Quand sont apparus les noms de famille dans l’espace occitan ?

Entre le XIe et le XIIe siècle.

Scène de baptême. A droite la marraine et le parrain qui tient l'enfant au dessus des fonds baptismaux. A gauche le prêtre qui asperge l'enfant d'eau bénite. Eluminure de la fin du XIIIe siècle. (Source : Autun - BM - ms. 0080, f. 216 en ligne sur la base Enluminures de l'Institut de recherche et d'histoire des textes - CNRS - Ministère de la culture) Au cours du baptême l'enfant reçoit un prénom, généralement donné par le parrain et la marraine. En recevant son prénom et son nom l'enfant entre dans une famille et un groupe social. Le choix du prénom est souvent un programme. Ainsi au XIe siècle apparaît dans l'aristocratie la mode de baptiser des garçons Roland ou Olivier. Par ces prénoms leur famille attendent de leur enfant qu'il se conduise comme les paladins, compagnons de Charlemagne et héros de la Chanson de Roland.

Scène de baptême. A droite la marraine et le parrain qui tient l’enfant au dessus des fonds baptismaux. A gauche le prêtre qui asperge l’enfant d’eau bénite. Enluminure de la fin du XIIIe siècle. (Source : Autun – BM – ms. 0080, f. 216 en ligne sur la base Enluminures de l’Institut de recherche et d’histoire des textes – CNRS – Ministère de la culture)
Au cours du baptême l’enfant reçoit un prénom, généralement donné par le parrain et la marraine. En recevant son prénom et son nom l’enfant entre dans une famille et un groupe social. Le choix du prénom est souvent un programme. Ainsi au XIe siècle apparaît dans l’aristocratie la mode de baptiser des garçons Roland ou Olivier. Par ces prénoms leur famille attendent de leur enfant qu’il se conduise comme les paladins, compagnons de Charlemagne et héros de la Chanson de Roland.

      Le système anthroponymique romain était composé de trois désignations : le prénom (nomen proprium), le gentilice (ou nom de famille), et le surnom (cognomen). Exemple : Caius Julius Caesar, connu sous le surnom de César parce qu’il serait né par césarienne. Avec la christianisation de l’Empire et les invasions germaniques ce système fait place à une dénomination reposant sur un nom unique de baptême. Suivant la mode germanique, la plupart des hommes sont désignés par un nom exprimant généralement des qualités guerrières (Bern-ard = ours fort), les femmes par un nom souvent poétique, exprimant généralement la beauté, la nature ou des qualités morales. (Brunissen = la brune ; Azalaïs = noble lande, Laureta = petit laurier).

     Entre le XIe et XIIe siècle ce mode de désignation est progressivement remplacé par une dénomination à deux éléments. Parallèlement, le nombre de prénoms employés se réduit considérablement. Ce phénomène, appelé « Révolution anthroponymique » par Monique Bourin, affecte toute l’Europe occidentale mais à un rythme et des modalités qui diffèrent suivant les régions. Le nouveau système triomphe dès le milieu du XIIe siècle dans l’espace occitan, seulement au XIIIe siècle dans le nord de la France.

      Cette révolution s’effectue généralement en deux temps. Dès le Xe siècle des individus font suivre le nom d’une désignation complémentaire personnelle, généralement introduite par une formule. Il s’agit soit d’un surnom (Bernardus Gratapaeam = Bernard gratte paille), soit d’un nom de métier (Guillelmus Faber = Guilhem le forgeron), soit le plus souvent d’une filiation explicite, généralement le nom du père ou nomen paternum (Bertrandus filius Fulconis = Bertrand fils de Foulques ; Pontius Tedomari = Pons [fils] de Tedmar) ; plus rarement le nom de la mère (Rogerius filius Guille femine ; Ermengarda filiam Rangarda). Dès le XIe siècle cette dénomination secondaire se fossilise et devient un nom de famille directement accolé au prénom. Dans un troisième temps, en particulier dans l’aristocratie, cette dénomination s’enrichit d’un troisième élément, la localisation, qui traduit l’enracinement dans le patrimoine (Raimundus Raimundi de Durfort = Raimon [fils de] Raimon de Durfort ; Berengarium del Podium = Béranger Delpech en occitan = Béranger Dupuis en français). Ce troisième élément se substitue ensuite au second. Cependant, l’ancien système de dénomination à un nom coexiste avec le nouveau encore jusqu’à la fin du XIIIe siècle, et même au delà chez les clercs et les femmes.

     On a longtemps attribué cette révolution anthroponymique à la nécessité d’éviter les homonymies. En réalité, au XIe siècle, les homonymies sont rares, et c’est justement l’utilisation d’un nom de famille qui a permis la réduction du nombre de prénoms. Au XIIIe siècle quelques prénoms : Pèire, Raimon, Bernat, Guilhem, Arnaut, suffisent à désigner les trois-quarts de la population. L’invention du nom de famille est en fait une des composantes de la mutation féodale. Elle traduit les changements d’une société qui s’enracine dans le lignage et le patrimoine.

Pour en savoir plus :

     Cet article a été rédigé en 1998 pour un ouvrage inachevé, 99 réponses sur la société médiévale occitane, qui devait être édité par le C.R.D.P. Languedoc-Roussillon et le Centre d’études cathares. Sources :

  • Brenon (Anne). – Le petit livre aventureux des prénoms occitans au temps du catharisme, Portet-sur-Garonne : Loubatières, 1992, 134 p.
  • Bourin (Monique), (dir.). – Genèse médiévale de l’anthroponymie moderne, Ire et IIe journées d’Azay le Ferron, Tours : Publication de l’Université de Tours, 1989.
  • Bourin (Monique), Chareille (Pascal), (dir.). – Genèse médiévale de l’anthroponymie moderne, IIIe et IVe rencontres d’Azay-le-Ferron, 1989-1990, Tome II-1 Persistances du nom unique. Le cas de la Bretagne. L’anthroponymie des clercs. Tours : Publication de l’Université de Tours, 1992.
  • Bourin (Monique), Chareille (Pascal), (dir.). – Genèse médiévale de l’anthroponymie moderne, Ve et VIe rencontres d’Azay-le-Ferron, 1991-1993, Tome III Enquêtes généalogiques et données prosopographiques. Tours : Publication de l’Université de Tours, 1995.
  • Morlet (Marie-Thérèse). – Les noms de personne sur le territoire de l’ancienne Gaule du VIe au XIIe siècle, 1985, 563 p. Paris : Éditions du C.N.R.S., 1968-1985, 3 tomes.
  • Zimmermann (Michel). – « Les débuts de la « révolution anthroponymique » en Catalogne (Xe-XIIe s.) », Annales du Midi, Hommages à Charles Higounet, t. CII, 1990, pp. 289-308.

Advertisements
Cet article, publié dans Article d'histoire, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Quand sont apparus les noms de famille dans l’espace occitan ?

  1. constance pressoirs dit :

    A carcassonne il y a souvent des ouvrages non terminés comment cela se fait-il ? C’est interessant de savoir quand le nom de famille est apparu donc le baptême était chrétien en occitan comme le mien 3 prénoms 2 choisis par parrain et marraine qui dans le temps s’engageaient à remplacer les parents si ceux la venaient à décéder et le nom donné par les parents…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s