Les actes de l’abbaye de Lagrasse

Premier sceau connu de l'abbaye de Lagrasse, 1215. La Vierge assise sur un siège à accoudoirs, couronnée, portant l'enfant Jésus nimbé sur son genou gauche et une palme dans sa main droite. Appendu à une sentence arbitrale réglant les différents entre Simon de Montfort et l'abbaye de Lagrasse. Carcassonne, au palais, 24 août 1215. Archives de France, J 890 n° 16.

Premier sceau connu de l’abbaye de Lagrasse, 1215. On y voit la vierge Marie, patronne de l’abbaye, assise sur un siège à accoudoirs, couronnée, portant l’enfant Jésus nimbé sur son genou gauche et une palme dans sa main droite. Autour se développe la légende SIGILLVM S(AN)C(T)E. MARIE CRASSE. Ce sceau était appendu à une sentence arbitrale réglant les différents entre Simon de Montfort et l’abbaye de Lagrasse, datée de Carcassonne, au palais, 24 août 1215. Archives de France, J 890 n° 16. Moulage : D 8237.

     L’abbaye de Lagrasse située dans le massif des Corbières et le département de l’Aude, est l’une des plus importantes abbayes bénédictines du sud de la France. Ses abbés ont joué un rôle de premier plan dans l’histoire médiévale méridionale entre le VIIIe et le XIIIe siècles. Ses possessions, principalement issues de dons des rois de France et d’Aragon, des comtes occitans et catalans, étaient considérables. Elles s’étendaient sur les anciens diocèses de Carcassonne, Narbonne, Toulouse, Albi, Elne, Gérone et Urgell. Les archives de cette abbaye sont donc une source de premier plan pour l’histoire méridionale, et notamment pour l’histoire de l’Aude, des Pyrénées-Orientales et de l’Ariège. Trois historiens ont plus particulièrement étudié ces archives. Élisabeth Magnou-Nortier et Anne-Marie Magnou ont publié en 1996 dans le tome I du Recueil des chartes de l’abbaye de La Grasse les actes datés de 779 à 1119. En 2000 Claudine Pailhès publiait dans le second tome du même recueil les actes datés de 1119 à 1279. Ces deux recueils viennent d’êtres numérisées et sont désormais accessible sur la bibliothèque numérique Gallica. Enfin Jean Blanc, conservateur aux Archives de l’Aude avait étudié les archives de la fin du XIIIe et du XIVe pour sa thèse, dont une synthèse a été publiée dans la revue Archéologie du Midi médiéval.

     Exploitant à la même époque le riche fonds des archives de Lagrasse conservé aux Archives de l’Aude pour mon étude sur Olivier de Termes, j’avais publié dans le Bulletin de la société d’études scientifiques de l’Aude une note de lecture sur la publication du premier tome du Recueil. Vous la trouverez ci-dessous. Vous trouverez également ici une version de cette note enrichie d’additions et corrections portant sur les deux tomes du Recueil : Note sur les actes de l’abbaye de Lagrasse. J’y ai en particulier rectifié beaucoup de localisations erronées de lieux et ajouté quelques références d’actes. Enfin vous trouverez en ligne sur le site Persée d’autres comptes-rendus des mêmes ouvrages ainsi que plusieurs articles sur Lagrasse.

Ci-dessous : Acte par lequel Olivier de Termes donne à l’abbaye de Lagrasse les castra de Lairière, Palairac et Quintillan. Daté de Lairière, 5 février 1260 et scellé du sceau d’Olivier de Termes. (A.D. Aude H 26/13. Voir Recueil des actes de l’abbaye de La Grasse, t. II, acte 212.)

Donation d'Olivier de Termes à l'abbaye de Lagrasse

Note de lecture : Élisabeth Magnou-Nortier,
Anne-Marie Magnou – Recueil des chartes de l’abbaye de La Grasse.
Tome 1, 779-1119

     Le premier tome des Chartes de l’abbaye de Lagrasse a été édité en 1996 dans la prestigieuse collection de documents inédits sur l’histoire de France, dont il constitue le volume 24 de la série in 8°. Comme nous a habitué cette collection, ce volume constitue un modèle de rigueur en matière d’édition de textes. Cela ne peut donc que nous faire regretter que ces publications ne soient pas plus nombreuses en France, que le coût de cet ouvrage (400 F) et sa distribution quasi confidentielle en limitent la diffusion à quelques institutions. Nos voisins catalans font preuve d’une politique de publication de sources beaucoup plus ambitieuse tant sur la diffusion et les prix que sur le volume puisqu’ils sont en train de publier méthodiquement la quasi-totalité de leurs archives médiévales. Et pourtant ils possèdent le fonds le plus riche d’Europe pour la période antérieure au XIIe siècle.

      Cette publication est l’œuvre d’Élisabeth Magnou-Nortier et d’Anne-Marie Magnou. La première est l’auteur d’une thèse sur la société laïque et l’église dans la province ecclésiastique de Narbonne (fin VIIIe- fin XIe) qui l’avait amené à s’intéresser au fonds de Lagrasse. La seconde a déjà à son actif la publication avec Pierre Gérard des Cartulaires des templiers de Douzens dans la même collection.

     L’ouvrage commence par une solide introduction portant d’abord sur l’abbaye de Lagrasse, ses historiens et son histoire. Elle comprend ensuite une étude lexicographique sur la gestion du patrimoine monastique où sont notamment analysés les sens des mots villa, villare, alleu, manse… Cette introduction se termine en énonçant les principes d’édition du recueil.

     Le choix a été de retenir tout acte provenant des fonds de l’abbaye de Lagrasse conservés aux Archives de l’Aude ou connu par des copies ou éditions anciennes, et d’y adjoindre tout acte intéressant l’histoire de l’abbaye quel qu’en soit l’origine. A cela deux exceptions : les auteurs n’ont pu (par manque de temps ?) accéder aux archives catalanes. C’est d’autant plus regrettable que les Archives de la couronne d’Aragon conservent à Barcelone un fonds d’une dépendance de l’abbaye, le prieuré de Ridaura, qui semble comprendre de nombreux originaux et inédits. On trouvera la plupart des références de ces actes dans un article de J.M. Salrach qui a exploité ce fonds dans un article sur les donations catalanes à Lagrasse (cf. plus bas). Si cet article est sans doute paru trop tard pour être pris en compte ici, il reste dommage que les deux éditeurs n’aient pu entrer en contact avec les chercheurs catalans. L’autre exception faite par les éditeurs est de ne pas prendre en compte les donations faites à Lagrasse qui ne la concernaient pas autrement. Pourtant, les testaments catalans exploités par Pierre Bonnassie dans sa thèse, comportent parfois des donations de biens fonciers à Lagrasse. Sans ces actes, on ne peut comprendre l’origine d’une partie du patrimoine foncier de l’abbaye. De manière plus générale, tous les actes ne concernant que partiellement ou accessoirement Lagrasse et dont l’édition n’avait pas sa place ici, auraient mérité d’être signalés par une courte analyse en annexe. Je pense en particulier au plaid tenu en 1026 par l’abbé de Lagrasse et d’autres prélats pour régler un différend entre les abbés de Lézat et de Simorre, publié par Paul Ourliac et A. M. Magnou dans le Cartulaire de l’abbaye de Lézat. Cet acte est en effet révélateur du prestige de l’abbaye qui apparaît à cette date comme un conservatoire du droit romain. Tous ces actes omis témoignent du rayonnement de l’abbaye audoise en Catalogne et en Languedoc.

     Au total l’édition rassemble 208 actes datés de 779 à 1119, dont environ un tiers sont inédits. Pour les textes déjà connus l’édition est presque toujours l’occasion d’améliorer le texte. Les auteurs ont aussi repéré un grand nombre d’actes faux, fabriqués au début du XIe ou au XIIIe siècle. On dispose ainsi sur l’Aude et plus généralement sur le Languedoc et la Catalogne d’un corpus de textes fiables et intéressant de nombreux sujets. L’exploitation de cette documentation est facilitée par trois index (personnes, lieux, matières). Cependant, tout travail de cette ampleur comporte des petits défauts. L’identification des noms de lieux de l’Aude s’est faite à partir du Dictionnaire topographique de l’Aude de l’abbé Sabarthès. Or cet ouvrage pourtant indispensable comporte de nombreuses erreurs d’identification que l’on retrouve donc dans l’index. Pourtant une confrontation des textes et des cartes I.G.N. permet de corriger un grand nombre de ces localisations. C’est ce que nous avons fait pour un secteur que nous connaissons bien, les Corbières. Nous avons révélé également quelques lacunes dans l’index matière, notamment sur le vocabulaire des fortifications, fait quelques additions et corrections que l’on trouvera ci-dessous.

     Ce recueil qui constitue déjà une référence devrait être suivi bientôt dans la même collection d’un second volume. Ce second volume, œuvre de Claudine Pailhès actuelle directrice des Archives départementales de l’Ariège, comprendra les actes de l’abbaye de Lagrasse de 1119 à 1279([1]). Souhaitons qu’il puisse intégrer ces quelques remarques.


Notes

(1) Voir SALRACH (J.-M.),  » Memoria, poder i devociò: donacions catalanes a La Grassa (segles IX-XII) « , Histoire et archéologie des terres catalanes au Moyen Âge, Presses universitaires de Perpignan, 1995, p. 103-118.

(2) BONNASSIE (P.). – La Catalogne du milieu du Xe siècle à la fin du XIe siècle, Toulouse : Publications de l’Université de Toulouse-le-Mirail, 1975-1976, 2 vol.

(3) ZIMMERMANN (M.),  » La datation des documents catalans du IXè au XIIè siècle. Un itinéraire politique « , Annales du Midi, tome 93, 1981, p. 345-375.

(4) En attendant cette publication on pourra consulter la thèse de C. PAILHÈS : Les actes de l’abbaye de Lagrasse, 1115-1279 aux Archives Départementales de l’Aude sous la cote 2J 219. [Thèse parue depuis la publication de cette note de lecture : Pailhès (C.). – Recueil des chartes de l’abbaye de La Grasse, tome II, 1117-1279, Paris : Éditions du Comité des Travaux historiques et scientifiques, 2000, 448 p.]

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