Petits établissements monastiques masculins des Corbières : (IXe-XIIIe siècles)

SESA2013

     Mon article ­« Petits établissements monastiques masculins des Corbières : un encadrement religieux dense (IXe-XIIIe siècles) », vient de paraître dans le Bulletin de la société d’études scientifiques de l’Aude, tome CXIII, 2013.

Résumé :

     Cette étude s’appuie sur une recherche menée sur plusieurs monastères et cella mal connus ou inédits. Au IXe siècle sous la protection des rois carolingiens une floraison d’établissements monastiques voit le jour sur des itinéraires de pèlerinage loin de l’insécurité côtière. Ce réseau est complété au XIe siècle par des fondations comtales ou vicomtales généralement liées à de puissants castra. Le siècle suivant voit le développement de monastères cisterciens. Mais tous les petits établissements monastiques disparaissent, absorbés par les puissantes abbayes, pour devenir de simples prieurés. Leur disparition semble liée à leur pauvreté, à l’instabilité politique et au manque de vocations. Mais aussi à l’attraction spirituelle et matérielle de leurs puissantes abbayes voisines de Lagrasse, Alet et Fontfroide.

Figure 1 : carte de situation des monastères des Corbières des IXe-XIe siècles

Figure 1 : carte de situation des monastères des Corbières des IXe-XIe siècles

Small monastical establishments for men of Corbières : a dense religious guidance (8th century to 13th century). This study is based on research conducted on several monasteries and cella poorly known or unpublished. In the ninth century under the protection of the Carolingian kings flowering of monastic establishments born on pilgrimage roads away from the coastal insecurity. This network is completed in the eleventh century by comtales or vicomtales foundations usually linked to powerful castra. The following century saw the development of Cistercian monasteries. But all small monastic establishments disappear, absorbed by the powerful abbeys, to become priories. Their demise seems linked to their poverty, to the political instability and to the lack of vocations. But also to the spiritual and material attraction of their powerful neighbors abbeys of Lagrasse, Alet and Fontfroide.

Ancienne abbatiale Saint Martin devenue église paroissiale de Saint-Martin-des-Puits

Ancienne abbatiale Saint Martin devenue église paroissiale de Saint-Martin-des-Puits

Liste des établissements monastiques étudiés :

  • Alet-les-Bains.
  • Notre-Dame de Cubières-sur-Cinoble.
  • Notre-Dame de Montjoi.
  • Sainte-Eugénie à Peyriac-de-Mer.
  • Sainte-Marie de Fontfroide.
  • Sainte-Marie de Lagrasse.
  • Sainte-Marie et Saint-Étienne de Peyrepertuse.
  • Saint-Hilaire.
  • Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse.
  • Saint-Martin de Cauchène à Port-la-Nouvelle.
  • Saint-Martin de Molhet à Padern.
  • Saint-Martin-des-Puits.
  • Saint-Michel de Paza à Soulatgé ou Rouffiac-des-Corbières.
  • Saint-Paul-de-Fenouillet.
  • Saint-Pierre de Fenouillet.
  • Saint-Pierre-ès-liens à Padern.
  • Saint-Polycarpe.
  • Saint-Victor de Montveyre à Fontjoncouse.

Parmi les autres articles de ce bulletin signalons également :

  • Dominique Baudreu, Fabienne Calvayrac : Redécouverte du « mur » ou prison de l’Inquisition à Carcassonne.
  • Julien Mantenant – A. Beyrie – J.-M. Fabre – E. Kammenthaler – G. Munteanu – C. Rico. : Les Barrencs, une vaste mine protohistorique et antique en Montagne Noire.

Pour en savoir plus :

  • Sur le site de la SESA, le sommaire complet et les résumés du bulletin 2013. Vous pouvez faire l’acquisition de ce bulletin aux permanences et manifestations de la SESA ou par correspondance.

 

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Archéologie du paysage dans la Manche autour de Carentan

     À l’occasion de la mise à quatre voies de la route nationale n° 13 entre Caen et Cherbourg, j’ai été chargé en 1989 de diriger un diagnostic archéologique autour de Carentan et la baie des Veys. Si les découvertes archéologiques ont été peu nombreuses, ce diagnostic a permis de faire le point sur l’histoire de la région de Carentan, et d’esquisser une approche archéologique et géomorphologique de son paysage de la Préhistoire à la Seconde Guerre Mondiale.

     Vous trouverez ci-dessous des extrait du rapport que j’avais rédigé avec Ivan Jahier et Didier Nivaut, ainsi qu’au pied de cet article un lien vers le rapport complet de ce diagnostic.

Bocage et marais inondé en amont de Carentan à Graignes. Source: Wikimedia

Bocage et marais inondé en amont de Carentan à Graignes. Source: Wikimedia

0.1 Le Cadre Géographique : la région de Carentan et les passages de la baie des Veys

     À la limite de trois régions, Bessin, Nord-Cotentin et Sud-Cotentin, dans un estuaire, Carentan occupe une position privilégiée. (Cf. pl. 1). La série de marais des vallées de la Vire, la Douve et leurs affluents délimitent et isolent ces trois régions entre lesquelles les passages sont difficiles. Seule une étroite chaîne de collines permet par Saint-Lô, Périer et La Haye-du-Puits, de rejoindre le Nord-Cotentin sans traverser les marais. En dehors de ce passage contrôlé notamment depuis l’Âge du Fer par l’oppidum du grand Mont-Castre, il existe quelques gués plus ou moins praticables suivant les saisons et les marées. Carentan se trouve précisément sur ou à proximité de deux de ces passages à gué parmi les plus fréquentés, assurant la liaison la plus directe entre Bayeux et Valognes.

Carentan342

Carte de localisation de Carentan et la baie des Veys

     La Baie des Veys, formée par l’estuaire de la Douve, de la Taute et de la Vire, doit d’ailleurs son nom à deux de ces passages (Vey = Gué). L’un, le Grand Vey, traverse l’estuaire sur des grèves découvertes à marée basse entre Sainte-Marie-du Mont et Saint-Clément. L’autre, le Petit-Vey, sur la Vire, a été remplacé au XIX° siècle par le pont qui porte la nationale 13.

     Autour de la Baie des Veys et le long de la nationale 13 qui s’est superposée à l’antique voie Bayeux-Valognes se sont créées plusieurs agglomérations. Le village de Saint-Hilaire-Petitville est situé sur le bord d’une presqu’ile délimitée par les marais de la Taute et de la Vire ; la petite ville de Carentan sur le bord d’un promontoire peu élevé délimité par la Taute, la Douve et la Sève ; le village de Saint-Côme-du-Mont, comme son nom l’indique, sur le sommet d’une colline de 32 m qui forme également un promontoire dans les marais de la Douve et l’estuaire et enfin le hameau du Pont-d’Ouve, situé au pied du mont de Saint-Côme autour du passage sur la Douve.

     En dehors des agglomérations l’essentiel de l’habitat est formé de fermes dispersées, et pour la plupart situées en limite des zones inondables.

     En amont de Carentan les vallées sont encore occupées par des marais tandis qu’en aval, une zone peu bocagère de pré et de culture a été gagnée naturellement et artificiellement au prix d’importants travaux hydrauliques sur les marais et les atterrissements de l’estuaire. Toutes ces zones basses sont encore parfois inondées une partie de l’année.

0.2 Recherche documentaire : des sources lacunaires

     Dans notre recherche documentaire nous nous sommes attachés non seulement à ce qui pouvait nous faire découvrir des sites archéologiques sur le tracé de la déviation, mais aussi de manière plus générale à ce qui pouvait nous donner des indications sur le cadre naturel et historique de la région.

     Dans la Manche les archives antérieurement à l’intégration du Cotentin au duché de Normandie sont inexistantes et restent rares jusqu’au XIIe siècle. D’autre part, les archives départementales ayant brûlées avec la ville de Saint-Lô en 1944, les archives de la ville de Carentan ayant brûlées avec l’hôtel de ville en 1987, notre documentation se limite à des sources de seconde ou de troisième main, souvent sous forme d’extraits ou de mentions difficilement exploitables au sein d’œuvres de quelques érudits. La recherche d’archives dans d’autres dépôts que ceux de la Manche n’est enfin pas facilité par l’absence de dictionnaire topographique.

     Reste donc les publications d’érudits du XIX° siècle. Le plus intéressant d’entre eux, de Gerville, s’était attaché à recenser les découvertes gallo-romaines de la région. Il a signalé de nombreuses trouvailles de monnaies, de céramiques et de tuiles romaines, principalement à Saint-Côme et au Pont-d’Ouve. (Voir planche 4 ou la localisation des trouvailles a été faite d’après les noms de lieux dits signalés par de Gerville. Celui-ci avait porté ses découvertes sur une copie du plan cadastral de Saint-Côme, copie qui n’est malheureusement pas dans le fonds de Gerville de la bibliothèque de Cherbourg.)

Carentan355

Planche 4 : Carte des environs de Carentan dans l’Antiquité. Les numéros correspondent aux découvertes archéologiques anciennes décrites dans le rapport.

     Ces découvertes l’ont amené à envisager la localisation de Crouciatonum, ou Crouciconnum, étape sur la route de Bayeux à Valognes signalée par le géographe grec Ptolémée et par la table de Peutinger, à Saint-Côme-du-Mont et  au Pont-d’Ouve ou à Carentan le Portus Unelli (port de la tribu des Unelles).

     Émile Lechanteur de Pontaumont a consacré quant à lui deux ouvrages à l’histoire de Carentan. À travers ses recherches on perçoit l’importance du marais et des passages dans l’économie et l’histoire de la région : découvertes de pirogues monoxyles dans le port de Carentan ; utilisation de la Douve et de la Taute comme voies navigables ; installations de moulins à marée dès le XIIe siècle notamment au Pont-d’Ouve ; mise en place de fortifications destinées à contrôler le passage, dès le XIIe siècle à Carentan, et à partir de 1353 au Pont-d’Ouve ; travaux d’endiguement, de rectification des cours d’eaux et de drainage du XIIe au XIXe siècle.

     Les sources et la bibliographie de par leurs lacunes et leur imprécision topographique ne nous ayant donné aucun site localisable sur le tracé de la R.N. 13, notre recherche s’est orientée principalement sur trois problèmes :

  1. Vérifier la présence d’une agglomération antique Saint-Côme-du-Mont.
  2. Étudier l’évolution du paysage des premières occupations humaines à nos jours.
  3. Étudier les chemins, voies et passages antiques et médiévaux.

     Pour ces deux derniers problèmes nous avons tiré grand parti des photographies aériennes et des cartes.

1. Pour une archéologie du paysage

1.1 Époques protohistoriques et gallo-romaines

1.1.1. Le problème de la transgression marine du Haut Moyen Âge

     Depuis la fin de la dernière glaciation la fonte des glaces a provoqué une remontée générale des eaux qui s’est poursuivie jusqu’à nos jours. Cette remontée ne semble pas avoir été régulière : diverses sources historiques font état d’envahissement par la mer des terres les plus basses de Normandie au Haut-Moyen-Âge. Si l’ampleur et le rythme de ce phénomène a été beaucoup exagéré (des légendes affirment que les îles anglo-normandes et le Mont-Saint-Michel étaient reliés à terre ferme au Haut Moyen Âge), il n’en est pas moins réel.

     Le niveau de la mer étant donc légèrement plus bas dans l’Antiquité qu’au XXe siècle, on peut penser qu’une partie des marais du Cotentin, reconquis récemment, étaient émergés à cette époque. Mais d’autres phénomènes ont joué dans la transformation du paysage : la sédimentation, importante dans les estuaires en climat tempéré et, à un moindre titre, des mouvements tectoniques dont la conséquence a pu être la baisse ou la remontée de certains terrains. (Carentan est sur une zone de failles). Il faut ajouter à cela les tassements des couches quaternaires (et particulièrement de la tourbe) ; Enfin les changements de lit de la Douve et de la Taute, qui s’observent sur photo aérienne.

     Grâce aux observations archéologiques et géomorphologiques les plus récentes, nous avons quelques éléments nous permettant d’avoir une idée de l’occupation du marais de Carentan à l’époque antique. Ces observations ont été faites en limite de marais, là où les terrains sont susceptibles d’avoir subi peu de tassements et de remaniements en raison de leur faible épaisseur au-dessus du substratum.

     À Saint-Hilaire, en 1982, Thierry Churin a repéré un chemin gallo-romain dans le marais, mais non loin de la zone haute. Le haut de la chaussée se trouvait à 1 m sous le sol actuel, et les deux fossés qui bordaient ce chemin étaient remplis d’un sédiment tourbeux contemporain de la voie.

Coupe stratigraphique 2 en limite de la zone basse et de la zone haute à Saint-Côme-du-Mont

Coupe stratigraphique 2 en limite de la zone basse et de la zone haute à Saint-Côme-du-Mont

     À Saint-Côme (cf. plus loin), nous avons découvert en limite du marais un tesson de la fin de l’Âge du Bronze ou de l’Âge du Fer dans une couche (n° IV de la coupe 2) comprise entre 1 et 1,40 m sous le sol actuel. Juste en dessous, une couche de tourbe scellait la berge fossile d’un large chenal ou du marais. Dans cette dernière couche (n° V de la coupe comprise entre 1,40 et 1,80 m de profondeur, ont été recueillis deux tessons roulés protohistoriques.

     À Saint-Hilaire, toujours en limite du marais, nous avons retrouvé une stratigraphie comparable à celle de Saint-Côme, (cf. coupe n° 3) et une structure qui pourrait être la continuation de la voie romaine susdite, dont le haut émergeait d’un niveau tourbeux, à 1 m sous le sol actuel.

Coupe stratigraphique 3  en limite de la zone basse et de la zone haute à Saint-Hilaire Petitville

Coupe stratigraphique 3 en limite de la zone basse et de la zone haute à Saint-Hilaire Petitville

     Ces éléments nous indiquent : 1) une sédimentation minimale de 1 m d’alluvions depuis l’Antiquité. 2) Seules les terres situées à environ 1,10 m au-dessus du niveau moyen actuel de la mer à Saint-Côme, et environ 1,40 m à Saint-Hilaire (Cf. coupes 2 et 3, altitude du haut de la tourbe) étaient émergées en permanence, sauf inondation ou marée importante bien-sûr. 3) Le marais, (ou tout au moins de larges chenaux), caractérisé par des formations tourbeuses, commence au même endroit qu’aujourd’hui là où nous avons fait nos observations, ou quelques dizaines de mètres après pour l’observation de T. Churin.

     En résumé, et dans la limite très ponctuelle de nos éléments d’informations, il semble que la zone humide antique ait été guère moins importante que de nos jours : la transgression a été compensée par une sédimentation sensiblement égale en hauteur. La probabilité de rencontrer des habitats gallo-romains en dehors de la limite marais / zone haute et d’éventuelles îles semble faible. Par contre d’autres sites liés à la proximité de la mer, à la présence de fleuves et à l’utilisation des marais sont susceptibles d’être rencontrés par les travaux : pêcheries et salins (attestés au Moyen Âge), ports, gués etc.

     En construisant le port de Carentan au milieu du XIXe siècle, les travaux ont permis de découvrir dans la tourbe et à une profondeur de 2 à 3,75 m, divers objets gallo-romain et de l’Âge du Bronze, ainsi que deux pirogues monoxyles. L’observation des photos aériennes montre que ce port a recoupé un chenal fossile de la Taute, dans lequel devaient se trouver les découvertes ci-dessus. Compte tenu de la présence à proximité d’une voie antique – que nous allons étudier- il est raisonnable de penser qu’il y avait là un port dès l’Âge du Bronze.

1.1.2 Les voies et les passages à gué

     Nous avons déjà vu que Carentan et la baie des Veys constituaient les passages obligés de la liaison Bayeux-Valognes. Pour la traversée du marais de Carentan et du marais d’Isigny plusieurs gués et voies ont été utilisés concurremment ou successivement. Parmi ces passages nous allons en étudier trois qui étaient ou semblent avoir été utilisés par les Romains et certainement avant : la voie Bayeux-Valognes par Carentan, la voie Bayeux-Valognes par le Grand-Vey, et un chemin intermédiaire par Saint-Côme et Brévands.

Les sources antiques

     La table de Peutinger (copie médiévale d’une carte antique) nous apprend l’existence d’une voie passant par Augustodunum (Bayeux), Crouciconnum, et Alauna (Valognes). Le géographe grec Ptolémée, parlant de la tribu gauloise des Unelli qui habitait le Cotentin, nous apprend d’autre part l’existence d’un Portus Venelorum (Port des Unelli) à proximité du vicus Crouciatonum.

     De Gerville, s’appuyant sur les quelques découvertes gallo-romaines de Saint-Côme, et tous les chercheurs qui l’ont suivi, ont identifié la voie décrite par la table de Peutinger avec l’actuelle route nationale 13 et par là, ont identifié Crouciatonum (ou Crouciconnum) avec Saint -Côme-du-Mont ou Carentan.

     Cette voie, qui le plus souvent se confond avec la R.N. 13 mais en diffère par endroits, présente en effet toutes les caractéristiques d’une route romaine importante. Les nombreuses trouvailles gallo-romaines faites depuis le XVIIe siècle dans les environs de Carentan se situent pour les deux-tiers le long de cette voie et confirment sa datation. (Cf. pl. 4).

     Son tracé ne pose pas de problèmes : de Houesville à Carentan la R.N. 13, construite ici vers 1760, superposée à la voie antique avec les modifications de tracé suivantes : entre Saint-Côme et le Pont d’Ouve la R.N. 13 a coupé un léger virage et se situe à quelques m. à l’Est de la voie antique. La voie antique passait ensuite au centre de Carentan, par la place de la République. Sur ce tronçon, on rencontre le toponyme le Ferage (au Nord de Saint-Côme) signifiant Champ de foire.

     De Carentan à Saint-Pellerin elle correspond à l’actuel CD 544, puis traverse la Vire au Petit-Vey à 1,2 km au Sud de la R.N. 13 avant de remonter en ligne droite vers le Nord-Est sur Isigny. Sur ce tronçon on rencontre plusieurs toponymes évocateurs : « Saint-Pellerin » (chapelle sans doute utilisée par des pèlerins), « Saint-Sauveur » saint qu’on devait évoquer avant de passer ce gué, particulièrement dangereux si l’on en croit les récits du XVIIIe siècle ; La « Chasse ferrée », toponyme désignant traditionnellement une route charretière importante.

     Enfin, l’étude des photos aériennes et des cartes topographiques montrent que le parcellaire s’organise autour de cette voie et qu’elle sert souvent de limite entre deux communes. A l’opposé on ne rencontre aucune de ces deux caractéristiques sur le tronçon Saint-Hilaire – Isigny de la R.N. 13, qui est daté pour partie du XVIIIe siècle.

     La Voie Bayeux – Valognes par le Grand Vey et Saint-Clément, utilisée jusqu’au XIXe siècle, semble également une importante voie antique par son tracé rectiligne, et par les toponymes qui l’accompagnent : « La Chaussée », « le Grand Chemin » etc. Cependant nous ne connaissons pas les découvertes archéologiques qui auraient pu être faites sur son tracé et confirmer sa datation. L’avantage de cette voie était de n’emprunter qu’un seul gué, au lieu de trois par Carentan. Mais ce gué, fort dangereux selon les sources historiques, n’était pas accessible par marée haute ou par mauvais temps, inondation printanière etc.

     Entre ces deux voies, du reste bien connues des historiens locaux, nous avons repéré un troisième chemin entre Saint-Côme et Brévands, qui sert de limite entre les cantons de Sainte-Mère-Église et de Carentan. Ce chemin, rectiligne jusqu’à la Douve, s’observe assez bien en photo aérienne même là où il n’est conservé que sous forme de fossés ou de haies. La Douve traversée au moulin de Brévands, il partait soit vers Brévands (CD 444, tracé retenu sur la carte), soit il longeait le coteau par le Sud et dans les deux cas rejoignait le CD 89 pour se diriger sur Saint-Pellerin. Sa datation n’est pas certaine. Cette voie risque d’être recoupée par les travaux de la déviation, là où elle rejoint l’actuelle R.N. 13 entre Saint-Côme et Houesville.

     En dehors des liaisons Bayeux-Valognes, mentionnons les voies qui partaient vers Briovera (Saint-Lô) depuis Carentan, vers Cosedia (Coutances) depuis Saint-Pellerin. Leur tracé respectif est aisément identifiable à partir là encore des limites de communes, du parcellaire, et des lieux dits. Modifiées par endroits au Moyen-Âge, remplacées au XVIIIe siècle par les actuelles routes nationales, elles sont portées sur la carte de Cassini (1756-1758).

     Il reste enfin un réseau de chemins secondaires, dont certains devaient exister à l’époque antique. Seules des fouilles peuvent les distinguer des multiples chemins médiévaux et modernes. A été recoupé en 1982 et en 1989 un chemin allant sans doute de Carentan à la mer (cf. supra et plus loin).

1.1.3 L’habitat

     Pour les périodes protohistoriques nous ne pouvons pas déduire grand-chose des quelques découvertes isolées faites au XIXe siècle et au cours de nos prospections.

Saint-Côme-du-Mont. Fond de céramique gauloise ou gallo-romaine

Saint-Côme-du-Mont. Fond de céramique gauloise ou gallo-romaine

     Si l’on considère les vestiges de tuiles et de briques romaines comme des indices d’habitats gallo-romains, les habitats semblent avoir été plus denses près de la voie antique, et particulièrement à Saint-Côme, au Pont d’Ouve, et à Carentan. Cela ne suffit pas pour prouver l’existence de vicus en chacun de ces endroits. Cependant, les découvertes faites en 1760 au lieu-dit l’Amont de Saint-Côme, de nombreuses sépultures antiques laissent présager de l’existence d’une agglomération antique. Les cimetières antiques étant traditionnellement situés aux limites des agglomérations gallo-romaines et au bord des chemins, le centre de ce village se situerait soit entre l’Amont et l’actuel bourg ; soit au Pont-d’Ouve.

Un montre, marin (car à proximité d'un poisson), tourné à gauche. Il s'agit sans doute du taureau marin Oswald 42 (reproduit sur le dessin en pointillés), motif utilisé à Lezoux sur des formes Drag. 377, notamment par les potiers BVTRIO, IVSTVS, PAVLLVS et CINNAMVS (règnes de Trajan à Antonin). Sur ce tesson les pattes de l'animal sont plus courtes, donc le poinçon utilisé était sans doute abimé ou surmoulé. Une corbeille surmontant ceux poissons entrelacés. Il s'agit probablement du type Rogers Q2 (reproduit sur le dessin en pointillés), utilisé à Lezoux par CINNAMVS. Le motif de ce tesson est plus complet que celui publié par Rogers. Ces deux motifs permettent de dater ce tesson des règnes de Trajan à Antonin (98 à 161 A.D.).

Fragment de céramique sigillée trouvée au Bel-Esnault à Saint–Côme-du-Mont. Elle est décorée d’un monstre, marin (car à proximité d’un poisson), tourné à gauche. Il s’agit sans doute du taureau marin Oswald 42 (reproduit sur le dessin en pointillés), motif utilisé à Lezoux sur des formes Drag. 377, notamment par les potiers BVTRIO, IVSTVS, PAVLLVS et CINNAMVS (règnes de Trajan à Antonin). Sur ce tesson les pattes de l’animal sont plus courtes, donc le poinçon utilisé était sans doute abimé ou surmoulé.
Une corbeille surmontant deux poissons entrelacés. Il s’agit probablement du type Rogers Q2 (reproduit sur le dessin en pointillés), utilisé à Lezoux par CINNAMVS. Le motif de ce tesson est plus complet que celui publié par Rogers.
Ces deux motifs permettent de dater ce tesson des règnes de Trajan à Antonin (98 à 161 A.D.).

     En dehors des abords de la route l’habitat semble assez dispersé et en général se situe comme maintenant surtout près du marais : La Basse-Addeville, les Droueries, Rampan etc. autant de fermes sur les terres desquelles ont été découverts des vestiges. En tout cas, les sondages que nous avons effectués sur la déviation de la R.N. 13, laquelle coupe la totalité du Mont de Saint-Côme, montrent, par leur stérilité, que l’hypothèse d’une véritable ville romaine telle qu’on les connait dans d’autres régions, dense et étendue, est à exclure. Les fouilles et les sondages pratiqués cet été par Thierry Lepert à Valognes (Alauna), vont dans le même sens et semblent confirmer l’hypothèse de De Gerville : même dans les agglomérations l’habitat est peu dense, voire dispersé et la construction de ces habitats devait surtout utiliser la terre et le bois (ce qui expliquerait les découvertes de tuiles sans substructions).

     En résumé, la présence d’un vicus gallo-romain sur Saint-Côme est très probable mais ce vicus ne peut être identifié à Crouciatonum que dans la mesure où l’on n’en connait pas d’autres qui conviennent en Cotentin entre Bayeux et Valognes. Pour ce qui est de l’identification du Portus Uenelorum, on peut hésiter à le situer au Pont d’Ouve, prolongement de l’agglomération de Saint-Côme et port sur la Douve attesté au Moyen-Âge ; et à Carentan, dont l’existence d’un port sur la Taute fait peu de doutes pour les raisons évoquées plus haut.

1.2 Moyen Âge, Époque Moderne : l’installation des Normands, la reconquête du marais

     En Cotentin le Haut-Moyen Âge est encore moins bien connu qu’ailleurs. On sait qu’au VIe siècle le pays est conquis par des Saxons et des Frisons, puis rentre dans la mouvance bretonne avant d’être conquis par les Normands. Les chroniques de l’abbaye du Mont-Saint-Michel situent d’autre part la remontée du niveau de la mer dans cette période. Du Haut Moyen Age tout ce que nous connaissons sur les environs de Carentan ce sont les toponymes d’origine saxonne ou scandinave comme Blactot, Houesville… Tout comme dans le nord Cotentin cette densité de toponymes est interprétée par les historiens comme une zone de forte implantation scandinave.

     Avec l’intégration du Cotentin au duché de Normandie la région retrouve une certaine stabilité et c’est sans doute au IX-XIe siècle que se fixent les villages et l’habitat tel que nous les connaissons. La présence ou les mentions des églises romanes de Saint-Côme, Saint-Hilaire etc. montrent que les paroisses qui donneront naissance aux communes semblent fixées au XIIe siècle. C’est également au XIIe siècle que l’on a la première mention de travaux hydrauliques sur Carentan. Si l’on se fie à la toponymie les premières zones reconquises sur les marais semblent être situées à Blactot, hameau situé en pleine zone de marais entre la Douve et la Taute, et dont l’étymologie scandinave (topt = domaine), lui assure une certaine ancienneté ; ainsi qu’au Haut Dicq. Ce dernier toponyme, d’origine également scandinave, fait allusion à une digue, sans doute élevée le long de la Taute.

     Donc à partir du XIIe siècle au moins, jusqu’à nos jours, se sont poursuivis des travaux d’aménagement hydraulique. Grâce aux cartes anciennes, et aux photographies aériennes on peut tenter d’établir une chronologie relative des différents travaux.

Planche 5 : Carte des environs de Carentan à l'époque médiévale et moderne. Les numéros correspondent aux notices des sites médiévaux décrits dans le rapport. Les points correspondent aux fermes actuelles d'après la carte I.G.N. En hachuré: les zones gagnées sur les marais avant la fin du XVIIe siècle.

Planche 5 : Carte des environs de Carentan à l’époque médiévale et moderne. Les numéros correspondent aux notices des sites médiévaux décrits dans le rapport. Les points correspondent aux fermes actuelles d’après la carte I.G.N. En hachuré: les zones gagnées sur les marais avant la fin du XVIIe siècle.

     Entre la Douve et Saint-Côme, la lecture du paysage est aisée : on repère facilement un ancien lit de la Douve (porté sur la pl. 5). Sur les cartes du XVIIe siècle ce lit est déjà partiellement abandonné au profit d’un lit artificiel endigué. La rectification du cours de la Douve sera achevée au XIXe siècle. Le chemin de Pénême, entre la Douve et la zone haute délimite deux zones de marais au parcellaire totalement différent. À l’ouest le marais est partiellement bocager, et près du chemin se sont installés des habitats. À l’est, les parcelles, non bocagères, correspondent à une mise en valeur effectuée au XVIIIe siècle. Le chemin de Pénême (en latin penes mare = presque la mer) correspond nettement à une ligne de rivage endigué, antérieure à la fin du XVIIe siècle.

     Entre la Taute et Saint-Hilaire la lecture est moins aisée : les anciens méandres fossiles de la Taute sont nombreux et la zone est partiellement oblitérée par le canal de Carentan construit au XIXe siècle. La rectification du cours de la Taute, en accord avec la toponymie et les textes, semble beaucoup plus ancienne et plus progressive que celle de la Douve : certains méandres fossiles, qui constituaient pourtant le lit avant rectification, n’apparaissent pas dans le parcellaire, et ne sont visibles que sur photo aérienne. Il en est de même du parcellaire, qui ne résulte pas d’un lotissement en parcelles régulières de terres nouvelles, contrairement aux polders mais semble résulter d’une conquête progressive sur le marais, parcelle par parcelle. Le toponyme Le Rivage est là pour nous rappeler que la limite la zone haute constituait autrefois la limite des marais.

     Si l’on examine maintenant l’implantation actuelle des habitats (planche 5) on s’aperçoit que celui-ci est essentiellement implanté le long de la voie romaine Bayeux-Valognes, de quelques axes secondaires dont certains semblent une création médiévale, ainsi que sur les rivages du marais.

1.3 Les dernières transformations du Paysage (XVIIe-XXe siècles)

     Outre la poursuite des travaux hydrauliques : création du port de Carentan, construction de polders, rectification des cours d’eaux, cette période se caractérise par l’orientation de l’agriculture vers l’élevage de vaches laitières et de chevaux. Trouvant de plus grands profits dans la vente du beurre, du lait et du fromage que dans la culture, les paysans transforment leurs champs en prés. Le bocage est renforcé, les haies constituant d’utiles clôtures. En marais, moins bocager, les paysans construisent des coupes vents pour les vaches. Ce sont des enclos carrés de 10 à 20 m de côté, entourés d’une haie et d’un fossé d’où la terre a été retirée. La plupart ont été rasés récemment mais s’observent encore très bien sur photographie aérienne comme au sol par différence de croissance des végétaux au-dessus des fossés[1]. Sont également construits des abreuvoirs, fosses creusées jusqu’à la nappe phréatique, dont chaque parcelle en marais est équipée (Voir ci-dessous).

Carentan

Le parcellaire en zone de marais. En jaune la limite entre les cantons de Sainte-Mère-Église et de Carentan sur l’ancien chemin Saint-Côme – Brévands. Photo aérienne extraite du site Géoportail.

     La relative richesse amenée par l’élevage a permis d’autre part aux paysans de se construire de grandes fermes en pierre. Les moellons calcaires sont le plus souvent prélevés sur place à Saint-Côme, dans les bancs de roches du Sinémurien. Plusieurs de ces carrières se trouvent d’ailleurs sur le tracé de la déviation de la R.N. 13. Celles-ci sont souvent aménagées ensuite en abreuvoirs, comme dans la ferme des Droueries. C’est à l’occasion du creusement de ces abreuvoirs ou de ces carrières que De Gerville a pu au début du XIXe siècle faire ses découvertes archéologiques.

1.4 La seconde guerre mondiale

1.4.1. Les évènements

     Le 6 juin 1944, tandis que la première armée américaine débarque de part et d’autre de la baie des Veys sur les plages d’Utah et d’Omaha, deux divisions aéroportées atterrissent entre Sainte-Mère-Église et Saint-Côme-du-Mont. Les vallées de la Douve et de la Taute ayant été inondées par les Allemands, certains parachutistes se noient d’ailleurs dans les marais. Un régiment de parachutistes allemand se maintenant autour de Carentan pour empêcher la jonction des deux corps d’armée américains, les combats durent jusqu’au 8 juin à Saint-Côme et au 12 juin à Carentan. Au cours de ces combats fut touché le hameau de la Basse-Addeville, tout proche.

     Plusieurs traces de ces sept jours de combats ont pu être observés sur la colline de Saint-Côme : une grenade américaine, les déchets d’une infirmerie et d’une cuisine près du sommet de la colline autour du carrefour du CD 913 (Route de Sainte-Marie-du-Mont et d’Utah-Beach) ; des fragments d’obus sur le coteau et au début de la zone de marais, illustrant les échanges d’artillerie entre les Américains et les Allemands défendant Carentan ; un masque à gaz allemand complet en bas de la colline ; quelques douilles et étuis.

     Près du sommet de la colline de Saint-Hilaire et de l’actuelle Nationale 13, dans l’emprise de la déviation, les Américains avaient installé un gigantesque hôpital de campagne dont nous avons retrouvé quelques canalisations ; les fondations de ces bâtiments, quant-à-elles, ayant été pour la plupart détruites par les derniers agriculteurs.

[1] Ces structures très visibles sur les photographies aériennes mais peu visibles au sol nous avaient surpris, d’autant qu’elles s’accordaient au parcellaire d’origine antique. C’est en interrogeant les paysans et habitants de la région que nous avons appris leur fonction et leur datation.

Pour en savoir plus :

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Raymond Trencavel, de l’Histoire au mythe (conférence)

 

 Fig4-PeintureAlcanizDetail    Samedi 26 avril 2014 à 14 h 30, l’AEC / René Nelli a le plaisir de vous convier à une table ronde consacrée à Raymond Trencavel, dernier vicomte de Carcassonne, d’Albi et de Béziers. Avec Gauthier Langlois, Bernard Mahoux et Charles Peytavie.

Auditorium de la chapelle des Jésuites, rue des Etudes à Carcassonne.
Entrée libre et gratuite
Une collation et une séance de dédicaces seront proposées à la suite de cette table ronde.

Raymond Trencavel, de l’Histoire au mythe.

     Raimond Trencavel est une figure de l’histoire carcassonnaise, biterroise ou albigeoise. Né vers 1206 Raimond Trencavel est le fils du vicomte Raimond Roger II et d’Agnès de Montpellier. Après le décès de son père en 1209 il est confié au comte Raimond-Roger de Foix, puis après la mort de ce dernier en 1223, de son fils Roger-Bernart. De retour à Carcassonne en 1224, il est contraint de fuir en 1227 et trouve refuge au sud des Pyrénées sur les terres du roi Jaume Ier d’Aragon. En 1240, il tente sans succès de reprendre la Cité. Sept ans plus tard, il fait sa soumission au roi de France et l’accompagne vers la Terre sainte. Il meurt vers 1267.

     A l’occasion de cette table ronde, Gauthier Langlois reviendra sur le parcours du dernier vicomte de Carcassonne et sa participation à plusieurs campagnes militaires. Il nous expliquera pourquoi Raymond Trencavel est représenté sur une peinture murale du début du XIVe siècle conservée au château d’Alcañiz, siège de l’ordre de Calatrava en Aragon. Le romancier Bernard Mahoux, auteur d’une grande saga romanesque consacrée aux Trencavel, nous présentera son nouveau livre, tout juste sorti en librairie, consacré aux vingt premières années de Raymond Trencavel: Le retour du Rebelle. Avec lui, nous parlerons du souvenir laissé par Raymond Trencavel dans la mémoire des pays d’Oc et comment à notre époque un romancier peut s’inspirer de cette grande figure de notre histoire.

MahouxTrencavel     Le livre de Bernard Mahoux, Le dernier rebelle. Tome 1. La bataille de Muret, TDO éditions, 2014, présenté pour la première fois à l’occasion de cette table ronde, sera disponible en librairie fin avril.

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Une nouvelle BD évoquant Carcassonne : Campus stellae

CampusStellae3     Pierre-Roland Saint-Dizier, membre de l’équipe qui a réalisé la bande dessinée Au fil des siècles, Histoire(s) de Carcassonne, vient de publier le troisième tome de sa série Campus stellae, les chemins de Compostelle. Cette série est composée de quatre tomes indépendants, chaque tome ayant pour cadre l’un des quatre grands itinéraires de pèlerinage vers le sanctuaire de l’apôtre Jacques en Galice. Le troisième tome est consacré au chemin d’Arles qui rejoint Toulouse en passant par Saint-Gilles, Saint-Guilhem-le-Désert et Carcassonne.

     En voici le résumé:

TOME 3 : LE PONT DES TROIS DIABLES

     An de grâce 1294. C’est en voulant protéger une jeune fille des mains de son fiancé violent qu’Adeline se retrouve coupable d’un meurtre. Condamnée à fuir, elle part vers Compostelle pour faire pénitence. C’est sans compter les brigands qui sèment la terreur dans les campagnes et sur les chemins. Le mal est-il pourtant là où on l’attend ?

La porte narbonnaise de Carcassonne dessinée par Andrea Mutti. Campus stellae, tome III, détail de la page 20.

La porte narbonnaise de Carcassonne dessinée par Andrea Mutti. Campus stellae, tome III, détail de la page 20.

Carcassonne, une étape du chemin de Saint-Jacques  

   Vous trouverez ici en exclusivité une planche entière et une vignette dont l’action se déroule à Carcassonne. En effet la ville constitue au Moyen Âge l’une des étapes du chemin d’Arles. Dans les actes médiévaux les routes de Bram et de Béziers sont d’ailleurs fréquemment désignées sous le nom de strata publica sancti Jacobi (chemin public de Saint-Jacques). Ce sont d’ailleurs ces chemins de Saint-Jacques qui ont permis la diffusion de la Légende de Dame Carcas dont on trouve des variantes dans un certain nombre de localités du sud de la France et du nord de l’Espagne.

Les auteurs :

   Pierre-Roland Saint-Dizier est le scénariste de plusieurs albums parus aux éditions Grand Sud et aux éditions Glénat. Andrea Mutti est un dessinateur italien. Après avoir commencé sa carrière en Italie et participé à la série populaire Nathan Never, il est publié en France chez de nombreux éditeurs. Il a notamment signé le dessin de Section financière et SAS. Il collabore avec Vertigo et Marvel. Le coloriste Paolo Francescutto est également italien.

 Coédition Glénat & Les Éditions du Patrimoine – Centre des monuments nationaux.

A Carcassonne. Campus stellae, tome II, page 19.

A Carcassonne. Campus stellae, tome II, page 19.

Des dédicaces sont prévues en Languedoc-Roussillon cet été. Vous en serez informé ici.

Pour en savoir plus :

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Mythes et légendes de Carcassonne

     Un dossier spécial "Mythes et légendes" de Carcassonne dans l’édition régionale de l’Express n° 3275, semaine du 9 au 15 avril 2014.

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     Un dossier de 16 pages préparé par Laurane Sirenko avec la participation de Gauthier Langlois pour les mystères de Dame Carcas et l’étrange peinture du donjon, Charles Peytavie pour les légendes autour de l’or des Wisigoths, Fabienne Calvayrac, Dominique Baudreu, Gérard Priot et Martine Groussaud pour la cité de Carcassonne, Alan Roch pour Pipette, le Dieu du stade…

     Disponible dès le mercredi 9 avril dans les maisons de la presse et kiosques de la région.

Au sommaire :

  • Au cœur de l’âme cathare
  • Au delà des remparts. (L’heureuse tragédie de la tour Saint Nazaire, la vierge de la porte narbonnaise, Sacrées tours penchées, des souterrains salvateurs)
  • L’étrange peinture du donjon. (Dans la Cité le château comtal abrita en son sein la célèbre famille Trencavel. Cette dernière est à l’origine d’une gigantesque et mystérieuse peinture murale du XIIe siècle située dans le donjon. Un conte illustré entre quatre murs comme justification du pouvoir…)
  • Les mystères de Dame Carcas.
  • Prédicateurs, saints ou révolutionnaires. (Nostradamus, Saint-Hilaire, la révolutionnaire Jeanne-la-Noire, Saint-Hilaire)
  • Où est passé l’or des Wisigoths. (Est-il au fond du Grand Puits ? Sur la montagne d’Alaric ? A Rennes-le-Château ?)
  • L’abbé, l’église et le magot. (En haut d’une colline de Rennes-le-Château, l’église de l’abbé François Béranger Saunière recèlerait un gigantesque butin).
  • Le Dieu du stade. (Robert Aubert Puig fut l’un des plus grands joueurs de rugby à XIII. Plus connu sous le nom de Pipette, il s’est imposé comme une figure légendaire de l’Ovalie).

Quelques compléments et corrections :

  • p. IV. Le souterrain de la Cité au château de Lastours est bien sûr une légende. On trouvera des compléments sur les souterrains de la Cité sur le site Carcassonne culture et le blog Musique et patrimoine de Carcassonne.
  • p. VI et VIII. Les images sont extraites de deux des huit histoires de la bande dessinée Au fil des siècles, Histoire(s) de Carcassonne.
  • p. IX. Une chanson de geste diffusée dans toute l’Europe. La version musulmane de la Légende de Dame Carcas ne s’inspire de la Chanson d’Antioche que très partiellement. Lui sont empruntés la ville d’Antioche et son prince. Pour l’essentiel cette version reprend des épisodes des chansons de gestes inspirées par les versions chrétiennes de la légende de Dame Carcas. On y retrouve aussi l’une des plus anciennes versions du conte la fille aux mains coupées dont la version la plus célèbre est Peau d’âne.
  • p. XII. Cette double page est inspirée d’un article à paraître de Charles Peytavie.
  • p. XIV. Sur le trésor de Rennes-le-château voir les livres de Jean-Jacques Bedu, Rennes-le-Château, autopsie d’un mythe et Les sources secrètes du Da Vinci code.

Pour en savoir plus sur Dame Carcas et la peinture du château comtal:

 

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Le vicomte de Narbonne, ambassadeur du roi de Majorque auprès du roi du Maroc (1339)

Traité de 1339 entre le roi de Majorque et le sultan du Maroc. Le texte en catalan figure sur la gauche, le texte en arabe sur la droite.

Traité de 1339 entre le roi de Majorque et le sultan du Maroc. Le texte en catalan figure sur la gauche, le texte en arabe sur la droite. Le sceau du vicomte de Narbonne y figure. (Source : La caravane catalane)

     En 1843 Jacques-Joseph Champollion, frère ainé du déchiffreur des hiéroglyphes, publie un extraordinaire document qu’il a repéré à la Bibliothèque nationale dont il est conservateur. Il s’agit d’un traité bilingue signé à Tlemcen entre le vicomte de Narbonne pour le roi de Majorque et le sultan du Maroc. Ce traité reste peu connu en dehors du milieu des historiens. C’est pourtant un précieux témoignage des liens entre le Maghreb et l’Europe au Moyen Âge.  Il m’a donc paru utile d’en publier ici la traduction d’après Champollion accompagnée de quelques commentaires personnels.

     Au début du XIVe siècle le royaume de Majorque, dont la capitale est Perpignan, est une puissance maritime à défaut d’être une puissance continentale. Grâce aux ports de Montpellier, de Majorque et de Canet-en-Roussillon les marchands du royaume commercent avec tout le bassin Méditerranéen et notamment l’Afrique du Nord. Pour cela les rois d’Aragon et de Majorque ont passé depuis la conquête de Majorque par Jacques (ou Jaume)  Ier au XIIIe siècle une série de traité de commerce avec les souverains du Maghreb.

     Dans la première moitié du XIVe siècle Abou al-Hassan Ali, sultan du Maroc de 1331 à 1348, se lance dans une série de conquêtes en Afrique du Nord et en Espagne pour tenter de reconstituer l’empire Almohade. En 1337 le sultan mérinide prend la ville de Tlemcen, alors capitale du royaume des Zianides correspondant à l’actuelle Algérie.

El Mechouar, le palais royal de Tlemcen, a été reconstitué en 2011 d'après le résultats de fouilles archéologiques.

El Mechouar, le palais royal de Tlemcen, a été reconstitué en 2011 d’après le résultat de fouilles archéologiques. (Source : Wikipédia). C’est dans ce cadre que le vicomte de Narbonne a été reçu.

     C’est dans ce contexte que le roi de Majorque éprouve le besoin de renouveler les traités passés aux générations précédentes. L’objectif de Jacques de Majorque est commercial mais aussi militaire et diplomatique. Il s’agit pour le roi de créer une alliance contre son suzerain, son parent et ennemi Pierre IV d’Aragon. A cet effet il dépêche une ambassade auprès du sultan du Maroc. L’ambassade est menée par le vicomte Amalric III de Narbonne († 1341), son cousin et vassal Amalric de Narbonne seigneur de Talairan et deux barons du Roussillon : Dalmau III de Castellnou († 1342), et Hug de Tatzó. Les quatre hommes y signent avec le sultan un traité de paix et de commerce pour dix ans. Le traité, écrit en arabe et en catalan sur la même feuille de parchemin, est scellé au palais royal de Tlemcen en présence du sultan qui y fait apposer son cachet et tracer son élamé, invocation pieuse remplaçant la signature.

Paraphe d'Amalric de Narbonne et sceau d'un des quatre ambassadeurs, probablement celui du vicomte. Sceau à comparer avec celui du grand-père Amalric II, daté de 1309. Dessin de Champollion-Figeac.

Paraphe d’Amalric de Narbonne et sceau d’un des quatre ambassadeurs, probablement celui du vicomte. Sceau à comparer avec celui du grand-père Amalric II, daté de 1309. (Voir ci-dessous). Dessin de Champollion-Figeac.

     Le choix du vicomte de Narbonne et de son frère comme ambassadeurs peut sembler surprenant. En effet ces deux seigneurs ne sont pas des sujets du roi de Majorque. Ils sont cependant voisins du roi et intéressés à plusieurs titres par le traité. À titre familial d’abord. Le vicomte est l’époux de Maria, enfant unique du vicomte Raimon de Canet. Or Canet-en-Roussillon  est le débouché maritime de Perpignan et l’un des principaux ports du Roussillon. Plus encore que Canet, Narbonne est un port dont les marchands commercent avec toute la Méditerranée. Même si la vicomté de Narbonne n’apparaît pas dans le traité, la présence du vicomte et de son parent signifie implicitement que la liberté de commerce et circulation entre le Maroc et le royaume de Majorque s’applique aussi à Narbonne. À moins que le vicomte n’ait négocié un traité similaire avec le sultan du Maroc.

     Un mot sur le dernier ambassadeur. Hug de Tatzó est seigneur de Tatzó-d’Avall, localité qui n’est plus qu’un hameau de la commune d’Argelès-sur-Mer. C’est en 1323 le commandant de la flotte du roi de Majorque lors de la conquête de la Sardaigne par les Catalans.

Sceau d'Amalric II, vicomte de Narbonne, 1309. Amalric II est le grand père d'Amalric III.

Sceau d’Amalric II, vicomte de Narbonne, 1309. Amalric II est le grand père d’Amalric III. (Moulage: Archives de France, Service des Sceaux, D 751.)

Le texte du traité (traduction de la version arabe) :

    Au nom du Dieu clément et miséricordieux, (…) Dieu soit propice à notre seigneur et notre maître Mahomet, ainsi qu’à sa famille, et qu’il leur accorde le salut.

     Savoir faisons à quiconque lira cet écrit noble, ou en entendra parler, que c’est un traité de trêve, d’amitié, d’alliance et de paix ; ce traité a été fait en présence, par ordre et avec la permission de notre maître le sultan, par la grâce de Dieu, émir des musulmans, Abou el-Hassan-Ali, fils de notre maître l’émir des musulmans, Abou-Sayd , fils de notre maître l’émir des musulmans Abou-Youssouf-Yacoub, fils de Abd-Alhacc, que Dieu élève son État comme il a élevé son pouvoir, de concert, avec les commissaires nommés ci-dessous, à savoir, Amalric (Nemalryc), vicomte (biscond) de Narbonne, Amalric de Narbonne, prince de Talairan, Dalmau de Castellnou, et Hug de Tatzó, investis des pleins pouvoirs, et envoyés par le sultan noble, généreux et loyal don Jacques (Djacmé), par la grâce de Dieu sultan de Majorque, comte de Roussillon et de Cerdagne, et seigneur de Montpellier (Monbeschlyer) ; ces commissaires représentaient le sultan de Majorque, en vertu d’un écrit émané de lui et d’un acte de délégation , l’un et l’autre écrits portant l’empreinte d’usage. Le traité a été ratifié par le sultan Abou al-Hassan susnommé, et celui-ci s’est obligé à l’observer comme les députés susnommés se sont obligés au nom de leur sultan susnommé don Jacques : ce traité sera d’obligation pour les États de chacun des deux sultans susnommés, pour ses sujets et pour tout ce qui se trouve sous son autorité, pendant un intervalle de dix années solaires, dont la première commencera au Ier du mois de mai prochain, d’après la date du présent écrit, et aux conditions suivantes.

     Les voyageurs pourront aller et venir des États de chacune des deux parties dans les États de l’autre, chargés de toute sorte d’objets, et garantis en leur personne, dans leurs biens, dans leurs navires et dans tout ce qui les intéresse, et cela par terre et par mer, dans les ports et ailleurs. Aucun homme de l’un des côtés ne pourra nuire aux hommes de l’autre, ni les inquiéter, soit à l’arrivée soit au départ.

     Si un navire de l’un des deux États, de quelque espèce qu’il soit, fait naufrage, ou s’il est entraîné, soit par le vent soit par la mer, sur les côtes de l’autre État, il y aura sûreté complète pour le navire, pour l’équipage, et pour les richesses, les marchandises et les approvisionnements qui se trouvent sur le navire. Tout cela sera remis au propriétaire, et on ne retiendra rien de ce qui lui appartient.

     Les chrétiens des États de don Jacques ne pourront emporter des pays musulmans sus-indiqués, ni blé, ni armes, ni chevaux, ni peaux salées et tannées, provenant soit de vaches soit de chèvres. Mais toutes les autres marchandises seront à la libre disposition des chrétiens, sous réserve toutefois des usages précédents, tels que péages convenables et droits établis, et cela pour toute l’étendue des États de notre maître le sultan Abou al-Hassan, conformément à ce qui s’y est observé dans les temps passés. Aucune des marchandises exportées ne sera passible d’une augmentation de droits, et les chrétiens n’auront rien à donner de plus que ce qu’autorisent les usages.

     De part et d’autre, ou veillera à ce que ce traité n’éprouve pas de violation, ni qu’on ne s’éloigne d’aucune de ses dispositions, comme de donner lieu à quelque désordre dans les ports, de faire peur aux voyageurs, ou de se permettre un dégât quelconque. Si quelqu’un se porte à un acte de ce genre, son souverain fera faire les poursuites nécessaires, et obligera le coupable à réparer le mal qu’il a fait, et à rendre ce qu’il a pris. De plus, le coupable recevra sur sa personne la peine qui aura été déterminée, et ce châtiment, qui servira de leçon aux autres, les empêchera de faire du mal et de nuire.  De part et d’autre, les magistrats des pays de côtes apporteront une attention extrême à ce traité, et ils veilleront à son exécution. Le traité sera notifié des deux côtés, de manière à recevoir sa plus grande publicité; en sorte que, par un effet de la puissance du Dieu très-haut, les dispositions en soient parfaitement connues et observées.

     En foi de quoi notre maître le sultan Abou al-Hassan a écrit son paraphe ordinaire, et a ordonné d’apposer son cachet. De leur côté, les députés et plénipotentiaires chrétiens susnommés ont apposé leurs sceaux, et ceux d’entre eux qui savaient écrire, ont écrit leurs noms. Tout cela a été conclu le jour du jeudi, 5 du mois de Shawwal de l’année 739, correspondant au 15 du mois d’avril, style étranger, de l’année 1339. Écrit à la date ci-dessus.

Pour en savoir plus :

  • Champollion-Figeac (Jacques-Joseph), « Chartes inédites de la Bibliothèque Royale en dialecte catalan ou en arabe contenant des traités de paix et commerce… conclus en 1270, 1278, 1312, 1339 », Documents historiques inédits tirés des collections manuscrites de la bibliothèque royale…, t. II, Paris : Firmin Didot, 1843.
  • Henri Bresc, Yūsuf Rāġib, Le sultan mérinide Abū l-Ḥasan ʻAlī et Jacques III de Majorque : du traité de paix au pacte secret. Institut français d’archéologie orientale, 2011 – 136 p.  [Je n'ai pas mis à profit ce livre pour cet article, ne l'ayant pas encore lu.]
  • On trouvera sur l’excellent site Méditerranées d’Agnès et Robert Vinas des informations sur le royaume de Majorque ainsi qu’une petite biographie de Pedro de Portugal, dont la vie est un autre exemple des relations entre Maghreb et Europe. Avant de faire carrière auprès du roi d’Aragon, Pedro de Portugal est le chef de  la milice chrétienne du sultan de Marrakech.
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Pour le classement de la légende de Dame Carcas au patrimoine de l’Humanité

     J’avais évoqué l’année dernière dans l’article intitulé Quelques réflexions pour le projet grand site de Carcassonne la possibilité de classer la Légende de Dame Carcas au patrimoine culturel immatériel de l’Humanité de l’UNESCO. Les élections municipales sont l’occasion de revenir sur ce sujet à destination des élus et citoyens de Carcassonne.

Un mythe fondateur de Carcassonne toujours vivant

Carnaval : le mariage de Dòna Carcàs et de Loís Bastida, 11 mars 2000, sur la place Carnot (photo : Michel Sawas, Le Magazine du Carcassonnais et de l’Ouest audois, n° 16, mars 2010).

Carnaval : le mariage de Dòna Carcàs et de Loís Bastida, 11 mars 2000, sur la place Carnot (photo : Michel Sawas, Le Magazine du Carcassonnais et de l’Ouest audois, n° 16, mars 2010).

     La Légende Dame Carcas évoque les origines de la ville de Carcassonne. Elle dérive d’une ou plusieurs chansons de gestes disparues centrées sur le siège de Carcassonne par Charlemagne et ses compagnons Olivier et Roland. La fresque conservée dans le château comtal de Carcassonne en est une représentation. De ces chansons de gestes disparues il ne reste plus que des fragments ou des allusions, notamment dans la Chanson de Roland, et diverses versions issues de tradition orale et mises par écrit à partir du XVIe siècle.

     C’est au XVIe siècle justement, sans doute à l’occasion du passage de la reine de Navarre Marguerite d’Angoulême en 1538, qu’est réalisé le buste qui orne la porte de la Cité et qui est devenu l’emblème de la ville. Depuis cette époque les représentations de la Légende et de son héroïne se sont multipliées sous toutes les formes: poupées, cartes postales, tableaux, pièces de théâtre, carnaval… La Légende, toujours vivante, fait régulièrement l’objet de nombreuses usages actuels : politique, identitaires, récréatifs…

Dame Carcas

     Célèbre dans toute l’Europe et même l’Afrique du Nord depuis le Moyen Âge, la Légende de Dame Carcas a fait l’objet de nombreuses adaptations locales, principalement dans les villes situées sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle telles que les Baux-de-Provence, Narbonne, Lourdes dans le sud de la France, Monsato au Portugal.

Un patrimoine immatériel de l’Humanité

     L’originalité, la richesse et le caractère vivant de la Légende peut permettre de monter un dossier de classement de la Légende au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de L’UNESCO. Selon l’UNESCO ce patrimoine comprend « les traditions ou les expressions vivantes héritées de nos ancêtres et transmises à nos descendants, comme les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, rituels et événements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ou les connaissances et le savoir-faire nécessaires à l’artisanat traditionnel ». Les représentations de la Légende, notamment la fête de Dame Carcas, les récits fait par des conteurs, son utilisation identitaire et sociale répondent parfaitement à la définition de l’UNESCO.

     La légende satisfait en outre aux quatre principaux critères de classement : ses caractères « traditionnel, contemporain et vivant à la fois » ; « inclusif :  des expressions de notre patrimoine culturel immatériel peuvent être similaires à celles pratiquées par d’autres ; « représentatif » et « fondé sur les communautés ».

     Sur ces critères ont notamment été inscrits sur la liste du patrimoine immatériel les Géants et dragons processionnels de Belgique et de France.  Cet ensemble comprend en particulier les légendes et traditions autour de la Tarasque de Tarascon en Provence.

     Pour mieux réussir la demande de classement pourrait se faire autour d’un réseau de lieux partageant le même thème et des traditions similaires, à l’instar de l’exemple des Géants et Dragons :

  • Légendes et traditions autour de l’épopée carolingienne. Ce réseau pourrait regrouper de très nombreuses localités d’Europe occidentale. Il convient donc de restreindre le champ géographique ou thématique. On peut centrer sur les seules traditions  liées à la Reconquista, ce qui permettrait d’y inclure les nombreuses fêtes espagnoles et pyrénéennes de Christianos i moros  dont beaucoup s’inspirent de la chanson de geste Fierabras, elle même inspirée par la légende du siège de Carcassonne. On peut aussi centrer sur les seules légendes et traditions languedociennes. avec, dans l’Aude Carcassonne, Narbonne, Trèbes, Capendu, Barbaira, Lagrasse…, dans l’Hérault Saint-Guilhem-le-Désert et Béziers etc.
carte de localisation des récits et légendes du "stratagème du cochon"

Carte de localisation des récits et légendes du "stratagème du cochon"

  • Légendes et traditions de villes et châteaux assiégées. Le thème fédérateur est constitué par les stratagèmes employés par Dame Carcas comme l’emploi de mannequins pour faire croire à une armée nombreuse ou l’envoi de nourriture à l’ennemi pour faire croire que la ville est bien ravitaillée. Ce thème pourrait regrouper jusqu’à une cinquantaine de villes et châteaux du bassin méditerranéen. Parmi ceux-ci on pourrait sélectionner les lieux qui possèdent encore une tradition vivante et/ou qui font intervenir une héroïne féminine.
Carte de localisation des légendes de siège avec une héroïne. Une répartition méridionale

Carte de localisation des légendes de siège avec une héroïne. Une répartition méridionale

Intérêt culturel et économique du classement

     Le classement est un moyen de mobiliser les acteurs institutionnels, économiques, associatifs autour d’un projet commun. Sur le plan scientifique et culturel il s’agit de poursuivre l’inventaire des traditions orales et écrites, de les comparer, de les valoriser. Sur le plan économique le classement permet un surcroit de notoriété et une valorisation économique des produits et services en rapport avec la Légende.

Moyens

     La publication de mon étude Dame Carcas, une légende épique occitane, serait l’un des moyens de contribuer au dossier de demande de classement. La demande doit être pilotée par la ville de Carcassonne en partenariat avec d’autres villes et acteurs. Et en attendant le résultat des élections municipales, je vous invite à voter pour ou contre ce projet de classement. Vos voix permettrons d’interpeller plus efficacement les élus sur ce sujet. Vos commentaires seront également les bienvenus.

Pour en savoir plus :

 

 

 

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