Reconstituer l’ascension sociale d’un bourgeois au temps de Louis XIV : Geoffroy Petit, marchand mercier, directeur des Postes, intendant militaire puis seigneur de Nanteau-sur-Lunain

La découverte d’un parchemin du XVIIe siècle dans les archives familiales est le début d’une enquête ayant permis de reconstituer le parcours d’un bourgeois au temps de Louis XIV. Issu d’une famille de marchands de vin de la bourgeoisie parisienne et bourguignonne, Geoffroy Petit est un négociant aisé. Ses qualités et relations le mettent au service du ministre Louvois comme directeur général des postes de la Flandre nouvellement conquise, puis comme intendant militaire de la forteresse de Mayence où il subit un siège éprouvant. Démobilisé, il se retire dans le château et la seigneurie qu’il a acquis près de Nemours. Il est le père d’un ingénieur militaire au service de Vauban et d’un financier au service du ministre John Law. Son parcours illustre la réussite sociale de ces familles bourgeoises qui passent de la marchandise aux finances ou à l’armée pour acquérir des titres et vivre noblement dans leur seigneurie.

Fig. 1 : Une mercière, assise au comptoir de sa boutique située au pont Notre-Dame, présente un miroir et un nécessaire de toilette à trois clients de l’aristocratie ou de la haute bourgeoisie. Extrait de l’ Enseigne de Gersaint, tableau de Watteau peint en 1720. Ce tableau peut illustrer en raccourci le parcours de Geoffroy Petit : marchand mercier derrière le comptoir de sa boutique du Pont Notre-Dame en 1663, il se retrouve à la fin du XVIIIe siècle de l’autre côté du comptoir dans la clientèle de ce genre de boutiques.

Reconstituer la vie d’un parisien

Nul ne l’ignore, la disparition des Archives de Paris en 1871 constitue une perte irrémédiable pour les historiens et les généalogistes. Cette perte est partiellement compensée par les minutes notariales des 122 études parisiennes conservées aux Archives nationales. Les minutes constituent une source d’une grande richesse, mais l’ampleur du fond constitue une difficulté, obligeant à dépouiller des milliers de pages de répertoires manuscrits pour retrouver quelques actes. Heureusement, l’action de bénévoles à travers le projet Familles parisiennes et le site Geneanet permet d’accéder à un nombre croissant de documents originaux et de dépouillements de sources. Les entraides généalogiques Le fil d’Ariane et FranceGenweb permettent d’accéder, pour ceux qui ne peuvent se rendre à Paris, à des documents non mis en ligne.

Les archives ainsi collectées doivent être ensuite analysées, vérifiées par la confrontation à d’autres sources et remises dans leur contexte à l’aide de la documentation scientifique. Il s’agit notamment de reconstituer les réseaux de la personne étudiée, de retracer son itinéraire, de combler les lacunes par des hypothèses étayées, de mettre en perspective les faits. Là aussi, le travail est facilité par la mise en ligne de nombreuses ressources, sources primaires et analyses scientifiques, notamment sur les sites Gallica et Persée, et d’outils comme le Géoportail pour se situer dans l’espace sur des cartes du XVIIIe siècle à nos jours. Cela ne dispense pas, quand on le peut, de se rendre dans les dépôts d’archives et dans les médiathèques pour y trouver des ressources complémentaires.

Le présent travail est le fruit d’une enquête généalogique et historique intermittente commencée en 2008 quand l’un de mes cousins éloignés, le docteur Merlin, a bien voulu me prêter les archives de nos ancêtres communs. Parmi celles-ci, figurait un cahier parchemin de huit pages contenant le contrat de mariage de Jean-Baptiste Pinterel, écuyer, sieur de Villeneuve et Marie Nicole Petit, fille de Geofroy Petit, directeur général des postes de Flandres (fig. 2). Ce document a été le point de départ d’une recherche encore en cours, permettant quatorze ans plus tard d’écrire cette reconstitution.

Fig. 2 : Contrat de mariage de Jean-Baptiste Pinterel, écuyer, sieur de Villeneuve, fils de Jean Pinterel, écuyer, seigneur de Montouny et de Villeneuve, capitaine exampt des gardes du corps du Roy, et dame Anne Payen d’une part ; et Marie Nicole Petit, fille de Geofroy Petit, directeur général des postes de Flandre et dame Andrée Dannequin d’autre part. Acte passé le 11 juillet 1684 devant Nicolas Thibert et Pierre Benoist, notaires à Paris. (Archives privées Merlin. La minute de l’acte est conservée aux Archives nationales de France, Paris, MC/ET/LXXII/106). Ce type de copie d’acte notarié destiné au client, dénommé grosse ou expédition, est souvent plus soigné que l’original, dénommé minute, conservé par le notaire. D’où l’emploi comme ici de parchemin au lieu de papier. Parmi les témoins de l’acte figurent Marie Henry épouse Moreau, nourrice du Dauphin, marraine de l’épouse ; Nicolas Petit de Marivats, valet de chambre de Louis XIV, cousin de l’épouse ; le dramaturge Jean Racine, cousin de l’époux.

Une dynastie de marchands de vin parisiens et bourguignons

Geoffroy Petit est né avant 1638 de Geoffroy, marchand de vin qui se qualifie d’honorable homme et bourgeois de Paris, et d’Anne de Compans, sœur d’un marchand-pelletier parisien. Il appartient par sa naissance et son métier à la vieille bourgeoisie.

Être bourgeois de Paris ce n’est pas seulement un titre, c’est aussi bénéficier de privilèges. Depuis un édit royal de 1391, les bourgeois de Paris bénéficient de privilèges proches de la noblesse. Certains sont honorifiques tels que le droit de porter une épée ou des armoiries timbrées ; d’autres sont financiers tels que l’exemption certains impôts et taxes : ils ne paient pas la taille, impôt royal dû par tous les sujets non privilégiés, ni le franc-fief, droit que le roturier doit payer au roi à l’acquisition d’une seigneurie. Ils bénéficient encore du droit de vendre en gros le vin de leur cru à domicile sans le ministère de jurés-crieurs et sans être tenu de faire enregistrer la vente, et de l’importer à l’intérieur de Paris sans payer les droits d’entrée. Ce privilège fiscal, la famille Petit en a certainement bénéficié. Car elle forme une dynastie de marchands de vin implantée à la fois à Paris et en Bourgogne où elle possède certainement des vignes.

En effet, certains membres de la famille sont originaires de Mont-Saint-Sulpice, village situé près d’Auxerre, dont le passé viticole est attesté par la toponymie. Les coteaux situés sur le versant méridional du mont portent le nom de « Sous les vignes » et un peu plus loin à l’ouest, le toponyme « Sur les caves » atteste de l’existence de caves souterraines. Le vin qui y est alors produit est expédié par le marchand montois Marin Petit à son cousin parisien Geoffroy Petit père. Ce vin est acheminé par des bateaux navigants sur l’Yonne et la Seine jusqu’à Paris. À la génération suivante, c’est Pierre, fils aîné de Geoffroy qui reprend ce commerce. Il épouse une certaine Jeanne Pèze, originaire de Mont-Saint-Sulpice où leur fils aîné Edme naît en 1626.

Il faut dire que le marché du vin est alors juteux et en pleine expansion. Avec une population parisienne qui passe, au cours du XVIIe siècle, de 300 000 à 500 000 habitants, et une consommation moyenne annuelle de 75 litres par personne[1], les besoins sont énormes. Le vignoble francilien, bien qu’étendu et de qualité, ne suffit pas à étancher la soif des Parisiens qui importent depuis longtemps du vin de Champagne et de Bourgogne. De plus de nouveaux marchés se développent : le vin français est exporté massivement vers l’Europe du Nord via la Hollande. Les ports de Rotterdam et Amsterdam deviennent les pôles du commerce international de vin et de bien d’autres marchandises. Les Petit ont certainement pris part à ce nouveau marché en vendant du vin aux Hollandais et en rapportant en contrepartie d’autres marchandises qu’ils pouvaient revendre à Paris. Cette diversification commerciale expliquerait que Geoffroy fils ne soit pas devenu marchand de vin, mais mercier.

Geoffroy Petit, marchand mercier et bourgeois de Paris

Fig. 3 : Bien que le port d’armoiries soit permis à tous, tous n’en portent pas et leur usage constitue un signe de notabilité. C’est pourquoi Geoffroy Petit, comme d’autres membres de sa famille, a fait enregistrer les siennes par le juge d’armes d’Hozier. L’Armorial général de la généralité de Paris lui attribue des armes se blasonnant « d’azur à 3 étoiles d’or »[1] qu’il faut sans doute rectifier en « d’azur au chevron d’or accolé de 3 étoiles de même », qui sont les armoiries de sa fille Marie, de son fils Jean-Baptiste Geoffroy Petit de Saint-Lienne et de son neveu Nicolas Petit de Marivats (fig. 4).


[1] Armorial général de France, dressé en vertu de l’édit de 1696 par Charles d’Hozier, volume XXIV Paris II, p. 1655. Jacques Meurgey de Tupigny, Armorial de la généralité de Paris dressé par Charles d’Hozier…, tome III, 1966, p. 444.
Fig. 4: Armoiries de Nicolas Petit de Marivats, neveu de Geoffroy

Qu’entend-on par mercier au XVIIe siècle ? Selon le premier Dictionnaire de l’Académie française publié en 1696, un mercier est un « marchand qui a droit de vendre en gros et en détail toutes sortes de marchandises, et qui fait principalement commerce de marchandises de soie de plusieurs choses servant à l’habillement et à la parure ». Les éditions suivantes de ce dictionnaire témoignent de la diversité de ces marchandises : « la mercerie comprend entre autres le commerce des métaux et des armes, des pierres précieuses et bijoux, des peaux, étoffes et objets d’ameublement, ainsi que les articles dits de menue mercerie : rubans, dentelles, passementerie ». Les merciers sont alors, selon René de Lespinasse, « des grands négociants qui centralisent dans leurs entrepôts des marchandises du monde entier »[2]. Certains ne sont pas seulement des négociants, mais aussi des décorateurs qui s’appuient sur un réseau international d’artistes pour fournir en meubles, bijoux et décorations la haute aristocratie[3].

Sur ce que vendait Geoffroy et sur sa clientèle, nous ne pouvons que faire des hypothèses. Parmi les effets qu’il laisse à sa mort chez sa sœur en 1701, se trouvent quelques objets qui ont pu figurer dans son commerce : une cravate de mousseline garnie de dentelle de Malines, c’est-à-dire provenant des Pays-Bas espagnols ; des cannes des Indes, c’est-à-dire des cannes en bambou venu d’Asie. Quant à sa clientèle, à l’aune de ses relations attestées plus tard avec le ministre Louvois, elle devait comprendre, au moins en partie, des membres de la haute aristocratie. La position de plusieurs de ses proches vivant dans l’intimité de la famille royale a pu faciliter son activité. La marraine de sa fille, Marie Henry épouse Moreau, est la nourrice du dauphin Louis ; son neveu Nicolas Petit de Marivats, est valet de chambre de Louis XIV.

Fig. 5 : Armoiries du corps des merciers de Paris, 1674. Les armes des merciers comportent des bateaux empruntés aux armes de Paris et évoquent l’importance du commerce fluvial. Leur nombre, trois, rappelle la place des merciers dans la hiérarchie des Six corps des marchands. Ces armoiries sont entourées de celle des gardes dirigeant la corporation cette année-là. (Source : Les métiers de Paris, t. II, p. 284).

Si les éléments manquent pour déterminer la position financière de Geoffroy, nous pouvons tout au moins déterminer sa position honorifique dans une société où l’on est très attaché à son rang. Il appartient, nous l’avons dit, à la bourgeoisie de Paris qui compose un ordre moyen entre les grands officiers et le menu peuple. C’est dans cette bourgeoisie que se recrutent les échevins municipaux, les marguilliers des fabriques, les titulaires d’offices royaux ou municipaux. Mais cette bourgeoisie est divisée elle-même en de subtiles catégories hiérarchisées. L’historienne Laurence Croq l’explique ainsi : « l’intégration des magistrats, des avocats et des bons marchands dans la sphère commune des notables, c’est-à-dire de l’élite politique urbaine, s’exprime dans le système des titulatures : le grand robin est « noble homme monsieur maître », l’ancien échevin se présente comme « noble homme » ; le « marchand bourgeois de Paris » prend l’avant-nom d’« honorable homme », dernier maillon de la chaîne des appellations puisque les marchands sont les derniers du peuple qui portent qualité d’honneur »[4]. Et en haut de la hiérarchie des marchands se tiennent les Six corps qui sont, dans l’ordre de préséance, les drapiers, les épiciers, les merciers (fig. 5), les fourreurs, les bonnetiers et les orfèvres. Les marchands de vins et taverniers n’en font pas partie bien que leur communauté ait tenté à de nombreuses reprises de s’y faire accepter[5]. Dans l’ordre de préséance, Geoffroy père, marchand de vin, se place donc en bas de l’échelle des bourgeois, mais avant les artisans et notaires, rejetés dans la catégorie de simple habitant de Paris ou d’homme du peuple. En revanche son fils Geoffroy en qualité de mercier, tout comme son beau-fils Martin de Saint-Amand en qualité de marchand pelletier, appartiennent aux Six corps, l’association des corps marchands les plus prestigieux qui accaparent le pouvoir municipal et exercent une influence politique à l’échelle du royaume[6]. Geoffroy Petit fils possède donc un métier plus honorable que son frère Pierre Petit en qualité de marchand de vin, ses beaux-frères Jean Moynet en qualité de marchand grainier, Denis de Lespine, en qualité de maître pâtissier et Jean Dossier en qualité de maître tonnelier. Mais il n’est pas à la hauteur de la réussite sociale de son neveu Nicolas Petit (1633-1712). Celui-ci, par sa charge de valet de chambre du roi Louis XIV, est entré dans la noblesse en qualité d’écuyer et a reçu les titres de chevalier de l’Ordre royal de Saint-Lazare et de Notre-Dame-du-Mont-Carmel. Sa fortune lui a permis d’acquérir un fief et de vivre en seigneur châtelain. L’on voit donc, dans la famille Petit comme celles de bien des notables parisiens, une diversité de métiers et une certaine perméabilité sociale entre les artisans, les bourgeois et les nobles.

Fig. 6 : Signature de Geoffroy Petit et de son épouse Andrée Dannequin sur leur contrat de mariage du 20 janvier 1663. Leur écriture soignée, comme celle de tous les autres témoins, témoigne d’un usage courant de l’écriture qui caractérise la bourgeoisie cultivée. (Archives nationales, Paris, MC/ET/CV/754).

En 1663, installé socialement, Geoffroy prend femme et la choisit dans le même milieu social que lui (fig. 6). Son épouse, Andrée d’Annequin, est la fille d’un marchand de vin parisien. Comme la majorité des mariages, leur union donc est endogamique, tant d’un point de vue social que géographique. Toutefois, par sa mère, Andrée est issue d’une union hypergamique : sa mère appartient à une famille socialement plus élevée que son époux, et exogamique, elle n’est pas d’origine parisienne. En effet Michelle Le Normant épouse Dannequin est issue de la petite noblesse seigneuriale de l’Orléanais.

Fig. 7 : Nicolas et Jean-Baptiste Raguenet, La joute des mariniers, entre le pont Notre-Dame et le Pont-au-Change, 1751. (Musée Carnavalet, Paris). En 1663 Geoffroy vit dans l’une de ces maisons étroites à cinq niveaux où l’on voit les spectateurs assister aux joutes. Côté Seine elle donne sur les deux pompes Notre Dame, visibles à gauche, qui alimentent les fontaines du quartier. Sous une arche du pont est amarré un bateau-moulin muni de deux roues à aubes. À l’arrière-plan, au-delà des arches, on aperçoit les maisons du quai de Gesvres et du quai de l’Hôtel-de-Ville.

Le couple réside d’abord dans une maison située sur la partie ouest du pont Notre-Dame, comprise dans la paroisse Saint-Jacques de la Boucherie. C’est l’une de celles dont on peut voir la façade côté Seine sur le tableau de Raguenet (fig.7). La famille s’y agrandit de quatre enfants : Marie-Nicole, née en 1666, Charles, André, et Claude, né en 1669.

Fig. 8 : Perspective cavalière du Pont Notre Dame, extraite du Plan de Turgot, réalisé en 1734-1739. Sur la Seine sont figurées des barques et péniches assurant la plus grande partie du trafic marchandise de la capitale.

Le pont Notre-Dame, construit au XVIe siècle, forme alors une rue animée bordée de 70 maisons avec boutique au rez-de-chaussée (fig. 8). Donnant accès au nord à la rue Saint-Martin et au sud à la rue Saint-Jacques, il est placé sur l’un des axes majeurs de la ville et à proximité immédiate des quais de la Seine. Facilement accessible aux marchandises par voie terrestre ou fluviale, situé au cœur de la capitale, c’est l’emplacement idéal pour y faire du commerce. Les Petit y possèdent une boutique à l’enseigne « Aux deux aigles d’or couronnés » où Geoffroy exerce en famille une partie de son activité. Mais l’essentiel de son activité, comme celle de ses collègues, doit se manifester dans les grandes foires, Landit, Saint-Denis, Saint-Germain des Prés et dans les marchés hebdomadaires des Halles où l’on trouve les merciers en rapport avec tous les autres métiers comme intermédiaire et revendeurs. Enfin la recherche de marchandises doit l’amener à voyager, particulièrement vers les Pays-Bas où on le retrouve quelques années plus tard dans un autre métier.

Fig. 9 : L’enseigne de Gersaint, peinte par Watteau en 1720 pour la boutique de l’un des plus célèbres merciers parisiens, installé au Pont-Notre Dame comme Geoffroy Petit un demi-siècle plus tôt. Cette image est la seule qui montre l’intérieur d’une mercerie du XVIIIe siècle. Elle témoigne de la diversité des objets qui pouvaient être vendue dans cette boutique, connue aussi pour ses objets importés d’Orient : outre les tableaux, on observe sur le comptoir un petit miroir et des effets de toilettes, au fond une horloge et de grands miroirs. À droite, derrière un comptoir, Madame Gersaint présente un miroir à trois clients. À gauche, deux commis emballent des tableaux dans une caisse. Watteau a idéalisé la scène en prenant quelques libertés avec la réalité, notamment en faisant disparaître la façade côté rue et en donnant plus d’ampleur à la boutique qui était en réalité exigüe.

Geoffroy Petit, directeur général des postes de Flandre

Fig. 10 : Le protecteur de la famille Petit : François Michel Le Tellier, marquis de Louvois (1641-1691) peint d’après Pierre Mignard (Musée des Beaux-Arts de Reims). Le ministre pose la main sur le plan d’une fortification évoquant sa fonction de secrétaire d’État à la Guerre.

Sous Louis XIV, les postes sont affermées et leur direction est confiée, entre 1668 et 1691, à François Michel le Tellier marquis de Louvois, secrétaire d’État à la Guerre et surintendant des Postes (fig. 10). Cette dernière fonction lui permet de surveiller les entrées et sorties du territoire de correspondance et de personnes dans un but diplomatique et militaire. En 1667, après la conquête, sur les Pays-Bas espagnols, de Lille et d’une partie de la Flandre, Louvois crée une direction générale des postes de Flandre. Celle-ci est détachée de la direction générale des Postes des Pays-Bas et de l’Empire concédée au prince de Taxis. Le premier directeur connu en est un bourgeois de Paris, Jacques Charlier, fils d’une certaine Marie Petit. Geoffroy Petit, qui est peut-être l’un de ses parents, lui succède en 1681[7]. Cette nomination s’explique par les relations de la famille Petit avec Louvois. En effet le neveu de Geoffroy, Nicolas Petit de Marivats, est un proche du ministre. En atteste sa présence, celle de sa famille et de ses collaborateurs au mariage de Nicolas en 1673. De plus Geoffroy Petit, par son expérience de marchand, s’est sans doute constitué un réseau aux Pays-Bas et possède les qualités de gestionnaire nécessaires à la fonction de directeur des postes. Il est de la même génération que Louvois et appartient, comme les ancêtres du ministre, à la vieille bourgeoisie marchande parisienne. Autant de points communs qui ont pu favoriser cette nomination. Il est représentatif de cette bourgeoisie dans laquelle la monarchie recrute des commis bien plus fidèles et compétents que ce que peut fournir la vieille aristocratie.

Fig. 11 : À gauche, une voiture de messagerie transportant passagers et petits colis. Ces voitures, payant une redevance à la ferme des postes, n’étaient autorisées à voyager que de jour. À droite des messagers de la poste aux lettres à cheval. Ceux-ci étaient autorisés à voyager de nuit. Voitures de messagerie et messagers à cheval changeaient leurs chevaux dans des relais, tenus par des maîtres de poste, jalonnant les grandes routes tous les 7 lieues (environ 28 km). Extrait de la Carte de toutes les postes et traverses de France publiée par Nicolas Langlois.

L’historien Eugène Vaillé, dans son Histoire générale des postes françaises, nous donne quelques précisions sur la carrière postale de Geoffroy.En 1681 il se trouve à Maastricht, ville rendue depuis peu par les Français aux Provinces-Unies. De là Louvois l’envoie remplacer Charlier à la tête des postes de Flandre. Le ministre est en correspondance suivie avec Geoffroy Petit auquel il envoie sans cesse des instructions, s’étonnant des initiatives de son agent quand il écrit au commis de Maubeuge, sur un ordre du maréchal d’Humières, de faire mettre en liberté un messager arrêté. La correspondance de Louvois nous apprend encore que Geoffroy est « habilité à visiter les bureaux de Flandre, tant des places du côté de la mer que de l’Artois et du Hainaut ». Il y possède des compétences très larges, relevant non seulement de l’administration, mais aussi de police comme le révèle l’arrestation du messager de Maubeuge. Il contribue au renseignement militaire et diplomatique en interceptant du courrier ou en recevant des dépêches apportées par des messagers clandestins, notamment venu de Mons aux Pays-Bas espagnols. C’est d’ailleurs sans doute non loin, à Valenciennes, qu’il réside avec sa famille. Cela expliquerait que son fils Claude y ait fait l’acquisition d’une rente de seize cents livres à fonds perdu sur la ville. Valenciennes est alors la ville la plus importante située sur la route postale entre Paris et Bruxelles, comme le montre la Carte de toutes les postes et traverses de France publiée en 1626 par Nicolas Berey (fig. 12).

Fig. 12 : Carte géographique des postes qui traversent la France, levée par Nicolas Sanson d’Abbeville, gravée par Melchior Tavernier à Paris, 1632. Le réseau postal relie les grandes villes de France mais aussi l’Europe du Nord et l’Europe du sud. Le contrôle de ce réseau permet d’intercepter, pour des raisons militaires ou diplomatiques, les courriers échangés entre les possessions espagnoles et flamandes des Habsbourg.

Les attributions de Geoffroy l’amènent à travailler avec les grands voyers, les responsables des routes royales sur lesquelles circulent les messagers à cheval. L’un d’eux est Jean-Baptiste Pinterel, président et trésorier général des finances et grand voyer en la généralité de Soissons. Il devient son beau-fils en 1684, en épousant Marie-Nicole, l’aînée des enfants Petit. Incidemment le mariage permet à cette dernière d’intégrer la noblesse, signe d’ascension sociale de la famille. En effet Pinterel est issu d’une famille de la bourgeoisie anoblie. Comme son père et ses cousins présents au mariage, il porte le titre d’écuyer et vit noblement dans une seigneurie, celle de Villeneuve-sur-Fère près de Château-Thierry. C’est aussi un cousin issu de germain du dramaturge Jean Racine, témoin du mariage.

Jusqu’à quand Geoffroy reste-t-il à la tête des postes de Flandre ? Sans doute jusqu’à sa nomination comme intendant à Mayence.

Geoffroy Petit, intendant de Mayence

Dans les titres que donnent les héritiers de Geoffroy à leur père figure celui de ci-devant intendant de Mayence (ou à Mayence). Il s’agit manifestement pour la famille d’un titre de gloire. Les actes retrouvés ne donnent pas de précision sur la date et la nature de cette charge d’intendant. Mais une recherche en allemand avec l’expression « intendant von Mainz » m’a permis de retrouver un récit du siège de Mayence où notre homme apparaît dans cette fonction. Le récit, écrit par un membre de la garnison, est sans doute un rapport réalisé pour le secrétaire d’État à la Guerre et le roi[8]. Il a été exploité par l’historien allemand Johann Heinrich Hennes pour son étude Le siège de Mayence en 1689[9] auquel nous empruntons quelques lignes.

Fig. 13 : Vue de la ville de Mayence assiégée par le prince Charles de Lorraine. Gravure anonyme publiée en 1689 par François Jollain l’aîné (1660-1704), à Paris rue Saint-Jacques à l’enseigne « À la Ville de Cologne » (Bibliothèque nationale de France, GE D-8768, en ligne sur Gallica). Cette vue cavalière du siège est prise depuis le camp des Impériaux au sud-ouest. Au premier plan, l’attaque menée par les Impériaux, au second, la ville fortifiée défendue par la garnison française, au troisième, le Rhin et au dernier la ville de Cassel. En haut, armes de la ville et dans un cartouche, plan de la ville.

En octobre 1688, lors de la guerre menée par Louis XIV contre la Ligue d’Augsbourg, les troupes françaises dirigées par Duras et Vauban s’emparent de la Rhénanie et de la forteresse de Mayence. La défense de la forteresse est confiée au marquis d’Uxelles, une « créature de Louvois », comme le désigne le duc de Saint-Simon. Geoffroy Petit, qui garde la confiance du ministre, le seconde comme intendant militaire. Il est sans doute accompagné de plusieurs de ses fils.

L’année suivante la coalition allemande réagit. Le duc Charles V de Lorraine, à la tête d’une coalition de princes et plus de 40 000 hommes, écarte la menace française sur Francfort en menant, à partir du 1er juin, des attaques contre les Français dans les environs de Mayence. Puis, le 17 juillet, il commence à investir Mayence (fig. 13). En face, la garnison française se monte à seulement 7 000 hommes, mais elle s’est préparée en renforçant les défenses de la ville. L’historien Hennes raconte : « Comme vous pouvez l’imaginer, [les Français] savaient que les troupes allemandes approchaient. Et maintenant il n’y avait plus aucun doute qu’il y aurait un siège dans les formes. Le marquis d’Uxelles, qui commandait les forces d’occupation, tint des conférences sur les moyens de défense avec le gouverneur de la forteresse, de Choisy. Le directeur d’artillerie de Vigny, colonel des bombardiers, dut armer les batteries avec un détachement de son régiment, et l’ingénieur de la Cour reçut l’ordre de réparer complètement les ouvrages qui n’étaient pas encore terminés et de construire plusieurs traverses dans le fossé et la forteresse. L’intendant Petit fit charrier des fascines et des palissades jusqu’aux ouvrages avancés ». « Ce qu’il fit avec une très grande diligence », précise le récit anonyme du siège. « Il s’assura également qu’il y avait un bon approvisionnement en bœufs et en moutons. Armuriers, charrons, forgerons d’outils et d’armes, tout s’est mis en branle. Le second directeur de l’artillerie, de Camelin, était chargé de préparer les batteries ; l’ingénieur de Boudeville fit déblayer quelques points d’accès plus petits des arbres et buissons aux points d’attaque. »

Fig. 14 : Extrait de la vue cavalière du siège. Au premier plan l’attaque des Impériaux menée par des tranchées creusées en zigzag pour éviter les tirs en enfilade et réduire les effets des bombes lancées depuis les remparts. Au second plan les Français se défendent sur le haut des remparts, protégés par des mantelets ou des fascines. À gauche l’un d’eux lance une bombe dans la tranchée ennemie. Sous les bastions, les Français ont aménagé des boulevards de terre. C’est là que Geoffroy Petit a fait planter des palissades destinées à gêner les tentatives d’assaut. Les Français ont abandonné les canons disposés sur les défenses avancées tels que les boulevards mais continuent de tirer depuis les bastions. Les Impériaux ont disposé les leurs dans des redoutes de terre, que les Français prennent pour cible. De part et d’autre, les panaches de fumées témoignent des échanges intenses d’artillerie.

Malgré la supériorité numérique des assiégeants, les Français se défendent efficacement. Ils multiplient les sorties, détruisent les mines et les travaux des ennemis, font des milliers de morts et de blessés parmi lesquels plusieurs princes allemands (fig. 14 et 15). Les assiégeants manquent d’hommes et de munitions, souffrent de la dysenterie. Craignant l’arrivée de renforts, ils lancent, le 6 septembre, toutes leurs troupes à l’assaut. Mais les assiégés parviennent à les repousser. Selon l’auteur anonyme du récit, le duc de Lorraine aurait certainement levé le siège s’il s’était encore prolongé longtemps. Mais le marquis d’Uxelles se trouve à court de munitions et ne peut plus attendre les renforts promis. Le 8 septembre, après sept semaines de combat acharné, il se résout à capituler. Devant cette reddition inespérée, le duc de Lorraine accepte les conditions du vaincu. La garnison française, forte encore de six mille hommes, se retire le 11, tambour battant, enseignes déployées, avec armes et bagages. Elle est conduite jusqu’à Landau, possession française la plus proche.

Fig. 15 : Plan manuscrit du siège de Mayence, 1689. (Bibliothèque nationale de France, GE D-15960, en ligne sur Gallica). Le Nord est à droite. La ville et les fortifications maçonnées figurent en rouge. Elle est entourée par le Rhin et des fossés en eau figurant en bleu-vert. La circulation des bateaux sur le Rhin est bloquée par des chaînes. L’approche de la ville par le fleuve est bloquée par une chaîne de bateaux. Les Français ont renforcé les défenses par des ouvrages extérieurs en terre figurant en vert-clair, placés devant les bastions. Ce sont sur ces ouvrages que Geoffroy Petit a fait placer des fascines protégeant les défenseurs et des palissades pour gêner les attaquants. En jaune apparaissent les tranchées et ouvrages réalisés par le duc de Lorraine ; en gris clair ceux réalisés par l’électeur de Bavière.

Quel est le bilan de ce siège ? Du côté allemand les pertes sont considérables : peut-être 14 000 morts dont un grand nombre d’officiers. Du côté français elles sont plus limitées : 1 200 blessés et 1 000 morts. Parmi eux se trouvent peut-être Charles et André Petit, les deux fils aînés de Geoffroy : ils n’apparaissent pas parmi les héritiers de leur mère en 1700 ni de leur père en 1701, preuve qu’ils sont décédés sans postérité avant ces dates. Quant au fils puîné Claude, âgé alors de 20 ans, c’est certainement à Mayence qu’il a acquis l’expérience lui permettant d’être reçu deux ans plus tard ingénieur militaire[10]. On comprend donc que le siège ait constitué un événement marquant pour la famille Petit.

Comment les défenseurs furent-ils accueillis à leur retour en France ? Le marquis d’Uxelles fut d’abord hué par la foule. Mais comme ni lui ni ses hommes n’avaient démérité, ni Louis XIV ni Louvois ne leur ont tenu rigueur de leur défaite. Aussi, l’auteur du récit du siège a pu écrire « C’est avec raison qu’on a regardé cette défense comme une des plus belles qui se soit faite du règne du roi ». Dans ces conditions, Geoffroy Petit a pu continuer de servir Louvois. Cependant, âgé de plus de 50 ans et certainement éprouvé par le siège, il se retire, sinon dès son retour en France, au moins après la mort de son protecteur en 1691.

C’est à cette date que son fils Claude est reçu ingénieur du roi. Homme de l’art formé à l’attaque, la défense, la construction et l’entretien des fortifications, il est affecté à la place de Dunkerque et participe à l’achèvement des fortifications commencées par Vauban en 1668.

Geoffroy Petit, seigneur de Nanteau-sur-Lunain

Fig. 16 : Extrait du Plan du territoire de Nanteau-sur-Lunain dressé entre 1778 et 1789 où l’on peut voir le château dans son parc, le village et le hameau de Saint-Lienne traversés par la rivière Lunain. (Plans de l’intendance de Paris, Archives de Seine et Marne, 1C40/10).

Comme beaucoup de bourgeois voulant vivre noblement, Geoffroy Petit s’achète une seigneurie, celle de Nanteau-sur-Lunain près de Nemours[11]. Il en est seigneur au moins dès 1692, date à laquelle il apparaît comme témoin sur les registres de la paroisse voisine. En effet, le dimanche 9 décembre, il est parrain d’un fils de Jacques Davisson, chevalier et seigneur de Nonville auquel il donne son prénom. La seigneurie de Nanteau comprend alors un château du XVIIe siècle (fig. 16 à 18), le village de Nanteau et le hameau de Saint-Lienne, constitué autour du prieuré de Saint-Liesne-lès-Nanteau, dépendant de l’abbaye de Rozoy au diocèse de Sens. Geoffroy, sa femme Andrée et leur fils puîné Claude se font alors désigner par le nom de leur seigneurie. Geoffroy est dit « sieur de Nanteau », sa femme est désignée sous l’appellation de « dame de Nanteau » dans un acte de baptême de 1696. Geoffroy et Claude sont dénommés « Petit dit de Nanteau » ou « Petit de Nanteau ». Quant au fils cadet, Jean-Baptiste Geoffroy, il se fait appeler « Petit de Saint-Lienne », du nom du hameau. Le fait d’accoler le nom de sa terre à son nom ou de substituer son nom par le nom de sa terre est une pratique commune qui permet de se donner une apparence de vieille noblesse terrienne. Pour les Petit, qui portent un nom très commun, c’est aussi une manière de se distinguer de leurs nombreux homonymes. Ainsi les descendants de Geoffroy Petit de Nanteau portent les noms de Petit de Saint-Lienne puis Petit de Champlain ; ceux de son frère Pierre portent les noms de Petit de Marivats puis Petit du Bois d’Aulnay, Petit de la Galanderie, Petit de Dracy, Petit de Foix, Petit d’Arthé, Petit du Motet.

Fig. 17 : Plan du château de Nanteau extrait du cadastre napoléonien dressé entre 1824 et 1850. (Archives de Seine et Marne, 4P37/3942 : section H, 2e feuille). Le rapprochement avec le plan de l’intendance montre le château et le parc dans leurs dispositions existantes à la fin du XVIIIe siècle. Le château se compose d’un bâtiment d’une cinquantaine de mètres. Il donne au sud sur une vaste cour d’une centaine de mètres de long, bordée de communs ; au nord sur un parc comprenant deux bassins et des canaux alimentés par le Lunain.
Fig. 18 : Le château de Lunain avant 1906. (Carte postale G.B.N.G. Nemours. Coll. G. Langlois). Il reprend l’ordonnance classique des châteaux de style Louis XIII : un corps de bâtiment central encadré par deux pavillons, construit en brique avec encadrements de pierre, un toit couvert d’ardoises avec lucarnes. Par ses dimensions il se rapproche de celui de voisin de Chevry-en-Sereine, construit dans un style plus sobre entre 1610 et 1633. Jusqu’au milieu du XIXe siècle deux pavillons étroits et sans doute bas prolongeaient le bâtiment de chaque côté.
Fig. 19 : L’entrée du château de Nanteau-sur-Lunain avant 1913. Carte postale A. Poignard, Nemours (Document aimablement communiqué par le COS CRPF.) La cour encadrée de bâtiments visible sur le cadastre ancien (fig. 17) a disparu pour laisser place à une vaste pelouse.
Fig. 20 : La façade nord du château, identique à la façade sud, vers 1900. Au premier plan le Lunain canalisé. (Carte postale A. Poignard photographe à Nemours). Le château, régulièrement inondé par les crues de la rivière, est alors en mauvais état. En 1913, l’industriel Gustave Lesueur le rachète pour le raser et construire un nouveau château situé à la place de la ferme, sur la colline, dans le prolongement du grand bassin.
Fig. 21 : Les écuries de l’ancien château de Nanteau (à droite). Du château classique ne subsistent que cette partie du bâtiment ouest des communs et les bassins du parc. L’ensemble abrite actuellement un Centre de réadaptation professionnelle et de formation. (Photo : COS de Nanteau).

Une fin parisienne

Le début du XVIIIe siècle commence de manière tragique pour la famille Petit. Geoffroy perd successivement sa femme Andrée, décédée en mars 1700 puis son fils Claude, mort en activité à Dunkerque, le 18 janvier suivant. Il les suit dans la mort le 2 septembre 1701. Il était alors hébergé chez sa sœur, Anne Petit veuve du sieur Martin de Saint Amand marchand pelletier à Paris, dans l’appartement que celle-ci occupait au premier étage de la maison qui avait anciennement pour enseigne « Le pot d’étain », rue au Maire, paroisse Saint-Nicolas des Champs. Marie-Nicole Petit épouse Pinterel de Villeneuve et Jean-Baptiste Geoffroy Petit de Saint-Lienne, alors âgé de 16 ans, sont ses seuls héritiers. Ils vendent peu après la seigneurie de Nanteau. Pourvu d’un héritage conséquent, Jean-Baptiste Geoffroy (fig. 19) va faire une belle carrière financière comme premier commis de John Law de Lauriston, directeur de la Compagnie française des Indes orientales et Contrôleur général des finances.

Fig. 22 : Portrait présumé de Jean-Baptiste Geoffroy Petit-de-Saint-Lienne, seigneur de Renay par Laumosnier, 1728. Ce portrait, peint à la mode aristocratique à la manière de Hyacinthe Rigaud, est une image de la réussite sociale de la famille Petit (Collection privée).

Gauthier Langlois, 20 février 2022

Notes

[1] « La vigne et le vin », France Archives, Portail national des Archives, 21 janvier 2022.

[2] René de Lespinasse, « Merciers », Les métiers et corporations de la ville de Paris : XIVe-XVIIIe siècles. II. Orfèvrerie, sculpture, mercerie, ouvriers en métaux, bâtiment et ameublement, Paris, 1892, p. 232-285. Pierre Verlet, « Le commerce des objets d’art et les marchands merciers à Paris au XVIIIe siècle », Annales économies, sociétés, civilisations, 13ᵉ année, n° 1, 1958. pp. 10-29.

[3] Rose-Marie Herda-Mousseaux, La Fabrique du luxe. Les marchands merciers parisiens au XVIIIe siècle, exposition au musée Cognacq-Jay, 29 septembre 2018-27 janvier 2019.

[4] « Des ‘bourgeois de Paris’ à la bourgeoisie parisienne (XVIIe-XVIIIe siècles) », dans Thierry Belleguic et Laurent Turcot (dir.), Les histoires de Paris (XVIe-XVIIIe siècles), actes du colloque tenu à Québec les 22-25 septembre 2010, Paris, Hermann Éditeurs, tome 1, 2013, p. 269-283.

[5] René de Lespinasse, « Marchands de vin – taverniers », Les métiers et corporations de la ville de Paris : XIVe-XVIIIe siècles. I. Ordonnances générales, métiers de l’alimentation, Paris, 1886, p. 669-699.

[6] Mathieu Marraud, Le pouvoir marchand. Corps et corporatisme à Paris sous l’Ancien Régime, Champ Vallon, 2021, 512 p.

[7] Eugène Vaillé, Histoire générale des postes françaises. Tome 4, Louvois, surintendant général des postes, 1668-1691, Paris, Presses universitaires de France, 1951, p. 74, 96, 114, 213, 215, 216, 444, 466, 535. André Corvisier, Louvois, Paris, éditions Fayard, 1983, p. 222-240.

[8] Relation du siège de Grave en 1674 et de celui de Mayence en 1689, Paris, Jombert, 1756, p. 291.

[9] Johann Heinrich Hennes, Die Belagerung von Mainz im Jahr 1689, Mainz, verlag von Victor von Zabern, 1864, p. 22.

[10] Catherine Bousquet-Bressolier, « Être ingénieur à l’aube du siècle des lumières », Bulletin du Comité français de cartographie, n° 138, décembre 1993, p. 35-42.

[11] À ne pas confondre avec Nanteau-sur-Essonne.

La généalogie de Geoffroy Petit de Nanteau est consultable sur Geneanet. Une version au format Word du présent article est disponible ici : Geoffroy Petit

Sources manuscrites

Les sources mentionnées ci-dessous n’ont pas toutes été consultées. D’autres sources sont mentionnées dans la généalogie en ligne. La liste des sources est appelée à s’enrichir grâce à la progression des dépouillements.

  • 1680, 7 octobre. Constitution de rentes par Louis Mallevillain et Nicolas Mallevillain à Mr. Geoffroy Petit. Étude de Pierre Benoist, Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/94.
  • 1680, 10 novembre. Bail de ledit sieur Geoffroy Petit à André Le Contre et Élisabeth Barthélémy sa femme. Étude de Pierre Benoist, Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/94.
  • 1681, 6 juin. Bail de Geoffroy Petit à Gratien Laurent et sa femme. Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/96.
  • 1682, 1 janvier. Constitution de rentes par Louis Broussin et sa femme à Geoffroy Petit, Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/98.
  • 1682, 14 janvier. Constitution de rentes par Louis Malvillain et sa femme à Geoffroy Petit. Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/98.
  • 1682, 17 janvier. Procuration Geoffroy Petit. Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/98.
  • 1682, 17 janvier. Remboursement Andrée Dannequin et le procureur de Geoffroy Petit à sa majesté. Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/98.
  • 1682, 19 janvier. Remboursement Andrée Dannequin à sa majesté. Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/98.
  • 1682, 7 décembre. Rachat Geoffroy Petit à Louis Malvillain. Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/101.
  • 1682, 18 mars. Constitution de rentes de la ville de Paris à Geoffroy Petit. Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/102.
  • 1682, 25 mars. Constitution de rentes de la ville de Paris à Geoffroy Petit. Archives nationales, Paris, MC/ET/LXXII/102.
  • 1687, 11 septembre. Désistance d’usufruit Geoffroy Petit et Andrée Dannequin sa femme à Jean-Baptiste Pinterel et Marie Nicolle Petit sa femme. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central. Indiqué dans MC/RE/XXXVIII/2 (minutes non conservées).
  • 1688, 26 octobre. Bail Geoffroy Petit à Claude Dannequin. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central. (minutes non conservées).
  • 1690, 8 octobre. Déclaration de Nicolas Cocuel à Geoffroy Petit. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central. Indiqué dans MC/RE/XXXVIII/2 (Minutes non conservées).
  • 1693, 29 avril. Compte et obligation Geoffroy Petit et Claude Dannequin. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central, MC/ET/XXXVIII/16.
  • 1693, 29 avril. Démission Claude Dannequin. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central, MC/ET/XXXVIII/16.
  • 1693, 30 juillet. Bail Geoffroy Petit à Jean Becquet. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central. Indiqué dans MC/RE/XXXVIII/2 (Minutes non conservées).
  • 1693, 28 novembre. Quittance de Geoffroy Petit à Jean-Louis Arnault. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central. Indiqué dans MC/RE/XXXVIII/2 (Minutes non conservées).
  • 1697, 4 février. Bail de Simon Bazin à Geoffroy Petit. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central, MC/ET/XXXVIII/26.
  • 1699, 24 décembre. Quittance du roi à Geoffroy Petit. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central, indiqué dans MC/RE/XXXVIII/2 (minutes non conservées).
  • 1700, 16 avril. Constitution de rentes par la ville de Paris à Geoffroy Petit. Étude de Pierre Aveline, Archives nationales de France, Minutier central, MC/ET/XXXVIII/34.
  • 1701, 23 septembre. Inventaire après décès de Geoffroy Petit, seigneur de Nanteau, époux de Andrée Dannequin, en présence de Jean-Baptiste Pinterel de Villeneuve et son épouse Marie-Nicole Petit, de Claude Dannequin, de Jean-Baptiste Geoffroy Petit, de Anne Petit veuve de Martin de Saint-Amand. Étude de Pierre Aveline. Archives nationales, Paris, MC/ET/XXXVIII/38. En ligne sur Geneanet : https://www.geneanet.org/registres/view/471933/179?individu_filter=19334091

Annexes

Liste des directeurs généraux des postes de Flandre

L’établissement de cette liste n’est pas une tâche facile car la Poste n’est pas à cette époque une administration mais un service concédé en fermage à des particuliers. Il n’y a donc pas d’archives publiques la concernant directement et il faut glaner des informations dans les ouvrages et archives en ligne pour parvenir à la liste suivante :

Les seigneurs de Nanteau-sur-Lunain

Fig. 23 : La façade sud du château de Nanteau-sur-Lunain avant 1910. (Document aimablement communiqué par le COS CRPF.). Le château est alors propriété du comte de La Tour du Pin.

Un sondage dans les registres de baptême, mariage et sépulture de Nanteau et quelques autres sources permet de repérer quelques seigneurs du lieu.

  • 1692-1701. Geoffroy Petit, sieur de Nanteau et son épouse Andrée d’Annequin, dame de Nanteau.
  • 1708. Gabriel de Queneville, bénéficiaire d’une lettre royale d’anoblissement.
  • 1715, 28 octobre. Honorable personne Mademoiselle Elisabeth Testard demoiselle de Nanteau (vue 163) et d’Élisabeth de la Loyre dame de Nanteau (vue 164) apparaissent comme marraines à l’occasion de deux baptêmes.
  • 1717 et 1718. Dame Marie Marthe Bellan, « dame de cette paroisse de Nanteau épouse de messire Bertrand de Sabatier écuyer, seigneur de cette paroisse, maitre ordinaire de la garde-robe de son altesse royale Madame » signe comme marraine sur deux actes de baptêmes. (Vue 173.)
  • 1728 et 1758. Joseph Michel Hyacinthe Lallemand de Betz, chevalier, fermier général et époux de Marguerite Mayet de Ratilly.
  • 1786. André François Petit, écuyer, secrétaire du roi, seigneur de Nanteau-sur-Lunain, époux de Marie Barbier, décédé vers 1786. Cet André François Petit de Nanteau a-t-il un lien de parenté avec Geoffroy Petit ? Faute de de connaître son ascendance, l’interrogation est pour l’instant sans réponse.
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4 commentaires pour Reconstituer l’ascension sociale d’un bourgeois au temps de Louis XIV : Geoffroy Petit, marchand mercier, directeur des Postes, intendant militaire puis seigneur de Nanteau-sur-Lunain

  1. Louise Caussade dit :

    Excellente « reconstitution » historique ! C’est passionnant !
    Louise

  2. Godard dit :

    Merci à l’auteur de ce passionnant article pour ses talents de conteur et de chercheur.

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