La maison de Bérenger Mage viguier de Lagrasse au XIIIe siècle et son plafond peint armorié

Samedi 19 novembre à Carcassonne, Gauthier Langlois, Julien Foltran et Jean-Pierre Sarret présentent l’exceptionnelle découverte d’un plafond peint armorié du XIIIe siècle, qui est exposé à la Maison du Patrimoine à Lagrasse au cœur des Corbières.

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Le roi de Navarre en armes et à cheval

Communication présentée par Gauthier Langlois, Julien Foltran, Jean-Pierre Sarret
dans le cadre des séances mensuelles de la Société d’études scientifiques de l’Aude
samedi 19 novembre 2016 à 14h30
Carcassonne, auditorium de la chapelle des Jésuites.

Résumé :

     Dans les années 1270 les Mage, une famille bourgeoise en cours d’intégration à la noblesse, se fait construire une riche maison à Lagrasse. Elle manifeste son nouveau rang social par une salle de réception réalisée dans le style gothique à la mode : décor sculpté des fenêtres provenant du chantier de la cathédrale de Carcassonne ; plafond peint mêlant influences françaises et hispaniques. La partie actuellement visible du décor peint montre des motifs géométriques et des animaux fantastiques alternant avec des cavaliers en armes. Le décor héraldique, réalisé vers 1278, traduit la situation politique et sociale. Il évoque la guerre gagnée en 1276 par la France sur la Castille pour la Navarre. Sont ainsi représentés des souverains impliqués dans le conflit, des barons de la sénéchaussée de Carcassonne et des membres de la famille Mage probablement mobilisés dans cette guerre. Ce décor est un témoignage exceptionnel sur les maisons patriciennes de la fin du XIIIe siècle et le dynamisme d’une ville en pleine expansion.

Visage d'homme

Visage d’homme

Cette communication sera suivie à 15h30 d’une communication sur La confrérie de la Sainte-Croix à Narbonne (XVIIe-XVIIIe siècles), présentée par  Claude-Marie Robion

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Enquête sur une lettre mystérieuse. Contribution à l’histoire d’une célèbre mystification littéraire (suite)

Anonyme

    En décembre 2014 je relatais l’histoire d’une mystification littéraire ayant défrayé la chronique au milieu du XIXe siècle et dont l’auteur reste à découvrir : Enquête sur une lettre mystérieuse. Cette mystification avait notamment eu pour victime, aux côtés de nombreuses célébrités, le penseur Pierre-Joseph Proudhon. Les notes d’Alfred Darimon, ancien secrétaire du penseur anarchiste, nous livrent de nouveaux détails sur cette affaire mystérieuse.

     En 1884 Alfred Darimon (1819-1902), ancien journaliste et homme politique, publie À travers une révolution (1847-1855). Dans ce livre il décrit ses relations avec Proudhon dont il était le disciple et le secrétaire pendant la révolution de 1848 et le début du Second Empire. La même année il livre au Figaro un article dans lequel il publie les notes qu’il avait rédigées en 1856 sur la mystification littéraire dont Proudhon avait été victime :

EXTRAIT DE MES CARNETS

LES DÉTROUSSEURS D’AUTOGRAPHES

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Alfred Darimon photographié par Reutlinger.

(Source : B.n.F.)

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Proudhon.
(Source : Wikipédia)

     Depuis la publication de mon livre : À travers une Révolution, j’ai reçu de nombreuses communications. La plus intéressante, à coup sûr, est une brochure de M. Philibert Audèbrand, intitulée : Proudhon et l’écuyère de l’Hippodrome, dans laquelle l’auteur raconte une des scènes les plus curieuses de la vie littéraire de notre temps.

     Il serait à désirer que cette brochure, devenue introuvable, fût réimprimée. En attendant que l’auteur se décide à en faire une nouvelle édition, je crois qu’on lira avec intérêt les notes que j’ai recueillies sur cet incident qui nous a valu une grande page de littérature et de morale.

12 septembre 1856.

     Il y a, en ce moment, une bande organisée de gens, moitié mystificateurs, moitié quémandeurs d’autographes, qui exploitent tout ce qui a un semblant de notoriété.

     Le procédé qu’ils emploient est assez ingénieux. S’ils demandaient purement et simplement, comme les amateurs naïfs, quelques lignes de votre écriture, ils s’exposeraient à se faire éconduire.

     Ils prennent une voie détournée, mais plus sûre. Ils font appel à vos sentiments : tantôt c’est un bon jeune homme, tombé dans le gouffre de l’immoralité, qui demande que vous lui tendiez une main secourable pour l’aider à en sortir ; tantôt c’est une belle pécheresse qui réclame de vous un conseil, une bonne parole, pour rentrer dans la voie de la vertu.

     Malheur à vous, si vous tombez dans le piège et si vous donnez la consultation qui vous est demandée !… Votre réponse passe à l’état de rareté autographique; en attendant qu’elle aille enrichir la collection de quelque amateur, elle est livrée à la curiosité des oisifs, toujours disposés à pénétrer dans les replis de vos plus secrètes pensées.

     J’ai reçu bien souvent de ces lettres, et je les ai toujours laissées sans réponse. Un des modèles du genre est une épître qui m’a été écrite, l’année dernière, au moment où la critique que j’avais faite du livre de M. Le Play, les Ouvriers européens, avait de nouveau remis mon nom en vedette.

     Voici cette lettre, dont l’intention est trop naïvement accusée, et que je regrette de n’avoir pas mis sous les yeux de Proudhon :

     Monsieur.

     Veuillez me pardonner de vous écrire sans avoir l’honneur d’être connu de vous ; mais j’ai la plus vive sympathie pour vos écrits et suis en proie à une tristesse profonde. C’est avec une certaine hésitation que je vous adresse cette lettre, Monsieur, et je ne sais pas trop si vous jugerez convenable d’y répondre, quand vous saurez que je suis chef d’orchestre d’un bal public à la barrière de l’École militaire… Cependant, je me hasarde à vous confier mes chagrins, ayant foi, Monsieur, en votre extrême indulgence. Je crois devoir vous dire d’abord, Monsieur, que je suis heureux sous le rapport physique, matériel. Je gagne cent cinquante francs par mois comme chef d’orchestre ; en outre, je compose de la musique de danse ; mais c’est au cœur que sont mes souffrances, et elles sont très vives.

     Je n’ai que vingt-deux ans ; je suis loin de ma famille et dans un grand isolement moral, parce que les mœurs des hommes que je suis obligé de fréquenter me sont antipathiques.

     Ce qui contribue surtout à me rendre profondément triste, c’est que j’ai perdu, il y a près d’un an, la seule personne qui me donnait encore la force de surmonter le dégoût du présent en me faisant espérer un meilleur avenir. Le monde me parait maintenant un désert où je me sens comme perdu. Mes souffrances sont si violentes que je pense parfois au suicide. Mais je repousse cette idée le plus que je puis ; car, je le sens, elle est indigne d’un homme.

     Il m’a semblé qu’en m’adressant à vous, Monsieur, vous pourriez peut-être m’indiquer un remède, ou du moins un palliatif à mes souffrances morales, et que quelques lignes de vous auraient une influence heureuse sur mon esprit.

     Bien que je sois encore jeune, j’ai beaucoup lu d’ouvrages économiques et socialistes, car je suis de ceux qui pensent que tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, et j’éprouve une bien vive sympathie pour ceux qui cherchent à améliorer le sort des classes déshéritées de la société. Vos livres, vos articles m’ont plu particulièrement et m’ont fait ressentir de la confiance pour vous.

     Je serais donc très honoré et très heureux si vous vouliez bien me donner quelques conseils, pour m’aider à surmonter mon accablement.

     Agréez, je vous prie, Monsieur, avec mes excuses, l’assurance de mes sentiments respectueux et dévoués.

Ludovic PICARD.

Grenelle, 20 septembre 1855.

Le bal de la Victoire où Ludovic Picard officie est l'une de ses salles de bal à la mode sous le Second Empire. Beaucoup sont situées près des anciennes barrières d'octroi et sont parfois considérés comme mal famées. Voici comment cette salle de bal est décrite en 1861 : « A l'ex barrière de l'École (...) nous trouvons deux bastringues à jamais célèbres, le Salon de Mars et le salon de la Victoire, presque exclusivement fréquentés par des militaires, comme leur nom l'indique. Les dames y sont, pour la plupart, des filles des maisons publiques de Paris. » (Ego, Bouis-Bouis, bastringues et caboulots de Paris, Paris : Tralin, 1861, p. 131-132. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64614935/f139.image Image : Le bal Mabille, Lithographe de Provost. Source : B.n.F. Gallica.

Le bal de la Victoire où Ludovic Picard officie est l’une de ces salles à la mode sous le Second Empire. Beaucoup sont situées près des anciennes barrières d’octroi et sont parfois considérées comme mal famées. Voici comment cette salle de bal est décrite en 1861 : « A l’ex barrière de l’École (…) nous trouvons deux bastringues à jamais célèbres, le Salon de Mars et le Salon de la Victoire, presque exclusivement fréquentés par des militaires, comme leur nom l’indique. Les dames y sont, pour la plupart, des filles des maisons publiques de Paris. » (Ego, Bouis-Bouis, bastringues et caboulots de Paris, Paris : Tralin, 1861, p. 131-132.  Image : Le bal Mabille, Lithographe de Provost. Source : B.n.F. Gallica.)

     Proudhon n’a pas toujours eu la même prudence que moi. Il répond à toutes les lettres qu’on lui adresse, sans trop s’enquérir de la valeur ou de la qualité de ses correspondants. Lui qui ferme si rigoureusement sa porte aux indiscrets, il ouvre son âme toute grande aux inconnus. Je sais, par expérience, qu’avec une page d’écriture moulée, pourvu qu’on y mette un peu d’orthographe, on peut obtenir de lui quatre ou cinq pages dans lesquelles il dévoile tout ce que renferment son cœur et son intelligence.

     Cette manie, qui le possède, de prodiguer son admirable prose au premier venu vient de lui attirer une affaire désagréable. Puisse-t-elle lui servir de leçon !

     Un M. Gabriel Vicaire, que personne ne connaît, a adressé à la Gazette de Paris, qui l’a oubliée avec empressement, la copie d’une lettre écrite par Proudhon à une ancienne écuyère de l’Hippodrome, lui demandant des conseils pour rentrer dans le sentier d’une existence régulière. Cette lettre a fait le tour de la presse parisienne et elle sera probablement reproduite par tous les journaux de l’ancien et du nouveau monde.

     C’est qu’aussi ces six pages, écrites avec une parfaite sincérité, ne renferment pas le plus petit mot pour rire.

     C’est un véritable traité de morale à l’usage de ces êtres dévoyés que le monde flétrit et que les débauchés recherchent. Un Père de l’Église n’y trouverait pas une ligne à retrancher.

     Mais il suffit que cette pièce ait été arrachée à Proudhon, à l’aide d’un indigne subterfuge, pour qu’elle change immédiatement, de caractère. On ne se joue pas ainsi de la bonne foi d’un grand écrivain. Il est visible que l’ancienne écuyère de l’Hippodrome n’a jamais existé. Il y a, une sorte d’abus de confiance à déguiser ainsi sa personnalité et à prendre un masque pour pénétrer dans l’intimité des sentiments et de la pensée d’un homme. C’est se livrer à un véritable vol moral.

     Aussi, la publication de cette lettre à l’écuyère, en lui montrant qu’il avait été victime d’une, mystification, a-t-elle amené chez Proudhon une de ces explosions de colère auxquelles il se livre quand il se croit atteint dans sa dignité.

     Nefftzer [directeur du journal La Presse] et moi, nous avons ressenti le contrecoup de sa mauvaise humeur.  La Presse avait reproduit, le lendemain de sa publication dans la Gazette de Paris, cette lettre, devenue un document historique et biographique en même temps qu’un monument littéraire. Proudhon a pris texte de cette reproduction pour adresser à la Presse une lettre pleine de reproches et empreinte d’une amertume profonde : « En vous remerciant, disait-il en terminant, de l’envoi que vous me faites de la Presse, souffrez, monsieur le rédacteur, que je vous fasse mes réserves sur un procédé qui dépasse la limite de ma reconnaissance. »

     Quand nous avons revu Proudhon, il nous a littéralement accablés : Nous étions de faux amis ! Nous étions de connivence avec ses adversaires ! Nous nous entendions avec eux pour déverser sur lui le ridicule et la déconsidération !

     Je n’ai pu calmer un peu notre pauvre ami qu’en lui donnant communication de la lettre signée LUDOVIC PICARD que j’avais reçue l’année précédente.

     – Ce n’est pas, a-t-il dit, la même écriture que celle de l’écuyère prétendue ; mais c’est la même inspiration. Évidemment les deux lettres viennent de la même officine. J’ai été, je le vois bien, un grand sot.

     Gabriel Vicaire ne s’est pas borné, à ce qu’il paraît, à faire de la lettre de Proudhon le texte d’une mauvaise plaisanterie. Il l’a colportée dans des officines où l’on tient boutique d’autographes. Il est donc démontré que ce n’est pas un simple mystificateur, mais un de ces détrousseurs de correspondances privées qui font argent et marchandise des communications les plus intimes.

     Proudhon nous a appris que M. Gabriel Vicaire, se considérant comme offensé par les observations qu’il avait adressées à la Gazette de Paris, pour se plaindre de l’abus qui avait été fait de sa correspondance, parlait de lui envoyer des témoins et d’exiger une réparation par les armes.

     – Comment ! a fait remarquer le bon Nefftzer, vous ne vous apercevez pas que ce monsieur continue à vous faire poser. Voulez-vous que je vous dise mon sentiment ? Il n’existe pas de M. Gabriel Vicaire ; dans tout ceci, vous me paraissez avoir été exploité par des gens qui avaient besoin de votre nom pour faire du bruit. Dans quel but ? Je ne le sais pas bien. Mais en ce temps tout est bon pour faire diversion, et je ne crois pas me tromper.

     – Nefftzer me semble être dans le vrai, ai-je dit à mon tour. En attendant, puisque la Gazette de Paris a des relations avec M. Vicaire, mettez-la en demeure de tirer l’affaire au clair. Son rédacteur en chef, M. Philibert Audèbrand, est un galant homme. Je suis certain qu’il fera tous ses efforts pour vous aider à mettre les rieurs de votre côté.

     Proudhon est devenu rêveur. Tout à coup il a retroussé sa manche et il a fait un geste qui nous a terrifiés tous les deux ; puis il nous a dit d’une voix rauque :

     – Je conseille à ce M. Gabriel Vicaire de ne jamais se trouver en ma présence. Je l’écraserai comme une mouche.

     Et nous congédiant brusquement :

     – Au revoir, nous a-t-il crié, en nous poussant dehors, je vais écrire à M. Audèbrand.

 ***

     Proudhon écrivit en effet à M. Audèbrand. La lettre est imprimée au tome VII page 128, de sa Correspondance. Bien que M. Audèbrand ait publié, en 1868, la brochure dont je parle plus haut, il n’a pas cru devoir y insérer cette pièce. Elle en forme pourtant la conclusion naturelle.

     Proudhon y a résumé en deux mots sa pensée sur cette ridicule affaire : « Instrumenter un homme pour quelque motif que ce soit, c’est manquer à  sa dignité ; c’est, je le répète, lui faire insulte. »

Alfred Darimon.

Source : Alfred Darimon, « Extrait de mes carnets. Les détrousseurs d’autographes », le Figaro, 30 juillet 1884.

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La Foire aux images – 1er festival de BD de Lagrasse

Samedi 8 et dimanche 9 octobre, venez participer au premier festival de bande dessinée de Lagrasse, non loin de Carcassonne et Narbonne. Vous pourrez y rencontrer une vingtaine d’auteurs dont André Cheret, père de Rahan, Jacques Terpant qui s’est inspiré du Pays Cathare pour sa série 7 cavaliers ainsi que Gauthier Langlois l’un des auteurs de Histoire(s) de Carcassonne.

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Plus d’informations sur le site La Foire aux Images.

En complément du salon venez découvrir Samedi 19 novembre à Carcassonne   La maison de Bérenger Mage viguier de Lagrasse au XIIIe siècle et son plafond peint armorié. Une découverte exceptionnelle exposé à la Maison du Patrimoine à Lagrasse, qui sera présentée par Gauthier Langlois, Julien Foltran et Jean-Pierre Sarret.

 

 

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Blanchot de Brenas, inventeur du curé de Cucugnan

Cette gravure, publiée en 1834 dans les Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France, montre la Cité dans l'état de ruine grandiose telle que Blanchot de Brenas l'a découverte en 1858

Cette gravure, publiée en 1834 dans les Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, montre la Cité dans l’état de ruine grandiose telle que Blanchot de Brenas l’a découverte en 1858. Remarquer les paysans et les muletiers au premier plan.

Blanchot de Brenas, l’inventeur du « Curé de Cucugnan », son voyage à Carcassonne et dans les Corbières en 1858

     Au milieu du XIXe siècle, la visite des Pyrénées et des ruines médiévales sont des destinations fort prisées des romantiques en quête de pittoresque. Cependant, si Carcassonne est un site déjà assez visité, rares sont ceux, tel le jeune Auguste Blanchot de Brenas, qui se risquent sur les mauvais chemins des Corbières.

      En juin 1858 Auguste et son ami Félix décident de visiter le Languedoc en commençant par Carcassonne. Une rencontre dans la Cité les pousse à poursuivre leur voyage touristique par les Corbières, région alors inaccessible et ignorée.

     Dans le journal qu’il tient à cette occasion, Auguste conte avec beaucoup d’humour les aventures des deux jeunes gens sur les mauvais chemins des Corbières. Fin observateur, il restitue avec fidélité et talent les paysages grandioses, les rencontres avec de pittoresques personnages, les mœurs et les coutumes de cette contrée sauvage. Passionné par les légendes, il raconte les exploits de Dame Carcas contre Charlemagne à Carcassonne ou les méfaits des fées lavandières de l’Orbieu qui font tourner la tête aux jeunes garçons. Le récit de voyage, publié en feuilleton entre 1858 et 1859, s’achève par le sermon du curé de Cucugnan qui s’efforce de sauver ses ouailles de l’enfer.

     Cette dernière histoire a acquis une célébrité mondiale grâce aux plagiats qu’en ont fait Roumanille et Alphonse Daudet mais son inventeur, Auguste Blanchot de Brenas, est bien oublié. Seuls quelques spécialistes de la littérature se sont intéressé à cet auteur et dans le seul but d’établir la filiation littéraire du fameux sermon. Quelques historiens et ethnologues ont puisé dans le récit de voyage des informations précieuses sur la vie quotidienne et le folklore au XIXe siècle. Mais personne ne s’est intéressé de manière critique au récit. Ce sont ces lacunes que cet article se propose de combler. Qui était vraiment Blanchot de Brenas ? Quelle fiabilité accorder à son récit et que peut-il nous apporter ? Le sermon du curé a-t-il bien été entendu à Cucugnan ?

couverture SESA 2015 - CopieLes réponses à ces questions vous les trouverez dans l’article paru en mai 2016 dans le Bulletin de la Société d’études scientifique de l’Aude, tome CXV, 2015, p. 91-106.

Abstract : Blanchot de Brenas, the discoverer of the “priest of Cucugnan”, his travel at Carcassonne and in the Corbières in 1858.

     Two friends, Auguste Blanchot de Brenas, lawyer native of Velay, and Félix Jouguet, mining engineer in the Cevennes, visit the Languedoc. A meet in the City of Carcassonne drive them to explore the Corbières, inaccessible and unknown country. In his paper, Auguste tells with humour their adventures on the bad paths. Good observer, he describes with fidelity and talent beautiful landscapes, meeting colourful character, manners and customs of this wilderness. Passionate by legends, he tells the exploits de Lady Carcas against Charlemagne at Carcassonne, harms of washerwomen fairies who bewitch the young men, and « The Sermon of the Cucugnan priest » to save his parishioners from hell. This last tale was immortalized throw plagiarism of Roumanille and Alphonse Daudet but his discover was forgotten. This paper wants to discover who is this author and the interest of his travel story.

You can read this paper in the Bulletin de la Société d’études scientifique de l’Aude, tome CXV, 2015, p. 91-106.

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Italie, Provence, Vosges 1944 : témoignages sur les victoires oubliées de l’armée française

 

Conférence de Gauthier LANGLOIS, jeudi 2 juin 2016 à Arzens

« Italie, Provence, Vosges 1944 : témoignages sur les victoires oubliées de l’armée française »

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     Grâce aux victoires de l’armée d’Afrique, la France a pris place parmi les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Gauthier Langlois vous fera revivre ces évènements oubliés à travers les carnets et lettres de guerre, qu’il vient de publier, de deux officiers issus d’une famille du Lauragais. Les témoignages vivants et émouvants de son grand-père Jean Vaugien et son grand-oncle Jean Albouy nous restituent le quotidien de la guerre au milieu d’une unité de goumiers (montagnards nord-africains). Une histoire qui commence au Maroc et s’achève dans les Vosges avec la nomination de Jean Vaugien comme aide de camp du maréchal de Lattre et la mort de Jean Albouy au combat.

Conférence organisée dans le cadre des 27e Estivales de la Malepère au foyer municipal d’Arens (Aude), à 20 h 30. Entrée libre et gratuite.

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Occitanie, Languedoc, Pyrénées… Quel nom gagnera la bataille pour désigner la région ?

LRMP

     La nouvelle est tombée hier, 11 avril 2016. La région LRMP a retenu les cinq noms qui seront soumis à la consultation populaire en mai. Le choix du nom est un feuilleton qui passionne, déchaîne parfois les débats identitaires, y compris sur ce blog puisque les articles sur l’identité régionale y sont les plus lus. Et c’est bien normal. « Nommer : le nom est un destin » a écrit Claudie Duhamel-Amado, une spécialiste du Languedoc-Médiéval. Le choix du nom n’est pas neutre.

     L’assemblée régionale a fini par éliminer quatre noms et en a réintroduit un, Occitanie-Pays Catalan, sur la pression de personnes attachées à l’identité catalane :

 

  • Languedoc
  • Languedoc-Pyrénées
  • Occitanie
  • Occitanie-Pays Catalan
  • Pyrénées-Méditerranée

 

     Avant de discuter à nouveau de ces cinq propositions et faire un pronostic sur le nom gagnant, j’aimerai vous faire lire ce que j’avais rédigé il y a quelques jours. Car de la même façon qu’on ne devrait pas voter pour une personne sur sa seule apparence, on devrait pas voter pour un nom sans en connaître les origines et les enjeux. Et comme la méthode comparative est la plus efficace pour faire son choix, voici le comparatif que j’avais rédigé. Je n’y avait retenu que trois noms : Languedoc, Occitanie et Midi, car les autres, principalement les noms composés, m’apparaissaient comme des variantes.

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La région au début de la croisade des Albigeois. (Source : Wikimedia)

Origines et étymologie

Languedoc

Occitanie

Midi

L’expression Langue d’oc apparaît à la fin du XIIIe siècle dans les usages de l’administration française pour qualifier la partie du domaine royal issu des possessions des comtes de Toulouse et vicomtes de Carcassonne. Elle dérive d’une classification (attestée dans une œuvre de Dante en 1303) des langues romanes en trois familles suivant la façon de dire oui. (Oc en occitan, oïl en français, si en italien et espagnol.) Cette classification est sans doute l’œuvre de troubadours occitans, trouvères français ou leurs homologues italiens. Le nom Occitanie dérive de l’adjectif occitan attesté à la fin du XIIIe siècle dans sa forme latine pour qualifier la langue d’oc. Son usage ne se développe qu’avec la renaissance de la langue occitane au XIXe siècle, notamment pour remplacer Languedoc. Le nom Midi dérive du substantif midi qui désigne d’abord le milieu de la journée puis par extension la direction du soleil en milieu de journée -c’est-à-dire le sud- et enfin les territoires situés au sud. Le nom Midi au sens de « pays méridionaux » est attesté dès la fin du XVIIe siècle. L’usage moderne, depuis la Révolution, l’entend au sens plus restrictif de « sud de la France », notamment pour remplacer le nom Languedoc. C’est à cette époque par exemple que le « canal royal de Languedoc » est rebaptisé en « canal du Midi ».

 

Sumien

Carte de l’aire linguistique de l’occitan et du catalan par Domergue Sumien — Revue Linguistica Occitana. Source : wikimedia.

 

Étendue géographique

Languedoc Occitanie

Midi

Au sens large les terres de langue d’oc correspondent à tout l’espace occitan et catalan du XIIIe siècle. Au sens restreint le Languedoc désigne la province de l’ancien régime correspondant approximativement aux départements de Haute-Garonne, Tarn, Aude, Hérault, Gard, Lozère. Depuis la loi Defferre (1982) dotant les régions d’un Conseil régional, l’usage courant l’entend au sens plus restrictif de « Languedoc méditerranéen », c’est-à-dire la région Languedoc-Roussillon à l’exception du département des Pyrénées-Orientales. Ce nom désigne actuellement l’aire historique de la langue occitane, soit le sud de la France ainsi que quelques vallées italiennes et espagnoles. Le Midi désigne le sud de la France et se confond en grande partie avec l’aire linguistique de l’occitan en France même si ses limites sont très vagues. Mais pour les parisiens, le Midi c’est surtout la Provence, celle de Fernandel et de Pagnol.

Enjeux géographiques

Languedoc Occitanie

Midi

Dans son acception géographique première le Languedoc englobe la totalité de l’aire linguistique occitane et catalane et par conséquent la totalité de la nouvelle région LRMP. Mais ce nom est surtout perçu dans son sens le plus restrictif chez ceux qui n’ont pas une culture historique sur ce point, notamment les plus jeunes. Il est donc clivant pour les personnes attachées à une identité catalane, gasconne ou rouergate. La région LRMP ne correspond qu’à un quart de l’aire occitane et apparaît à certains comme une confiscation au profit d’une seule région de ce nom dont l’usage devrait être réservé à l’aire linguistique. L’Institut d’Estudis Occitans affirme par exemple « Occitània es 4 regions ». Enfin l’emploi du seul nom Occitanie exclut toute référence à l’identité catalane. Pour ces raisons certains proposent d’ajouter au nom Occitanie un second nom pour former un nom composé tel que « Occitanie-Pyrénées » ou « Occitanie centrale » ou encore « Occitanie-Roussillon » ou enfin, « Occitanie-Pays Catalan », nom finalement retenu parmi ceux proposés à la consultation. Le nom Midi employé seul pose le même problème qu’Occitanie. Le Midi au sens large c’est tout le sud de la France et pas seulement LRMP. C’est pour cette raison que la dénomination « Midi-Pyrénées » avait été créée, par opposition à Midi aquitain ou Midi provençal. En revanche, contrairement à Occitanie, le nom Midi n’exclut pas le Roussillon. Toutefois, comme précisé plus haut, le nom Midi est surtout associé à la Provence pour les habitants de la moitié nord de la France.
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Blason des États de Languedoc. (Armorial des Etats de Languedoc par Denis-François Gastelier de la Tour, 1767)

Enjeux identitaires

Languedoc Occitanie

Midi

Dans son sens étymologique le nom Languedoc est fortement associé à la langue et la culture occitane puisque l’expression « langue d’oc » est la première dénomination utilisée pour désigner la langue et l’espace occitan. Par ailleurs le mot languedocien qui en dérive désigne l’occitan central, ou dialecte occitan parlé dans presque toute la région LRMP, sauf l’Ouest de l’Ariège et de la Haute-Garonne, le Gers et les Hautes-Pyrénées, situés dans l’aire du gascon, et les Pyrénées-Orientales situées dans l’aire du catalan. Tout comme Languedoc, son presque synonyme, Occitanie est un nom consubstantiellement associé à la langue et la culture occitane. Largement médiatisé par divers mouvements culturels et politiques, notamment dans les années 1960, il a en partie supplanté son rival Languedoc, parce qu’il apparaît comme ayant une extension plus large. Tout comme les noms à consonance essentiellement géographique (Pyrénées, Méditerranée…) Midi a la préférence de ceux qui craignent un nom trop identitaire pouvant être le prélude à un repli sur les identités régionales et un éclatement de la France. Il est vrai que certains catalanistes des Pyrénées-Orientales évoquent ouvertement un rattachement à la Catalogne sud, dans l’hypothèse de l’indépendance de cette région d’Espagne.   Pour d’autres le Midi est associé à une identité plutôt caricaturale, celle de l’accent chantant, du pastis, des parties de boules, des nouvelles de Daudet, des films de Pagnol et de Fernandel. Une identité dans laquelle certains habitants de LRMP peuvent se reconnaître mais qui est surtout l’identité que les habitants du Nord de la France prêtent aux provençaux.

 

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Une publicité parmi d’autres de la région Languedoc-Roussillon et sa marque « Sud de France », associant sur une même image la mer, la vigne, l’olivier symbole de la Méditerranée et quelques productions fruitières.

 

Enjeux économiques

Languedoc Occitanie

Midi

Les noms Languedoc et Occitanie semblent connus et bénéficier d’une image favorable des régions voisines, notamment en Catalogne espagnole. Mais au-delà, il n’est pas sûr que la notoriété de ces deux noms soit importante. Le nom Languedoc l’emporte sans doute en notoriété à l’étranger sur Occitanie, car ce nom a bénéficié d’une existence officielle et de campagnes de promotions via la région Languedoc-Roussillon. Les deux noms sont associés aux valeurs du sud, notamment le soleil. Mais Languedoc est plus particulièrement associé au vin et au tourisme balnéaire. Le nom évoque les vacances, le soleil pour les habitants du Nord de la France. À l’étranger il n’est pas sûr que la notoriété ce nom soit importante, sauf dans les pays francophones d’Europe (Belgique et Suisse).

Gentilé

Languedoc Occitanie

Midi

Les gentilés languedocien et occitan ont l’avantage d’exister dans différentes langues et d’être d’un usage courant. Toutefois ils possèdent une acception linguistique qui peut être source de confusion. Mais il en est de même de français, catalan, ou anglais qui peuvent désigner soit une langue, soit une personne. Il n’existe pas de gentilé correspondant à Midi. En ajoutant à ce nom le suffixe –ien ou –ois cela donnerai midien ou midois. Pas sûr que ces gentilés soit facilement associés à Midi.

     Au terme de ce comparatif le nom Midi semble recalé sur bien des points. Quant aux noms Languedoc et Occitanie, ils sont presque équivalents. Toutefois Languedoc a l’avantage de l’ancienneté, de la notoriété hors de la région et d’être plus conforme à son étendue géographique C’est sans doute pourquoi ce nom a la préférence du comité du nom, du Comité économique et social de la région et de nombre de spécialiste tels que les historiens Rémy Pech ou Emmanuel Le Roy Ladurie. (Voir article précédent). En revanche Occitanie a l’avantage de la notoriété dans la région puisqu’il n’est pas perçu par tous dans son étendue géographique large.

 

     Les sondages réalisés sur les sites des journaux donnent des indications en ce sens. Sur le site du quotidien l’Indépendant (qui couvre l’Aude et les Pyrénées-Orientales), c’est la combinaison Occitanie-Catalogne qui semble l’emporter, parce que c’est la seule qui convienne aux demandes identitaires d’une partie des habitants des Pyrénées-Orientales. (Bizarrement, la  combinaison Languedoc-Pays catalans n’a pas été proposée). Sur le site de la Dépêche (qui couvre presque toute la région), c’est le nom Occitanie qui l’emporte. Car la majorité des lecteurs de ce quotidien habitent l’ancienne région Midi-Pyrénées et plus particulièrement l’agglomération toulousaine. Autrement dit, les élites penchent plutôt pour Languedoc alors que le peuple penche plutôt pour Occitanie, où, en Roussillon, pour Occitanie-Catalogne. Le poids démographique de la ville rose est tel dans la nouvelle région que le résultat de la consultation risque donc d’être déterminé par les toulousains.

 

     Le résultat de la consultation populaire sera sans doute Occitanie, à moins qu’un effort pédagogique soit fait pour Languedoc. Toutefois, l’assemblée régionale, dans sa séance du 12 juin prochain, peut faire un autre choix, par exemple celui d’Occitanie-Pays catalan, solution politique qui peut convenir aux partisans des deux identités et qui respecte le choix populaire le plus probable. Restera alors à franchir une dernière étape, celle de la validation du nom par le Conseil d’état. Or, dans notre pays jacobin et centralisateur, dont l’administration et la majorité des hommes politiques ont rejeté plusieurs fois la ratification de la charte européenne des langues régionales, il n’est pas dit qu’un nom très identitaire tel que Occitanie-Pays Catalans soit validé.

 

 

Pour en savoir plus :
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Quéribus dans la BD (2)

Quéribus, symbole de la résistance occitane

 

     Dans un premier article nous avons découvert comment la silhouette du château de Quéribus avait inspiré le décor d’une bande dessinée mêlant aventure et fantastique au Moyen Âge : Les Compagnons du crépuscule de François Bourgeon. D’un tout autre genre est l’album Pitchou d’Oc découvre l’Occitanie, signé en 1987 par Christian Cau et Robert Pradines.  Influencés par les mouvements occitanistes les deux auteurs ont choisi de faire découvrir leur région aux enfants. Leur héros, Pitchou d’Oc, est en lui-même une synthèse des éléments mémoriels les plus emblématiques de l’histoire et la culture régionale :
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Une des vignettes illustrant le récit du siège de Quéribus en 1255 imaginé par Christian Cau et dessiné par Robert Pradines.

 

Pradines-Robert-Pitchou-D-oc-Decouvre-L-occitanie-Vol-1-Livre-846610837_L     Petit troubadour, Pitchou d’Oc est né à Cucugnan le jour de la chute du château de Montségur (16 mars 1244) d’un père toulousain et d’une mère catalane réfugiés dans les Corbières pour fuir l’Inquisition. Un temps à l’abri la famille est rattrapée par la guerre. Au printemps 1255, le sénéchal de Carcassonne et le seigneur Olivier de Termes arrivent à la tête d’une forte armée. Ils viennent réduire le château Quéribus dans lequel Pitchou d’Oc et sa famille se sont réfugiés en compagnie d’autres cathares. La forteresse semble imprenable. Aussi les assiégeants choisissent de réduire ce nid d’hérétiques par la famine. L’indomptable Chabert de Barbaira, protecteur des cathares, est contraint à négocier la reddition. Mais Pitchou d’Oc et son compagnon Amiel parviennent à s’enfuir de la forteresse par un souterrain, avant de se réfugier en Ariège…

 

     Le scénariste, Christian Cau, conservateur des archives de Toulouse, apporte à cette bande dessinée la caution scientifique et pédagogique de l’historien. Mais si le siège de Quéribus est un évènement authentique, il est associé dans la suite du récit à tout  un discours ésotérique autour du saint Graal. Les auteurs adhèrent sans réserve à une histoire et une archéologie imaginaire du catharisme née dans la première moitié du XXe siècle et toujours à la mode de nos jours. En effet, dans la suite du récit, le jeune héros suit un parcours initiatique qui le mène à la découverte du Graal au château de Montréal-de-Sos puis à recevoir la croix de Toulouse ramené d’Orient. Muni de cet objet magique, il peut voyager dans le temps à la découverte de l’histoire de l’Occitanie.
Quéribus apparaît donc, au même titre que d’autres châteaux cathares tel que Montségur, comme le support d’une histoire fantasmée où cathares et occitans sont confondus dans une perspective régionaliste et ésotérique.

 

     (A suivre…)

 

A noter : la B.D. a inspiré des organisateurs d’un trail (course à pied dans la nature) pour enfant au départ de Cucugnan qu’ils ont baptisé du nom du héros, Trail Pitchou d’Oc. Voir L’Indépendant du 17 mai 2012.
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