Fêtes officielles à el-Ksiba vers 1950

     Ces photographies sont extraites des archives de mon grand-père, Jean Vaugien, qui était chef du bureau des Affaires Indigènes d’el-Ksiba (Maroc) entre février 1948 et août 1951. Elles proviennent de trois reportages de photographes travaillant probablement pour des journaux ou pour l’administration du Protectorat (2). Elles illustrent plusieurs fêtes officielles à el-Ksiba et ses environs.

La visite du général Juin  - Le dépôt de gerbe au Monument aux Morts de Sarif. De gauche à droite :1e : groupe de goumiers ?2e  : général Alphonse Juin, résident général de France au Maroc (de profil)3e : commandant Jean Rousseau, chef du cercle d'El Ksiba (en blanc).

La visite du général Juin – Le dépôt de gerbe au Monument aux Morts de Sarif. De gauche à droite :1e : groupe de goumiers ?2e : général Alphonse Juin, résident général de France au Maroc (de profil)3e : commandant Jean Rousseau, chef du cercle d’El Ksiba (en blanc).

    Série 1 : 19 photos sur la visite officielle du général Juin, résident général de France au Maroc à el-Ksiba en 1949. (Les 16 premières photographies ont peut-être été prises par Jean Vaugien car il n’apparaît pas sur celles-ci).

     Série 2 : 2 photos sur la réception officielle du général Juin au cercle militaire de Kasba-Tadla (faisant suite à la visite à el-Ksiba)   (Dans la marge : « Photo Gillot, Casablanca »)

     Série 3 : 7 photos des fêtes du 14 juillet à el-Ksiba (1948, 1949, 1950 ou 1951) (Au dos : « Photoreportage Belin, 2 rue Hugo d’Héville à Rabat »)

Ce que les photos peuvent montrer :

     La visite du général Juin en 1949 et la commémoration du 14 juillet associe Berbères, Arabes et Français autour de cérémonies d’origine française (remise de gerbe au monument au mort, défilé…) et marocaine (fantasia, diffa…) pour essayer de montrer un Maroc uni dans toutes ses composantes autour de la France. Mais un examen plus poussé montre une société très hiérarchisé et clivée en deux. Chacun est à sa place suivant son origine ethnique, sociale ou religieuse. La société est dominée par les Français et au premier rang les militaires qui exercent de nombreuses responsabilité dans l’administration du Protectorat. D’ailleurs, le regard des photographes s’attache surtout sur eux. En dessous, les « indigènes », majoritaires, sont pourtant, tels des mineurs encore irresponsables, sous la tutelle de l’administration du Protectorat. Au sein de la société berbère dominent des notables issus de l’aristocratie paysanne qui cumulent souvent richesse et charges dans l’administration du Makhzen (3), comme le caïd Bassou, chef de la tribu des Aït Ouirra. En dessous, les goumiers, ces rudes soldats ayant participé à la libération de la France constituent une classe montante. Ils bénéficient d’un salaire ou d’une pension de l’armée et envoient volontiers leurs enfants à l’école mise en place par le Protectorat. Ils bénéficient donc d’avantages financiers et culturels sur le reste de la population qui est majoritairement paysanne. La distance sociale ethnique ou religieuse entre les individus n’empêche cependant pas le développement d’amitiés sincères, notamment entre le capitaine Jean Vaugien et le caïd Bassou ould Moha ou Saïd.

 Ce que les photos ne montrent pas :

     Si les photographies illustrent l’attachement réel d’une partie de la population berbère d’el-Ksiba à la France, notamment chez les notables et les soldats, elles n’illustrent pas la montée des incidents liés à des revendications d’indépendance qui se multiplient après 1945 dans tout le Maroc et notamment à el-Ksiba. Dans son mémoire achevé en janvier 1951 Jean Vaugien en est conscient et note l’existence à el-Ksiba d’une section du parti nationaliste Istiqlal qui rencontre un certain succès. Le même mois, le général Juin, soutenu par des colons conservateurs français, menace de destitution le sultan Mohammed Ben Youssef s’il ne désavoue pas l’Istiqlal. Contraint par la force le sultan cède le 27 février. C’est alors qu’el-Ksiba se retrouve au cœur de la contestation. Selon Guy Delanoë, « le face à face entre le résident général et le sultan a eu un retentissement profond dans l’ensemble du pays, et en particulier dans le bled, traditionnellement « fidèle à la France ». Des dépêches recueillies au Service historique de l’armée de Terre indiquent que les troubles, qui se sont produits dans le Tadla, pourtant « très tenu par ses Caïds », vont durer plus de trois mois. » Un groupe de paysans se dirige vers el-Ksiba dans le but d’éliminer tous les Européens qui y résident. Informé de la menace, le caïd Bassou intervient. Il cache dans sa résidence la famille de Jean Vaugien et lui sauve ainsi la vie. Puis le caïd parvient à calmer les émeutiers et les arrêter. Informé des faits le contrôleur civil Philippe Boniface requiert, dans une dépêche datée du 3 mars 1951, le général commandant de la division de Casablanca de prêter le secours de la troupe au maintient de l’ordre à Ksiba. Pour faire face à de nouvelles menaces la colonie européenne est donc pendant un certain temps sous la protection de blindés de l’armée. En mai 1951, un berger du Moyen Atlas nommé Ahmed Ahansal commet une série d’assassinats d’Européens. Pour les Européens c’est le « tueur du Tadla », pour les Marocains, le « Lion de l’Atlas ». Malgré la gigantesque chasse à l’homme organisée par l’armée, il échappe de longues semaines grâce au silence des tribus du Moyen Atlas et notamment des Aït Ouirra, qui, selon Daniel Rivet, vont être écœurés par l’appel à la délation et la brutalité du ratissage.

     La volonté d’indépendance n’empêche pas les Marocains d’apprécier les officiers des affaires indigènes quand ils sont soucieux du développement du pays et du bien-être de leurs habitants. René Jacquot livre par exemple ce témoignage sur le commandant Jean Rousseau, chef du cercle d’el-Ksiba et supérieur de Jean Vaugien : « C’était un officier comme il en a beaucoup et dont on ne parle pas, et qui avait fait d’el-Ksiba un modèle dans son genre. Il n’a pas été inquiété durant les troubles politiques qui ont mené à l’Indépendance. Il était carrément vénéré des Marocains de la région. ». Resté après l’Indépendance dans la région où il avait pris sa retraite, il était encore régulièrement consulté par le nouveau caïd, le petit-fils du caïd Bassou, pour divers conseils. Selon des témoignages récents d’habitants d’el-Ksiba, Jean Vaugien était alors tout aussi apprécié que le commandant Rousseau.

     Sur les photographies j’ai essayé d’identifier un maximum de personnes avec l’aide de ma mère et ma grand-mère. Si vous en identifiez d’autres merci de me le faire savoir. Cliquez sur les images pour les afficher en grand avec leur légende.

(1) Bureau des affaires indigènes : L’administration coloniale française avait créé ces bureaux pour mieux contrôler la population indigène des montagnes pas toujours soumise, mais aussi pour la protéger des colons européens avides de terres. L’administration de ces bureaux était confiée à des militaires auxquels on demandait de parler l’arabe ou le berbère.

(2) Protectorat : le 30 mars 1912 la France, représentée par le Maréchal Liautey, et le Sultan du Maroc signent le traité de protectorat qui maintient le Maroc en tant qu’état mais le place sous la tutelle de la France (et pour partie de l’Espagne). Une administration française est mise en place pour contrôler et développer le pays, sous la direction du Résident général de France au Maroc. L’indépendance, le 2 mars 1956, met fin au régime du Protectorat.

(3) Makhzen : administration dirigée par le sultan du Maroc, maintenue sous le protectorat français mais avec des pouvoirs considérablement réduits. À el-Ksiba le représentant de cette administration était le caïd Bassou.

Voir aussi :

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24 commentaires pour Fêtes officielles à el-Ksiba vers 1950

  1. Malard Laurent dit :

    Je suis également issu d’une famille Française d’Algérie, mon grand père maternel a combattu dans le Rif en 1926 lors de la pacification du Maroc.
    Je possède une photo de lui à Taza lors d’un convoi sur Fez en mars 1929. Il appartenait au 123e Escadron du train autos de 1926 à 1929. Si cette photo devait vous intéresser, contactez-moi.
    Je recherche des infos sur cette période pour compléter mes connaissances en avez-vous ?

  2. atmane ihzi dit :

    Je cherche la liste des goumiers du 23eme goum à Imilchil (Maroc). Mon pere Moha ou Bassou dit Ihzi était affecté au 23eme goum puis au 31 eme goum il est encore vivant dans la ville de Rich.

    • Bonjour,
      Une partie des archives des goums sont conservées aux Archives de l’Armée française c’est à dire au Service Historique de la Défense Nationale, dont le siège est au Château de Vincennes. Votre père doit recevoir une pension. Qu’il écrive au service qui lui verse sa pension pour recevoir copie de son dossier. Les journaux de marche et d’ordre qui peuvent comporter des listes de goumiers sont conservés à Vincennes.
      Une autre partie des archives des goums est restée au Maroc et doit être gérée par les Archives royales dont la directrice est une spécialiste d’histoire militaire.

      N’hésitez pas à enregistrer ou consigner par écrit le témoignage de votre père puis à le publier sur Internet. On n’a pratiquement que des témoignages d’officiers comme mon grand-père. Les simples soldats et les « indigènes » (nom sous lequel on désignait les non-européens) ont laissé pas ou peu de témoignages.

      Bonne recherche.

  3. variengien gabriel dit :

    Bonjour après quelque recherche je viens de trouver endroit ou un valeureux lieutenant et tomber le 10/06/1913 du nom de variengien jean louis robert lieutenant 7 em RTMA décédé a ksiba durant les combat de kasta-tadla ancien élevé de st cyr promotion 1900-1902 promut lieutenant en 1904 il n’avez que 34 ans . a ce jour jaimerais savoir si sont nom et aussi inscrit sur un monument a ksiba , sachant qu’il et inscrit sur le monument au mort 1870 et colonies a Nemours et sur une plaques commémorative ,lycée chaptal paris 08 pour information je voudrais ajouté suite a un journal qu’il été le premier officier qui et tomber a kasta-tadla ,

  4. chabot dit :

    Bonsoir je vivais à Ksiba en 52, mon père Georges Boss ayant remplacé le commandant Rousseau, et le nom de votre grand père m’est familier… Merci pour votre travail de mémoire

    • fertin dit :

      Mon frère Léon FERTIN instituteur à l’école européenne de kasbah Tadla de 1953 à 56 avec comme directeur mr POTELLE ,pourrait vous donner des renseignements,il a eu comme élève une fillette dénommée BOSC dont le père était officier des A.i .à KSIBA ,et aussi Jean Bernard Triboulet ,un peu indiscipliné et neveu du ministre français des Anciens Combattants :Triboulet (voir google )
      par ailleurs notre père Léon Fertin officier du 1 er et ensuite 6 e RTM a participé à la pacification de la région en 1926 ,il est décédé à Oujda ,alors qu’i était chef de bataillon au DMI le 11 11 1952

      • jean SUCHET dit :

        Lors de recherches sur la région apparaît le nom du Commandant Roussel qui resta aussi après l’Indépendance ( ferme à Ghorm el alem , maison à Beni mellal ….. ) Je pense qu’il s’agit de deux personnes différentes mais les ressemblances patronymiques et de lieux prètent à confusion ?

      • LEVY Nathalie dit :

        Bonjour Monsieur FERTIN
        Voulez vous (ou votre frère prendre contact) .. j’ai une photo des enseignants à KasbaTadla . Pour l’un d’entre eux, je ne retrouve pas le nom .. Peut être est-ce votre frère ?
        Je connaissais bien JBernard TRIBOULET et sa soeur Christiane
        M. DEJEAN a ensuite remplacé M. POTEL directeur
        Cordialement
        Nathalie
        mich.levy@free.fr

  5. Amazigh dit :

    C’est vraiment des moments concrets de l’importance de cette région du moyen atlas et sa place très importante dans la lutte rude contre le colonisateur. Ces personnalités aussi influentes ne peuvent pas s’y rendrent s’ils n’ont pas senti la bravoure et le haut degré de leur nationalisme. C’est un rappel à toutes les générations actuelles qui oublient,parfois, la contribution des amazighs de l’atlas dans la résistance qui a abouti à l’indépendance.

  6. Jean-Pierre Rousseau dit :

    Bonjour à tous.
    Je suis Jean-Pierre Rousseau le fils du Commandant Rousseau.
    Ce mail combien émouvant me parvient via…les USA.!!
    Je serais content que Françoise Vaugien-nous étions à l’école primaire ensemble sous « la férule » de Mme Zoppi- ou son frère Patrick ou Michel Albouy me contactent.
    Je garde un excellent souvenir de toute la Famille du Capitaine Vaugien.
    Je suis retourné à El Ksiba: la cascade existe toujours mais bien sûr « exit » la plaque commémorative.
    Ces photos doivent selon moi dater de 1948 ou 1949,le Lieutenant Fievet est mort au combat en Indochine en 1950.
    Merci de me répondre.
    A tous mon souvenir le plus ému et fidèle.
    J.P. Rousseau

  7. Merci pour cet article et photos qui rappelent un instant de l’histoire de ce pays que nous avons tant aimé. Pour ma part j’y suis resté jusqu’en 1970 et ai eu l’occasion inespérée d’y revenir travailler de 2000 à 2007; à Marrakech principalement. Guy de la Serraz. 19/06/2016.

  8. Merci pour cet artile et ces photos qui rappelent un instant où le Maroc allait basculer à la suite du départ du sultan à Madagascar. Merci pour ce rappel à nos mémoires de noms familiers à l’époque. Je suis resté au Maroc jusqu’en 1970 et y suis revenu travailler à Marrakech de 2000 à 2007.

  9. Je voudrais savoir plus sur le monument dit « quatre colons » ou « quatre colonnes » sis à Kasba-Tadla et édifié pendant le protectorat français au Maroc?

    • Bonjour, je n’ai pas d’informations sur ce monument. Mais en tapant « quatre colonnes » Kasba-Tadla dans un moteur de recherches on en trouve quelques unes. La municipalité peux sans doute vous renseigner.

  10. FERTIN dit :

    Thérèse Fertin
    Comme le disait ma soeur Paule, notre frère Léon Fertin instituteur à Kasbah Tadla a bien eu comme élève un neveu de Ministre effectivement quelque peu indiscipliné, il m’en parlait justement en mars 2016 alors que je l’avais rejoint à Spéracédes où il vivait, nous avions recherché sur internet des documents de l’époque où il était instituteur, il en était tout heureux ,malheureusement nous avons eu l’immense chagrin de le perdre le 13 août 2016, mon autre soeur Claire est entrée depuis en contact avec une ancienne élève de KB qui lui a envoyé une photo de classe et des informations relatives à cette époque

  11. ABBASSI ABDELKRIM dit :

    bonjour Monsier Gautier Langlois, je suis de Ksiba, puis je avoir votre numéro de téléphone personnel SVP? merci

    • Bonjour, contactez moi d’abord par mail à l’adresse suivante : Gauthier.langlois1@laposte.net en m’expliquant ce que vous voulez me dire et laissez -moi vos coordonnées dans ce mail. Cordialement

      • Raso dit :

        Merci pour cet article et les photos. Je suis d’El Ksiba, enfin d’un village à côté. Je retourne la bas afin de montrer les photos à mon oncle qui était chasseur du caïd Basso. Je compte sur pour commenter les photos du côté berbères. Je vous tiens au courant dés mon retour. Cordialement à tous

  12. bajji dit :

    bj jespere avoir des temognages sur hotel Henri4

  13. Naceur benyout dit :

    bsr mr Gautier langlois, je ss un étudiant, pouvez vous m’aider à élaborer un mémoire sur Ksiba et merci

  14. AAMMARI dit :

    Bonjour, je voudrais savoir plus sur la confédération d’Ait Seri – El Ksiba et Zaouit Ech Cheikh.
    Merci

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