Dame Carcas et la Cité de Carcassonne sur France 2

Face sud de la Cité - septembre 2011

Face sud de la Cité – septembre 2011

La cité de Carcassonne, monument préféré des Français en Languedoc-Roussillon et peut-être en France ?

La Cité de Carcassonne et la légende de Dame Carcas sur France 2
le 25 août 2014 à 17 heures

     Le 25 août 2014 à 17 heures a été diffusée sur France 2 la première des vingt émissions de la série Le monument préféré des Français 2014, présentée par Stéphane BERN, Philippe GLOAGEN, directeur du «Guide du Routard», Sophie JOVILLARD, animatrice et globe-trotter, et Jean-Paul OLLIVIER, journaliste spécialiste du patrimoine au Tour de France. Cette émission présentera 120 monuments pour lesquels les internautes ont voté en juin. Chaque émission d’une durée de 50 minutes est consacrée à une région. A l’issue de chaque émission un seul monument est retenu et représentera sa région lors d’une émission en début de soirée à l’occasion des journées du patrimoine (20-21 septembre).

     C’est le Languedoc-Roussillon qui a eu l’honneur d’inaugurer cette nouvelle émission. Six monuments étaient en compétition. Dans l’ordre des faveurs du public : la Cité de Carcassonne, le Pont du Gard, les arênes de Nîmes, les écluses de Fonserannes sur le Canal du Midi, l’abbaye Saint-Martin-du-Canigou et les Remparts d’Aigues-Mortes. Si la Cité de Carcassonne l’a emporté cela tient à plusieurs raisons. D’abord à la richesse de son patrimoine et de son histoire  : c’est des six monuments celui qui est le plus ancien, le plus étendu. L’Histoire de la Cité de Carcassonne se déroule sur plus de vingt-sept siècles. Ensuite grâce aux travaux des nombreux archéologues, historiens, érudits et associations qui font des recherches sur cette ville et contribuent à faire connaître son patrimoine et son histoire. C’est dû encore aux efforts des institutions telle que le Centre des Monuments nationaux, gestionnaire du château et des remparts, la Ville, gestionnaire du reste de l’espace publique, et de l’Agence de développement touristique de l’Aude. Cette réussite est due enfin à la mobilisation de nombreux carcassonnais à travers les journaux locaux, les blogs et pages Facebook sur le patrimoine Carcassonnais et leurs animateurs. (Retrouvez-les dans la rubrique liens de ce blog).

     Quelques mots sur le tournage. Sept minutes consacrées à un site tel que Carcassonne, cela peut paraître peu mais cela a mobilisé pourtant une équipe de deux personnes pendant plusieurs jours au mois de juin.  Personnellement j’ai passé un après midi avec l’équipe Élodie Galinier-Teisseire, qui avait été choisie comme fil conducteur. Pour les deux plans filmés à la porte Narbonnaise, nous avons recommencé un grand nombre de fois, notamment à cause du passage de touristes dans le champ de la caméra. De nombreux plans ont été filmés pour que les monteurs puissent choisir les meilleurs. Certaines séquences n’ont pas été retenues, faute de place, notamment celle tournée dans les lices au pied des tours penchées, selon la légende, pour saluer Charlemagne. Bref c’est beaucoup de temps et de travail pour tout le monde.

     Un mot sur les intervenants. Comme déjà dit, Élodie Galinier-Teisseire, gérante du restaurant Le jardin de la Tour, a été choisie comme fil directeur car c’est l’une des dernières habitantes de la Cité. N’hésitez pas à lui rendre visite. Son restaurant, où l’on est bien accueilli et l’où on mange bien, est un véritable musée d’arts et traditions populaire. Il offre de plus un point de vue intéressant sur le château comtal. J’ai été retenu comme historien, spécialiste de la Légende de Dame Carcas. La guide-Conférencière Anne Cathala, présente le Château comtal et notamment la fresque du XIIe siècle qui représente, selon mes travaux, la légende du siège de Carcassonne dont la légende de Dame Carcas est un épisode. N’hésitez pas à faire une visite-conférence au château : votre guide vous fera découvrir des lieux forts intéressants qui ne sont pas ouverts à la visite libre.  Dans le reportage Hadrien Pujol, directeur de l’hôtel de la Cité, présente le livre d’or de ce prestigieux hôtel. N’hésitez pas non plus à rentrer dans cet hôtel, construit en style néogothique au début du XXe siècle. Vous pouvez venir prendre un verre dans la magnifique bibliothèque que l’on voit dans le reportage, ou manger à Midi à un prix très raisonnable pour un restaurant étoilé au Guide Michelin fréquenté par les célébrités. La distillerie Cabanel, allées d’Iéna dans la ville Basse, vaut aussi une visite.

     Mais il y a beaucoup d’autres lieux et personnes à visiter à la Cité et en ville Basse. Ce reportage ne donne qu’un petit aperçu des richesses de la ville. Une émission plus développée serait souhaitable. Quant à l’Histoire de la Ville (et notamment celle du château, de la fresque, de Dame Carcas), je vous renvoie à la Bande dessinée collective Histoire(s) de Carcassonne : 32 pages de BD dessinées par des auteurs de la région, 8 pages d’explications historiques rédigées par des historiens.

     Souhaitons que la Cité Carcassonne, déjà retenue pour l’émission finale, soit le monument préféré des Français. Dans ce cas l’émission serait tournée en direct de la Cité. Souhaitons enfin que cela contribue à faire classer la légende de Dame Carcas au patrimoine immatériel de l’humanité, un projet qui m’est cher.

A lire en complément de l'émission

A lire en complément de l’émission

Pour en savoir plus :

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Arnaut de Carcassés, troubadour des Corbières et la Nouvelle du Perroquet

L’Association des amis d’Aguilar a le plaisir de vous inviter à la conférence publique de Gauthier Langlois : « Arnaut de Carcassés, troubadour des Corbières et la Nouvelle du Perroquet », le samedi 30 août à 21 heures dans la cour de l’école de Tuchan.

Paredal du XIIIe siècle conservé au Musée Languedocien à Montpellier. Photo : D.R.)

Paredal du XIIIe siècle conservé au Musée Languedocien à Montpellier. Photo : D.R.)

     La Nouvelle du perroquet est considérée, depuis les travaux de René Nelli, comme l’une des plus belles œuvres de la poésie occitane. En voici l’histoire : Une dame, enfermée dans le jardin d’un château par un mari jaloux, reçoit la visite d’un perroquet. Ce perroquet séduit la dame pour le compte de son maître, le chevalier Antiphanor, puis organise la rencontre des deux amants grâce à une ruse. Cette histoire, originale par son thème et sa narration, est l’un des premiers exemples de la littérature romanesque occitane. Pourtant, l’auteur de la Nouvelle, Arnaut de Carcassés, restait jusqu’alors un inconnu. Grâce à de nouvelles découvertes, Gauthier Langlois précisera les origines et le milieu social de ce troubadour audois. Il évoquera aussi le thème dont Arnaut de Carcassés se fait le chantre : celui de l’adultère dans la société médiévale occitane.

Pour en savoir plus :

  • LANGLOIS (Gauthier). – « Note sur les origines du troubadour Arnaut de Carcassés », Revue des langues romanes, tome CXII-1, 2008, p. 89-99.
  • Le blog de l’Association des amis d’Aguilar.
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Carcassonne (Bastide). Le rempart médiéval recoupé par une tranchée

Plan de Carcassonne en 1787 (Source : B.n.F. Gallica).  On repère facilement les fortifications de la ville basse qui ont conservées en cette fin du XVIIIe siècle leur aspect du XVIe siècle.

Plan de Carcassonne en 1787 (Source : B.n.F. Gallica). On repère facilement les fortifications de la ville basse qui ont conservées en cette fin du XVIIIe siècle leur aspect du XVIe siècle.

     La ville Basse de Carcassonne, créée dans la seconde moitié du XIIIe siècle pour remplacer les bourgs fortifiés qui entouraient la Cité, n’était pas pourvue à l’origine de remparts. C’est pourquoi, en 1355, le Prince Noir la prend sans difficulté avant de l’incendier. De cet incendie subsiste une épaisse couche de cendres et de terre rubéfiée, que l’on rencontre régulièrement en réalisant des travaux souterrains. Après l’incendie la ville basse (ou Bastide) est reconstruite sur le même plan, mais sur une surface réduite par souci d’économie et pour tenir compte du dépeuplement. Et surtout elle est pourvue de murs en pierre, de tours et de fossés pour faire face à de nouvelles attaques. L’ensemble forme un hexagone limité par des boulevards et un rempart, renforcé au XVIe siècle par des bastions.

Détail du plan de 1787. En haut (n° 29) le bastion Saint-Martial dont l'emplacement est actuellement occupé par le collège Le Bastion. En bas à droite, en rouge, l'église Saint-Vincent. Plan à comparer avec la photographie aérienne ci-dessous.

Détail du plan de 1787. En haut (n° 29) le bastion Saint-Martial dont l’emplacement est actuellement occupé par le collège Le Bastion. En bas à droite, en rouge, l’église Saint-Vincent. Plan à comparer avec la photographie aérienne ci-dessous.

Sur cette photographie aérienne de l'IGN publiée sur le Géoportail j'ai figuré par un trait vert les parties du rempart médiéval conservées et visibles, en rouges les parties détruites ou non visibles, par un point rouge le lieu de la découverte. Le trait bleu indique les parties du bastion Saint-Martial (XVIe siècle) conservées et visibles dans le collège du Bastion.

Sur cette photographie aérienne de l’IGN publiée sur le Géoportail j’ai figuré par un trait vert les parties du rempart médiéval conservées et visibles, en rouges les parties détruites ou non visibles, par un point rouge le lieu de la découverte. Le trait bleu indique les parties du bastion Saint-Martial (XVIe siècle) conservées et visibles dans le collège du Bastion.

     Au XIXe siècle la plus grande partie des fortifications médiévales et modernes sont détruites pour ouvrir la ville. C’est ainsi que le rempart est détruit pour prolonger les rues Jules Sauzède et de la Liberté, et les faire déboucher sur les boulevards. C’est cette portion qui vient d’être redécouverte par une tranchée lors de travaux de rénovation du réseau de gaz.

rempart médiéval

     Voici ce qu’on pouvait voir le 17 juillet 2014 à l’angle des rues Jules Sauzède et de la Liberté. L’état de la tranchée ne permet pas une lecture facile des vestiges existants sur la photo ci-dessus. Néanmoins on aperçoit au centre un gros mur, orienté à environ 45 ° par rapport à trame des rues. On en voit une élévation de l’ordre de 1 m qui affleure sous le trottoir, et une épaisseur de l’ordre de 1,50 m. Une tranchée comblée (sans doute la tranchée de fondation) est visible en coupe, côté intérieur du rempart du rempart, c’est-à-dire à gauche sur la photo.

     C’est peu spectaculaire mais l’amicale laïque de Carcassonne, chargée par la municipalité des interventions archéologiques sur la ville, a été prévenue par mes soins et devrait intervenir. Les archéologues de cette association dirigée par Marie-Élise Gardel feront sans doute d’autres constatations.

Pour en savoir plus :

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Carcassonne, Dame Carcas et Viollet-le-Duc vus par des peintres naïfs

 

 Souvenir de notre voyage de noce. Clémence et Henri Rousseau. (Le voyage de noce imaginaire du douanier Rousseau et de son épouse Clémence à Carcassonne par Marie Saleun). Huile sur toile de 55 x 46 cm, 2014.

"Souvenir de notre voyage de noce. Clémence et Henri Rousseau". (Le voyage de noce imaginaire du douanier Rousseau et de son épouse Clémence à Carcassonne par Marie Saleun). Huile sur toile de 55 x 46 cm, 2014.

 

     Vendredi 20 juin 2014 a été inauguré à Carcassonne, en présence du maire adjoint à la culture Jean-Louis Bes, de Martine Clouet, présidente du groupe des naïfs et de plusieurs personnalités de la culture et de la politique de la ville, le festival international d’art naïf.

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     Le Groupe des primitifs modernes dit "naïfs" est une association loi de 1901 fondée en 1989 par un collectif de peintres. Il réunit vingt-huit artistes venus de France, Belgique, Espagne, Italie, Serbie, Brésil et États-Unis, présents à l’inauguration ou représentés par leurs œuvres.

     Ce groupe s’incrit dans la lignée du mouvement naïf caractérisé à la fin du XIXe siècle et dont le représentant le plus connu est le douanier Rousseau. C’est pourquoi dans l’exposition se retrouvent plusieurs hommages à Henri Rousseau, dont deux œuvres de carcassonnaises : le tableau de Marie SALEUN ci-dessus et un autre réalisé par Andrée HUC.

Un paysage russe sous la neige vu par Catherine MUSNIER

Un paysage russe sous la neige vu par Catherine MUSNIER

     Le thème de ce salon est un hommage à Viollet-le-Duc. Tous les artistes ont donc réalisé une œuvre inspirée par la Cité de Carcassonne ; par Dame Carcas, héroïne et allégorie de la ville ; ou encore par Eugène Viollet-le-Duc,  le restaurateur de la Cité. Mais des œuvres sans rapport avec Carcassonne sont aussi exposées comme celle de Catherine MUNIER ci-dessus.

     Les œuvres exposées forment un ensemble très réussi. On retrouve dans les peintures exposées les principales caractéristiques de l’art naïf : des sujets populaires tels que des scènes de vie urbaine ou campagnarde, des animaux, le caractère généralement joyeux des représentations, l’emploi de couleurs vives, la minutie des détails… Voyons maintenant un petit aperçu des œuvres inspirées par Carcassonne.

Scènes populaires contemporaines

Sous la neige, dans les fossés du château comtal. Tableau de Bernadette BROUZES-BAILLY

Sous la neige, dans les fossés du château comtal. Tableau de Bernadette BROUZES-BAILLY

     Certains artistes ont choisi d’illustrer des scènes populaires contemporaines, vues avec un œil parfois ethnographique comme ces enfants qui jouent sous la neige dans les fossés du châteaux comtal représentés par Bernadette BROUZES-BAILLY. (Ci-dessus) ou

 Le petit square face au château comtal vu par Andrée HUC.

Le petit square face au château comtal vu par Andrée HUC.

     La carcassonnaise Andrée HUC (ci-dessus et ci-dessous) s’est attachée à représenter quelques scènes de la vie quotidienne mettant en scène des touristes : enfants jouant avec des épées et boucliers en plastiques achetés dans les boutiques de souvenirs pour touristes, couple se faisant photographier sur le pont vieux, touriste au sac-à-dos recherchant son chemin…

Le pont vieux vu par Andrée HUC.

Le pont vieux vu par Andrée HUC.

Élisabeth DAVY-BOUTTIER

Élisabeth DAVY-BOUTTIER

     Martine CLOUET a choisi de peindre une scène de vie paisible sur les bords de l’Aude (ci-dessous). Les costumes des personnages comme leurs activités (pêche, peinture, ballon, vélo…) pourraient situer la scène vers 1900, au temps du douanier Rousseau. Seul le casque du cycliste inscrit très discrètement la scène dans la réalité du XXIe siècle. L’auteure semble établir un pont entre l’âge d’or de la Belle époque et du mouvement naïf et notre époque, comme si la société n’avait pas changée en un siècle.

Les bords de l'Aude vus par Martine CLOUET.

Les bords de l’Aude vus par Martine CLOUET.

     On retrouve le même aspect intemporel et le même paysage dans le tableau ci-dessous du yougoslave Mile DAVIDOVIC.

Un clair de lune sur les berges de l'Aude vu par Mile DAVIDOVIC

Un clair de lune sur les berges de l’Aude vu par Mile DAVIDOVIC

Scènes de la vie campagnarde autrefois

     D’autres artistes ont choisi de reconstituer ou d’imaginer des scènes de la vie autour de 1900. Comme Martine CLOUET et Mile DAVIDOVIC, Tito LUCAVECHE a choisi de représenter les bords de l’Aude, dans une scène joyeuse ou des enfants se baignent, jouent… Giuliano ZOPPI a choisi, comme Bernadette BROUZES-BAILLY, de peindre une scène de vie sous la neige face au château comtal.

Scène de baignade sur les bords de l'Aude vue par Tito LUCAVECHE.

Scène de baignade sur les bords de l’Aude vue par Tito LUCAVECHE.

     Mais le thème favori des artistes est une scène de la vie campagnarde d’autrefois avec la cité en arrière-plan. Thérèse COUSTRY et Maria-Cristina  HAIZE peignent les moissons; Mady de la GIRAUDIÈRE, Alain DONNAT, Christian LLOVERAS, Maria-Cristina  HAIZE et Amalia FERNANDEZ de CORDOBA peignent les vendanges;  Mady de la GIRAUDIÈRE et Paméla AMATHIEU peignent un paysage enneigé…

Scène de moissons par Thérèse COUSTRY.

Scène de moissons par Thérèse COUSTRY.

L'automne vu par Mady de la GIRAUDIÈRE.

L’automne vu par Mady de la GIRAUDIÈRE.

L'hiver vu par Mady de la GIRAUDIÈRE.

L’hiver vu par Mady de la GIRAUDIÈRE.

Scène de vendange par Alain DONNAT.

Scène de vendange par Alain DONNAT.

Scène de vendanges par Christian LLOVERAS.

Scène de vendanges par Christian LLOVERAS.

Le tour de l’âne

Le tour de l'âne par Nini CAVIN.

Le tour de l’âne par Nini CAVIN.

     Le sujet de Nini CAVIN est particulièrement original puisqu’elle représente s’agit une coutume carcassonnaise remontant au Moyen Âge et pratiquée jusqu’au début du XXIe siècle. le tour de l’âne avait lieu le 28 juillet, jour de la fête votive de Saint-Nazaire, l’un des patrons de la Cité. Ce jour là le dernier marié de l’année, le «cap de jovent» (en occitan le chef de la jeunesse), parcourait les rues de la Cité juché sur un âne en provoquant l’hilarité par ses attitudes burlesques. Vêtu d’un costume noir et coiffé d’un gibus, arborant une paire de cornes au bout desquelles pendaient de phalliques légumes, il essuyait les cris des jeunes – «Sias soiol, paure ome» (tu es cocu, pauvre homme) – et les femmes embrassaient les cornes. La raréfaction des habitants de la Cité a mis fin à cette coutume en 2010.

Bateaux et aéronefs

     Amalia FERNANDEZ de CORDOBA a choisi également un sujet original mais sans doute imaginaire puisque la présence de dirigeables à Carcassonne vers 1900 n’est pas attestée. Michel NAZE a peint également un aéronef, mais dans une représentation fantastique : une citée médiévale en forme de bateau flottant dans le ciel. Élisabeth DEPUISET transforme la cité en un port où figure au milieu une sorte d’arche de Noé transportant la cathédrale Notre-Dame et des girafes.

Dirigeable au dessus de la Cité par Amalia FERNANDEZ de CORDOBA.

Dirigeable au dessus de la Cité par Amalia FERNANDEZ de CORDOBA.

 

Dame Carcas

    La figure légendaire de Dame Carcas se prête particulièrement à l’art naïf. C’est pourquoi quatre artistes, ont choisi ce thème. Dame Carcas est un personnage qui a déjà beaucoup inspiré les artistes et les illustrateurs depuis le XIXe siècle. Elle est généralement représentée en train de lancer le cochon au dessus des remparts. S’éloignant des représentations traditionnelles, les artistes du groupe des naïfs ont choisi des compositions beaucoup plus originales, insistant sur le caractère maternel ou érotique de l’héroïne.

     Valéry QUITARD qui signe ses toiles sous le pseudonyme de Vécu, a imaginé une Dame Carcas aux grands yeux à la façon des mangas japonais, tenant dans ses bras, un cochonnet à la manière d’un enfant. La scène se situe porte d’Aude sous la neige.

Dame Carcas vue par VECU

Dame Carcas vue par VECU

     Dans une toile finalement non retenu pour le salon mais qu’on y trouvera en carte postale (voir ci-après), Marie SALEUN figure Dame Carcas dans la même attitude. L’héroïne qui reprend les traits de la statue de la porte Narbonnaise, donne la tété à son cochonnet emmailloté comme un enfant. Dans le même tableau Dame Carcas figure aussi dans une montgolfière dominant la ville, comme un "deus ex machina" des représentations théâtrales de l’époque classique. Elle est peinte toute nue, bras-dessus bras-dessous avec un homme dévêtu à la barbe blanche. S’agit-il de Viollet-le-Duc, de Charlemagne, d’Adam ou d’une représentation de Dieu ? Dame Carcas apparaît donc dans ce tableau comme une Eve, à la fois épouse de l’homme qui domine la Cité et mère des citadins, symbolisés par le cochonnet.

     Marie SALEUN est l’auteur d’un autre tableau, exposé, celui-ci, où Dame Carcas est entourée de soleils. (Non publié ici.).

Dame Carcas par Jean-Jacques MANGIN

Dame Carcas par Jean-Jacques MANGIN

     Jean-Jacques MANGIN a choisi de représenter un autre épisode de la légende, celui où Dame Carcas sonne pour rappeler l’empereur. Ici l’héroïne ne sonne pas du cor ou des cloches comme dans les représentations traditionnelles, mais une sorte de trompe.  Comme dans le tableau de Carina BARONE ci-dessous, le caractère érotique de l’héroïne, qui n’est que sous entendu dans la légende, est affirmé par un vêtement transparent qui laisse voir les seins et le buste de la jeune femme.

Dame Carcas par Carina BARONE.

Dame Carcas par Carina BARONE.

     Dans le tableau de Carina BARONE Dame Carcas apparaît dans une position très libérée voire érotique, en compagnie de deux de ses attributs : l’instrument de musique et le cochon. Le cochonnet est ici un petit animal de compagnie tenu en laisse, l’instrument un saxophone, soulignant la modernité de l’héroïne malgré ses douze siècles.

Viollet-le-Duc

     La figure du restaurateur de la Cité, qui constituait pourtant le thème du salon et de nombreuses commémorations en France et à Carcassonne, a finalement inspiré peu d’artistes. Alain DONNAT peint Viollet-le-Duc en architecte en compagnie de ses plans et relevés.

Viollet-le-Duc par Alain DONNAT.

Viollet-le-Duc par Alain DONNAT.

     Marie SALEUN, dans son tableau non exposé où figure Dame Carcas, l’a représenté dans une composition très originale où sont rassemblés devant la porte Narbonnaise une série de personnalités dont les élus de la ville. (Le tableau ayant été peint avant mars 2014, on y voit les élus de l’ancienne municipalité, dont Jean-Claude Perez , Tamara Rivel et Alain Tarlier. Est-ce la raison pour laquelle ce tableau a été écarté de la sélection ?).

"Silence on tourne" par Marie SALEUN

"Silence on tourne" par Marie SALEUN

Animaux  

   Toujours sur Carcassonne, voici quelques autres tableaux où les hommes ont laissé leur place à des chats et des chiens, indifférents à l’architecture de la Cité pour Bernard VERCRUYCE ou Marie AMALIA, ou au contraire fascinés par le feu d’artifice nocturne pour Monique VALDENEIGE.

Bernard VERCRUYCE

Bernard VERCRUYCE

Feu d'artifice sur la Cité par Monique VALDENEIGE

Feu d’artifice sur la Cité par Monique VALDENEIGE

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     Cet article ne donne qu’un petit aperçu de la richesse et la diversité des œuvres exposées et la photographie a du mal à restituer fidèlement les couleurs. Je vous invite donc à découvrir par vous même cette exposition.

L’exposition est ouverte du 20 juin au 10 juillet 2014 tous les jours de 15 h à 20 h à la salle Joë Bousquet (ancienne mairie), au 32 rue Aimé Ramond à Carcassonne.

     A défaut de catalogue, qui aurait été le bienvenu, on trouvera sur place des reproductions en carte postale de quelques tableaux.

     Merci à tous les artistes pour leur créativité et pour cette magnifique exposition.

Pour en savoir plus :

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Dédicace de la BD Histoire(s) de Carcassonne

     Dimanche 22 juin 2014 deux auteurs de la BD Histoire(s) de Carcassonne seront en séance de dédicace à la Cité de Carcassonne.A3_BD_Carcassonne_signature_auteurs_gs

  • Fabienne CALVAYRAC, qui raconte dans cette BD le sauvetage de la Cité à l’initiative de l’archéologue carcassonnais Jean-Pierre Cros-Mayrevieille et ses relations avec l’architecte Eugène Viollet-le-Duc.
  • Gauthier LANGLOIS qui évoque dans cette BD  la légende de Dame Carcas racontée par un troubadour à la cour des Trencavel au XIIe siècle; et la réalisation de la statue de Dame Carcas devant la porte Narbonnaise à l’occasion de la visite de la reine de Navarre en 1538.

     Ces auteurs dédicacerons également quelques unes de leurs autres publications dont Les mots du Moyen Âge (F. Calvayrac), la BD L’Aude dans l’Histoire (G. Langlois) ainsi que le bulletin 2013 de la Société d’études scientifiques de l’Aude dans lequel sont notamment publiés un article sur la prison de l’Inquisition de Carcassonne et un sur les petits monastères des Corbières.

     Cette dédicace se déroulera à la boutique Pennavayre, place du château (devant l’entrée du château comtal) de 14 h à 18 h.

     Si vous ne pouvez être présent n’hésitez pas à commander une dédicace auprès de la boutique Pennavayre. Vous récupérerez votre BD dédicacée à votre prochain passage. Plus de précisions sur la page Histoire(s) de Carcassonne de ce blog.

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La fusion du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées. Quel nom, quelle capitale et quel emblème pour cette région ?

Le logo de la future région ?

Le logo de la future région ?

     Les projets de réforme territoriale suscitent beaucoup de débats et d’inquiétudes. Les enjeux économiques, politiques et identitaires de ces projets sont en effet important. Quelles sont les limites à donner aux nouvelles régions ? Quel nom et quel emblème leur donner ? Quelle capitale choisir ? Pas facile de répondre à ces questions quand les intérêts des uns et des autres sont divergents. Pour contribuer au débat voici quelques éclairages et réflexions issus de ma pratique d’historien et de professeur d’Histoire-Géographie.

     Dans un article publié l’année dernière sur ce blog j’avais évoqué les origines de la région Languedoc-Roussillon ainsi que ses enjeux identitaires, économiques et politiques. Revenons sur ce thème à propos de la fusion proposée récemment par le président de la République des régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon ainsi que de la disparition projetée des départements. Il ne s’agit pas dans cet article de discuter du bien fondé de ce projet de réforme ni de son découpage mais de réfléchir sur quelques aspects de cette réforme concernant les limites, le nom, l’emblème et la capitale de la région projetée.

Découpage régional proposé par l'Élysée le 3 juin 2014

Découpage régional proposé par l’Élysée le 3 juin 2014

Limites et nom

Un ensemble cohérent faisant renaître le comté de Toulouse ?

     Contrairement aux projets précédents, celui de François Hollande ne démembre aucune région mais procède à des fusions. C’est ainsi que Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon sont mariées pour former la plus grande région de France par sa superficie avec treize départements. Par sa population de 5,3 millions d’habitants (soit 8 % de la population française) cette région sera aussi l’une des plus peuplées.

     Cet ensemble correspond à l’aire d’attraction des métropoles de Toulouse et Montpellier. D’un point de vue historique la future région coïncide en grande partie avec l’ancien comté de Toulouse et ses zones d’influence. Seuls le Roussillon et les Hautes-Pyrénées n’en faisaient pas partie, tandis que l’Ardèche, la Drome et le Vaucluse, anciennes possessions des comtes, ne sont pas comprises dans cette future région.

Un grand Languedoc

     Le choix d’accoler les noms des régions fusionnées pour former un nouveau nom se défend dans quelques cas comme l’Alsace-Lorraine qui regrouperait deux régions aux identités propres. En revanche le nom Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon serait long et assez difficile à porter. Une simplification s’impose, au moins pour l’usage courant.  Par chance la nouvelle région regroupe des territoires qui partagent une identité linguistique et culturelle commune : à l’exception du Roussillon, tous les départements appartiennent au domaine occitan. Et si l’on considère que le catalan n’est qu’un dialecte d’occitan, au même titre que le gascon, le limousin ou le provençal, toute la région est occitane. Cependant cette région ne couvre pas l’ensemble de l’aire occitane, qui comprend aussi l’Aquitaine, le Limousin et la Provence. Le nom Occitanie ne serait donc pas adapté. Il semble pourtant retenir les faveurs de la Dépêche du Midi.

Les provinces de Languedoc et de Roussillon d'après la carte de Noli de la fin du XVIIe siècle

Les provinces de Languedoc et de Roussillon d’après la carte de Noli de la fin du XVIIe siècle

     En revanche, le nom Languedoc, qui dérive de « langue d’oc », expression qui apparait au XIIIe siècle pour désigner l’Occitan, serait plus judicieux. Ce nom désigne d’abord au sens large le Midi occitan. Il désigne aussi, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, une province s’étendant des piémonts pyrénéens au Rhône. De plus le nom Languedoc est encore compris, par une partie de la population, comme le territoire correspondant à l’ancienne province. C’est ainsi que les éditions Privat ont publié dans les années 1970 une Histoire du  Languedoc moderne.  Même si au sens restreint, l’étendue de cette province ne coïncide qu’en partie avec la future région, au sens large la future région serait bien de langue d’oc.

     Le quotidien l’Indépendant diffusé dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales propose à ses lecteurs de voter pour l’un des noms suivants : Midi d’Oc, Languedoc-Roussillon, Midi-Roussillon, Septimanie, Sud-Pyrénées, Sud de la France. On trouvera dans le tableau ci-dessous quelques commentaires sur l’origine des désignations proposées et leur pertinence. Car, si l’on peut envisager des sondages ou un référendum pour le choix du nom, il convient au préalable de présenter de manière approfondie les différentes propositions.

Nom Commentaire
Languedoc  Ce nom est populaire et rappelle l’identité occitane, la Province de Languedoc qui englobait le Toulousain et la région Languedoc-Roussillon. Il risque cependant d’être mal compris par des habitants de Midi-Pyrénées ne connaissant pas le Languedoc historique.
Languedoc-Roussillon  Ce nom a été créé en 1960 en accolant les noms des deux anciennes provinces. Il pourrait satisfaire les Catalans. Mais il risque d’être mal compris par des habitants de Midi-Pyrénées ne connaissant pas le Languedoc historique.
Midi d’Oc  Le nom Midi rappelle la position de la région au Sud de la France et reprend une partie de l’ancien nom de l’une des deux régions. Cependant Midi est un nom inventé et surtout employé par le Nord de la France. La précision Oc rappelle l’identité occitane.
Midi-Roussillon  Ce nom est la fusion de Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon. Il peut plaire aux Catalans. Toutefois cette désignation n’est pas très cohérente, notamment parce qu’elle accole des noms de nature différente (un point cardinal et une ancienne province), d’autre part parce que le Roussillon fait partie du Midi.
Occitanie  Ce nom désigne l’aire historique de la langue occitane, soit la moitié sud de la France ainsi que quelques vallées italiennes et espagnoles. Ce nom est à la fois très populaire et très identitaire mais la future région ne correspond qu’à environ un quart de l’Occitanie.
Sud-Pyrénées  Ce nom n’est qu’une légère modification de Midi-Pyrénées : on y a remplacé Midi par son synonyme Sud. Cette désignation n’évoque que partiellement l’identité locale et n’est pas très cohérente: pourquoi ne retenir comme massif montagneux que les Pyrénées ? Quid du sud du Massif Central (Cévennes, Monts de Lacaune, Aubrac…)
Sud de la France  Ce nom reprend celui de la marque créée par la région Languedoc-Roussillon pour promouvoir à étranger les productions locales. Il évoque peu l’identité locale mais permet à un étranger de localiser facilement la région.
Septimanie  Ce nom désignait au haut Moyen Âge le Languedoc méditerranéen. En 2004 Georges Frêche a tenté de rebaptiser ainsi la région Languedoc-Roussillon qu’il présidait. Mais il a été rejeté par une majorité d’habitants pour lesquels il n’évoquait rien. La Septimanie historique ne coïncide qu’avec le tiers de la future région et n’est pas populaire.
Blason des États de Languedoc. (Armorial des Etats de Languedoc par Denis-François Gastelier de la Tour, 1767)

Blason des États de Languedoc. (Armorial des Etats de Languedoc par Denis-François Gastelier de la Tour, 1767)

La croix de Toulouse pour emblème ?

     La croix ajourée d’or sur fond rouge est l’emblème que se sont choisis les comtes de Toulouse au XIIe siècle. Elle devient par la suite l’emblème des possessions de ces comtes. A l’Époque moderne, les États de Languedoc, institution gérant la province du même nom et préfigurant le conseil régional, choisit également la croix de Toulouse comme emblème. Avec la renaissance de l’Occitan au XIXe siècle et le développement de mouvement occitanistes, cette croix devient l’emblème des défenseurs de la langue et de la culture occitane. La région Midi-Pyrénées l’adopte à son tour dans les années 1980 tandis que la région Languedoc-Roussillon en fait un des éléments de son logo entre 1988 et 2004.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone.

     Les habitants de la future région sont donc attachés et familiarisés avec cette croix de Toulouse. Elle doit donc être conservée. Toutefois cette croix n’évoque pas l’identité catalane présente dans les Pyrénées-Orientales. On pourrait donc associer à la croix de Toulouse les pals sang et or catalans, comme dans le blason de la Région Languedoc-Roussillon ci-contre. Ces pals peuvent évoquer les blasons  du comté de Foix (c’est à dire l’Ariège), et de la vicomté de Millau (c’est à dire le sud Aveyron), territoires situés dans l’aire d’influence des comtes catalans de Barcelone au début du XIIIe siècle. Ces même pals peuvent évoquer l’influence catalane qui s’exerce à la même époque sur l’Aude (comtés de Carcassonne, Razès et Narbonne) ainsi que sur la ville de Montpellier.

Deux capitales ?

     La grande crainte d’une partie des Montpelliérains et notamment celle de Christian Bourquin, président de la région Languedoc-Roussillon est de voir la ville de Montpellier perdre en même temps que son titre de capitale régionale, une partie de son influence et de ses emplois au profit de Toulouse. Car Toulouse, par son poids démographique et économique s’impose comme la capitale du nouvel ensemble régional. De plus, l’étendue de la future région risque de marginaliser davantage les villes et territoires situés loin de Toulouse, comme Mende, située à près de 4 heures de route. La solution pourrait être de conserver deux capitales.

     Cela peut paraître irréaliste mais la province de Languedoc a connu cette expérience. La capitale de la province a été fixée en 1670 à Montpellier mais cette province était divisée en deux parties appelées « généralités » dont l’une des deux avait pour capitale Toulouse et l’autre Montpellier. De plus, l’assemblée gérant les impôts et travaux publics de cette province, les États de Languedoc, siégeait jusqu’en 1737 de manière tournante dans les principales villes de la province. C’est ainsi que Carcassonne, Narbonne, Béziers, Nîmes ou Beaucaire jouèrent temporairement le rôle de capitale provinciale.

     En 1790 la création des départements entraîna le choix de nouvelles capitales. Pour ménager les susceptibilités locales un système d’alternance avait été prévu. C’est ainsi que dans l’Aude Narbonne et Carcassonne devaient être alterner à la tête du département. Cependant ce système ne fut pas mis en œuvre.

     Les exemples de territoires plus ou moins bicéphales ne manquent pas non plus dans le monde d’aujourd’hui. La Bolivie possède deux capitales : Sucre qui accueille la cour suprême et la Paz le siège du gouvernement. Le parlement européen siège à Strasbourg et Bruxelles…

     En s’inspirant des exemples précédents on peut imaginer que le conseil régional siège en alternance à Montpellier et Toulouse, voire même dans les différents départements. Cela n’entrainerai pas de dépenses supplémentaires puisque les locaux sont déjà construits. On peut imaginer aussi de répartir les services entre les différentes villes. Tout ce qui touche à la mer et notamment le Parlement de la mer, aurait par exemple vocation à rester sur Montpellier. Ce type d’organisation existe déjà dans d’autres régions. La Haute et la Basse-Normandie ont par exemple créé un comité régional du tourisme commun aux deux régions, et dont le siège n’est pas dans l’une des capitales régionales, mais à Evreux, la préfecture de l’Eure. La ville de Carcassonne qui occupe une position centrale dans la future région et qui est l’un de ses pôles touristiques pourrait accueillir elle aussi le comité régional du tourisme. Ce type d’organisation permettrait de conserver un certain équilibre entre les villes et de trouver une réaffectation des locaux des départements.

     Philippe Saurel, maire de Montpellier, favorable à la fusion des deux régions, serait pour une organisation de ce type. Dans une interview publiée sur le blog du Narbonnais Michel Santo, il se prononce pour le choix de Montpellier comme capitale administrative, Toulouse restant la capitale économique.

Conclusion

     La proposition la plus cohérente semble d’appeler la région Languedoc, de lui donner pour emblème la croix de Toulouse et pour capitale Toulouse ou Montpellier. Cependant, dans un souci d’équilibre et d’équité territoriale il conviendrait de ne pas concentrer tous les services ni toutes les sessions du Conseil régional dans la même ville.

Pour en savoir plus :

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Comment aménager l’entrée de la Cité de Carcassonne ? Le passé et l’avenir de l’esplanade du Prado

     Le Prado ou Pradèl est l’esplanade qui précède la porte Narbonnaise de la Cité de Carcassonne. Cet espace a connu divers usages au profit des militaires et des citadins. Il accueille maintenant les touristes et doit  être réaménagé dans le cadre du projet Grand site pour faire face à une fréquentation annuelle d’un demi-million de personnes. Nous évoquerons dans cet article l’histoire de ce lieu pour faire quelques propositions inspirées notamment par l’expérience de la fête Cascarilh de Dame Carcas.

 Origine et évolution de l’esplanade

Le Prado en 1902, après la construction du pont levis et la destruction de l'avant porte Narbonnaise et de l'octroi.

Le Pradèl en 1902, après la construction du pont levis et la destruction de l’avant porte Narbonnaise et de l’octroi. La statue de Dame Carcas se trouve derrière la charrette. A droite le jardin du Prado avec son muret, toujours debout, et des platanes qui ont été depuis coupés pour dégager cette partie du jardin.

Le Prado : un espace de servitude militaire

     Le Prado, Pré haut, ou en occitan Lo Pradèl (1), est l’espace qui s’étend au devant de la porte Narbonnaise. Une plate-forme aménagée par remblai côté Nord et par creusement dans la colline côté sud. Son nom, signifiant en occitan comme en français le pré, indique que c’était autrefois un espace non cultivé libre de toute construction. Cet espace dégagé permettait de mieux surveiller, depuis la porte Narbonnaise et sa barbacane, l’approche des personnes se rendant dans la Cité. De nos jours c’est un point de vue incomparable sur les impressionnantes fortifications de l’entrée principale de la Cité. Ce point de vue avait également une fonction militaire. Il s’agissait autrefois de montrer la puissance militaire et financière du roi de France. C’était une arme de dissuasion pour décourager les éventuels assaillants d’attaquer la Cité. Cette politique a été payante puisque qu’après 1240 la Cité ne sera plus jamais assiégée. Seul quelques coups de mains furent vainement tentés contre la Cité, notamment de la part des Protestants pendant les guerres de religion.

     Cette fonction militaire explique que jusqu’à la fin du XIXe siècle le Prado reste un espace pas ou peu aménagé. On y construira toutefois en 1563, pendant les Guerres de religion, une palissade en bois constituant une défense avancée au-devant de la porte.

Quelques sarrasins, templiers et chevaliers défilant lors de la fête Cascarilh de Dame Carcas, 19 octobre 2013.

Quelques sarrasins, templiers et chevaliers défilant lors de la fête Cascarilh de Dame Carcas, 19 octobre 2013.

Le Pradèl : une place pour les citadins

     Le Pradèl possède aussi des fonctions civiles. En raison de l’étroitesse des places de l’intérieur de la Cité, il est utilisé, sans doute depuis fort longtemps, de place pour accueillir toutes sortes de manifestations. C’est là que se déroule, depuis le XIXe siècle, des bals tel que celui du 14 Juillet. C’était autrefois le lieu de rendez-vous de la jeunesse citadine. On y brûlait le carnaval. L’esplanade accueille aussi des fêtes telle que Cascarilh de Dame Carcas en 2013, des marchés de producteurs, des foires à la brocante.

 Le jardin public du Pradèl

     A la fin du XIXe siècle les citadins éprouvent le besoin d’avoir un jardin public comme celui qui existe en ville Basse sur la place Sainte-Cécile, actuellement place Gambetta. A cet effet l’État concéda à la municipalité la partie nord de l’esplanade.  La ville y fit planter des arbres. A cet occasion un mur de pierre et brique fut réalisé pour séparer le jardin de l’espace de circulation. On y ajouta plus tard un bassin et un monument dédié à Joseph Poux, historien de la Cité. Le jardin a également accueilli jusqu’en 2010 un manège, le Carrousel de la Cité, fort apprécié des enfants.

La statue de Dame Carcas est l'un des lieux privilégiés pour se faire prendre en photo. Ici une troupe de sarrasines et de sarrasins qui posent devant leur héroïne pendant la fête Cascarilh de Dame Carcas, 19 octobre 2013

La statue de Dame Carcas est l’un des lieux privilégiés pour se faire prendre en photo. Ici une troupe de sarrasines et de sarrasins qui posent devant leur héroïne pendant la fête Cascarilh de Dame Carcas, 19 octobre 2013

Le Prado : un espace touristique

     Avec le développement du tourisme de masse et la raréfaction des habitants de la Cité le Pradèl est devenu un espace essentiellement utilisé par les touristes. Le jardin est apprécié pour son ombre en été et constitue un lieu idéal pour faire une pause. Sur la place se croisent des véhicules et des flots de touristes qui ne prennent pas toujours le temps de s’arrêter. La statue de Dame Carcas et ses abords constituent un décor apprécié pour se faire photographier. C’est aussi une halte pour les groupes où les guides content la légende de Dame Carcas. La fontaine située du côté du cimetière est appréciée des touristes assoiffés par la chaleur estivale. A proximité les pittospores de Chine qui forment une haie cachant le cimetière dégagent au printemps une agréable odeur de fleur d’oranger.

Le jardin du Prado : un espace de repos à l'ombre des platanes

Le jardin du Prado : un espace de repos à l’ombre des platanes centenaires

Un espace à réaménager

     Le Pradèl constitue donc un espace aux fonctions variées : espace de circulation, point de vue sur la Cité, espace de repos dans le jardin, esplanade utilisé pour différentes manifestations. La coexistence de ces différentes fonctions n’est pas sans poser des problèmes. De plus le Pradèl et ses équipements ne sont plus adaptés à un monument qui accueille un demi-million de visiteurs par an. Le site qui constitue pourtant la porte d’entrée du monument n’est pourvu d’aucun accueil. Les toilettes souterraines situées côté cimetière sont largement insuffisantes. C’est pourquoi dans le cadre de l’opération Grand Site, un réaménagement de cet espace est envisagé.

Dessin illustrant le projet d'aménagement de la Cité réalisé par l'équipe qui a été élue à la tête de la municipalité en 2014.

Dessin illustrant le projet d’aménagement de la Cité réalisé par l’équipe qui a été élue à la tête de la municipalité en 2014.

Un nouvel accueil

     Actuellement l’accueil des visiteurs se fait dans l’annexe de l’office de tourisme située dans une des tours de la porte Narbonnaise. Le lieu constitue un cadre prestigieux, d’une grande qualité architecturale, mais qui est inadapté à son usage actuel. Situé dans un lieu peu visible de la rue, cet office de tourisme passe inaperçu pour beaucoup de visiteurs. De plus les marches raides pour y accéder le rendent inaccessible aux handicapés, poussettes et personnes à mobilité réduite. C’est pour toutes ces raisons qu’un nouvel accueil s’impose.

     Le nouvel accueil, prévu au Pradèl devra être vaste, facilement accessible et très visible des visiteurs entrant dans la Cité. En revanche cet accueil doit être intégré au site de façon à passer inaperçu depuis les remparts de la Cité ou la porte Narbonnaise.

     Deux solutions peuvent être envisagées :

1) Une structure imitant l’architecture médiévale comme un bâtiment à pan de bois rappelant les boutiques du Moyen Âge ou un grand marabout imitant les tentes médiévales.

A gauche le meilleur emplacement pour le nouvel accueil. A droite, dans le jardin du Prado sous les arbres, emplacement possible d'un petit théâtre à l'antique.

A gauche le meilleur emplacement pour le nouvel accueil. A droite, dans le jardin du Pradèl sous les arbres, emplacement possible d’un petit théâtre à l’antique.

2) Une structure semi-enterrée située dans un des angles délimités par le Prado et la route. Cette structure pourrait être aménagée à l’emplacement d’une partie de la terrasse séparant le Prado du cimetière, ou devant cette terrasse comme dans le projet de l’équipe Larrat (voir dessin ci-dessus). La partie de la terrasse qui serait conservée, côté Cité, est plantée d’arbres qui rendraient invisible le bâtiment depuis les remparts et tours de la Cité. Cette structure pourrait aussi être aménagée en face, dans l’angle du jardin du Prado. Il serait alors nécessaire de la cacher côté Cité, par exemple par les gradins d’un petit théâtre à l’antique. Mais l’espace est plus limité de ce côté.

     Cet accueil pourrait abriter, outre l’office de tourisme, des billetteries pour la visite du château, pour le festival de Carcassonne ou diverses manifestations;  un poste de secours; une permanence de la police municipale; des toilettes…

A gauche au fond, la partie du jardin qui pourrait être aménagée en théâtre à l'antique par des gradins mobiles ou permanents, en creusant éventuellement cet espace pour limiter la hauteur des gradins. A droite la partie du muret qui pourrait être détruite pour faciliter les manifestations.

A gauche au fond, la partie du jardin qui pourrait être aménagée en théâtre à l’antique par des gradins mobiles ou permanents, en creusant éventuellement cet espace pour limiter la hauteur des gradins. A droite la partie du muret qui pourrait être détruite pour faciliter les manifestations.

Un petit théâtre à l’antique

     Un petit théâtre à l’antique pour les animations, pour les groupes avec guides ou encore pour servir de reposoir aux visiteurs serait très utile. De la capacité d’un gros autocar (80 personnes) il pourrait être installé dans l’angle du jardin du Prado côté route de façon à faire face à la porte Narbonnaise. La Cité servirait alors de décor et le jardin du Prado de scène.

Un espace adapté à diverses manifestations

     L’expérience de la fête Cascarilh de Dame Carcas m’a permis de faire aux organisateurs quelques constatations et réflexions destinées à améliorer ce genre de manifestations. Le Prado accueillait une partie des animations de cette fête, notamment des démonstrations d’escrime, ainsi que divers stands constitués de pagodes ou de tentes accueillant des associations, des éditeurs et des commerçants.

Lors de la fête Cascarilh Dame Carcas, les pagodes ont été disposées dans le jardin du Prado. Le muret et les barrières métalliques qui n'ont laissé qu'un étroit passage vers le jardin, ont détourné la majorité des visiteurs de cet espace.

Lors de la fête Cascarilh Dame Carcas, les pagodes ont été disposées dans le jardin du Prado. Le muret et les barrières métalliques qui n’ont laissé qu’un étroit passage vers le jardin, ont détourné la majorité des visiteurs de cet espace.

     Les stands étaient installés dans le jardin du Prado. Ils ont bénéficié d’une fréquentation assez faible le samedi, meilleure le dimanche. Les stands les moins visibles ou les plus éloignés ont le plus souffert de ce manque de fréquentation. En effet la plupart des visiteurs se sont dirigés vers l’entrée de la Cité où se concentraient les animations, en ignorant le jardin. Le muret séparant l’esplanade du jardin et l’espace délimité par les barrières métalliques pour les démonstrations d’escrimes constituaient une barrière physique et visuelle. De plus les pagodes situées devant cachaient les stands de derrière.

     La disposition des stands pourrait être améliorée. Soit en disposant les stands dans le jardin en un arc de cercle ouvert côté esplanade et en concentrant les animations au centre de cet espace. Soit en installant les stands directement sur les côtés de l’esplanade. Dans tous les cas le muret, qui n’a pas un grand intérêt architectural et ne sert qu’à s’asseoir, pourrait être en partie démoli pour disposer d’un espace d’un seul tenant. Il pourrait être éventuellement remplacé par un dispositif démontable. De manière plus générale il faut veiller à ce que les équipements installés sur le Prado soient facilement démontables pour laisser la place à des manifestations, des tournages de film etc.

QR code pointant vers le présent article

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Divers

     Quelques bancs disposés en arc de cercle face à la statue de Dame Carcas seraient les bienvenus. En dehors du jardin, des fleurs et arbres pourraient être installés pour agrémenter le lieu, mais dans des bacs pour être démontables, et en privilégiant les espèces locales cultivées au Moyen Âge. La signalétique, quasiment inexistante, doit être revue, comme sur l’ensemble du site : panneau racontant la légende de Dame Carcas, flashcodes et bornes wifi permettant d’écouter ou lire des informations sur son smartphone…

     Ne pas oublier, avant d’aménager, de procéder à des fouilles archéologiques…

Pour en savoir plus sur le Prado :

Notes

(1) Comme le fait remarquer Anton de Ciudad, le nom Prado est d’un usage récent et fautif. Ce lieu est actuellement appelé le Pré haut ou Lo Pradèl (le petit pré) par les habitants de la Cité. La forme le Préau, également utilisée par les citadins, est sans doute une forme fautive de Pré haut. Pierre Foncin, auteur du premier guide sur la Cité écrit en 1866 « On l’appelle le Préau. Lou Pradel c’est la place publique des habitants de la Cité, leur lieu de réunion et de jeu. »

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