Quéribus dans la BD (1)

Quéribus, une silhouette fantastique et vertigineuse

     Abandonné au XVIIe siècle, le château de Quéribus reste longtemps oublié. Mais en 1966 l’émission La caméra explore le temps diffusée sur l’unique chaine de télévision française, consacre ses deux dernières émissions aux Cathares. Le succès dans le midi de la France est considérable. À la même époque, Michel Roquebert, alors journaliste à La Dépêche du Midi, entraîne le public régional sur les chemins escarpés des« Citadelles du vertige ». Il lui ouvre bientôt les portes de l’Epopée cathare. C’est le début d’un engouement de masse pour ces citadelles qui, depuis, n’a pas cessé. Parce qu’il devient nécessaire d’expliquer à tous ces nouveaux visiteurs et curieux l’histoire et la formation de ces sites, historiens et archéologues médiévistes se lancent à leur tour dans leur redécouverte. Dans leur sillage, quelques auteurs de bandes dessinées s’inspirent de ces châteaux comme simple décor ou pour faire revivre les moments forts de l’histoire de la Croisade des Albigeois. Le château de Quéribus n’échappe pas à cette mode et apparaît dans une dizaine d’albums.

Le « Château du Maître de la Mort » des Compagnons du crépuscule (1984)

     Le château de Quéribus, planté sur un piton rocheux qui donne le vertige, ne semble pas avoir été construit par les hommes. On imagine volontiers que ce nid d’aigle soit l’œuvre et le repaire de quelque puissance fantastique ou maléfique, à l’égal du « Château du Géant » de Saint-Guilhem-le-Désert ou des nombreux châteaux du diable que l’on rencontre en France ou dans les contes. C’est certainement pour cette raison que François Bourgeon, l’un des maîtres de la bande dessinée française, s’en inspire pour imaginer son « Château du Maître de la Mort » qui apparaît dans le premier tome de sa trilogie Les compagnons du crépuscule (1984).

     Le chevalier sans visage, au cours de sa quête pour se venger du Maître de la Mort dont il a longtemps été un auxiliaire dévoué, vit en rêve une étrange aventure. Aux marges du Bois des brumes, le pays des lutins, il franchit les bornes qui délimitent le territoire du maître et découvre un étrange château.

TourMaitreMort-SortilegeDuBoisDesBrumesWeb     La silhouette du château du Maître de la Mort, qui apparait dans les planches 38 (voir ci-dessus) et 39 évoque immédiatement Quéribus. Au paysage  des Corbières François Bourgeon a emprunté, pour le premier plan, la face sud de la montagne, minérale et tourmentée ; et pour l’arrière plan, les plaines et les collines du Fenouillèdes dominées par le château. Au château de Quéribus François Bourgeon a emprunté la silhouette massive et aveugle du donjon planté sur un piton. Mais il a éliminé les bâtiments annexes qui prolongent l’édifice vers l’Ouest. Enfin, il a donné au donjon une forme rectangulaire conforme aux tours des XIe – XIIIe siècles et à l’aspect primitif de la forteresse.

Quéribus, face Est (Photos : )

Quéribus, face Est (Photo : Christian Seguié : La visite de Quéribus en 80 photos) Le donjon présente sur cette face un aspect polygonal résultant de la construction d’une véritable carapace enrobant le donjon carré du XIIIe siècle. Ces travaux, destinés à résister aux canons, datent du XVe ou du XVIe siècle. A l’arrière plan les collines et plaines du Fenouillèdes dont François Bourgeon s’est inspiré pour l’arrière plan de son dessin.

 

Henri Gaud

Face sud du château de Quéribus. (Photo : Henri Gaud pour l’Association des sites du Pays cathare.) Remarquer l’aspect minéral et tourmenté de la montagne que François Bourgeon a repris dans son dessin.

CouvDuby

Cette vue aérienne saisissante de Quéribus en couverture d’un livre à succès de Georges Duby a certainement beaucoup contribué à la popularité du château.

     François Bourgeon a réuni une importante documentation pour écrire et dessiner cette série. Outres les œuvres de René Nelli sur les troubadours, il a notamment utilisé l’Atlas des châteaux Forts (1977) et Les plus beaux châteaux-forts de France (1978) de Charles-Laurent Salch, ou encore l’Europe au Moyen Âge (1978) de Georges Duby. C’est dans l’un de ces trois livres qu’il a découvert Quéribus. Dans sa vaste documentation il a puisé bien d’autres motifs qu’il reproduit parfois fidèlement. Pour se limiter à des exemples de la région, citons la place de Mirepoix, ses « couverts » et sa « maison des consuls »; un chapiteau conservé au musée des Augustin de Toulouse figurant une chasse à l’ours; une miniature des coutumes de Toulouse… Cette richesse documentaire et le souci du détail contribuent à la qualité de la série.

La suite est à lire dans l’article suivant : Quéribus dans la bande dessinée (2) : Quéribus, symbole de la résistance occitane.

 

Pour en savoir plus :HS - Dans le sillage des sirènes

  • Présentation de la série Les compagnons du crépuscule sur la Bédéthèque.
  • Michel Thiébaut, Dans le sillage des sirènes : autour des compagnons du crépuscule de François Bourgeon, Casterman, 1992. (réédité aux éditions 12 bis, 2010).
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