La lettre mystérieuse. Contribution à histoire d’une célèbre mystification littéraire

     La découverte dans les archives familiales, d’une lettre adressée à l’écrivain romantique Heinrich Heine est l’occasion de revenir sur une célèbre mystification littéraire du XIXe siècle. Son auteur qui se cachait sous l’identité de Ludovic Picard et quelques autres pseudonymes a berné bien des célébrités de son temps parmi lesquelles Victor Hugo, George Sand ou Proudhon. Cet article est aussi l’occasion de mieux cerner le mystificateur dont l’identité réelle reste inconnue.

     L’examen des papiers de famille révèle parfois de bien curieuses surprises. C’est ainsi qu’en classant les archives d’un parent éloigné, le sénateur Merlin, je suis tombé sur une étrange lettre datée de 1855. En voici la photographie et la teneur :

M941     Monsieur,

     Pardonnez-moi-moi la liberté que je prends de vous écrire sans avoir l’honneur d’être connu de vous, mais j’ai une vive et respectueuse admiration pour vos écrits, – et je suis en proie à une tristesse incurable : – j’ai le spleen.

     Je n’ai guère plus de vingt ans, monsieur, je suis éloigné de ma famille et je n’ai pas d’amis à qui je puisse confier mes chagrins.

     J’ai hésité longtemps avant de vous écrire, Monsieur, mais comme mas tristesse et mon découragement augmentent chaque jour, je me suis décidé à vous adresser cette lettre sans trop savoir comment vous l’accueillerez et si vous jugerez convenable d’y répondre – surtout lorsque vous saurez que je suis chef d’orchestre du Bal de la victoire, non loin de la barrière de l’École-Militaire, à Grenelle.

     Oui, Monsieur, je suis condamné à jouer des quadrilles, des valses et des polkas, trois fois par semaine, depuis sept heure du soir jusqu’à minuit – et à être le spectateur des danses inouïes de sous-officiers avinés et de filles perdues.

     Mais ce qui me rend triste surtout, c’est que dans cette salle si bruyante, si joyeuse – en apparence du moins – j’ai toujours présente à la mémoire une époque heureuse peu éloignée, et qui n’est plus aujourd’hui qu’un désolant souvenir.

     Enfin, Monsieur, – et pardonnez-moi cet aveu, – je ne suis plus qu’un spectre où saigne encore la place de l’amour !

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     Je vous le répète, Monsieur, je suis accablé sous le poids d’une tristesse que rien ne peut vaincre ni alléger. Aussi, ai-je souvent pensé au suicide. – C’est une idée mauvaise, je les ais et je la combat le plus que je puis, mais elle persiste… Ovide a dit avec vérité : – « souvent le bien plait, le mal entraine ».

     Je vous écris tous ceci sans aucun ordre, Monsieur, néanmoins je suis assuré que vous ne m’en voudrez pas de vous avoir écrit, que vous me comprendrez, que vous me plaindrez.

     La cause de mes souffrances est toute morale. – Je gagne cent vingt francs par mois, et cela suffit à tous mes besoins. – C’est au cœur qu’est la source de ma tristesse.

     Il me semble que si daigniez m’écrire un mot de consolation et d’encouragement, cela me ferait du bien et me rafraîchirait l’âme.

     Je m’adresse à vous, Monsieur, comme à un médecin moral.

Ludovic Picard

Poste restante à Grenelle, banlieue de Paris

     Grenelle, le 11 octobre 1853.

Le bal de la Victoire où Ludovic Picard officie est l'une de ses salles de bal à la mode sous le Second Empire. Beaucoup sont situées près des anciennes barrières d'octroi et sont parfois considérés comme mal famées. Voici comment cette salle de bal est décrite en 1861 : « A l'ex barrière de l'École (...) nous trouvons deux bastringues à jamais célèbres, le Salon de Mars et le salon de la Victoire, presque exclusivement fréquentés par des militaires, comme leur nom l'indique. Les dames y sont, pour la plupart, des filles des maisons publiques de Paris. » (Ego, Bouis-Bouis, bastringues et caboulots de Paris, Paris : Tralin, 1861, p. 131-132 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64614935/f139.image Image : Le bal Mabille, Lithographe de Provost. Source : B.n.F. Gallica.

Le bal de la Victoire où Ludovic Picard officie est l’une de ces salles à la mode sous le Second Empire. Beaucoup sont situées près des anciennes barrières d’octroi et sont parfois considérés comme mal famées. Voici comment cette salle de bal est décrite en 1861 : « A l’ex barrière de l’École (…) nous trouvons deux bastringues à jamais célèbres, le Salon de Mars et le Salon de la Victoire, presque exclusivement fréquentés par des militaires, comme leur nom l’indique. Les dames y sont, pour la plupart, des filles des maisons publiques de Paris. » (Ego, Bouis-Bouis, bastringues et caboulots de Paris, Paris : Tralin, 1861, p. 131-132 :  Image : Le bal Mabille, Lithographe de Provost. Source : B.n.F. Gallica.)

Enquête sur une lettre étrange

     Cet appel au secours d’un jeune homme au bord du suicide m’intrigue. Quel était ce jeune homme désespéré et quel était son correspondant ? Le drame a-t-il pu être évité ? Me voilà donc à jouer les Sherlock Holmes ou les Hercule Poirot, non pas pour déjouer un drame, l’auteur de la lettre étant sans doute mort depuis plus d’un siècle, mais par simple curiosité d’historien.

PapierYvonnet

Timbre sec « Papier Yvonnet ».

     Commençons, à la recherche de plusieurs indices, par examiner les caractères externes de la lettre. Le papier qui mesure 134 x 203 mm plié en deux, comporte, dans le coin inférieur près de la pliure, un timbre sec. On y lit, dans un ovale, la marque du fabricant : « Papier Yvonnet ». Une petite recherche via les moteurs de recherche sur le web nous apprend qu’Yvonnet est un marchand en gros de papier actif à Paris au milieu du XIXe siècle. Ce papier à lettre, d’un type sans doute fort commun, est cohérent avec la date et le lieu de rédaction de la lettre. Mais il ne nous apporte pas d’information supplémentaire.

     L’écriture de l’auteur est petite, fine, régulière et sans fautes, ce qui dénote un niveau d’instruction élevé pour cette époque où la scolarité n’était pas obligatoire.

     La lettre comporte en outre deux mentions au crayon d’une ou deux autres mains que celle de l’auteur. On lit « Musicien » et « Adressé à Henri Heine ». Ces mentions ont peut-être été inscrites par le Sénateur Merlin (1861-1942) qui avait commencé une collection d’autographes en prélevant quelques documents dans les archives de sa famille. Toutefois ce document ne semble pas provenir des archives familiales car les noms de l’auteur et du destinataire sont absents du reste de ces archives. La lettre a dû être acquise pour la collection sans que l’on sache comment.

     Reste donc à en savoir plus sur l’auteur et le destinataire. Il y a quelques années ce type de recherche aurait nécessité de passer des heures à parcourir des annuaires et des index dans de grandes bibliothèques telle que la Bibliothèque nationale de France. Bref un travail de bénédictin réservé aux chercheurs ou aux érudits à la retraite. Une autre solution aurait été de passer par l’Intermédiaire des chercheurs et des curieux, une publication préfigurant les forums d’entraide en histoire ou généalogie. Mais aujourd’hui, avec la numérisation de masse de millions d’imprimés par la Bibliothèque nationale de France ou Google books, combinée avec la puissance des moteurs de recherches, cette recherche, menée depuis chez soi, commence à produire des résultats au bout de quelques minutes.

Le destinataire : Heinrich Heine, un célèbre écrivain allemand

Heinrich Heine, par Moritz-Daniel Oppenheim - 1831 - Kunsthalle de Hambourg. Source : Wikipedia.

Heinrich Heine, par Moritz-Daniel Oppenheim – 1831 – Kunsthalle de Hambourg. Source : Wikipédia.

     Le destinataire n’est pas difficile à identifier. Il figure dans tous les dictionnaires et encyclopédies papier ou en ligne. Heinrich Heine (en français Henri Heine), né à Düsseldorf en 1797, est l’un des plus grands écrivains allemands du XIXe siècle. Il est considéré comme le dernier poète du romantisme.

     Installé à Paris après la Révolution de Juillet, il entretient jusqu’à sa mort en 1856 des relations avec nombre d’intellectuels de son temps tels que George Sand, Berlioz, Chopin, Karl Marx et se rapproche, du point de vue politique, des socialistes utopistes.

L’auteur, un célèbre inconnu

     Si le destinataire est bien connu, l’auteur est à la littérature ce qu’est le soldat qui repose sous l’Arc de triomphe à l’histoire militaire, c’est-à-dire un illustre inconnu. Ou plutôt un mystificateur qui a eu son heure de gloire sous le masque de ses pseudonymes.

Signature de Ludovic Picard

Signature de Ludovic Picard

     Notre inconnu est l’auteur, entre 1844 et 1857, de nombreuses lettres aux célébrités du monde des arts et de la littérature. Il se présente tantôt comme un musicien désespéré nommé Ludovic Picard, tantôt comme une écuyère désabusée nommée Delphine Saint-Aignan et quelques autres identités sous lesquelles il réclame un soutien moral ou des conseils de son illustre correspondant. Parmi ceux qui lui ont répondu figure une longue liste de célébrités : les chansonniers Béranger et Pierre Dupont, les compositeurs Félicien David et Giacomo Meyerbeer, le violoniste Léon Reynier, la tragédienne Rachel Félix, des hommes et femme de lettre tels que Victor Hugo, Alfred de Vigny, George Sand, Gérard de Nerval, Alphonse de Lamartine, Hippolyte Taine, Charles Dickens, Heinrich Heine, Jules Janin, Sainte-Beuve, Louis Veuillot, Charles de Montalembert, Lamennais, Lacordaire, Henri Conscience ; des penseurs socialistes tels que Proudhon et Félix Pyat.

     Que fait-il de des lettres qu’il reçoit de ses illustres correspondants ? Il en adresse plusieurs pour publication dans la presse. C’est ainsi qu’on trouve dans le Figaro du 2 juillet 1854, la réponse de George Sand à une lettre qui devait avoir la même teneur que celle envoyée à Henri Heine. Elle est précédée d’une courte lettre d’introduction où Ludovic Picard endosse l’identité d’un lecteur du Figaro répondant au nom de Gabriel Vicaire.

     A M. de Villemessant, rédacteur en chef de Figaro

     J’ai l’honneur de vous envoyer une lettre inédite de Mme George Sand que vous pourrez insérer dans l’album de Figaro, si vous la jugez convenable.

     Cette lettre a été adressée à un jeune musicien inconnu, M. Picard, auteur de contredanses et chef d’orchestre d’un bal à Grenelle.

     Picard avait écrit à la célèbre romancière dans un accès spleenique pour lui demander ses conseils contre l’idée de suicide qui l’obsédait.

     Agréez, etc.

Un de vos abonnés,

Gabriel Vicaire

À la suite figure la réponse de George Sand :

Portrait de George Sand par Auguste Charpentier (1838) coll. Musée de la vie romantique, à Paris. Source : Wikipedia.

Portrait de George Sand par Auguste Charpentier (1838) coll. Musée de la vie romantique, à Paris. Source : Wikipedia.

     Monsieur, je ne me flatte pas d’avoir une influence consolatrice. Comme tout le monde, j’ai beaucoup souffert aussi, et je ne suis point douée de forces supérieures. Mais devant la pensée du suicide, qui est une tentation éprouvée par tous les êtres pensants, j’ai toujours senti mon âme se révolter contre elle-même. Il n’est personne qui n’ait des devoirs à remplir, et des parents, des amis à qui cette résolution égoïste porterait un coup mortel. Je crois donc qu’à moins d’avoir le cœur desséché, on ne cède pas à cet extrême découragement, et on subit les maux de la vie par respect ou par pitié pour les autres. Je suis bien sûre que votre conscience et votre cœur vous l’ont déjà dit plus d’une fois, et ce sont les meilleurs conseils que vous puissiez écouter.

     Quant à vos souffrances musicales, je les comprends fort bien, et ne suis pas de ceux qui les traiteraient de chimères. Mais il n’est pas mauvais pour l’art de souffrir à cause de lui. Il vient un temps où il vous récompense par des jouissances élevées.

     Croyez, Monsieur, que si mon intérêt vous est utile, il vous est acquis.

     George Sand

     Nohant, 25 septembre 53.

     Notre mystificateur récidive quelques mois plus tard en envoyant une lettre de Gérard de Nerval, qui est publiée dans le Figaro du 3 septembre 1854. De la réponse du poète nous pouvons déduire que Ludovic Picard a sollicité de Nerval des conseils littéraires pour décrire les mœurs populaires et notamment les scènes de Cabaret et de bal de barrière.

Proudhon. Source : Wikipédia.

Proudhon. Source : Wikipédia.

     Mais la plus belle pièce de son tableau de chasse est sans doute la lettre qu’il réussit à soutirer du penseur anarchiste Pierre-Joseph Proudhon. Notre mystificateur lui écrit une première lettre sous l’identité de Ludovic Picard. Sans réponse du philosophe, iI prend alors l’identité de Gabrielle Saint-Aignan, une ancienne actrice et écuyère de l’hippodrome. La jeune femme, émancipée et malheureuse de l’être, l’estimant « meilleur que les autres hommes », sollicite l’aide du penseur pour redresser une vie présentée ainsi : J’ai vécu dans la misère et dans le luxe. J’ai éprouvé quelques rares joies, en résumé, et beaucoup de souffrances physiques et morales. Enfin, je connais l’endroit et l’envers de la société qui n’est pas belle ! Je ne crois pas plus à la vertu des hommes qu’à la vertu des femmes

     Ému, Proudhon prit la peine de rédiger une longue et fort belle réponse, pleine de conseils pertinents. (Correspondance, tome VII, p. 93). Ludovic Picard ne résista pas à la tentation de la publier et l’adressa à la Gazette de Paris accompagnée de la lettre d’introduction suivante :

     Champrosay, 11 août 1856

     Monsieur,

     Je vous envoie comme un témoignage de ma sympathie pour votre Gazette de Paris la copie parfaitement textuelle d’une lettre curieuse, adressée par M. Proudhon à une ancienne écuyère de l’hippodrome, qui avait demandé au célèbre écrivain des conseils pour rentrer dans le sentier de la vertu, comme dirait Joseph Prudhomme. La correspondante de M. Proudhon est ma voisine de campagne à Champrosay, et m’a avoué qu’elle avait écrit à l’auteur du Mémoire la propriété dans un accès de mélancolie et de découragement, après souper.

     Qu’allons-nous devenir, hélas ! Si les écuyères de l’Hippodrome se mettent maintenant à avoir le souper triste !

    Gabriel Vicaire

 

Écuyère à cheval dans l’hippodrome de l’Étoile à Paris. Gravure datée de 1845-1854. Les hippodromes parisiens n’étaient pas des champs de course mais des lieux où se produisaient toutes sortes de spectacles, équestres ou non équestres. Source : Gallica.

Écuyère à cheval dans l’hippodrome de l’Étoile à Paris. Gravure datée de 1845-1854. Les hippodromes parisiens n’étaient pas des champs de course mais des lieux où se produisaient toutes sortes de spectacles équestres : tournois de chevaliers, course de char antique, fantasia… Source : Gallica.

     La lettre à l’écuyère, traduite dans toutes les langues, fit alors le tour de l’Europe, au grand dam de son auteur qui considéra cette publication comme « un véritable abus de confiance ». (Voir Correspondance, tome VII, p. 114 et Correspondance, tome VII, p. 126). Delphine Saint-Aignan reprit la plume pour s’excuser humblement et, pour se faire pardonner, proposa au philosophe de l’inviter à déjeuner. Le repas n’eut bien évidemment pas lieu. Proudhon chargea alors le journaliste Philibert Audebrand, qui avait pris inconsidérément la responsabilité de publier la lettre dans la Gazette de Paris, d’établir l’identité du mystificateur. (Correspondance, tome VII, p. 128.) Il ne put y parvenir mais publia en 1868 un petit livre sur l’affaire. Toutefois, les motivations de Ludovic Picard éclatèrent au grand jour quand on découvrit, dans des catalogues de vente d’autographes, de nombreuses lettres qu’il avait sollicitées.

Un revendeur d’autographes

     Selon Pierre Dupay, « Ludovic Picard négociait les autographes qui ne lui manquaient pas, mais comme en 1857, époque à laquelle cet homme fin de siècle exerçait son honorable industrie, les lettres documentaires étaient peu ou pas appréciées, son petit commerce laissait beaucoup à désirer comme chiffre d’affaires, et il l’abandonna définitivement au bout d’une année ou deux. »

     Une trentaine d’années plus tard le mystificateur n’était toujours pas oublié. C’est pourquoi, quand, en 1884, un jeune poète nommé Gabriel Vicaire connut le succès avec son recueil les Émaux Bressans, la rumeur lui attribua la paternité de la facétie littéraire. Le poète eut beau protester qu’il n’y était pour rien et qu’il n’avait aucun rapport avec son homonyme mystificateur, il fallut attendre la publication en 1929 d’une brochure intitulée Gabriel Vicaire et… Gabriel Vicaire. Le Mystificateur de P.J. Proudhon et le poète des Émaux Bressans, pour innocenter définitivement le poète. En effet, ce dernier, né en 1848, ne pouvait être l’auteur de lettres écrites entre 1844 et 1857.

AnonymeA la recherche de la véritable identité de Ludovic Picard

     Alors quelle est la véritable identité de Ludovic Picard ? Suivant Gabriel Charavay, l’éditeur de l’Amateur d’autographes, le nom de Ludovic Picard aurait été un pseudonyme et Gabriel Vicaire son patronyme réel. Mais pour Octave Uzanne, c’eut été le contraire. Quant à Pierre Dupay, il suggère que toutes ces identités n’étaient que des pseudonymes. Comment trancher la question ?

     J’ai d’abord fait une recherche sur la base de données généalogique Geneanet recensant plus d’un milliard d’individus. Si l’on y trouve quelques personnes du nom de Ludovic Picard et Gabriel Vicaire, aucun ne peut correspondre, par ses dates, à notre mystificateur. De plus aucune Delphine Saint-Aignan n’y figure.

     Je me suis ensuite intéressé aux adresses d’expédition ou de retour des lettres. Gabriel Vicaire prétend, dans la lettre qui accompagne la publication de la réponse de Proudhon, habiter, avec sa voisine, Delphine Saint-Aignan, la localité de Champrosay. Il s’agit d’un joli hameau situé en bord de Seine sur la commune de Draveil, à 20 km au sud-est de Paris. Ce lieu a connu une certaine notoriété à la fin du XIXe siècle quand il est devenu la résidence de plusieurs personnalités telles qu’Alphonse Daudet et Edmond Goncourt. Mais dans une autre lettre Delphine Saint-Aignan prétend habiter à Choisy-le-Roi, une localité du Val-de-Marne située également sur la Seine, mais plus proche de Paris. Quant à Gabriel Vicaire il affirme, dans une autre lettre, habiter Fresnoy, un village normand situé à proximité de Dieppe. Il poste également une lettre d’Auteuil, une ancienne commune absorbée par Paris en 1860. Enfin, Ludovic Picard affirme habiter Grenelle, une autre commune absorbée par Paris, et demande qu’on lui expédie les réponses à la poste restante de cette localité.

     La multiplicité des adresses ainsi que le recours à la poste restante semblent destinés à brouiller les pistes. Le mystificateur a sans doute fait poster certaines lettres et récupérer certaines réponses par un ou plusieurs complices. Cette hypothèse est suggérée par le fait qu’une lettre postée, selon le cachet de la poste, de Londinière en Normandie le 8 juillet 1855, est datée par son auteur de Fresnoy le 9 juillet. La lettre est manifestement postdatée, comme si elle avait été confiée à un complice qui l’aurait expédiée un peu trop tôt. On sait d’autre part que les lettres signées Ludovic Vicaire et Delphine Saint-Aignan envoyées à Proudhon appartiennent à deux écritures différentes. Notre mystificateur a sans doute dicté les lettres signées par l’écuyère à une complice.

     J’ai enfin recherché dans les archives en ligne des communes ci-dessus la mention de l’une des identités du mystificateur. L’on remarque bien quelques personnes portant le nom de Picard sur les tables décennales de l’État civil des quatre communes mais ce nom est très commun et aucune de ces personnes ne porte le prénom de Ludovic. De plus aucun Vicaire ni aucun Saint-Aignan ne figure sur ces tables. J’ai enfin consulté les recensements de Draveil, les seuls actuellement en ligne, pour 1851 et 1856. Aucun Picard, Vicaire ou Saint-Aignan ne figure à ces dates parmi les habitants de Draveil et de son hameau Champrosay.

     Il semble donc bien qu’aucune de ces identités ne soit véridique. Le mystificateur n’a utilisé que des pseudonymes.

Profil psychologique d’un mystificateur

     Faute de pouvoir identifier le mystificateur, peut-on tenter, à la manière des criminologues, de cerner son profil psychologique ? Si l’on se fie aux engagements politiques et religieux de ses correspondants, le pseudo Ludovic Picard est sensible aux idées républicaines, socialistes, nationalistes, et catholiques libérales. Bref il se situe dans les courants opposés à la monarchie, à l’Empire et au conservatisme religieux ou politique.

     La forte proportion de célébrités du monde de la musique parmi ses victimes, soit cinq personnes sur les vingt-trois que j’ai recensées, indique un goût prononcé pour cet art et notamment pour le violon à travers la personne de Léon Reynier. Notons aussi que sa première lettre, datée de 1844, est adressée au chansonnier Béranger. Comme la plupart des jeunes bourgeois de son époque il a dû recevoir une éducation musicale et peut-être s’essaye-t-il à la composition. Pour autant cela ne signifie pas qu’il exerce la musique à titre professionnel.

     Son écriture régulière n’est pas celle d’une personne âgée. Son audace, ses idées politiques, ses lectures et ses lettres correspondent à celle d’un jeune romantique. Il y a donc une part de vérité dans les identités qu’il se donne, c’est-à-dire un jeune homme âgé d’une vingtaine d’années au début des années 1850 – il serait donc né vers 1820-1830 – imprégné des idéaux romantiques et notamment du spleen baudelairien. C’est un contemporain du poète Baudelaire, né en 1821.

Un suspect, le chef d'orchestre Olivier Metra. (Dessin d'André Gill, 1879. Source : B.n.F. Gallica.)

Un suspect, le chef d’orchestre Olivier Metra. (Dessin d’André Gill, 1879. Source : B.n.F. Gallica.)

     Il a le goût du travestissement, au moins épistolaire. Cette caractéristique et les précédentes ne sont pas sans évoquer la personnalité de quelques personnages pittoresques de la salle de bal la Folie Robert comme Gilles Robert, son propriétaire, qui se déguisait en femme pour prendre des cours de danse à l’Opéra ou son chef d’orchestre, Olivier Metra. Ce dernier correspond tout à fait au profil du mystificateur. Né en 1830, c’est le fils d’un ancien avocat devenu comédien. Il vécut une vie de bohème avec ses parents en tournée dans la région parisienne et en Normandie. Enfant il interprétait des rôles masculins et féminins dans la troupe de ses parents. À l’âge de douze ans il s’orienta vers une carrière de violoniste. Doué et précoce, il dirigea à partir de 1849 l’orchestre de la salle Robert. Il fit ensuite carrière comme chef d’orchestre et compositeur de danses dans les bals puis dans divers théâtres et à l’Opéra.

     Olivier Métra constitue donc le suspect idéal. Toutefois, la comparaison de ses quelques lettres qui figurent sur le site Gallica avec celle de Ludovic Picard, montre deux écritures différentes. Le coupable est-il un proche d’Olivier Métra ou quelqu’un qui s’est inspiré de lui ? En tout état de cause le mystificateur semble un jeune romantique dont les goûts et les idées sont donc conformes à celle de la majorité des jeunes gens instruits de son époque. Il gravite dans les milieux des bals populaires et de la comédie.

Ses motivations

     Si l’on en croit l’Amateur d’autographes et tous ceux qui s’en inspirent, la seule motivation du mystificateur aurait été financière. Le pseudo Ludovic Picard ne serait donc qu’un escroc. Mais pourquoi se serait-il alors donné la peine de publier plusieurs lettres, sachant qu’ainsi sa supercherie finirait par être démasquée ? Il y a sans doute une part de vantardise dans sa démarche. En correspondant avec des artistes, des hommes de lettre et des penseurs Ludovic Picard cherchait sans doute à se sentir leur égal. D’ailleurs il se considérait lui-même comme un artiste puisqu’il se disait auteur de contredanses. En publiant il cherchait sans doute aussi à acquérir une certaine célébrité. Enfin il cherchait peut-être, en mystifiant ses correspondants, à assouvir une frustration de ne pas être un auteur célèbre. Bref, peut-être souffrait-il réellement de mélancolie, mais pour des motifs qui ne sont pas exactement ceux qu’il expose dans ses lettres. Il ne souffrait sans doute pas d’un mal d’amour mais d’un désir de célébrité inassouvi.

Le mystère reste entier

     Peut-on encore découvrir la véritable identité de Ludovic Picard alors que toutes les personnes qui s’y sont essayé ont échouées ? Oui car quelque part dans la malle d’un grenier ou dans un dépôt d’archives subsistent sans doute des documents inexploités qui, confrontés avec la lettre retrouvée dans les archives familiales, permettront de résoudre un mystère vieux d’un siècle et demi. Alors si vous avez entre les mains quelques lettres du milieu du XIXe siècle, n’hésitez pas à comparer leur écriture avec celle de Ludovic Picard.

Pour en savoir plus :

  • La Gazette de Paris, non politique (Paris 1856), 24 août 1856.
  • Gabriel Charavay, L’Amateur d’autographes, revue historique et biographique bimensuelle, Paris, 1er octobre 1864.
  • Philibert Audebrand, P. J. Proudhon et l’Écuyère de l’Hippodrome, scènes de la vie littéraire, Paris : Frédéric Henry, 1868, 67 p.
  • J.A. Langlois, Correspondance de P.-J. Proudhon, tome VI, Paris, 1875.
  • Octave Uzanne, « Lettre de Sainte-Beuve à une jeune Dame qui lui demandait des avis et des consolations », Le livre moderne, revue du monde littéraire et des bibliophiles contemporains, tome II, juillet-décembre 1890, p. 218-220.
  • Jean Vicaire, Gabriel Vicaire et… Gabriel Vicaire. Le Mystificateur de P.J. Proudhon et le poète des Émaux Bressans. Paris : J. Ferraoud, 1929, 19 p.
  • Pierre Dupay, « Gabriel et… Gabriel Vicaire », L’intermédiaire des chercheurs et des curieux, n° 1718, vol. XCII, 20-30 décembre 1929, col. 983-985.
  • Jean Richer, « Gérard de Nerval, correspondant de Ludovic Picard (alias Gabriel Vicaire) à propos des Nuits de Paris et de Sylvie », Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire, octobre 1949, pp. 464-471.
  • Pierre Haubtmann, Pierre-Joseph Proudhon : sa vie et sa pensée, 1849-1865, tome II, Paris : Desclée de Brouwer, 1988.
  • Outre les articles et ouvrages ci-dessus, la plupart des biographies et des éditions de texte des victimes de Ludovic Picard contiennent des détails sur cette affaire, notamment les publications sur Gérard de Nerval, Proudhon, Sainte-Beuve et George Sand.
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La fusion du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées. Mobilisation des Occitans et des Catalans sur le choix du nom et de l’emblème

      Depuis la publication, en juin 2014, de mon article La fusion du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées. Quel nom, quelle capitale et quel emblème pour cette région ? un certain nombre d’articles, rendant compte de la position d’élus ou de citoyens occitans et catalans, ont été publiés dans la presse sur le même sujet. Cet article rend compte de cette actualité.

Le logo de la future région ?

Le logo de la future région vu par les occitanistes ? (Image réalisée en remplaçant le nom Midi-Pyrénées par le nom Languedoc sur le logo de la région Midi-Pyrénées)

Chez les Occitans, un consensus autour du nom Languedoc et de la croix occitane ?

     Christian Bourquin, président de la région Languedoc-Roussillon récemment décédé, était un farouche opposant à la fusion de sa région avec Midi-Pyrénées. En revanche, son collègue Martin Malvy, à la tête de Midi-Pyrénées, milite pour le rapprochement des deux régions. En témoigne un intéressant dossier publié dans le numéro d’automne 2014 du magazine Midi-Pyrénées info, publié par le Conseil régional. Ce magazine suggère notamment de conserver la croix de Toulouse ou croix occitane comme emblème de la future région.

     A l’initiative de l’Association occitaniste Pais Nostre s’est tenu le 27 septembre à Narbonne un colloque intitulé « l’Occitanie à l’heure de la réforme territoriale » (Voir l’Indépendant du 10 octobre 2014. Il réunissait des spécialistes comme l’historien Rémy Pech, et des élus des deux régions et de plusieurs tendances politiques comme les maires de Toulouse, Montpellier et Narbonne. Les intervenants, tous acquis au principe de fusion des deux régions, se sont prononcés pour nommer la future région « Languedoc ».

La Senyera ou drapeau catalan (Source : Wikipédia)

La Senyera ou drapeau catalan (Source : Wikipédia)

Chez les Catalans, mobilisation pour le maintient de l’identité catalane

     En réaction, des catalans des Pyrénées-Orientales se mobilisent pour le maintient de l’identité catalane dans le nom de la future région. Le site de l’Association catalaniste Olivier propose depuis le 9 octobre un sondage sur ce sujet. En moins de deux jours plus de 21 000 personnes s’y seraient déjà exprimées, preuve du grand intérêt que portent les habitants à leur identité (1). Selon les chiffres publiés par le site « Languedoc-Pays-Catalans » remporte plus de la moitié des suffrages, suivi par « Languedoc-Catalogne » (14%). Les autres propositions : « Pyrénées-Languedoc-Roussillon », « Pyrénées-Méditerranée », « Languedoc-Méditerranée » et « Midi-Méditerranée » ne semblent rencontrer qu’une minorité de suffrages. Dommage que le choix soit orienté, notamment en ne proposant pas aux internautes la proposition « Languedoc ».

     On notera dans ce sondage que la très grande majorité de ceux qui se prononcent pour une identité catalane, préfèrent l’expression « Pays-Catalans » ou « Catalogne » à « Roussillon ». Il est vrai que les deux premières expressions renvoient à une identité linguistique et culturelle partagée avec le sud des Pyrénées, ce qui donne plus de poids aux Catalans. Alors que le nom Roussillon n’évoque qu’une province d’ancien régime et un comté médiéval dont le territoire ne correspondait qu’à une partie des Pyrénées-Orientales.

     On notera aussi dans des commentaires postés sur le site de l’Indépendant que certains internautes évoquent ouvertement la possibilité d’un rattachement des Pyrénées-Orientales à la Catalogne espagnole. L’annonce faite unilatéralement par le président de la generalitat de Catalunya d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne espagnole a certainement contribué à susciter des espoirs d’une réunification du Nord et du Sud de la Catalogne.

     Ces débats ne sont pas sans évoquer ceux suscités par l’initiative de Georges Frèche, alors président de la région Languedoc-Roussillon, de rebaptiser la région de Septimanie. Débats que j’avais évoqués dans l’article sur les emblèmes de la région.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone. A noter que les pals catalans sont ici à droite (à sénestre ne héraldique) dans une position qui rappelle la situation géographique par rapport à la France. Pour des raisons graphiques les mêmes pals sont à gauche dans le logo.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone.

Une conciliation possible ?

     Si le choix d’un emblème reprenant les ceux des Catalans et des Occitans ne pose pas de problèmes (voir ci-dessus), le choix du nom est beaucoup plus polémique. Les Catalans se sentent à juste titre lésés par la dénomination « Languedoc ». Mais les Gascons peuvent en dire autant. Et que dire de tous ceux qui ne se sentent ni occitan, ni catalan ? Faut-il préférer une dénomination plus neutre empruntée à la géographique physique telle que Midi, Méditerranée ou Pyrénées ? C’est la solution qui avait été choisie lors de la création des départements en 1790. Pour ne pas rappeler l’ancien régime et couper court aux débats identitaires, les députés avaient décidé de baptiser les départements de noms empruntés à des cours d’eau ou à des montagnes. Quelle que soit la solution retenue n’oublions pas que l’essentiel est de vivre ensemble.

(1) J’emploie le conditionnel car ce type de sondage réalisé sur Internet est très facile à falsifier. Un même utilisateur peut voter de nombreuses fois grâce à des techniques très simples.

Pour en savoir plus :

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Les auteurs des BD L’Aude dans l’Histoire et Histoire(s) de Carcassonne au salon de Fabrègues

AFFICHE A3 JETEZ l'ENCRE 2014     Depuis seize ans la commune de Fabrègues, (située au sud de Montpellier), accueille un sympathique festival de BD animé par l’association Jetez l’encre et sa présidente Emmanuelle Grimaud. Près de 50 auteurs sont attendus pour le 16e festival qui se déroulera les samedi 6 et dimanche 7 septembre 2014 dans le cadre très agréable du Domaine du Golf.

Aude dans l'histoire, couverture

 Parmi les invités on notera la présence de plusieurs dessinateurs et scénaristes de BD inspirés par l’Histoire dont Didier Convard (Les Cathares, le Triangle secret…), Christian Gine (Les boucliers de Mars…), Chantale Chaillet (Vasco, les Boucliers de Mars), Patrick Jusseaume… Mais tous les genres sont représentés : manga, policier, fantastique…

    Vous pourrez aussi rencontrer Claude Pelet, dessinateur de l’Aude dans l’Histoire et du Destin des Algo-Berang (une uchronie se déroulant au XIXe siècle), qui a également achevé le tome II de la série Sasmira. Une exposition des planches de cet album est visible à la mairie de Fabrègues.

CarcassonneCouvPetite     Seront également présents deux des dessinateurs de la BD  Histoire(s) de Carcassonne : Yves Renda et Weissengel. Je serai à leurs côtés pour dédicacer également cette B.D. ainsi que l’Aude dans l’Histoire.

     N’hésitez à venir à Fabrègues, Vous ne serez pas déçu.

     Programme complet sur 16e festival Jetez l’encre. Fabrègues se situe à 1 h30 de Carcassonne et 1 h de Narbonne par l’autoroute. (Sortie Sète puis direction Montpellier par la nationale.)

Voici quelques photos prises lors du salon.

Gauthier Langlois et Claude Pelet montrant une dédicace de l'Aude dans l'Histoire. Photo : Catherine Vuillet, 7/9/2014

Gauthier Langlois et Claude Pelet montrant une dédicace de l’Aude dans l’Histoire. Photo : Catherine Vuillet, 7/9/2014

Claude Pelet dessinant une dédicace de l'Aude dans l'Histoire. Photo : Catherine Vuillet, 7/9/2014

Claude Pelet dessinant une dédicace de l’Aude dans l’Histoire. Photo : Catherine Vuillet, 7/9/2014

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Dame Carcas et la Cité de Carcassonne sur France 2

Face sud de la Cité - septembre 2011

Face sud de la Cité – septembre 2011

La cité de Carcassonne, monument préféré des Français en Languedoc-Roussillon et peut-être en France ?

La Cité de Carcassonne et la légende de Dame Carcas sur France 2
le 25 août 2014 à 17 heures

     Le 25 août 2014 à 17 heures a été diffusée sur France 2 la première des vingt émissions de la série Le monument préféré des Français 2014, présentée par Stéphane BERN, Philippe GLOAGEN, directeur du «Guide du Routard», Sophie JOVILLARD, animatrice et globe-trotter, et Jean-Paul OLLIVIER, journaliste spécialiste du patrimoine au Tour de France. Cette émission présentera 120 monuments pour lesquels les internautes ont voté en juin. Chaque émission d’une durée de 50 minutes est consacrée à une région. A l’issue de chaque émission un seul monument est retenu et représentera sa région lors d’une émission en début de soirée à l’occasion des journées du patrimoine (20-21 septembre).

     C’est le Languedoc-Roussillon qui a eu l’honneur d’inaugurer cette nouvelle émission. Six monuments étaient en compétition. Dans l’ordre des faveurs du public : la Cité de Carcassonne, le Pont du Gard, les arênes de Nîmes, les écluses de Fonserannes sur le Canal du Midi, l’abbaye Saint-Martin-du-Canigou et les Remparts d’Aigues-Mortes. Si la Cité de Carcassonne l’a emporté cela tient à plusieurs raisons. D’abord à la richesse de son patrimoine et de son histoire  : c’est des six monuments celui qui est le plus ancien, le plus étendu. L’Histoire de la Cité de Carcassonne se déroule sur plus de vingt-sept siècles. Ensuite grâce aux travaux des nombreux archéologues, historiens, érudits et associations qui font des recherches sur cette ville et contribuent à faire connaître son patrimoine et son histoire. C’est dû encore aux efforts des institutions telle que le Centre des Monuments nationaux, gestionnaire du château et des remparts, la Ville, gestionnaire du reste de l’espace publique, et de l’Agence de développement touristique de l’Aude. Cette réussite est due enfin à la mobilisation de nombreux carcassonnais à travers les journaux locaux, les blogs et pages Facebook sur le patrimoine Carcassonnais et leurs animateurs. (Retrouvez-les dans la rubrique liens de ce blog).

     Quelques mots sur le tournage. Sept minutes consacrées à un site tel que Carcassonne, cela peut paraître peu mais cela a mobilisé pourtant une équipe de deux personnes pendant plusieurs jours au mois de juin.  Personnellement j’ai passé un après midi avec l’équipe et Élodie Galinier-Teisseire, qui avait été choisie comme fil conducteur. Pour les deux plans filmés à la porte Narbonnaise, nous avons recommencé un grand nombre de fois, notamment à cause du passage de touristes dans le champ de la caméra. De nombreux plans ont été filmés pour que les monteurs puissent choisir les meilleurs. Certaines séquences n’ont pas été retenues, faute de place, notamment celle tournée dans les lices au pied des tours penchées, selon la légende, pour saluer Charlemagne. Bref c’est beaucoup de temps et de travail pour tout le monde.

     Un mot sur les intervenants. Comme déjà dit, Élodie Galinier-Teisseire, gérante du restaurant Le jardin de la Tour, a été choisie comme fil directeur car c’est l’une des dernières habitantes de la Cité. N’hésitez pas à lui rendre visite. Son restaurant, où l’on est bien accueilli et l’où on mange bien, est un véritable musée d’arts et traditions populaire. Il offre de plus un point de vue intéressant sur le château comtal. J’ai été retenu comme historien, spécialiste de la Légende de Dame Carcas. La guide-Conférencière Anne Cathala, présente le Château comtal et notamment la fresque du XIIe siècle qui représente, selon mes travaux, la légende du siège de Carcassonne dont la légende de Dame Carcas est un épisode. N’hésitez pas à faire une visite-conférence au château : votre guide vous fera découvrir des lieux forts intéressants qui ne sont pas ouverts à la visite libre.  Dans le reportage Hadrien Pujol, directeur de l’hôtel de la Cité, présente le livre d’or de ce prestigieux hôtel. N’hésitez pas non plus à rentrer dans cet hôtel, construit en style néogothique au début du XXe siècle. Vous pouvez venir prendre un verre dans la magnifique bibliothèque que l’on voit dans le reportage, ou manger à Midi à un prix très raisonnable pour un restaurant étoilé au Guide Michelin fréquenté par les célébrités. La distillerie Cabanel, allées d’Iéna dans la ville Basse, vaut aussi une visite.

     Mais il y a beaucoup d’autres lieux et personnes à visiter à la Cité et en ville Basse. Ce reportage ne donne qu’un petit aperçu des richesses de la ville. Une émission plus développée serait souhaitable. Quant à l’Histoire de la Ville (et notamment celle du château, de la fresque, de Dame Carcas), je vous renvoie à la Bande dessinée collective Histoire(s) de Carcassonne : 32 pages de BD dessinées par des auteurs de la région, 8 pages d’explications historiques rédigées par des historiens.

     Souhaitons que la Cité Carcassonne, déjà retenue pour l’émission finale, soit le monument préféré des Français. Dans ce cas l’émission serait tournée en direct de la Cité. Souhaitons enfin que cela contribue à faire classer la légende de Dame Carcas au patrimoine immatériel de l’humanité, un projet qui m’est cher.

A lire en complément de l'émission

A lire en complément de l’émission

Pour en savoir plus :

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Arnaut de Carcassés, troubadour des Corbières et la Nouvelle du Perroquet

L’Association des amis d’Aguilar a le plaisir de vous inviter à la conférence publique de Gauthier Langlois : « Arnaut de Carcassés, troubadour des Corbières et la Nouvelle du Perroquet », le samedi 30 août à 21 heures dans la cour de l’école de Tuchan.

Paredal du XIIIe siècle conservé au Musée Languedocien à Montpellier. Photo : D.R.)

Paredal du XIIIe siècle conservé au Musée Languedocien à Montpellier. Photo : D.R.)

     La Nouvelle du perroquet est considérée, depuis les travaux de René Nelli, comme l’une des plus belles œuvres de la poésie occitane. En voici l’histoire : Une dame, enfermée dans le jardin d’un château par un mari jaloux, reçoit la visite d’un perroquet. Ce perroquet séduit la dame pour le compte de son maître, le chevalier Antiphanor, puis organise la rencontre des deux amants grâce à une ruse. Cette histoire, originale par son thème et sa narration, est l’un des premiers exemples de la littérature romanesque occitane. Pourtant, l’auteur de la Nouvelle, Arnaut de Carcassés, restait jusqu’alors un inconnu. Grâce à de nouvelles découvertes, Gauthier Langlois précisera les origines et le milieu social de ce troubadour audois. Il évoquera aussi le thème dont Arnaut de Carcassés se fait le chantre : celui de l’adultère dans la société médiévale occitane.

Pour en savoir plus :

  • LANGLOIS (Gauthier). – « Note sur les origines du troubadour Arnaut de Carcassés », Revue des langues romanes, tome CXII-1, 2008, p. 89-99.
  • Le blog de l’Association des amis d’Aguilar.
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Carcassonne (Bastide). Le rempart médiéval recoupé par une tranchée

Plan de Carcassonne en 1787 (Source : B.n.F. Gallica).  On repère facilement les fortifications de la ville basse qui ont conservées en cette fin du XVIIIe siècle leur aspect du XVIe siècle.

Plan de Carcassonne en 1787 (Source : B.n.F. Gallica). On repère facilement les fortifications de la ville basse qui ont conservées en cette fin du XVIIIe siècle leur aspect du XVIe siècle.

     La ville Basse de Carcassonne, créée dans la seconde moitié du XIIIe siècle pour remplacer les bourgs fortifiés qui entouraient la Cité, n’était pas pourvue à l’origine de remparts. C’est pourquoi, en 1355, le Prince Noir la prend sans difficulté avant de l’incendier. De cet incendie subsiste une épaisse couche de cendres et de terre rubéfiée, que l’on rencontre régulièrement en réalisant des travaux souterrains. Après l’incendie la ville basse (ou Bastide) est reconstruite sur le même plan, mais sur une surface réduite par souci d’économie et pour tenir compte du dépeuplement. Et surtout elle est pourvue de murs en pierre, de tours et de fossés pour faire face à de nouvelles attaques. L’ensemble forme un hexagone limité par des boulevards et un rempart, renforcé au XVIe siècle par des bastions.

Détail du plan de 1787. En haut (n° 29) le bastion Saint-Martial dont l'emplacement est actuellement occupé par le collège Le Bastion. En bas à droite, en rouge, l'église Saint-Vincent. Plan à comparer avec la photographie aérienne ci-dessous.

Détail du plan de 1787. En haut (n° 29) le bastion Saint-Martial dont l’emplacement est actuellement occupé par le collège Le Bastion. En bas à droite, en rouge, l’église Saint-Vincent. Plan à comparer avec la photographie aérienne ci-dessous.

Sur cette photographie aérienne de l'IGN publiée sur le Géoportail j'ai figuré par un trait vert les parties du rempart médiéval conservées et visibles, en rouges les parties détruites ou non visibles, par un point rouge le lieu de la découverte. Le trait bleu indique les parties du bastion Saint-Martial (XVIe siècle) conservées et visibles dans le collège du Bastion.

Sur cette photographie aérienne de l’IGN publiée sur le Géoportail j’ai figuré par un trait vert les parties du rempart médiéval conservées et visibles, en rouges les parties détruites ou non visibles, par un point rouge le lieu de la découverte. Le trait bleu indique les parties du bastion Saint-Martial (XVIe siècle) conservées et visibles dans le collège du Bastion.

     Au XIXe siècle la plus grande partie des fortifications médiévales et modernes sont détruites pour ouvrir la ville. C’est ainsi que le rempart est détruit pour prolonger les rues Jules Sauzède et de la Liberté, et les faire déboucher sur les boulevards. C’est cette portion qui vient d’être redécouverte par une tranchée lors de travaux de rénovation du réseau de gaz.

rempart médiéval

     Voici ce qu’on pouvait voir le 17 juillet 2014 à l’angle des rues Jules Sauzède et de la Liberté. L’état de la tranchée ne permet pas une lecture facile des vestiges existants sur la photo ci-dessus. Néanmoins on aperçoit au centre un gros mur, orienté à environ 45 ° par rapport à trame des rues. On en voit une élévation de l’ordre de 1 m qui affleure sous le trottoir, et une épaisseur de l’ordre de 1,50 m. Une tranchée comblée (sans doute la tranchée de fondation) est visible en coupe, côté intérieur du rempart du rempart, c’est-à-dire à gauche sur la photo.

     C’est peu spectaculaire mais l’amicale laïque de Carcassonne, chargée par la municipalité des interventions archéologiques sur la ville, a été prévenue par mes soins et devrait intervenir. Les archéologues de cette association dirigée par Marie-Élise Gardel feront sans doute d’autres constatations.

Pour en savoir plus :

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Carcassonne, Dame Carcas et Viollet-le-Duc vus par des peintres naïfs

 

 Souvenir de notre voyage de noce. Clémence et Henri Rousseau. (Le voyage de noce imaginaire du douanier Rousseau et de son épouse Clémence à Carcassonne par Marie Saleun). Huile sur toile de 55 x 46 cm, 2014.

« Souvenir de notre voyage de noce. Clémence et Henri Rousseau ». (Le voyage de noce imaginaire du douanier Rousseau et de son épouse Clémence à Carcassonne par Marie Saleun). Huile sur toile de 55 x 46 cm, 2014.

 

     Vendredi 20 juin 2014 a été inauguré à Carcassonne, en présence du maire adjoint à la culture Jean-Louis Bes, de Martine Clouet, présidente du groupe des naïfs et de plusieurs personnalités de la culture et de la politique de la ville, le festival international d’art naïf.

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     Le Groupe des primitifs modernes dit « naïfs » est une association loi de 1901 fondée en 1989 par un collectif de peintres. Il réunit vingt-huit artistes venus de France, Belgique, Espagne, Italie, Serbie, Brésil et États-Unis, présents à l’inauguration ou représentés par leurs œuvres.

     Ce groupe s’incrit dans la lignée du mouvement naïf caractérisé à la fin du XIXe siècle et dont le représentant le plus connu est le douanier Rousseau. C’est pourquoi dans l’exposition se retrouvent plusieurs hommages à Henri Rousseau, dont deux œuvres de carcassonnaises : le tableau de Marie SALEUN ci-dessus et un autre réalisé par Andrée HUC.

Un paysage russe sous la neige vu par Catherine MUSNIER

Un paysage russe sous la neige vu par Catherine MUSNIER

     Le thème de ce salon est un hommage à Viollet-le-Duc. Tous les artistes ont donc réalisé une œuvre inspirée par la Cité de Carcassonne ; par Dame Carcas, héroïne et allégorie de la ville ; ou encore par Eugène Viollet-le-Duc,  le restaurateur de la Cité. Mais des œuvres sans rapport avec Carcassonne sont aussi exposées comme celle de Catherine MUNIER ci-dessus.

     Les œuvres exposées forment un ensemble très réussi. On retrouve dans les peintures exposées les principales caractéristiques de l’art naïf : des sujets populaires tels que des scènes de vie urbaine ou campagnarde, des animaux, le caractère généralement joyeux des représentations, l’emploi de couleurs vives, la minutie des détails… Voyons maintenant un petit aperçu des œuvres inspirées par Carcassonne.

Scènes populaires contemporaines

Sous la neige, dans les fossés du château comtal. Tableau de Bernadette BROUZES-BAILLY

Sous la neige, dans les fossés du château comtal. Tableau de Bernadette BROUZES-BAILLY

     Certains artistes ont choisi d’illustrer des scènes populaires contemporaines, vues avec un œil parfois ethnographique comme ces enfants qui jouent sous la neige dans les fossés du châteaux comtal représentés par Bernadette BROUZES-BAILLY. (Ci-dessus) ou

 Le petit square face au château comtal vu par Andrée HUC.

Le petit square face au château comtal vu par Andrée HUC.

     La carcassonnaise Andrée HUC (ci-dessus et ci-dessous) s’est attachée à représenter quelques scènes de la vie quotidienne mettant en scène des touristes : enfants jouant avec des épées et boucliers en plastiques achetés dans les boutiques de souvenirs pour touristes, couple se faisant photographier sur le pont vieux, touriste au sac-à-dos recherchant son chemin…

Le pont vieux vu par Andrée HUC.

Le pont vieux vu par Andrée HUC.

Élisabeth DAVY-BOUTTIER

Élisabeth DAVY-BOUTTIER

     Martine CLOUET a choisi de peindre une scène de vie paisible sur les bords de l’Aude (ci-dessous). Les costumes des personnages comme leurs activités (pêche, peinture, ballon, vélo…) pourraient situer la scène vers 1900, au temps du douanier Rousseau. Seul le casque du cycliste inscrit très discrètement la scène dans la réalité du XXIe siècle. L’auteure semble établir un pont entre l’âge d’or de la Belle époque et du mouvement naïf et notre époque, comme si la société n’avait pas changée en un siècle.

Les bords de l'Aude vus par Martine CLOUET.

Les bords de l’Aude vus par Martine CLOUET.

     On retrouve le même aspect intemporel et le même paysage dans le tableau ci-dessous du yougoslave Mile DAVIDOVIC.

Un clair de lune sur les berges de l'Aude vu par Mile DAVIDOVIC

Un clair de lune sur les berges de l’Aude vu par Mile DAVIDOVIC

Scènes de la vie campagnarde autrefois

     D’autres artistes ont choisi de reconstituer ou d’imaginer des scènes de la vie autour de 1900. Comme Martine CLOUET et Mile DAVIDOVIC, Tito LUCAVECHE a choisi de représenter les bords de l’Aude, dans une scène joyeuse ou des enfants se baignent, jouent… Giuliano ZOPPI a choisi, comme Bernadette BROUZES-BAILLY, de peindre une scène de vie sous la neige face au château comtal.

Scène de baignade sur les bords de l'Aude vue par Tito LUCAVECHE.

Scène de baignade sur les bords de l’Aude vue par Tito LUCAVECHE.

     Mais le thème favori des artistes est une scène de la vie campagnarde d’autrefois avec la cité en arrière-plan. Thérèse COUSTRY et Maria-Cristina  HAIZE peignent les moissons; Mady de la GIRAUDIÈRE, Alain DONNAT, Christian LLOVERAS, Maria-Cristina  HAIZE et Amalia FERNANDEZ de CORDOBA peignent les vendanges;  Mady de la GIRAUDIÈRE et Paméla AMATHIEU peignent un paysage enneigé…

Scène de moissons par Thérèse COUSTRY.

Scène de moissons par Thérèse COUSTRY.

L'automne vu par Mady de la GIRAUDIÈRE.

L’automne vu par Mady de la GIRAUDIÈRE.

L'hiver vu par Mady de la GIRAUDIÈRE.

L’hiver vu par Mady de la GIRAUDIÈRE.

Scène de vendange par Alain DONNAT.

Scène de vendange par Alain DONNAT.

Scène de vendanges par Christian LLOVERAS.

Scène de vendanges par Christian LLOVERAS.

Le tour de l’âne

Le tour de l'âne par Nini CAVIN.

Le tour de l’âne par Nini CAVIN.

     Le sujet de Nini CAVIN est particulièrement original puisqu’elle représente s’agit une coutume carcassonnaise remontant au Moyen Âge et pratiquée jusqu’au début du XXIe siècle. le tour de l’âne avait lieu le 28 juillet, jour de la fête votive de Saint-Nazaire, l’un des patrons de la Cité. Ce jour là le dernier marié de l’année, le «cap de jovent» (en occitan le chef de la jeunesse), parcourait les rues de la Cité juché sur un âne en provoquant l’hilarité par ses attitudes burlesques. Vêtu d’un costume noir et coiffé d’un gibus, arborant une paire de cornes au bout desquelles pendaient de phalliques légumes, il essuyait les cris des jeunes – «Sias soiol, paure ome» (tu es cocu, pauvre homme) – et les femmes embrassaient les cornes. La raréfaction des habitants de la Cité a mis fin à cette coutume en 2010.

Bateaux et aéronefs

     Amalia FERNANDEZ de CORDOBA a choisi également un sujet original mais sans doute imaginaire puisque la présence de dirigeables à Carcassonne vers 1900 n’est pas attestée. Michel NAZE a peint également un aéronef, mais dans une représentation fantastique : une citée médiévale en forme de bateau flottant dans le ciel. Élisabeth DEPUISET transforme la cité en un port où figure au milieu une sorte d’arche de Noé transportant la cathédrale Notre-Dame et des girafes.

Dirigeable au dessus de la Cité par Amalia FERNANDEZ de CORDOBA.

Dirigeable au dessus de la Cité par Amalia FERNANDEZ de CORDOBA.

 

Dame Carcas

    La figure légendaire de Dame Carcas se prête particulièrement à l’art naïf. C’est pourquoi quatre artistes, ont choisi ce thème. Dame Carcas est un personnage qui a déjà beaucoup inspiré les artistes et les illustrateurs depuis le XIXe siècle. Elle est généralement représentée en train de lancer le cochon au dessus des remparts. S’éloignant des représentations traditionnelles, les artistes du groupe des naïfs ont choisi des compositions beaucoup plus originales, insistant sur le caractère maternel ou érotique de l’héroïne.

     Valéry QUITARD qui signe ses toiles sous le pseudonyme de Vécu, a imaginé une Dame Carcas aux grands yeux à la façon des mangas japonais, tenant dans ses bras, un cochonnet à la manière d’un enfant. La scène se situe porte d’Aude sous la neige.

Dame Carcas vue par VECU

Dame Carcas vue par VECU

     Dans une toile finalement non retenu pour le salon mais qu’on y trouvera en carte postale (voir ci-après), Marie SALEUN figure Dame Carcas dans la même attitude. L’héroïne qui reprend les traits de la statue de la porte Narbonnaise, donne la tété à son cochonnet emmailloté comme un enfant. Dans le même tableau Dame Carcas figure aussi dans une montgolfière dominant la ville, comme un « deus ex machina » des représentations théâtrales de l’époque classique. Elle est peinte toute nue, bras-dessus bras-dessous avec un homme dévêtu à la barbe blanche. S’agit-il de Viollet-le-Duc, de Charlemagne, d’Adam ou d’une représentation de Dieu ? Dame Carcas apparaît donc dans ce tableau comme une Eve, à la fois épouse de l’homme qui domine la Cité et mère des citadins, symbolisés par le cochonnet.

     Marie SALEUN est l’auteur d’un autre tableau, exposé, celui-ci, où Dame Carcas est entourée de soleils. (Non publié ici.).

Dame Carcas par Jean-Jacques MANGIN

Dame Carcas par Jean-Jacques MANGIN

     Jean-Jacques MANGIN a choisi de représenter un autre épisode de la légende, celui où Dame Carcas sonne pour rappeler l’empereur. Ici l’héroïne ne sonne pas du cor ou des cloches comme dans les représentations traditionnelles, mais une sorte de trompe.  Comme dans le tableau de Carina BARONE ci-dessous, le caractère érotique de l’héroïne, qui n’est que sous entendu dans la légende, est affirmé par un vêtement transparent qui laisse voir les seins et le buste de la jeune femme.

Dame Carcas par Carina BARONE.

Dame Carcas par Carina BARONE.

     Dans le tableau de Carina BARONE Dame Carcas apparaît dans une position très libérée voire érotique, en compagnie de deux de ses attributs : l’instrument de musique et le cochon. Le cochonnet est ici un petit animal de compagnie tenu en laisse, l’instrument un saxophone, soulignant la modernité de l’héroïne malgré ses douze siècles.

Viollet-le-Duc

     La figure du restaurateur de la Cité, qui constituait pourtant le thème du salon et de nombreuses commémorations en France et à Carcassonne, a finalement inspiré peu d’artistes. Alain DONNAT peint Viollet-le-Duc en architecte en compagnie de ses plans et relevés.

Viollet-le-Duc par Alain DONNAT.

Viollet-le-Duc par Alain DONNAT.

     Marie SALEUN, dans son tableau non exposé où figure Dame Carcas, l’a représenté dans une composition très originale où sont rassemblés devant la porte Narbonnaise une série de personnalités dont les élus de la ville. (Le tableau ayant été peint avant mars 2014, on y voit les élus de l’ancienne municipalité, dont Jean-Claude Perez , Tamara Rivel et Alain Tarlier. Est-ce la raison pour laquelle ce tableau a été écarté de la sélection ?).

"Silence on tourne" par Marie SALEUN

« Silence on tourne » par Marie SALEUN

Animaux  

   Toujours sur Carcassonne, voici quelques autres tableaux où les hommes ont laissé leur place à des chats et des chiens, indifférents à l’architecture de la Cité pour Bernard VERCRUYCE ou Marie AMALIA, ou au contraire fascinés par le feu d’artifice nocturne pour Monique VALDENEIGE.

Bernard VERCRUYCE

Bernard VERCRUYCE

Feu d'artifice sur la Cité par Monique VALDENEIGE

Feu d’artifice sur la Cité par Monique VALDENEIGE

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     Cet article ne donne qu’un petit aperçu de la richesse et la diversité des œuvres exposées et la photographie a du mal à restituer fidèlement les couleurs. Je vous invite donc à découvrir par vous même cette exposition.

L’exposition est ouverte du 20 juin au 10 juillet 2014 tous les jours de 15 h à 20 h à la salle Joë Bousquet (ancienne mairie), au 32 rue Aimé Ramond à Carcassonne.

     A défaut de catalogue, qui aurait été le bienvenu, on trouvera sur place des reproductions en carte postale de quelques tableaux.

     Merci à tous les artistes pour leur créativité et pour cette magnifique exposition.

Pour en savoir plus :

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