Aude. Grâce à eux nous pouvons connaître l’image que ces villages voulaient donner d’eux-mêmes.

     Le sceau est un signe personnel d’authentification des actes. Le même mot désigne à la fois la matrice gravée dans une matière dure et l’empreinte réalisée avec la matrice dans une matière molle. Le sceau apparaît au Moyen Orient au IVe millénaire, en même temps que l’écriture puis se généralise à la plupart des civilisations utilisant l’écriture. Dans l’Antiquité les Grecs et les Romains font usage d’un sceau en intaille, c’est-à-dire d’une petite pierre de forme ovale gravée en creux et généralement montée en bague. Au Haut Moyen Age l’usage du sceau se restreint à la haute aristocratie. Le sceau de la comtesse Ermessinde de Carcassonne (fig. 2) en est un témoignage très rare.

Fig. 3, 4, 5 : Exemple de sceau matrice en bronze. Avers, dos et empreinte en cire d’un sceau ecclésiastique du XIVe ou XVe siècle trouvé près de Laure-Minervois. Collection Bonnafous à Laure.

Fig. 3, 4, 5 : Exemple de sceau matrice en bronze. Avers, dos et empreinte en cire d’un sceau ecclésiastique du XIVe ou XVe siècle trouvé près de Laure-Minervois. Collection Bonnafous à Laure.

Fig. 4

Fig. 4

Fig. 3.

Fig. 3.

     Au XIe siècle apparaît une nouvelle forme de sceau, dont la matrice est réalisée en métal, généralement du bronze, et l’empreinte est la plupart du temps réalisée en cire d’abeille (voir fig. 3, 4, 5). L’empreinte est souvent appendue à un parchemin par un lac de soie ou une languette du parchemin (fig. 6). L’empreinte possède parfois deux faces. Ce type de sceau se développe progressivement dans toutes les couches de la société au cours du XIIe siècle. Dans le Midi les grandes villes se dotent d’un consulat ou administration municipale et font toutes usage de sceaux, au plus tard au début du XIIIe siècle. Les bourgs et villages se dotent d’un consulat et de sceaux plus tardivement. À l’époque moderne le sceau est progressivement remplacé par le cachet, empreinte en cire de faible épaisseur apposée directement sur le papier ou le parchemin, puis le tampon, empreinte à l’encre apposée sur le papier.

     Le sceau sert à valider un acte, c’est-à-dire à prouver ou garantir l’authenticité de l’acte. Toutefois même au Moyen Age la majorité des actes ne sont pas scellés car il existe un autre signe de validation personnel beaucoup plus courant : le seing qui est une signature formée de lettres ou d’un dessin. Comme la majorité des acteurs d’un acte ne savent pas écrire, c’est généralement une autorité publique, le plus souvent un notaire, qui garantit l’acte en y apposant son seing. Le notariat étant très développé dans le Midi dès le XIIe siècle, l’usage du sceau y est donc confiné à des actes exceptionnels, souvent solennels. C’est pourquoi seule une minorité de personnes et de consulats possédaient un sceau. Malheureusement les aléas de la conservation des documents ne nous ont fait parvenir que très peu de sceaux méridionaux. De plus ces sceaux n’ont pas fait l’objet de recensements exhaustifs contrairement à ce qui a été fait pour la plupart des provinces du nord de la France et de l’Europe (1). Cela rend d’autant plus précieux les sceaux consulaires de Conques, Montolieu, Pennautier, Peyriac-Minervois, Saissac, Saint-Denis et Villemoustaussou, les seuls conservés pour le versant méridional de la Montagne Noire.

Fig. 6 : Exemple de sceaux de cire pendants : sceaux de la cité et du bourg de Narbonne appendus à un acte de 1243. (A. M. de Narbonne, GG 1499).

Fig. 6 : Exemple de sceaux de cire pendants : sceaux de la cité et du bourg
de Narbonne appendus à un acte de 1243. (A. M. de Narbonne, GG 1499).

     Les dix sceaux que nous allons étudier ont été réalisés dans des circonstances particulières qu’il convient de raconter. Nous sommes au début du XIVe siècle. Le roi de France Philippe-le-Bel est alors en conflit avec le pape Boniface VIII à propos de contributions financières imposées à l’Église de France. Deux visions du pouvoir s’affrontent. Celle du roi qui affirme l’indépendance de l’État dans le gouvernement de tous ses sujets et celle du Pape qui affirme la soumission de tous à l’autorité suprême de l’Église. Face aux interventions répétées du pape dans les affaires du royaume de France le roi réagit. Il convoque des assemblées générales des trois ordres de la société. Des représentants du clergé, de la noblesse et des villes se réunissent pour former les premiers états généraux du royaume.

Fig. 11 : sceau de la Pomarède, 1303 (D 5664).

Fig. 11 : sceau de la Pomarède, 1303
(D 5664).

     Sollicités par le roi, les représentants du Languedoc se réunissent à Montpellier le 25 juillet 1303. Les consuls de Conques, Montolieu, Pennautier, Peyriac-Minervois, la Pomarède, Rieux-Minervois, Saissac, Saint-Denis, Villemagne, et Villemoustaussou s’y trouvent aux côtés des représentants de grandes villes telles que Carcassonne et Narbonne. Cela prouve que ces villages possédaient une certaine importance car peu de villages étaient représentés.

     Les représentants des trois ordres approuvèrent l’appel à un concile général qui devait juger le Pape accusé d’hérésie et de crimes de toutes sortes. Et c’est à cette occasion que les consuls de ces communes firent apposer leur sceau à l’acte d’adhésion au procès (2). Sceau qu’ils avaient peut-être fait fabriquer pour cette occasion. Fort de l’appui des représentants de la population, le roi envoya son conseiller, Guillaume de Nogaret, procéder à l’arrestation du Pape. Arrêté à Agnani, puis libéré peu après par ses partisans, il mourut de ses épreuves à Rome, le 11 octobre 1303.

Fig. 9 : sceau de Pennautier, 1303 (D 5661)

Fig. 9 : sceau de Pennautier, 1303
(D 5661)

     Les dix sceaux étudiés ici présentent un certain nombre de caractéristiques communes. La taille des sceaux est proportionnelle à l’importance de ces villages. (Les grandes villes possèdent des sceaux beaucoup plus grands et généralement à deux faces). Leur légende est presque toujours en latin, exceptionnellement en occitan. Au centre, la figure représente presque toujours les armoiries du village ou, pour Villemagne (fig. 15) un cavalier armorié. Les armoiries sont soit des armes parlantes, c’est-à-dire qu’elles évoquent en une sorte de rébus le nom du village (fig. 7, 8, 9, 11 et 12), soit les armes du seigneur du village qui le plus souvent est le roi de France (fig. 1, 10), soit pour Conques (fig. 7) une combinaison des deux.

     À trois exceptions près les armoiries présentes sur ces sceaux n’ont pas été reprises dans les armoriaux modernes, celui de Charles d’Hozier (1696), et celui de Denis-François Gastelier de la Tour (1767). (3) Seuls les villages de Conques, Montolieu et Saissac ont repris partiellement leurs armoiries médiévales ou les ont recréés en utilisant le principe des armes parlantes. Cela indique que la majorité des villages ne devaient pas faire un usage courant de leurs armes, que ce soit sur des sceaux ou d’autres supports, et que le plus souvent ces armes ont été oubliées.

Description des sceaux :

Fig. 7 : sceau de Conques, 1303.  (D 5632)

Fig. 7 : sceau de Conques, 1303.
(D 5632)

Conques (fig 7)

     Petit sceau rond de 27 mm de diamètre. Il porte un blason représentant une bassine à trois pieds et à deux anses surmontée d’une fleur de lys. Ce sont des armes parlantes car Conca, nom occitan du village, peut se traduire par bassin, cuvette (4). La fleur de lys rappelle qu’à cette date Conques faisait partie du domaine royal. La légende en occitan est la suivante : + S(EEL) COSOLS DE CONCA, ce qui se traduit par « Sceau des consuls de Conques ».

Fig. 8 : sceau de Montolieu, 1303 (D 5647).

Fig. 8 : sceau de Montolieu, 1303
(D 5647).

Montolieu (fig 8)

      Sceau rond également, de 45 mm de diamètre représentant un mont planté d’un olivier. Ce sont encore des armes parlantes car Montolieu signifie en occitan le mont des oliviers (5). La légende en latin est la suivante : S(IGILLVM) CONSVLVM [M]ONTIS OLIV[ETI ce qui se traduit par « Sceau des consuls de Montolieu »

Pennautier (fig 9)

      Sceau ogival de 30 mm de haut représentant un mont planté d’un arbre stylisé à sept branches. Cet arbre stylisé est appelé créquier en langage héraldique. Il s’agit d’armes parlantes, Pennautier signifiant en occitan le mont d’Autier. La légende est illisible. Ces armes sont empruntées à celle de la famille seigneuriale du village qui en fait usage dès la première moitié du XIIIe siècle. Raimond Arnaud Del Pech (ou de Pennautier), châtelain de Carcassonne pour le vicomte Trencavel, scelle sa reddition au roi Louis VIII en 1226 d’un sceau équestre où ces armes figurent sur le bouclier (D 3332).

Fig 10 : sceau de Peyriac-Minervois, 1303 (D 5662)

Fig 10 : sceau de Peyriac-Minervois, 1303
(D 5662)

Peyriac-Minervois (fig. 10)

     Il est rond, 28 mm de diamètre et il représente une fleur de lys fleuronnée et épanouie, c’est-à-dire accompagnée de deux points, en pointe. La légende en latin est la suivante : + S(IGILLVM) CONSV(LVM) D(E) PETRA[…]C ce qui se traduit par « Sceau des consuls de Peyriac ».

La Pomarède (fig 11)

     C’est un petit sceau rond de 28 mm de diamètre représentant un écu chargé de trois pommes de Grenade. Il s’agit encore d’armes parlantes. La légende en latin est la suivante : SIGILLUM C]ONSVLVM D(E) POMAR[EDO ?] ce qui se traduit par « Sceau des consuls de la Pomarède.

Fig. 12 : sceau de Rieux-Min.  (D 5670)

Fig. 12 : sceau de Rieux-Min.
(D 5670)

Rieux-Minervois (fig 12)

     Petit et rond également, de 24 mm de diamètre représentant un écu fascé ondé. La légende en latin est la suivante : CONSVLV[M] DE RIV[O] ce qui se traduit par « Consuls de Rieux ». Les ondes qui évoquent les mouvements de l’eau sont sans doute des armes parlantes, Rieux signifiant en occitan rivières.

Fig. 13 : sceau de Saint-Denis, 1303 (D 5673)

Fig. 13 : sceau de Saint-Denis, 1303
(D 5673)

Saint-Denis (fig 13)

     Sceau rond de 45 mm de diamètre représentant un écu à une aigle sous un chef à trois fleurs de lys. La légende en latin est la suivante : + S(IGILLVM) CONSVLV[M SANCTI] DIONI[SII] ce qui se traduit par « Sceau des consuls de Saint-Denis ». Comme à Conques, Villemoustaussou et Peyriac, les fleurs de lys rappellent que le roi est seigneur du village.

Fig. 14 : sceau de Saissac, 1303. (D 5679)

Fig. 14 : sceau de Saissac, 1303.
(D 5679)

Saissac (fig 14)

     Sceau de forme discoïdale, de 54 mm de diamètre, représentant un château maçonné, ouvert, à trois tours crénelées percées de baies, sur des rochers (6). Il ne faut pas voir là une véritable représentation du château de Saissac mais une représentation symbolique, tous les châteaux étant représentés de cette façon sur les sceaux et armoiries.

     Cette figuration montre cependant l’importance que le château de Saissac avait dans l’imaginaire de ces habitants. La légende en latin est la suivante  S[IGILLVM CONS]VLVM DE SAISAC[O] ce qui se traduit par « Sceau des consuls de Saissac ».

Fig. 15 : sceau de Villemagne, 1303 (D 5689)

Fig. 15 : sceau de Villemagne, 1303
(D 5689)

Villemagne (fig 15)

     Sceau rond de 45 mm de diamètre représentant un cavalier armé de toutes pièces avec l’épée et la bannière, galopant à droite, son bouclier et la housse de son cheval aux armes (un fascé). Il s’agit d’une représentation du seigneur de Saissac, alors seigneur Villemagne. En effet le blason du cavalier peut être rapproché du blason figurant sur le sceau de Jourdain de Saissac daté de 1266 (7).

     Dans le champ du sceau figurent encore des arbustes. La légende en latin est la suivante : S(IGILLVM) VNIVER[SIT]AT[IS…] VILLE MAGNE ce qui se traduit par « Sceau de l’université de Villemagne ». Il faut comprendre université par son sens premier, c’est-à-dire l’ensemble des habitants, Villemagne ne possédant sans doute pas encore d’administration municipale ni de consuls.

Fig. 1 : sceau de Villemoustaussou, 1303 (Arch. nat. de France, D 5690).

Fig. 1 : sceau de Villemoustaussou, 1303
(Arch. nat. de France, D 5690).

Villemoustaussou (fig 1)

     Celui-ci porte un écu avec une fleur de lys, ce qui montre que la commune avait alors, comme beaucoup d’autres, choisi pour blason celui de son seigneur. Villemoustaussou faisant alors partie du domaine royal, le seigneur de Carcassonne est à cette date le roi de France Philippe-le-Bel.

     Description : C’est un sceau rond de 25 millimètres de diamètre. Le champ est décoré d’un écu à une fleur de lys, timbré et flanqué de rinceaux. La légende est incomplète, est en occitan : S.(EEL) COSOLS D.(E) VILAM[…] ce qui se traduit par « Sceau des consuls de Villemoustaussou ».

Pour en savoir plus :

     Cet article est la version en ligne d’un article publié dans le cahier 7 de l’Association Patrimoine vallée du Cabardès en 2012. On trouvera une présentation de ce cahier 7 ici et une version PDF de l’article en cliquant sur le lien ci-dessous :

Langlois (Gauthier). – « Sceaux consulaires médiévaux du versant méridional de la Montagne Noire », Patrimoines, vallées du Cabardès, cahier 7, 2012, p. 55-60. Lastours : Patrimoine, vallées du Cabardès, 2013.

NOTES

(1) Les sceaux des villes ont toutefois fait l’objet d’un recensement exhaustif dans l’ouvrage suivant : Bedos (Brigitte), Corpus des sceaux français du Moyen Age, Tome premier : les sceaux de villes, Paris : Archives Nationales, 1980.

(2) Archives Nationales, Paris, J 478, n° 3. Les moulages de ces sceaux peuvent être commandés aux Archives Nationales.

(3) Armorial général de France dressé par Ch. d’Hozier… 69 registres manuscrits conservés à la B.n.F. et consultables en ligne sur Gallica. Ce qui concerne l’Aude en a été publié par Sivade (Henri), Armorial des communes du département de l’Aude…, Carcassonne : Archives départementales de l’Aude, 1996. Gastelier de la Tour, Armorial des Etats de Languedoc…, Paris : impr. de Vincent, 1767, 248 p. En ligne sur Gallica.

(4) En 1696 le juge d’armes d’Hozier recréera pour Conques des armes parlantes sur le même principe, mais en jouant sur l’autre sens du mot conca en occitan : celui de coquillage : « de gueules à trois conques d’argent ».

(5) En 1767 Gastelier de la Tour donne pour Montolieu un blason reprenant le mont planté d’un olivier, mais encadré par des armes rappelant les deux seigneurs du lieu : le roi de France par des fleurs de lys et l’abbé de Montolieu par une crosse d’or : « Parti : au 1 de France (d’azur à trois fleurs de lys d’or) ; au 2 de gueules à la croix abbatiale d’or ; un arbre (olivier) d’argent, mouvant de la pointe de l’écu et brochant sur le tout ».

(6) En 1696 le juge d’armes d’Hozier enregistre le blason suivant pour Saissac : « d’azur à une tour d’argent, maçonné de sable. » Ce blason semble donc s’inspirer du sceau de 1303.

(7) Archives Nationales de France, service des sceaux, D 3564. Des armoriaux modernes donnent pour la famille de Saissac : « fascé (ou burelé) d’argent et de gueules », c’est-à-dire une alternance de bandes de couleur argent et rouge.

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