BD Les Pieds-Noirs à la mer

PiedsNoirsALAMerCouverture     Une bande dessinée pleine de sensibilité sur les rapports entre les communautés et générations issues du Maghreb qui vivent en France.

     J’ai fait par hasard la connaissance de Fred Neidhardt et de sa bande dessinée Les Pieds-Noirs à la mer en passant à la librairie Terres de Légendes à Toulouse. La couverture, qui représente des pieds-noirs faisant leurs adieux à la ville d’Alger en 1962 m’a immédiatement attirée. J’ai en effet vécu une partie de ma jeunesse en Alger, ville que ma famille a quittée en 1976 dans des conditions assez proches de celle des rapatriés de 1962.

     Le titre pourrait faire penser à une BD humoristique telle que l’excellente De Gaulle à la plage. Mais il fait référence aux banderoles « accueillant » les Pieds-Noirs dans le port de Marseille en 1962. Les Patos (Français de métropole) ont en effet parfois très mal accueilli les rapatriés. L’histoire commence toutefois une génération plus tard au milieu des années 1980. Daniel, un jeune en rupture avec ses parents vient rendre visite à ses grands-parents, deux pieds noirs installés à Marseille depuis l’indépendance de l’Algérie. Les deux aïeux évoquent avec leurs petits-enfants leurs origines et leurs souvenirs. Devant la télé allumée en permanence ils commentent l’actualité en émaillant leurs paroles de propos racistes. Le pépé n’aime ni les Noirs, ni les Arabes, ni les Juifs. Il a pourtant épousé une juive maghrébine et reçoit encore dans son cabinet dentaire quelques arabes qui semblent plus que des clients. La mamie justifie les propos racistes envers les Arabes en rappelant qu’elle et son mari ont été eux aussi victimes de racisme de la part des Patos. A leur arrivée en France ils devaient raser les murs.  Et elle ajoute : « Tu sais c’est pas tant aux Arabes qu’on en veut de nous avoir foutus dehors qu’à la France de nous avoir trahis et surtout à cette ordure de De Gaulle : la grande Zorah ». Pourtant la meilleure amie de la mamie est une arabe, une ancienne voisine de Constantine installée elle aussi à Marseille.

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L’Adieu à Alger la blanche. Détail de la couverture

     Les propos racistes des grands-parents inspirées par leurs rancœurs et leurs souffrances ne semblent pas se traduire en actes. Mais quand Daniel demande des nouvelles  de son cousin Stéphane, on lui répond qu’il ne fait plus partie de la famille : il veut épouser une beurette nommée Khadija. Daniel tente alors de réconcilier toute le monde…

     Dans cette bande dessinée Fred Neidhardt évoque avec beaucoup de sensibilité et de vérité les relations entre les différentes communautés. La culture, la langue et les souvenirs qui réunissent Juifs, Arabes et Pieds-Noirs du Maghreb ; la guerre qui les sépare et déchire les familles ; l’incompréhension des Français de Métropole. Il évoque aussi les rapports parfois difficiles entre les générations ainsi que les problèmes identitaires. Le jeune Stéphane rejète son origine pied-noir tout comme son amie Khadija rejète son origine arabe. Eux qui n’ont pas connu l’Algérie n’ont ni nostalgie ni rancoeur et considèrent leurs parents respectifs qui veulent empêcher leur mariage comme des fachos. 

     L’auteur qui s’est en partie inspiré de l’histoire de sa famille parvient à expliquer la complexité des rapports actuels entre les différentes communautés issues du Maghreb; des rapports faits à la fois  d’amour et de haine. En montrant tous liens qui unissent les communautés et générations il contribue à rendre absurde les préjugés et le racisme.  Par son thème et ses objectifs sa bande dessinée constitue une sorte de prolongement du Chat du rabbin de Joann Sfar et des Carnets d’Orient de Jacques Ferrandez qui décrivent le Maghreb d’avant l’indépendance. On y retrouve la même ambiance et la même sensibilité humaniste, mais avec des choix graphiques très différents. En effet Fred Neidhardt, dans la lignée de Benoît Sokal ou d’Art Spiegelman affuble ses personnages de têtes d’animaux qui contribuent à distinguer différentes personnalités.

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La mamie devant Alger. Dédicace de Fred Neidhardt

     Le second tome de cette bande dessinée qui est déjà saluée par la critique est attendu avec impatience.

Les Pieds-Noirs à la mer, préface de Joann Sfar, éditions Marabout, collection Mara-Bulles, 2013, 112 p., 13,50 €

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