La cotte d’armes dans les reconstitutions historiques (BD, films et spectacles)

Tom Felton dans le rôle de Trencavel. Adaptation TV du roman de Kate Mosse

Tom Felton dans le rôle de Trencavel. Adaptation TV du roman Labyrinth de Kate Mosse. Réalisé en 2012, ce feuilleton devrait être diffusé courant 2013 à la télévision française. La cotte d’armes est à comparer avec celle dessinée par Claude Pelet en bas de cet article.

     Nous avons évoqué récemment L’apparition des cottes d’armes et housses armoriées en France. Voyons maintenant comment les films, spectacles, bandes dessinées et reconstitutions historiques utilisent ces cottes d’armes.

     Remarquons tout d’abord que les emblèmes héraldiques et plus précisément les cottes d’armes ont un côté très pratique : dans les fictions d’aujourd’hui comme dans les tournois et champs de batailles d’hier ces emblèmes permettent d’identifier facilement les protagonistes. On les rencontre donc assez souvent.

     Le plus souvent, comme sur le costume de Tom Felton en Trencavel, la cotte d’armes est décorée d’un écu aux armes qui occupe une partie de la poitrine. Ce type de représentation s’est diffusé grâce aux Comics, notamment la série Prince Vaillant créée en 1937 aux États-Unis par Harold Foster ou la série Capitán Trueno, créée en 1956 en Espagne par Manuel Gago García ; série que nous avons déjà évoquée.

Capitán Trueno

Capitán Trueno, héros créé par Manuel Gago García en 1956.

Prince Vaillant, héros créé en 1937 par Harold Foster

Prince Vaillant, héros créé en 1937 par Harold Foster

Dans les deux images ci-contre le blason portant les armoiries est dessiné dans un écu  à la fois sur la cotte et le bouclier.

Repris par le cinéma et de nombreuses œuvres, cette représentation s’impose comme celle du chevalier idéal. On la retrouve notamment dans les nombreuses adaptations d’Ivanhoé, d’après le  roman du même nom de Walter Scott. Or si je n’en connait pas l’origine, ce mode de représentation héraldique est erroné : il n’est pas conforme aux pratiques du Moyen Âge.

     En effet, les quand les armoiries naissent au milieu du XIIe siècle, elles occupent tout le champ du support sur lequel elles sont  représentées : la bannière et le bouclier appelé aussi écu. À la fin du XIIe siècle ces armoiries apparaissent aussi sur la cotte d’armes et la housse du cheval, sans toutefois se généraliser sur ces nouveaux supports. Là encore les armoiries occupent la totalité du champ, c’est à dire de la cotte ou de la housse. Cela donne une grande visibilité aux armoiries, utile dans les parades, les tournois, les champs de bataille où le chevalier cherche à être reconnu, à montrer sa richesse et sa puissance. Des armoiries se limitant à décorer la poitrine auraient été peu visibles voire inutiles car cachées par le bouclier.

Fragment de décoration armoriée provenant du castrum. Première moitié du XIIIe siècle. (bronze, or et argent). Les trous montre que cet objet était riveté ou cloué par exemple sur une pièce de harnachement d'un cheval ou un coffret pour servir de marque de propriété.

Fragment de décoration armoriée provenant du castrum de Palairac. Première moitié du XIIIe siècle. (bronze, or et argent). Les trous montrent que cet objet était riveté ou cloué par exemple sur une pièce de harnachement d’un cheval ou sur un coffret pour servir de marque de propriété.

    Au début du XIIIe les armoiries ne sont plus uniquement utilisées comme marque identitaire par le chevalier et son cheval, mais aussi comme marque de propriété dans toute la société. Les oiseaux et les chiens  de chasse sont pourvus d’une étiquette métallique aux armes de leur propriétaire appelée vervelle ou escusson. Les écus aux armes, d’abord suspendus aux murs des maisons aristocratiques, sont ensuite reproduit comme motif décoratif dans les salles de réception, à la porte des riches maisons bourgeoises et des châteaux, sur les clés de voûte des églises… Sur certains sceaux, les armoiries sont représentés par un écu aux armes. Sur tous ces nouveaux supports les armoiries sont le plus souvent inscrites dans une forme imitant celle d’un bouclier. Et dans la diversité des formes de boucliers,  le plus souvent c’est l’écu pointu qui est le plus souvent représenté. C’est ainsi que la forme de l’écu s’impose comme la forme la plus courante de représentation des armoiries.

Hans von Francolin (1520-1586) héraut d'armes au service de l'empereur du saint Empire en 1560. (Illustration extraite de Rerum praeclare gestarum intra et extra moenia munitissimae civitas Viennensis, par Hans von Francolin, Vienne, 1560. Source Wikimedia).

Hans von Francolin (1520-1586) héraut d’armes au service de l’empereur du saint Empire germanique en 1560. (Illustration extraite de Rerum praeclare gestarum intra et extra moenia munitissimae civitas Viennensis, par Hans von Francolin, Vienne, 1560. Source Wikimedia).

     C’est sans doute ce qui a induit en erreur les dessinateurs et les réalisateurs. Car les rares exemples anciens de cotte décorée d’un écu que j’ai pu repérer ne proviennent ni du Moyen Âge ni de chevaliers. Il s’agit de cottes ou tabars portés au XVIe siècle par un héraut d’armes. Le tabar à cette époque n’est plus un vêtement militaire porté sur la cotte de maille ou l’armure, mais un vêtement de parade porté par un héraut d’armes au service d’un souverain. Outre le tabar ci-contre, on peut visualiser celui du roi des armes de Navarre publié dans l’article en ligne de Mikel Ramos Aguirre: Hérauts et rois d’armes de Navarre. Ajoutons de plus que sur ces  deux exemples de tabars la représentation des armoiries sur un écu et non sur la totalité du champ est imposée par le choix de représenter des ornements extérieurs au blason: aigle bicéphale ci-contre, couronne dans le tabar du royaume de Navarre etc.

     Pour terminer voici en exemple à quoi pouvait ressembler la cotte d’armes en 1240 de Raimon Trencavel, dernier vicomte de Carcassonne , Albi et Béziers, si toutefois celui-ci en portait une.

Le vicomte de Carcassonne Trencavel en 1240. (Extrait de la couverture de l'Aude dans l'Histoire de Claude Pelet, Gauthier Langlois et Dominique Baudreu sous la direction d'Alain d'Amato. Editions Aldacom, 2006)

Raimond Trencavel, vicomte de Carcassonne en 1240. (Extrait de la couverture de L’Aude dans l’Histoire de Claude Pelet, Gauthier Langlois et Dominique Baudreu sous la direction d’Alain d’Amato. Editions Aldacom, 2006). Sur mes indications Claude Pelet a dessiné une cotte dont les armes des Trencavel occupent tout le champ. Ces armes, telles que Laurent Macé les a rétablies et qu’une fresque aragonaise du XIIIe siècle vient confirmer sont un fascé de gueules et d’argent chargé de ravelles noires. Les ravelles sont  de petites raves, autrement dit des sortes de radis. Il s’agit d’armes parlantes, les fasces tranchant les ravelles illustrant un jeu de mot en occitan « trenca ravel ».

Pour en savoir plus :

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Un commentaire pour La cotte d’armes dans les reconstitutions historiques (BD, films et spectacles)

  1. haha dit :

    Contrairement à ce que vous dites, la cotte du héraut Jean de Francolin (il est comtois, autant l’appeler par son nom de baptême) est armoriée sur toute sa surface. L’aigle n’est pas un ornement extérieur mais le meuble principal du blason et sur ce meuble s’ajoute un écu en sur le tout. Si vous regardez son portrait comme héraut Hongrie, il n’y a pas de doute à avoir: http://digital.onb.ac.at/OnbViewer/image?doc=ABO_%2BZ169084706&img=00000010.jp2&hash=5f8632209b287a10a22e913a8a3a206902495f37&w=500

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