L’amour, la sexualité et l’Inquisition. Les expressions de l’amour dans les registres d’Inquisition (XIIIe-XIVe siècles)

 Compte rendu : Gwendoline Hancke, L’amour, la sexualité et l’Inquisition. Les expressions de l’amour dans les registres d’Inquisition (XIIIe-XIVe siècles). Cahors : La Louve édition, 2007, 188 p.

     Gwendoline Hancke, originaire de Tübingen en Allemagne, est docteur en histoire et vit actuellement en Ariège, au cœur de la région qu’elle étudie. Elle publie ici son troisième ouvrage.

Les registres d’inquisition, une source précieuse

Amour, sexualité et Inquisition, voilà un titre accrocheur qui peut susciter fantasme ou interrogation. Mais le sous titre est plus explicite : Les expressions de l’amour dans les registres d’Inquisition. « Parler du couple –et à plus forte raison de l’amour- à partir des registres d’Inquisition, peut, à première vue, paraître contradictoire » affirme l’auteur. Quoi de plus opposé que l’amour et la procédure inquisitoriale. Pourtant, les sources inquisitoriales (comme d’ailleurs plus généralement les sources judiciaires, la remarque est de moi) sont d’une richesse exceptionnelle sur la vie quotidienne. Richesse d’autant plus précieuse que les autres sources : littéraires, théoriques, ou normatives, « ne reflètent pas obligatoirement des comportements, des sentiments et des pratiques réelles ».


     Aux registres d’Inquisition, l’auteur a joint une autre source judiciaire : les enquêtes administratives menées à la demande de Louis IX au milieu du XIIIe siècle suite à la croisade albigeoise. La conservation de ces sources délimite le champ de recherche : essentiellement la Haute-Garonne, l’Ariège et l’Aude, zones où le catharisme a connu un développement important entre le XIIIe et le début du XIVe siècle. Ces sources ont déjà été mises à profit pour étudier la société méridionale par de nombreux chercheurs dans la lignée desquels G. Hancke se place, et notamment Jean Duvernoy, Emmanuel Leroy-Ladurie ou Anne Brenon. L’auteur y a puisé la matière principale de ses travaux et notamment de sa thèse, publiés dans la même maison d’édition :

Les belles hérétiques, être noble et cathare (2001) • Femmes en Languedoc, la vie quotidienne des femmes de la noblesse occitane au XIIIe siècle, entre catholicisme et catharisme (2006). • L’Hérésie en héritage, familles de la noblesse occitane dans l’Histoire, du XIIe au début du XIVe siècle : un destin commun (2006). Le présent livre est donc le développement d’un aspect de ses précédents travaux. Il est divisé en cinq chapitres.

Les cadres des relations amoureuses et sexuelles

     Dans les deux premiers chapitres l’auteure passe en revue les différents cadres des relations : mariage, adultère, séparation, polygamie, concubinage, amour partagé, homosexualité… Elle constate que le mariage religieux qui s’est imposé au XIIe siècle dans la société européenne, n’a pas encore éliminé d’autres formes de vie de couple (mariage devant notaire, union libre…). La limite entre mariage et union libre reste floue. Bien que l’Église catholique considère le mariage comme indissoluble et fondé sur le consentement des époux, l’analyse des sources montre que la très grande majorité des mariages sont arrangés, sur des critères politiques, lignagers ou économiques. A quoi s’ajoute, dans cette région, un critère religieux. Elle estime que dans les clans cathares, la recherche d’un époux de la même religion motive les trois-quarts des unions. L’indissolubilité du mariage n’est pas non plus toujours respectée. Parmi les nombreux exemples qu’elle en donne citons une particularité propre aux croyants cathares. L’entrée en religion de l’un des époux est considérée comme une rupture de mariage et permet au conjoint resté laïc de se remarier.

Les sentiments : passion, indifférence, violence

     Dans les chapitres trois et quatre l’auteure s’intéresse aux sentiments dans le mariage ou hors-mariage. La passion motive certaines unions ainsi qu’une partie des relations hors mariages. On se régale en particulier du récit des relations de Pèire Clergue, croyant cathare, curé de Montaillou et don Juan local avec la châtelaine Béatris de Planissoles. La vie amoureuse ou sexuelle de ces deux personnages hauts en couleur, rendus célèbres par le livre d’Emmanuel Leroy Ladurie Montaillou village occitan fournit à Gwendoline Hancke l’exemple d’autres sentiments : pressions exercées par Pèire Clergue sur les femmes pour parvenir à ses fins… On notera aussi, dans le cadre de relations à la limite de l’homosexualité et de la pédophilie, la violence exercée par un clerc hérétique de Pamiers sur des garçons, de jeunes étudiants adolescents.

La vie sexuelle, entre plaisir et rejet

     Le cinquième et dernier chapitre est consacré à la vie sexuelle. G. Hancke commence par rappeler les conceptions religieuses de la sexualité : « en bref les cathares tolèrent le plaisir mais rejettent la procréation, l’Église catholique encourage la procréation (des couples mariés), mais condamne le plaisir. » Elle met ensuite en relation ces conceptions avec la pratique. Le témoignage de Béatris de Planissoles est encore à mis contribution. La châtelaine de Montaillou prend manifestement beaucoup de plaisir dans sa relation avec le curé Pèire Clergue. Mais elle fait part à son amant de sa crainte de se retrouver enceinte et par là déshonorée. Ce dernier lui fournit un moyen de contraception sous la forme d’une herbe, placée sans doute dans le vagin. Un témoignage dont G. Hancke souligne le caractère exceptionnel. Les témoignages sur la vie sexuelle étant rares dans les sources inquisitoriale, l’auteur appuie également son discours sur d’autres sources : deux « enseignements » qui s’adressent aux femmes de la noblesse occitane et dispensent conseils d’hygiène et beauté, traité de médecine donnant des conseils pour donner du plaisir à la femme, deux chansons de trobairitz (femmes troubadours)…

Une société tolérante ?

     Tout au long de l’ouvrage et dans la conclusion l’auteur analyse avec beaucoup de finesse l’écart entre les pratiques amoureuses ou sexuelles d’une part, le droit canon catholique et la morale cathare d’autre part pour conclure que les prescriptions des religieux ne sont pas toujours connues et guères respectées. Il se dégage de cette étude une grande diversité de relations amoureuses ou sexuelles et une certaine tolérance qui rapprochent sur ce plan la société occitane médiévale de la nôtre. Mais G. Hancke ne tombe pas dans les pièges d’idéaliser cette société médiévale ou de reporter sa conception de notre société sur la société médiévale. Elle montre en particulier les limites de cette tolérance et la place de la femme, souvent soumise à l’homme.

Un ouvrage passionnant

     Au total l’Amour, la sexualité et l’Inquisition est un ouvrage riche, rigoureux et bien écrit. G. Hancke exerce sur chaque témoignage son esprit critique, ne perdant pas de vue que certains témoins évitent de parler de ce qui peut nuire à eux ou leurs proches et que d’autres rapportent de simples rumeurs. On notera aussi son souci de restituer l’orthographe occitane des prénoms. Les critiques négatives sont donc limitées. Certaines citations auraient méritées à être transposée en style direct pour plus de lisibilité et rendre plus vivant les témoignages. Les conclusions de son étude auraient pu être confrontées à d’autres sources que normatives ou théoriques. Je développe ce dernier point :

     G. Hancke n’utilise qu’à deux reprises, et sur le seul thème du plaisir sexuel une œuvre de troubadour. Des rapprochements entre la pratique et l’idéal des troubadours auraient pu être faits sur d’autres thèmes notamment celui de l’adultère féminin. Adultère qui est justifié quand le mari est jaloux, dans plusieurs nouvelles occitanes telles que Flamenca ou la Nouvelle du Perroquet. (Voir à ce sujet D. LUDE-DUDEMAINE, Flamenca et les « novas » à triangle amoureux : contestation et renouveau de la « fin’amor », Montpellier : Presses universitaires de la Méditerranée, 2007, 170 p.). Des rapprochements auraient pu être faits avec des sources catalanes qui concernent aussi le Languedoc.

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Un mariage civil au XIIe siècle
Le vicomte de Béziers et Carcassonne, Bernat Aton et son épouse Cécile marient leur fille Ermengarde à Gaufred, fils du comte de Roussillon en 1110. Miniature de la fin du XIIe siècle, Liber feudorum major, Archives de la Couronne d’Aragon, Barcelone.

     Je pense en particulier à cette miniature de la fin du XIIe siècle qui représente le mariage de la fille du vicomte de Carcassonne et le fils du comte de Roussillon. On y voit le vicomte de Carcassonne joindre les mains des mariés. Preuve que dans l’esprit du miniaturiste catalan le mariage est encore perçu comme un acte civil, arrangé par les parents. Je pense aussi au récit autobiographique du roi Jaume Ier d’Aragon (dont une excellente traduction vient d’être publiée par A. et R. Vinas) qui nous livre anecdotes et sentiments sur la vie de couple de ses parents à Montpellier, et sur sa propre vie amoureuse et sexuelle. Qui plus est, Jaume Ier nous a laissé un fort intéressant « contrat de concubinage ». Ces quelques remarques n’enlèvent rien à la qualité de l’ouvrage mais sont là pour montrer que les conclusions de G. Hancke peuvent être validées par d’autres sources.

Pour en savoir plus :

     La première version de ce compte-rendu a été publiée en 2008 sur la Cliothèque.

Pour citer cet article :

Langlois (Gauthier). – « Compte rendu : Gwendoline Hancke, L’amour, la sexualité et l’Inquisition. Les expressions de l’amour dans les registres d’Inquisition (XIIIe-XIVe siècles) », La Cliothèque, mis en ligne le 2 mars 2008 : http://www.clio-cr.clionautes.org/spip.php?article1811 et Paratge, mis en ligne le 14 mars 2015 : https://paratge.wordpress.com/2015/03/13/amour/

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Autour de la BD Notre Mère la Guerre

Une remarquable exposition sur 14-18 qui ravira tous les amateurs de BD ou d’Histoire

      Dans le cadre des commémorations du centenaire de la Première Guerre Mondiale, les Archives départementales de l’Aude ont réalisé, avec la collaboration de l’Association On a marché sur la bulle, une exposition autour de l’œuvre de Kris et Maël, Notre mère la guerre.

     Le 24 février, après avoir exposé leur travail à 130 collégiens du département (voir la Dépêche du Midi du 26 février 2015 et photos d’Emanuela Bura), le dessinateur Maël et le scénariste Kris ont animé une conférence dans laquelle ils ont présenté leurs sources historiques et leur méthode de travail.

Maël et Kris dans l'exposition.  (Photo : Anne-Claude Breleau - Archives départementales de l'Aude).

Maël et Kris au milieu de l’exposition.
(Photo : Anne-Claude Breleau – Archives départementales de l’Aude).

Un travail rigoureux

Couv_211457     Notre Mère la Guerre est une bande dessinée publiée en quatre tomes entre 2009 et 2012. Elle mêle histoire de guerre et intrigue policière autour de la découverte de l’assassinat de plusieurs femmes sur le front.

     C’est le souvenir d’une visite à Verdun lorsqu’il était adolescent et la lecture des carnets du tonnelier audois Louis Barthas qui ont donné à Kris l’envie de traiter en BD la Première Guerre Mondiale. Ces carnets, édités par l’historien audois  Rémy Cazals, est l’une des nombreuses sources d’inspiration des auteurs. C’est autour d’une anecdote rapportée par le tonnelier, la présence d’une section de jeunes délinquants sur le front, qu’ils ont tissé une partie de leur histoire. Le nom d’un des héros, Peyrac, est également un hommage à Louis Barthas qui était originaire de Peyriac-Minervois. Lors de la conférence Kris et Maël ont présenté un petit aperçu de leurs sources d’inspirations abondantes et diversifiées. Grâce  à cette documentation parfaitement assimilée, les auteurs ont réalisé une histoire qui fait preuve d’une grande rigueur historique et d’une grande sensibilité. La directrice des Archives de l’Aude, Sylvie Caucanas, et l’historien Alexandre Lafon, ont souligné la richesse et le caractère remarquable de cette œuvre.

     Au total, cette bande dessinée dresse un tableau très juste et très complet de la façon dont des hommes et des femmes ont vécu cette guerre. L’intrigue passionnante est de plus servie par un dessin à l’aquarelle de toute beauté.

     A noter qu’une adaptation de la série, réalisée par Olivier Marchal, est en court de tournage.

ChroniquesUn prolongement : les Chroniques de Notre Mère la Guerre

     Le succès remporté par cette série, désormais disponible en intégrale, auprès des bédéphiles comme des historiens, est à l’origine d’un prolongement intitulé les Chroniques de Notre Mère la Guerre. Dans ce volume les auteurs présent la genèse de la série, leurs sources d’inspirations et rendent hommage, à travers à plusieurs nouvelles en BD, à cinq acteurs  de cette guerre dont Charles Péguy, Louis Barthas et l’Anglaise Vera Brittain. On trouvera sur le site de la Mission du centenaire de la guerre de 14-18 plusieurs extraits de ce volume, dont les esquisses et les sept planches de l’hommage au tonnelier audois Louis Barthas, dessiné par Hardoc.

Un extrait de l'hommage en BD à Louis Barthas dessiné par Hadoc sur un scénario de Kriss.

Un extrait de l’hommage en BD à Louis Barthas dessiné par Hardoc sur un scénario de Kriss.

L’exposition aux Archives départementales de l’Aude

L'exposition.  (Photo : Anne-Claude Breleau - Archives départementales de l'Aude).

L’exposition.
(Photo : Anne-Claude Breleau – Archives départementales de l’Aude).

     L’exposition et le catalogue qui l’accompagne présentent les auteurs, la genèse de la série et la façon dont les auteurs se sont appropriés la documentation pour reconstituer la vie au front, pour restituer la violence, la camaraderie et la place des femmes. Les panneaux d’expositions sont accompagnés de nombreux dessins originaux de Maël et de nombreux objets et documents originaux tels que les fameux carnets de Louis Barthas. L’exposition permet donc une véritable confrontation entre la BD et ses sources, et de voir toutes les étapes et techniques de la réalisation de cette BD.

Dedicace

Dédicace de Maël et Kris sur le catalogue de l’exposition

     L’exposition est visible aux Archives départementales de l’Aude à Carcassonne du 24 février au 3 avril 2015 du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h 30 et le vendredi de 8 h 30 à 16 h 30. Le Catalogue de l’exposition (dont la couverture est ci-dessous) est en vente sur place ou par correspondance auprès des Archives départementales.

NotreMereLaGuerreCouv Pour en savoir plus :

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Sceaux consulaires médiévaux du versant méridional de la Montagne Noire

Fig. 2 : Sceau matrice d’Ermessinde de Carcassonne, comtesse de Barcelone et Gérone (975-1058) conservé au Trésor de la cathédrale de Gérone. C’est une intaille gravée en latin et en arabe du nom de la comtesse.

Fig. 2 : Sceau matrice d’Ermessinde de Carcassonne, comtesse de Barcelone et Gérone (975-1058) conservé au Trésor de la cathédrale de Gérone. C’est une intaille gravée en latin et en arabe du nom de la comtesse.

     Les démêlés du roi Philippe-le-Bel avec le pape Boniface VIII au début du XIVe siècle ont permis indirectement la conservation de dix sceaux de villages du Nord de l’Aude. Grâce à eux nous pouvons connaître l’image que ces villages voulaient donner d’eux-mêmes.

     Le sceau est un signe personnel d’authentification des actes. Le même mot désigne à la fois la matrice gravée dans une matière dure et l’empreinte réalisée avec la matrice dans une matière molle. Le sceau apparaît au Moyen Orient au IVe millénaire, en même temps que l’écriture puis se généralise à la plupart des civilisations utilisant l’écriture. Dans l’Antiquité les Grecs et les Romains font usage d’un sceau en intaille, c’est-à-dire d’une petite pierre de forme ovale gravée en creux et généralement montée en bague. Au Haut Moyen Age l’usage du sceau se restreint à la haute aristocratie. Le sceau de la comtesse Ermessinde de Carcassonne (fig. 2) en est un témoignage très rare.

Fig. 3, 4, 5 : Exemple de sceau matrice en bronze. Avers, dos et empreinte en cire d’un sceau ecclésiastique du XIVe ou XVe siècle trouvé près de Laure-Minervois. Collection Bonnafous à Laure.

Fig. 3, 4, 5 : Exemple de sceau matrice en bronze. Avers, dos et empreinte en cire d’un sceau ecclésiastique du XIVe ou XVe siècle trouvé près de Laure-Minervois. Collection Bonnafous à Laure.

Fig. 4

Fig. 4

Fig. 3.

Fig. 3.

     Au XIe siècle apparaît une nouvelle forme de sceau, dont la matrice est réalisée en métal, généralement du bronze, et l’empreinte est la plupart du temps réalisée en cire d’abeille (voir fig. 3, 4, 5). L’empreinte est souvent appendue à un parchemin par un lac de soie ou une languette du parchemin (fig. 6). L’empreinte possède parfois deux faces. Ce type de sceau se développe progressivement dans toutes les couches de la société au cours du XIIe siècle. Dans le Midi les grandes villes se dotent d’un consulat ou administration municipale et font toutes usage de sceaux, au plus tard au début du XIIIe siècle. Les bourgs et villages se dotent d’un consulat et de sceaux plus tardivement. À l’époque moderne le sceau est progressivement remplacé par le cachet, empreinte en cire de faible épaisseur apposée directement sur le papier ou le parchemin, puis le tampon, empreinte à l’encre apposée sur le papier.

     Le sceau sert à valider un acte, c’est-à-dire à prouver ou garantir l’authenticité de l’acte. Toutefois même au Moyen Age la majorité des actes ne sont pas scellés car il existe un autre signe de validation personnel beaucoup plus courant : le seing qui est une signature formée de lettres ou d’un dessin. Comme la majorité des acteurs d’un acte ne savent pas écrire, c’est généralement une autorité publique, le plus souvent un notaire, qui garantit l’acte en y apposant son seing. Le notariat étant très développé dans le Midi dès le XIIe siècle, l’usage du sceau y est donc confiné à des actes exceptionnels, souvent solennels. C’est pourquoi seule une minorité de personnes et de consulats possédaient un sceau. Malheureusement les aléas de la conservation des documents ne nous ont fait parvenir que très peu de sceaux méridionaux. De plus ces sceaux n’ont pas fait l’objet de recensements exhaustifs contrairement à ce qui a été fait pour la plupart des provinces du nord de la France et de l’Europe (1). Cela rend d’autant plus précieux les sceaux consulaires de Conques, Montolieu, Pennautier, Peyriac-Minervois, Saissac, Saint-Denis et Villemoustaussou, les seuls conservés pour le versant méridional de la Montagne Noire.

Fig. 6 : Exemple de sceaux de cire pendants : sceaux de la cité et du bourg de Narbonne appendus à un acte de 1243. (A. M. de Narbonne, GG 1499).

Fig. 6 : Exemple de sceaux de cire pendants : sceaux de la cité et du bourg
de Narbonne appendus à un acte de 1243. (A. M. de Narbonne, GG 1499).

     Les dix sceaux que nous allons étudier ont été réalisés dans des circonstances particulières qu’il convient de raconter. Nous sommes au début du XIVe siècle. Le roi de France Philippe-le-Bel est alors en conflit avec le pape Boniface VIII à propos de contributions financières imposées à l’Église de France. Deux visions du pouvoir s’affrontent. Celle du roi qui affirme l’indépendance de l’État dans le gouvernement de tous ses sujets et celle du Pape qui affirme la soumission de tous à l’autorité suprême de l’Église. Face aux interventions répétées du pape dans les affaires du royaume de France le roi réagit. Il convoque des assemblées générales des trois ordres de la société. Des représentants du clergé, de la noblesse et des villes se réunissent pour former les premiers états généraux du royaume.

Fig. 11 : sceau de la Pomarède, 1303 (D 5664).

Fig. 11 : sceau de la Pomarède, 1303
(D 5664).

     Sollicités par le roi, les représentants du Languedoc se réunissent à Montpellier le 25 juillet 1303. Les consuls de Conques, Montolieu, Pennautier, Peyriac-Minervois, la Pomarède, Rieux-Minervois, Saissac, Saint-Denis, Villemagne, et Villemoustaussou s’y trouvent aux côtés des représentants de grandes villes telles que Carcassonne et Narbonne. Cela prouve que ces villages possédaient une certaine importance car peu de villages étaient représentés.

     Les représentants des trois ordres approuvèrent l’appel à un concile général qui devait juger le Pape accusé d’hérésie et de crimes de toutes sortes. Et c’est à cette occasion que les consuls de ces communes firent apposer leur sceau à l’acte d’adhésion au procès (2). Sceau qu’ils avaient peut-être fait fabriquer pour cette occasion. Fort de l’appui des représentants de la population, le roi envoya son conseiller, Guillaume de Nogaret, procéder à l’arrestation du Pape. Arrêté à Agnani, puis libéré peu après par ses partisans, il mourut de ses épreuves à Rome, le 11 octobre 1303.

Fig. 9 : sceau de Pennautier, 1303 (D 5661)

Fig. 9 : sceau de Pennautier, 1303
(D 5661)

     Les dix sceaux étudiés ici présentent un certain nombre de caractéristiques communes. La taille des sceaux est proportionnelle à l’importance de ces villages. (Les grandes villes possèdent des sceaux beaucoup plus grands et généralement à deux faces). Leur légende est presque toujours en latin, exceptionnellement en occitan. Au centre, la figure représente presque toujours les armoiries du village ou, pour Villemagne (fig. 15) un cavalier armorié. Les armoiries sont soit des armes parlantes, c’est-à-dire qu’elles évoquent en une sorte de rébus le nom du village (fig. 7, 8, 9, 11 et 12), soit les armes du seigneur du village qui le plus souvent est le roi de France (fig. 1, 10), soit pour Conques (fig. 7) une combinaison des deux.

     À trois exceptions près les armoiries présentes sur ces sceaux n’ont pas été reprises dans les armoriaux modernes, celui de Charles d’Hozier (1696), et celui de Denis-François Gastelier de la Tour (1767). (3) Seuls les villages de Conques, Montolieu et Saissac ont repris partiellement leurs armoiries médiévales ou les ont recréés en utilisant le principe des armes parlantes. Cela indique que la majorité des villages ne devaient pas faire un usage courant de leurs armes, que ce soit sur des sceaux ou d’autres supports, et que le plus souvent ces armes ont été oubliées.

Description des sceaux :

Fig. 7 : sceau de Conques, 1303.  (D 5632)

Fig. 7 : sceau de Conques, 1303.
(D 5632)

Conques (fig 7)

     Petit sceau rond de 27 mm de diamètre. Il porte un blason représentant une bassine à trois pieds et à deux anses surmontée d’une fleur de lys. Ce sont des armes parlantes car Conca, nom occitan du village, peut se traduire par bassin, cuvette (4). La fleur de lys rappelle qu’à cette date Conques faisait partie du domaine royal. La légende en occitan est la suivante : + S(EEL) COSOLS DE CONCA, ce qui se traduit par « Sceau des consuls de Conques ».

Fig. 8 : sceau de Montolieu, 1303 (D 5647).

Fig. 8 : sceau de Montolieu, 1303
(D 5647).

Montolieu (fig 8)

      Sceau rond également, de 45 mm de diamètre représentant un mont planté d’un olivier. Ce sont encore des armes parlantes car Montolieu signifie en occitan le mont des oliviers (5). La légende en latin est la suivante : S(IGILLVM) CONSVLVM [M]ONTIS OLIV[ETI ce qui se traduit par « Sceau des consuls de Montolieu »

Pennautier (fig 9)

      Sceau ogival de 30 mm de haut représentant un mont planté d’un arbre stylisé à sept branches. Cet arbre stylisé est appelé créquier en langage héraldique. Il s’agit d’armes parlantes, Pennautier signifiant en occitan le mont d’Autier. La légende est illisible. Ces armes sont empruntées à celle de la famille seigneuriale du village qui en fait usage dès la première moitié du XIIIe siècle. Raimond Arnaud Del Pech (ou de Pennautier), châtelain de Carcassonne pour le vicomte Trencavel, scelle sa reddition au roi Louis VIII en 1226 d’un sceau équestre où ces armes figurent sur le bouclier (D 3332).

Fig 10 : sceau de Peyriac-Minervois, 1303 (D 5662)

Fig 10 : sceau de Peyriac-Minervois, 1303
(D 5662)

Peyriac-Minervois (fig. 10)

     Il est rond, 28 mm de diamètre et il représente une fleur de lys fleuronnée et épanouie, c’est-à-dire accompagnée de deux points, en pointe. La légende en latin est la suivante : + S(IGILLVM) CONSV(LVM) D(E) PETRA[…]C ce qui se traduit par « Sceau des consuls de Peyriac ».

La Pomarède (fig 11)

     C’est un petit sceau rond de 28 mm de diamètre représentant un écu chargé de trois pommes de Grenade. Il s’agit encore d’armes parlantes. La légende en latin est la suivante : SIGILLUM C]ONSVLVM D(E) POMAR[EDO ?] ce qui se traduit par « Sceau des consuls de la Pomarède.

Fig. 12 : sceau de Rieux-Min.  (D 5670)

Fig. 12 : sceau de Rieux-Min.
(D 5670)

Rieux-Minervois (fig 12)

     Petit et rond également, de 24 mm de diamètre représentant un écu fascé ondé. La légende en latin est la suivante : CONSVLV[M] DE RIV[O] ce qui se traduit par « Consuls de Rieux ». Les ondes qui évoquent les mouvements de l’eau sont sans doute des armes parlantes, Rieux signifiant en occitan rivières.

Fig. 13 : sceau de Saint-Denis, 1303 (D 5673)

Fig. 13 : sceau de Saint-Denis, 1303
(D 5673)

Saint-Denis (fig 13)

     Sceau rond de 45 mm de diamètre représentant un écu à une aigle sous un chef à trois fleurs de lys. La légende en latin est la suivante : + S(IGILLVM) CONSVLV[M SANCTI] DIONI[SII] ce qui se traduit par « Sceau des consuls de Saint-Denis ». Comme à Conques, Villemoustaussou et Peyriac, les fleurs de lys rappellent que le roi est seigneur du village.

Fig. 14 : sceau de Saissac, 1303. (D 5679)

Fig. 14 : sceau de Saissac, 1303.
(D 5679)

Saissac (fig 14)

     Sceau de forme discoïdale, de 54 mm de diamètre, représentant un château maçonné, ouvert, à trois tours crénelées percées de baies, sur des rochers (6). Il ne faut pas voir là une véritable représentation du château de Saissac mais une représentation symbolique, tous les châteaux étant représentés de cette façon sur les sceaux et armoiries.

     Cette figuration montre cependant l’importance que le château de Saissac avait dans l’imaginaire de ces habitants. La légende en latin est la suivante  S[IGILLVM CONS]VLVM DE SAISAC[O] ce qui se traduit par « Sceau des consuls de Saissac ».

Fig. 15 : sceau de Villemagne, 1303 (D 5689)

Fig. 15 : sceau de Villemagne, 1303
(D 5689)

Villemagne (fig 15)

     Sceau rond de 45 mm de diamètre représentant un cavalier armé de toutes pièces avec l’épée et la bannière, galopant à droite, son bouclier et la housse de son cheval aux armes (un fascé). Il s’agit d’une représentation du seigneur de Saissac, alors seigneur Villemagne. En effet le blason du cavalier peut être rapproché du blason figurant sur le sceau de Jourdain de Saissac daté de 1266 (7).

     Dans le champ du sceau figurent encore des arbustes. La légende en latin est la suivante : S(IGILLVM) VNIVER[SIT]AT[IS…] VILLE MAGNE ce qui se traduit par « Sceau de l’université de Villemagne ». Il faut comprendre université par son sens premier, c’est-à-dire l’ensemble des habitants, Villemagne ne possédant sans doute pas encore d’administration municipale ni de consuls.

Fig. 1 : sceau de Villemoustaussou, 1303 (Arch. nat. de France, D 5690).

Fig. 1 : sceau de Villemoustaussou, 1303
(Arch. nat. de France, D 5690).

Villemoustaussou (fig 1)

     Celui-ci porte un écu avec une fleur de lys, ce qui montre que la commune avait alors, comme beaucoup d’autres, choisi pour blason celui de son seigneur. Villemoustaussou faisant alors partie du domaine royal, le seigneur de Carcassonne est à cette date le roi de France Philippe-le-Bel.

     Description : C’est un sceau rond de 25 millimètres de diamètre. Le champ est décoré d’un écu à une fleur de lys, timbré et flanqué de rinceaux. La légende est incomplète, est en occitan : S.(EEL) COSOLS D.(E) VILAM[…] ce qui se traduit par « Sceau des consuls de Villemoustaussou ».

Pour en savoir plus :

     Cet article est la version en ligne d’un article publié dans le cahier 7 de l’Association Patrimoine vallée du Cabardès en 2012. On trouvera une présentation de ce cahier 7 ici et une version PDF de l’article en cliquant sur le lien ci-dessous :

Langlois (Gauthier). – « Sceaux consulaires médiévaux du versant méridional de la Montagne Noire », Patrimoines, vallées du Cabardès, cahier 7, 2012, p. 55-60. Lastours : Patrimoine, vallées du Cabardès, 2013.

NOTES

(1) Les sceaux des villes ont toutefois fait l’objet d’un recensement exhaustif dans l’ouvrage suivant : Bedos (Brigitte), Corpus des sceaux français du Moyen Age, Tome premier : les sceaux de villes, Paris : Archives Nationales, 1980.

(2) Archives Nationales, Paris, J 478, n° 3. Les moulages de ces sceaux peuvent être commandés aux Archives Nationales.

(3) Armorial général de France dressé par Ch. d’Hozier… 69 registres manuscrits conservés à la B.n.F. et consultables en ligne sur Gallica. Ce qui concerne l’Aude en a été publié par Sivade (Henri), Armorial des communes du département de l’Aude…, Carcassonne : Archives départementales de l’Aude, 1996. Gastelier de la Tour, Armorial des Etats de Languedoc…, Paris : impr. de Vincent, 1767, 248 p. En ligne sur Gallica.

(4) En 1696 le juge d’armes d’Hozier recréera pour Conques des armes parlantes sur le même principe, mais en jouant sur l’autre sens du mot conca en occitan : celui de coquillage : « de gueules à trois conques d’argent ».

(5) En 1767 Gastelier de la Tour donne pour Montolieu un blason reprenant le mont planté d’un olivier, mais encadré par des armes rappelant les deux seigneurs du lieu : le roi de France par des fleurs de lys et l’abbé de Montolieu par une crosse d’or : « Parti : au 1 de France (d’azur à trois fleurs de lys d’or) ; au 2 de gueules à la croix abbatiale d’or ; un arbre (olivier) d’argent, mouvant de la pointe de l’écu et brochant sur le tout ».

(6) En 1696 le juge d’armes d’Hozier enregistre le blason suivant pour Saissac : « d’azur à une tour d’argent, maçonné de sable. » Ce blason semble donc s’inspirer du sceau de 1303.

(7) Archives Nationales de France, service des sceaux, D 3564. Des armoriaux modernes donnent pour la famille de Saissac : « fascé (ou burelé) d’argent et de gueules », c’est-à-dire une alternance de bandes de couleur argent et rouge.

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Les sceaux de Simon de Montfort : un itinéraire politique

 

 

Simon de Montfort,  en majesté

Simon de Montfort, duc de Narbonne, comte de Toulouse et de Leicester, vicomte de Béziers et de Carcassonne, représenté en majesté. Reconstitution partielle d’un sceau daté d’après 1215 (voir plus bas)

Les sceaux de Simon de Montfort : un itinéraire politique[1]

     Aventurier fanatique pour les uns, champion de l’Église catholique pour les autres, peu d’hommes ont suscité autant de réactions passionnées en son temps et parfois jusqu’à nos jours. Retour sur l’itinéraire politique du chef de la croisade albigeoise et l’image qu’il donnait de lui à travers ses sceaux.

Un grand baron d’Île de France

Généalogie simplifiée des Montfort (Tous les collatéraux ne sont pas portés)

Généalogie simplifiée des Montfort
(Tous les collatéraux ne sont pas portés)

     Simon V de Montfort naît vers 1175 dans un lignage appartenant à la haute aristocratie[2]. Il est apparenté de manière éloignée aux rois de France et d’Angleterre et même au comte de Toulouse. Cependant il n’est pas le mieux loti de sa famille. C’est son oncle Amaury qui a hérité du comté d’Évreux. Simon doit se contenter de la seigneurie familiale de Montfort-l’Amaury dont il a hérité de son père avant 1195. Ce qui en fait tout de même un puissant baron d’Île de France. De son père il a hérité aussi d’une charge d’officier royal, celle de gruyer de la forêt d’Yveline.[3] À ce titre il surveille l’exploitation du massif qui alimente les chantiers des cathédrales des environs et participe avec la cour aux chasses menées par le roi. C’est pourquoi il se fait représenter dans cette fonction sur ses deux premiers sceaux. Cette représentation, il semble en avoir hérité en même temps que de la charge correspondante. Son grand-père Simon III s’était fait représenter en cavalier à la chasse.[4] On ne connait pas le sceau de son père mais sa mère Amicie de Leceister en avait repris certains éléments. Le premier sceau d’Amicie connu par une empreinte de 1195 porte un rameau, le second sceau, connu par une empreinte de 1216 porte un arbre.[5] Ces arbres évoquent la forêt d’Yveline qui figurait certainement sur le sceau de Simon IV.

Officier royal et chasseur

Premier sceau de Simon V, 1195.  60 mm. (Moulage : D 707.)

Premier sceau de Simon V, 1195.
60 mm. (Moulage : D 707.)

     Sur son sceau de 1195 Simon V est figuré à cheval, sonnant de la trompe et portant l’écu.[6] Sa tête est revêtue de mailles et coiffée d’une cervelière, c’est à dire d’un casque cylindrique avec une protection nasale. Son bouclier, conformément à l’époque est très grand et le couvre presque entièrement. On y reconnaît le lion, emblème de la famille de Montfort. Trois arbres et deux chiens remplissant les interstices du champ plantent le décor : celui d’une chasse à cour dans la forêt. La chasse est en effet l’une des distractions favorites de l’aristocratie. Le plus souvent les nobles se réservent l’usage de la chasse au gros gibier et la chasse à l’oiseau de proie, laissant le petit gibier aux paysans. La chasse est aussi une riche source de nourriture qui alimente les banquets donnés lors des fêtes. C’est enfin un entraînement à la guerre. Il ne faut donc pas s’étonner de voir Simon en armes.

 

Second sceau de Simon, 1211. 75 mm. Moulage : D 708.

Second sceau de Simon, 1211. 75 mm.
Moulage : D 708.

Le lion de la croisade

Contre sceau de Simon, 1211. 75 mm. L’écu au lion est encadré par deux intailles antiques, l'une figurant un lion, l'autre une lionne  (Moulage : D 708 bis et ter)

Contre sceau de Simon, 1211. 75 mm.
L’écu au lion est encadré par deux intailles antiques, l’une figurant un lion, l’autre une lionne
(Moulage : D 708 bis et ter)

      Le second sceau de Simon est connu par des empreintes datées de 1211 à 1215 mais il est sans doute antérieur à la croisade des Albigeois qui débute en 1209. Le thème et la légende sont identiques à ceux du premier sceau mais la facture en est beaucoup plus soignée, la taille plus grande. C’est que depuis 1204 Simon, s’il n’a pas gagné en fortune, a gagné en prestige. De sa mère il a hérité du comté de Leicester en Angleterre. S’il ne jouit pas du comté, confisqué par le roi Jean sans Terre, il use au moins du titre de comte. Il s’est de plus illustré pendant la IVe croisade par sa piété, son courage et sa probité : il n’a pas participé au pillage de Constantinople mais a ramené un morceau de la vraie croix qu’il a offert au monastère familial des Hautes Bruyères.

 

Autre contre sceau de Simon. (Moulage : D 708 bis)

Autre contre sceau de Simon. (Moulage : D 708 bis)

Autre contre sceau de Simon. (Moulage : D 747)

Autre contre sceau de Simon. (Moulage : D 747)

   Au dos de ce sceau on retrouve encore une fois le lion qui constitue l’emblème des Montfort au moins depuis la génération précédente. En effet Amicie de Leceister portait sur son second sceau un écu chargé d’un lion à la queue fourchée, pendu à un arbre.[7] On suppose qu’Amicie avait repris les armoiries de son mari, dont on ne connait pas le sceau.[8] À la génération suivante le fils ainé, Simon V, reprit les armes du père tandis que le fils cadet, Guy, les brisa d’un lambel.[9] Le lambel est un motif, ou meuble comme l’on dit dans le langage héraldique, en forme de herse. C’était un motif couramment utilisé en brisure, c’est-à-dire rajouté par le fils ou le cadet aux armoiries familiales pour les distinguer de celle du père ou de l’ainé.

     On connaît les couleurs des armoiries des Montfort par plusieurs représentations et armoriaux. La plus ancienne de ces représentations est un vitrail du XIIIe siècle situé dans la cathédrale de Chartres.[10] On y voit le fils ainé de Simon, Amaury, à cheval, casqué, tenant de la main droite une lance pourvue d’une bannière, et de la main gauche un écu armorié. Cette bannière se décrit ainsi en langage héraldique : « émanché en pal de gueule et d’argent ». C’est-à-dire partagée en deux par une ligne verticale en zigzag, un coté étant rouge, l’autre étant argenté. Il s’agit de la bannière du fief de Montfort, probablement antérieure aux armoiries qui en ont repris les couleurs. Le fait qu’Amaury, comte d’Evreux et de Gloucester et cousin de Simon V, ait fait de cette bannière ses armoiries, en fait remonter l’usage au temps de leur ancêtre commun, Simon III comte d’Evreux.[11] Cette bannière donnera également naissance aux armoiries de la ville de Castres, seigneurie attribuée en 1211 à Guy de Montfort, frère de Simon V. Il est donc probable que Simon V faisait également usage de cette bannière. Mais contrairement à son fils Amaury, il ne l’a pas faite représenter sur son sceau.

Vitrail de la cathédrale de Chartres représentant Amaury de Montfort, vers 1220. Photo d’après F. de Lannoy, J. Labrot « La croisade albigeoise », Moyen Âge, n° 30, septembre-octobre 2002.

Vitrail de la cathédrale de Chartres représentant Amaury de Montfort, vers 1220. Photo d’après F. de Lannoy, J. Labrot « La croisade albigeoise », Moyen Âge, n° 30, septembre-octobre 2002.

     Quant à l’écu aux armes des Montfort, il se décrit ainsi : « de gueules au lion d’argent à la queue fourchée ». Soit un écu rouge chargé d’un lion de couleur argentée avec la queue fourchue.[12] Le choix du lion comme figure héraldique est fort commun. À l’époque de Simon, c’est l’animal de prédilection des armoiries, il figure sur environ 15 % des blasons. Les couleurs choisies par les Montfort sont toutes aussi communes. Seule la queue fourchue constitue une originalité relative. Quelle signification symbolique possédait le lion ? Pour Michel Pastoureau « Dans les bestiaires médiévaux, il évoque, d’une manière assez banale, la force, le courage, la générosité, vertus auxquelles s’ajoutent une signification religieuse (Dieu le père) ou plus spécialement christologique, due à ce qu’il a le pouvoir prétendu de ressusciter de son souffle ses petits morts-nés ».[13] On peut y ajouter la royauté, car le lion est considéré depuis le XIIe siècle comme le roi des animaux. Mais pour la famille de Montfort, le lion est surtout associé à la force car il rappelle par cette qualité le nom de la famille (mon fort). Dans les chroniques Simon est ainsi parfois appelé le « comte Fort », ou le « lion de la croisade » car il incarne presque toutes les qualités qu’on prête au lion. Dans la Chanson de la croisade par exemple, le lion (Montfort) est opposé plusieurs fois à la croix (le comte de Toulouse). Tout comme son contemporain Richard « Cœur de lion » dont le blason est un léopard, variante héraldique du lion, Simon de Montfort a su donner à un blason fort banal un grand prestige.

     Les emblèmes du lignage : la bannière, les armoiries, l’évocation de la charge de gruyer d’Yveline ont acquis un prestige tel que plusieurs épouses de la famille font figurer sur leur sceau les emblèmes des Montfort. La mère de Simon, Amicie de Beaumont-Leceister, associe sur son sceau la quintefeuille des Beaumont, le lion des Montfort et la forêt d’Yveline. Alix de Montmorency, épouse de Simon, fait figurer la forêt d’Yveline par deux arbres et deux chiens associés au lion des Montfort. Mais elle renonce à faire figurer les prestigieuses armes des Montmorency, portées notamment par son frère Mathieu, connétable de France.

Le prince chrétien

Reconstitution partielle du troisième sceau de Simon, 1217. Diamètre supérieur à 90 mm. (d’après les fragments d’un sceau de Simon et d’un sceau de son fils Amaury correspondants aux moulages D 708 et D 748)

Reconstitution partielle du troisième sceau de Simon, 1217. Diamètre supérieur à 90 mm. (d’après les fragments d’un sceau de Simon et d’un sceau de son fils Amaury correspondants aux moulages D 708 et D 748)

      Peu fortuné pour un membre de la haute aristocratie, Simon est doté en compensation d’une grande énergie et d’une grande ambition qu’il va mettre en pratique en Languedoc avec la croisade des Albigeois. Investi de la vicomté des Trencavel par les croisés au lendemain du siège de Carcassonne, Simon se désigne dans ses actes sous les titres de « comte de Leicester, seigneur de Montfort, par la grâce de Dieu vicomte de Carcassonne et Béziers et seigneur de l’Albigeois et du Razès. » Il ne modifie pas pour autant son sceau pour y figurer sa nouvelle position sociale. Mais en décembre 1215, après 7 ans de guerres contre les seigneurs occitans, il est investi officiellement du comté de Toulouse par le concile de Latran. Il s’intitule désormais duc de Narbonne, comte de Toulouse et de Leicester, vicomte de Béziers et de Carcassonne. Le 8 mars 1216 il reçoit l’hommage des habitants de Toulouse et en avril 1216 il prête hommage au roi Philippe-Auguste. C’est sans doute à cette occasion qu’il fait faire un troisième sceau, sceau qui n’est connu que par le fragment d’une empreinte datée d’avril 1217.

Second sceau de Raimond VI, comte de Toulouse, 1204. Diamètre 115 mm. (Moulage : D 743).

Second sceau de Raimond VI, comte de Toulouse, 1204. Diamètre 115 mm. (Moulage : D 743).

     Le sceau est l’image que Simon veut donner de son pouvoir. Dirigeant une population qui le rejette majoritairement, il faut qu’il lui montre sa légitimité. Il y fait donc apparaître une double légitimité. Tout d’abord en s’inspirant des sceaux des Raimond de Toulouse[14], il tente de récupérer le prestige qui entoure cette dynastie. Comme eux il utilise un sceau de grande dimension, comparable aux sceaux royaux, et dépassant même en taille tous ceux de la dynastie comtale à l’exception de celui de Raimond VI daté de 1204. Il se fait représenter en majesté comme les comtes de Toulouse, seule dynastie princière française à faire preuve de cet usage réservé en principe aux rois. Il s’agit de montrer qu’il est devenu un prince territorial. Le comte est assis sur un trône dont les accoudoirs sont ornés de têtes de chiens. Il est vêtu d’une robe de cour, et tient de sa main droite son épée nue, symbole de son pouvoir exécutif, couchée sur les genoux. Enfin, sa main gauche tient probablement un château ou une église. Sans doute le Château Narbonnais, résidence des comtes à Toulouse ou l’église Saint-Sernin, qui figurent dans la même position sur les sceaux de Raimond V et Raimond VI. Mais là s’arrêtent les ressemblances, car Simon tient à marquer son engagement politique et religieux. La croix de Toulouse, trop associée à la dynastie raimondine ne figure nulle part. Le croissant et l’étoile qui encadrent la tête des Raimond sont ici remplacés par une ou deux croix pâtées. Une croix identique est portée sur l’épaule de Simon, marquant l’état de croisé du comte. Ces croix rappellent aussi que le pape l’a investi de Carcassonne et Toulouse et qu’il lui a confié la mission de combattre les hérétiques. Son autre légitimité, c’est de tenir le comté de Toulouse et les vicomtés de Béziers et d’Albi du Pape, et à travers lui de Dieu. Reprenant un autre usage des comtes de Toulouse et du roi de France, il s’intitule dans les actes et probablement sur la légende du sceau, duc, comte et vicomte « par la grâce de Dieu ». Une image qui coïncide avec celle véhiculée par plusieurs chroniqueurs du XIIIe siècle qui voient en Simon le nouveau Macchabée, allusion aux restaurateurs de la foi et de la royauté juive à Jérusalem dans l’ancien testament (voir encadré ci-dessous).

Simon de Montfort « le Macchabée »

     Matthias Macchabée et ses cinq fils, dont Simon et Judas, furent les chefs de la résistance juive contre le souverain séleucide Antiochos IV qui tenta, au IIe siècle avant J.C., d’imposer la religion grecque à tous les habitants de Judée et consacra le Temple de Jérusalem à Jupiter. Les Macchabée libérèrent Jérusalem, purifièrent le Temple et obtinrent l’indépendance de la Judée. Simon Macchabée fut le premier prince de cette nouvelle dynastie régnant sur la Judée. Pour les catholiques du XIIIe siècle, il était donc naturel de comparer l’un des Macchabée avec Simon de Montfort, qui venait de « libérer » le Languedoc des hérétiques et restaurer la vraie foi. Ce d’autant plus que macchabée signifie en hébreux « celui qui frappe » ou « celui qui combat » sous entendu pour Dieu. Cette comparaison apparaît dans deux sources contemporaines de la croisade à propos de la victoire des croisés à Muret. La Chronique de Laon affirme que Simon de Montfort « mérite d’être appelé Macchabée », et l’appelle « Simon Macchabée ». Cette comparaison apparaît à nouveau dans la relation de la mort de Simon, « le Macchabée de notre temps ».[15] La Chronique latine du royaume de Castille parle de la victoire de Muret comme d’un miracle de Dieu par le ministère de Simon de Montfort « qui combattit pour la guerre du Seigneur comme un autre Judas Macchabée. »[16] Se fondant sans doute sur ces chroniques, les généalogies du XVIIe siècle le surnomment expressément Le Macchabée.[17]

      Simon donne donc de lui l’image d’un prince de droit divin à l’égal par exemple du roi de France ou de l’empereur, mais aussi l’image du bras armé, du protecteur ou du champion de l’Église catholique. Image pour laquelle il a peu de concurrents parmi les souverains européens après la mort de Pierre II d’Aragon. Son ambition aurait pu le pousser plus loin encore. Car pour lui qui se croît investi d’une mission divine, tout seigneur qui s’oppose à lui est un hérétique et la conquête de ses terres devient légitime. Mais le destin en a décidé autrement. Le 25 juin 1218 un boulet lancé par des toulousaines tue d’un seul coup celui qui se prétendait seigneur de Toulouse et assiégeait la ville révoltée.

La postérité

     L’image de Simon de Montfort va survivre à travers les sceaux et emblèmes portés par ses fils :

Second sceau d’Amaury, comte de Montfort, 1230. 80 mm. (Moulage : D 710)

Second sceau d’Amaury, comte de Montfort, 1230. 80 mm. (Moulage : D 710)

Second contre-sceau d’Amaury, comte de Montfort, 1230. (Moulage : D 710 bis.)

Second contre-sceau d’Amaury, comte de Montfort, 1230. (Moulage : D 710 bis.)

     Amaury, fils ainé de Simon, suit d’abord les traces de son père. Ses différents sceaux retracent sa carrière politique. Héritier du comté de Toulouse, il se fait représenter sur un sceau en majesté pratiquement identique à celui de son père.[18] Après l’abandon de ses droits sur le comté de Toulouse et les vicomtés Trencavel au roi de France, il se fait confectionner un nouveau sceau, plus petit.[19] Il s’agit d’un sceau équestre. Amaury charge, l’épée haute. Il est coiffé d’un heaume cylindrique couvrant protégeant en partie la nuque et comprenant devant le visage une plaque plus longue protégeant jusqu’au menton. L’écu et la housse du cheval sont aux armes des Montfort. Devenu connétable de France par héritage de son oncle Mathieu de Montmorency, il se fait confectionner un troisième sceau, plus grand que le précédant.[20] Si l’avers est toujours du type équestre, le revers, contrairement aux deux sceaux précédents, ne montre plus le lion des Montfort. A la place figure la bannière des Montfort, encadrée par deux fleurs de lys évoquant sa charge de connétable.

Second sceau de Simon, comte de Leceister, 1259. 75 mm. (Moulage : D 10162).

Second sceau de Simon, comte de Leceister, 1259. 75 mm. (Moulage : D 10162).

     Le plus jeune fils, Simon, semble avoir hérité du caractère de son père en même temps que de son prénom. Nicolas Civel le définit ainsi : « Simon est l’archétype du grand seigneur réformé, pieux et vertueux, mais en même temps avide de richesse et de puissance. » Héritier du comté de Leceister, il en est investi par le roi Henri III d’Angleterre en 1231. Il use alors d’un contre-sceau où figure le lion de Montfort. Mais contrairement à l’usage qui veut que les cadets modifient les armes paternelles pour les distinguer de celles conservées par l’ainé, Simon n’ajoute aucune brisure sur son écu. Il se comporte donc comme s’il était l’ainé ou le seul héritier de Simon V. Quelques années après Simon de Montfort-Leicester épouse la sœur du roi, Éléonore d’Angleterre. À partir de cette époque il utilise un nouveau sceau. Il se fait représenter, tout comme dans les deux premiers sceaux de son père, à la chasse dans une forêt. Ce sceau évoque donc la charge de gruyer de la forêt d’Yveline, charge qui appartient pourtant à son frère Amaury, seul héritier de la seigneurie de Montfort-l’Amaury. Quant à Éléonore d’Angleterre, elle abandonne les prestigieuses armes des Plantagenet pour celles de son époux. Là encore, affirme Nicolas Civel, « la fierté dynastique est si forte et la fama [notoriété] telle que la propre fille de Jean sans Terre délaisse les armes de son lignage. »[21]

     Simon de Montfort-Leceister finit aussi tragiquement que son père. Méprisant son beau-frère il devint le meneur de la révolte des barons contre Henri III. Il parvint à imposer au roi les Provisions d’Oxford (1258), limitant le pouvoir royal au profit d’un conseil permanent et du Parlement. Le roi s’inclina d’abord puis tenta de vaincre les rebelles en 1264 à la bataille de Lewes où il fut vaincu et emprisonné avec son fils Édouard. Cependant le prince Édouard parvint à s’échapper. Ce dernier mit fit à la dictature de Simon à la bataille d’Evesham (1265). Simon fut tué lors de l’affrontement et son cadavre fut dépecé et jeté aux bêtes.

Pour en savoir plus :

     Cet article est la version en ligne d’une communication faite au colloque de Baziège en 2009  et que l’on trouvera en version PDF en cliquant sur le lien ci-dessous :

Langlois (Gauthier). – « Les sceaux de Simon de Montfort : un itinéraire politique », Médiévales 2009 Baziège. Actes du colloque d’historiens du 14 novembre 2009 organisé par l’Association de recherches baziégeoise racines et environnement, Baziège : ARBRE, 2010, p. 129-143.

Notes 

[1] Cette communication constitue une version actualisée de l’article paru dans Histoire et images médiévales, n° 5, décembre 2005, p. 34-38. Depuis nous avons pris connaissance de l’article de Nicolas Civel « Sceaux et armoiries de Simon comte de Leicester et de la maison de Montfort », Revue française d’héraldique et de sigillographie, t. 66, 1996, p. 83-99. Nous n’avons en revanche pas pu lire la version réactualisée de cette étude dans sa thèse : La fleur de France : les seigneurs d’Ile de France au XIIe siècle, Turnhout : Brepols, 2006, 602 p. Nous renvoyons donc le lecteur pour toute précision utile aux travaux de N. Civel qui font autorité en la matière, si ce n’est que dans son article, N. Civel suit la généalogie établie par Rhein qui est assez fautive. (Voir note suivante).

[2] Michel Roquebert, Simon de Montfort, bourreau et martyr, Perrin 2005, a montré que depuis les travaux de A. Rhein, La seigneurie de Montfort en Iveline…, Versailles, 1910, l’on confondait en une seule personne Simon V avec son père Simon IV décédé avant 1195. C’est-à-dire que l’on faisait d’Amicie de Leceister, la seconde épouse de Simon III alors qu’elle était l’épouse de son fils Simon IV. C’est aussi à M. Roquebert que l’on doit d’avoir évalué la date de naissance approximative de Simon V.

[3] Le rapprochement du sceau et de la charge de gruyer a été fait par Maquet (A.), de Dion (A.), Nobiliaire et armorial du comté de Montfort-l’Amaury, Rambouillet, 1881. Boyer (Charles), « Les sceaux de Simon de Montfort », Mémoires de la Société des arts et des sciences de Carcassonne, (1955-56) série 4, tome 2 (1959) pp. 187-189. Léchauguette (P.), « La charte lapidaire de Simon de Montfort dans l’église de Saint-Arnoult-en-Yvelines », Au pays de la Renarde. Société historique et archéologique de Saint-Arnoult en Yvelines, n° 11, juillet 1970, p. 2-15.

[4] Une empreinte très fragmentaire de 90 mm de diamètre, datée d’avant 1181 du sceau de Simon III comte d’Évreux est conservée. (D 902 et D 902 bis). Elle montre sur le revers (D 902) un cavalier sans armes. Le cavalier tient de sa main droite la bride du cheval et a la main gauche repliée sur son buste. Même si sa tête n’est pas conservée, la position des bras exclut qu’il ait pu tenir un cor de chasse. Les portions conservées du champ du sceau ne montrent ni arbre ni chien. Cependant le fait que le cavalier soit sans armes suggère qu’il se trouve à la chasse. L’avers du sceau montre au contraire Simon III en cavalier armé d’une lance et d’un bouclier.

[5] B.n.F ; ms Clairambaut 995, fol. 26 v° et ms. latin 5441-1, p. 260. Voir P. Bony, « Les sceaux des deux sœurs de Beaumont-Leceister, Amicie et Marguerite, au début du XIIIe siècle », Revue française d’héraldique et de sigillographie, tome 60-61, 1990-1991, p. 31-45 et N. Civel, Op. cit. p. 92.

[6] L. Douët d’Arcq, Inventaire des collections de sceaux de l’Empire, Paris : Imprimerie impériale, 1863, sceau 707. Moulage : Archives de France, Service des sceaux, D 707. Dans la suite de l’article la lettre D suivi d’un numéro désigne à la fois le sceau dans l’inventaire de Douet d’Arcq et la cote du moulage conservé aux Archives nationales.

[7] Voir note 5.

[8] Cela suppose l’adoption de ces armoiries avant 1195. N. Civel, Op. cit., p. 92.

[9] Empreintes datées de 1226. D 709 et D 709 bis.

[10] Le vitrail est réalisé vers 1220, soit peu après la mort de Simon V et doit donc représenter son fils ainé, Amaury. Voir Pinoteau (H.) et Le Gallo (Cl.), « L’Héraldique de saint Louis et de ses compagnons, Les cahiers nobles, n° 27, 1966, p. 22 et Delaporte (Y.) et Houvet (E.), Les vitraux de la cathédrale de Chartres, histoire et description, Chartres, 1926, p. 458-460.

[11] Sceau d’Amaury comte d’Evreux et de Gloucester conservé sur une empreinte datée au plus tard de 1216, D 10138 et 10138 bis.

[12] Dans la majorité des représentations le lion des Montfort a la tête tournée vers la gauche pour le spectateur. Le bouclier étant tenu à la main gauche, la tête est donc tournée vers l’avant, cas le plus fréquent dans l’héraldique médiévale. Cependant sur ses deux premiers sceaux Simon fait figurer un lion avec la tête tournée vers la droite pour le spectateur, ce qui se dit contourné en langage héraldique. Pour le premier sceau il s’agit semble-t-il uniquement d’une question de représentation : l’artiste ayant figuré Simon chevauchant vers la droite il a figuré le lion dans le même sens. Pour la même raison les lions figurés sur les housses des chevaux sont toujours tournées vers l’avant dans le même sens que le cavalier, par exemple sur les trois sceaux d’Amaury de Montfort et celui de son fils Jean. Reste le contre-sceau D 708 bis où le lion est contourné. S’agit-il d’une erreur du graveur du sceau ?

[13] Michel Pastoureau, Traité d’héraldique, Paris : Picard, 1993, pp. 136-143.

[14] Laurent Macé, Les comtes de Toulouse et leur entourage, XIIe – XIIIe siècles, rivalités, alliances et jeux de pouvoirs, Toulouse : Privat, 2000.

[15] Chronicon universale, éditée par A. Cartellieri et W. Stechle, Conronicon universale anonymi Laudunensis von 1154 bis zum Schluss (1219), Leipzig/Paris, 1909, p. 82 et 85.

[16] Chronica latina regum Castellae, éditée par L. Charlo Brea, Chronica hispana saeculi XIII, (Corpus Christianorum,Continuatio Mediaevalsi, LXXIII), Turnhout 1997, p. 67.

[17] Anselme de Sainte-Marie (augustin déchaussé), Histoire de la maison royale de France et des grands officiers de la Couronne, tome 2, Paris : chez Estienne Loyson, 1674, p. 7.

[18] Empreinte datée de 1221, D 748 et 748 bis.

[19] Empreinte datée de 1230, de 80 mm. de diamètre, D 710 et 710 bis.

[20] Empreinte datée de 1234, D 712 et 712 bis.

[21] N. Civel, Op. cit. p. 94.

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Samedi 31 janvier 2015, à Carcassonne, « Trencavel à l’assaut de la Cité. Le grand siège de 1240. »

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[Conférence]
Carcassonne, samedi 31 janvier 2015, à 14 h 30, l’AEC / René Nelli vous invite à la conférence publique à deux voix de Bernard Mahoux & Gauthier Langlois
« Trencavel à l’assaut de la Cité. Le grand siège de 1240. »

Auditorium de la chapelle des Jésuites, rue des Etudes à Carcassonne.
Les deux auteurs dédicaceront leurs ouvrages respectifs à la fin de la conférence.

A la fin de l’été 1240, le jeune vicomte de Carcassonne, Albi et Béziers, Raymond Trencavel, tente de reprendre possession des terres dont la Croisade puis le roi de France l’a spolié. Grâce au soutien massif de la population, de la noblesse locale – et particulièrement des sympathisants du catharisme – il assiège la cité de Carcassonne où s’est réfugié le sénéchal représentant le roi capétien.
L’historien médiéviste Gauthier Langlois, qui a déjà publié plusieurs articles de référence sur ce siège, et l’écrivain Bernard Mahoux, qui…

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Manifestation Je suis Charlie à Carcassonne.

Dames Carcas Je suis Charlie (photomontage)

Dames Carcas Je suis Charlie (photomontage)

     Dimanche 11 janvier 2015, en communion avec des millions de personnes en France et dans le monde, près de 20 000 carcassonnais ont participé à la marche républicaine. Une manifestation en hommage aux victimes du terrorisme et pour la défense de la liberté de la presse et des droits de l’Homme. Parti du portail des Jacobins en ville basse, le cortège a suivi le trajet habituel des grandes manifestations carcassonnaises qui se terminent à l’entrée de la Cité au pied de la statue de Dame Carcas.  Cette héroïne légendaire est l’allégorie de la ville. Elle est, depuis le Moyen Âge, le symbole de la résistance de la ville face à la violence. Ce symbole prenait un relief particulier aujourd’hui car  dans la légende, Dame Carcas est une héroïne musulmane qui fait triompher la paix et l’amour en se mariant à un prince chrétien.

     Voici quelques photos prises à cette occasion. Cliquez sur-celles-ci pour les afficher en grand et déclencher un diaporama.

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Je suis Charlie. Hommage aux victimes du fanatisme et de la barbarie. Hommage aux défenseurs de l’humanisme

Un épisode de la Légende de Dame Carcas : la décapitation du roi Balaach pour blasphème. Dessin de Yigaël pour la bande dessinée Au fil des siècles – Histoire(s) de Carcassonne, d'après la fresque du château comtal.

Un épisode de la Légende de Dame Carcas : la décapitation du roi Balaach pour blasphème. Dessin de Yigaël pour la bande dessinée Au fil des siècles – Histoire(s) de Carcassonne, d’après la fresque du XIIe siècle du château comtal.

      Après le terrible attentat contre Charlie Hebdo, je voulais rédiger un article sur l’intolérance et le fanatisme religieux, à partir d’exemples pris dans l’Histoire du Languedoc. J’ai finalement choisi de rédiger, plutôt qu’un article savant, un hommage aux victimes du fanatisme et de l’intolérance. Mais aussi un hommage à tous ceux qui défendent l’humanisme par leur crayon, leur plume, leurs actions. Il s’agit aussi de montrer que la barbarie et le fanatisme ne sont pas l’apanage d’une religion, d’une époque ou d’une région du monde. Mais que à toutes les époques et dans toutes les religions des voix se sont élevées et s’élèvent pour condamner la barbarie et l’obscurantisme, et pour promouvoir l’humanisme et les droits de l’homme.

     On trouvera dans le texte suivant des références à des évènements et des personnes bien connus, mais aussi des références à des évènements qui se sont déroulés dans le Midi et qui n’ont pas une notoriété nationale ou internationale.  L’objectif est en effet de montrer que le combat pour l’humanisme concerne tout le monde et doit se dérouler à toutes les échelles, locale, nationale et internationale.

JE SUIS CHARLIE – HOMMAGE AUX VICTIMES

     Je suis Charlie.

     Je suis Socrate, empoisonné pour impiété parce que ma philosophie dérange.

     Je suis Balaach, roi musulman de Carcassonne, décapité pour blasphème contre le Christ.

     Je suis Béziers la cathare, la catholique, la juive et la musulmane, massacrée au nom de Dieu en 1209.

     Je suis Trencavel, seigneur de Carcassonne, mort pour avoir refusé de livrer mes frères cathares à de fanatiques croisés.

     Je suis ce juif de France, chassée de ma ville par le roi Philippe-le-Bel.

     Je suis ce templier occitan, catalan ou parisien, emprisonné ou brûlé pour l’aveu d’un sacrilège arraché sous la torture.

     Je suis Bélibaste, dernier bonhomme cathare, brûlé en 1321 pour ne pas avoir abjuré ma foi.

     Je suis ce jeune protestant carcassonnais, lynché au XVIe siècle par une foule fanatique qui veut venger une profanation.

     Je suis Fortuné Henry, journaliste audois condamné à trois mois de prison pour une caricature anticléricale par la justice de Napoléon III.

     Je suis ce journaliste, résistant, juif, tsigane, slave, témoin de Jéhovah, syndicaliste, communiste, handicapé, homosexuel, assassiné par les nazis pour mes idées, mon physique et mes origines.

     Je suis ce militaire du 3e RPIMA de Carcassonne, agressé au nom d’Allah par un fanatique qui se prétend musulman.

     Je suis tous ces innocents de Toulouse et Montauban ; de Paris, Montrouge et Vincennes ; d’Israël, de Syrie et d’Irak ; d’Algérie, de Tunisie et d’ailleurs, assassinés par des bourreaux qui se prétendent des martyrs.

     Je suis Charlie.

Cette caricature parue dans le journal satirique carcassonnais Panurge, ainsi qu'un récit satirique du pèlerinage de Notre-Dame de Marceille à Limoux, ont valu à Fortuné Henry, directeur du journal, une condamnation à trois mois de prison et 300 F d’amendes pour outrage et dérision envers la religion catholique en 1862.

Cette caricature parue dans le journal satirique carcassonnais Panurge, ainsi qu’un récit satirique du pèlerinage de Notre-Dame de Marceille à Limoux, ont valu en 1862 à Fortuné Henry, directeur du journal, une condamnation à trois mois de prison et 300 F d’amendes pour outrage et dérision envers la religion catholique.

JE SUIS CHARLIE – HOMMAGES AUX DEFENSEURS

     Je suis Chabert de Barbaira et j’accueille dans mon château de Quéribus les Bonnes-femmes et les Bonshommes cathares qui fuient l’Inquisition.

     Je suis Voltaire et je dénonce l’exécution du protestant toulousain Calas.

     Je suis Voltaire et je me bats pour sauver le jeune chevalier de la Barre qui a commis le « crime » de ne pas ôter son chapeau devant une procession religieuse.

     Je suis ce prêtre audois, « Juste entre les nations », qui sauve des juifs de la barbarie nazie.

     Je suis ces résistants musulmans qui cachent des juifs persécutés dans la mosquée de Paris.

     Je suis Mohammed V, ce sultan du Maroc qui s’oppose à la législation antisémite de Vichy.

     Je suis monseigneur Saliège, archevêque de Toulouse, qui demande à ses fidèles de sauver leurs frères juifs de la barbarie nazie.

     Je suis un africain qui lutte contre la secte Boko Haram qui tue et viole au nom de Dieu.

     Je suis Malala, jeune pakistanaise musulmane de 17 ans et je lutte pour l’éducation des femmes que refusent des talibans obscurantistes.

     Je suis un militant d’Amnesty international et je me bats pour sauver une jeune chrétienne pakistanaise accusée de blasphème.

     Je suis ce journaliste qui dénonce le génocide des Yézidis, des Kurdes, des chrétiens assyriens et des chiites de Syrie et d’Irak.

La nouvelle statue de Dame Carcas vue de profil

La statue de Dame Carcas, héroïne légendaire de Carcassonne, symbole de résistance et de tolérance.

     Je suis Dame Carcas, l’héroïne légendaire de Carcassonne, princesse musulmane qui résiste à la violence des Francs et qui, après avoir ramené la paix, épouse par amour un chevalier chrétien.

     Je suis celui qui préfère l’amour à la haine.

     Je suis Charlie. Je suis un homme.

Gauthier Langlois, Carcassonne le 10 janvier 2015.

     Depuis sa publication sur ce blog cet hommage a été publié partiellement dans le numéro du mercredi 14 janvier 2015 de l’Indépendant, édition de Carcassonne, et a été lu à l’Assemblée générale de l’Académie des Arts et sciences de Carcassonne, le même jour. On trouvera sur le site de ce quotidien et de cette académie d’autres hommages de carcassonnais.

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