Le catharisme en BD vu par des Espagnols (1)

     Après la France, l’Espagne et l’Italie sont deux pays où le catharisme est un sujet à la mode, tant dans les études historiques que les fictions. Plusieurs auteurs italiens et espagnols de BD ont produit des œuvres inspirées par l’histoire du catharisme. Aujourd’hui nous nous occuperons d’une œuvre espagnole récente appartenant à une série créée dans les années 50, Capitán Trueno.

Capitán Trueno, une série à succès

En France  Capitan Trueno a été rebaptisé Amigo et publié entre 1963 et 1968 dans un "comic" du même nom. On notera que le blason aux armes de la Catalogne est devenu blanc dans la version française.

En France Capitán Trueno a été rebaptisé Amigo et publié entre 1964 et 1968 dans un « comic » du même nom, puis dans d’autres magazines. On notera que le blason aux armes de la Catalogne porté par le héros (voir ci-dessous) est devenu blanc dans la version française (voir ci-dessus).

     La série Capitán Trueno, créée en 1956 par le scénariste Víctor Mora et le dessinateur Ambrós a été principalement publiée dans des magazines espagnols de « Comics ». Cette série d’aventures type « heroic fantasy » a connu un succès mondial. Elle a été adaptée dans de nombreuses langues  et a rendu célèbre son créateur, Víctor Mora. Ce scénariste qui a travaillé également avec plusieurs dessinateurs français, est bien connu des lecteurs francophones notamment par les séries Ivanhoé dessinée par Roger Lecureux, Félina ou Dani Futuro… Plusieurs épisodes de la série qui l’a fait connaître, Capitán Trueno, ont été traduits en français et publiés dans divers « Comics » à partir de 1964. Mais une seule histoire a été éditée en album : Trueno le Paladin – La reine sorcière d’Anubis, publiée en 1991. En 2011 la série a été adaptée au cinéma sous le titre espagnol El Capitán Trueno y el Santo Grial (le capitaine Trueno et le saint Graal), rebaptisé en français Prince Killian et le Trésor des Templiers.) Le propos de ce film, qui n’a pas rencontré un grand succès, semble avoir été inspiré par  l’évocation du graal dans l’album que nous allons maintenant analyser : El último combate.

Couverture de l'album "El último combate", 2010

Couverture de l’album « El último combate », 2010

     En 2010, dix-sept ans après le dernier album paru en espagnol et avec l’accord de son créateur, Ricard Ferrándiz et Joan Boix imaginent la mort du héros. Par son scénario et son dessin, qui évoque celui des années cinquante, l’album El último combate (le dernier combat) est fidèle à la série. Il possède le charme désuet des comics d’après guerre.

Encore une histoire centrée sur le Trésor de Montségur

     Comme dans l’Or du gouffre, l’histoire dessinée par Sirius en  1968, El último combate est inspirée du même fait réel:  l’évacuation du trésor de la communauté cathare pendant le siège de Montségur. Il s’agissait simplement de l’argent nécessaire à la gestion de la communauté que l’Église cathare souhaitait mettre à l’abri des Croisés. Mais depuis la fin du XIXe siècle la nature et l’ampleur de ce trésor ont fait l’objet de nombreuses spéculations, donnant lieu à de nombreux essais et fictions souvent ésotériques et tenant peu compte des sources historiques. L’album El último combate s’inscrit dans cette lignée puisqu’il reprend la thèse d’un trésor spirituel. Voici le résumé de l’histoire :

Trueno, planche 3. Le récit de Guilhem : La nuit précédant la chute de Montségur quatre hommes se glissèrent le long d'une corde par le vertigineux précipice de la face nord, emportant avec eux le trésor des Cathares. Ce n'était pas un trésor matériel mais les manuscrits originaux sur parchemin des saints Évangiles et des textes sacrés qui ne doivent en aucune manière tomber dans les mains des troupes du roi.

Trueno, planche 3. Le récit de Guilhem : « La nuit précédant la chute de Montségur quatre hommes se glissèrent le long d’une corde par le vertigineux précipice de la face nord, emportant avec eux le trésor des Cathares. Ce n’était pas un trésor matériel mais les manuscrits originaux sur parchemin des saints Évangiles et des textes sacrés qui ne doivent en aucune manière tomber dans les mains des troupes du roi ».

    Après la mort de son amour la princesse Sigrid, le capitaine Trueno, âgé de plus de 50 ans, vit retiré dans son château de l’Ampurdan. Mais sa tranquillité est un jour dérangée par l’arrivée de Guillem, un cathare poursuivi par l’inquisiteur de Toulouse. Guillem, auquel Trueno a offert le refuge, raconte à son hôte la mission dont il est chargé. La veille de la chute de Montségur, Guillem a été chargé avec ses compagnons de mettre à l’abri le trésor de Montségur composé de textes sacrés. L’un des manuscrits a été confié au père de Guillem, à Quillan. Mais ce dernier, dénoncé, a été brulé comme hérétique. Avant de mourir il a chargé son fils de confier le manuscrit au capitaine Trueno.

     Le seigneur Almeric de Gimont et l’inquisiteur de Toulouse Pierre d’Orgès venus récupérer le manuscrit assiègent Trueno. Ils s’emparent de son château et son village par traitrise et, au mépris de la parole donnée, s’apprêtent à tuer tous les prisonniers. L’arrivée des templiers de Castelló d’Empúries sauve les villageois. Trueno et son compagnon Goliath se lancent alors à la poursuite de leurs ennemis à travers les Pyrénées pour récupérer le manuscrit. L’affrontement final se déroule au pic de Saint-Barthélemy qui domine le « pog » de Montségur. Malgré l’aide miraculeuse d’une colombe qui le débarrasse de son ennemi,  Trueno est mortellement blessé.

Dans les fictions l'inquisiteur dominicain qui croit combattre le diable est souvent présenté comme un diable, prêt à toutes les cruautés et lâchetés. Mais l'intervention divine, ici sous la forme d'une colombe, en vient à bout.

Dans les fictions l’inquisiteur dominicain qui croit combattre le diable est souvent présenté comme un diable, prêt à toutes les cruautés et lâchetés. Mais l’intervention divine, ici sous la forme d’une colombe, en vient à bout.

     La colombe se transforme alors en Esclarmonde de Foix et lui révèle qu’il se réincarnera à travers les siècles pour défendre les opprimés. Elle charge Goliath de déposer le corps de Trueno dans le lac des druides (source du Lasset sur le Saint-Barthélémy) et de ramener le manuscrit aux Templiers.

La colombe qui vient de sauver Trueno se transforme en une femme ayant l'apparence de Sigrid, celle qu'il a aimé.

La colombe qui vient de sauver Trueno se transforme en une femme ayant l’apparence de Sigrid, celle qu’il a aimé, mais qui déclare être Esclarmonde de Foix. Une note sur la même planche précise : « Esclarmonde de Foix (1155- ?) la gardienne du Graal. Personnage de la mythologie occitane. Selon la légende quand les troupes du roi de France entrèrent dans le château de Montségur, Esclarmonde, après avoir mis en sécurité le saint Graal, sauta du donjon de la forteresse en se transformant en colombe blanche et vola vers l’Orient. »

     Comme dans l’Or du gouffre les croyances et rites du catharisme sont ignorées dans cette BD, mis à part l’évocation de la réincarnation. On le voit, le catharisme vu par Ricard Ferrándiz et Joan Boix a peu de rapport avec la réalité historique et n’est qu’un prétexte à des aventures plutôt dépourvues d’imagination qui plairons certainement à des amateurs de comics des années 1950 et aux inconditionnels de cette série. Mais ce style de bande dessinée ne semble plus correspondre à la majorité du public actuel, plus exigeant.

Pour en savoir plus :

  • Sur la série Trueno : El Capitán Trueno sur Wikipédia (en espagnol).
  • Sur le trésor de Montségur : Roquebert (Michel). – « Le trésor de Montségur », dans Montségur, la mémoire et la rumeur. 1244-1994, Actes du colloque de Foix d’octobre 1994 (Archives départementales de l’Ariège, Foix, 1994) ; Peytavie (Charles). – « Le trésor des cathares : mythes et réalité », Histoire du catharisme, le magazine des hérésies et des dissidences, n° 1, été 2006, p. 22-25.
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