La fusion du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées. Mobilisation des Occitans et des Catalans sur le choix du nom et de l’emblème

      Depuis la publication, en juin 2014, de mon article La fusion du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées. Quel nom, quelle capitale et quel emblème pour cette région ? un certain nombre d’articles, rendant compte de la position d’élus ou de citoyens occitans et catalans, ont été publiés dans la presse sur le même sujet. Cet article rend compte de cette actualité.

Le logo de la future région ?

Le logo de la future région vu par les occitanistes ? (Image réalisée en remplaçant le nom Midi-Pyrénées par le nom Languedoc sur le logo de la région Midi-Pyrénées)

Chez les Occitans, un consensus autour du nom Languedoc et de la croix occitane ?

     Christian Bourquin, président de la région Languedoc-Roussillon récemment décédé, était un farouche opposant à la fusion de sa région avec Midi-Pyrénées. En revanche, son collègue Martin Malvy, à la tête de Midi-Pyrénées, milite pour le rapprochement des deux régions. En témoigne un intéressant dossier publié dans le numéro d’automne 2014 du magazine Midi-Pyrénées info, publié par le Conseil régional. Ce magazine suggère notamment de conserver la croix de Toulouse ou croix occitane comme emblème de la future région.

     A l’initiative de l’Association occitaniste Pais Nostre s’est tenu le 27 septembre à Narbonne un colloque intitulé « l’Occitanie à l’heure de la réforme territoriale » (Voir l’Indépendant du 10 octobre 2014. Il réunissait des spécialistes comme l’historien Rémy Pech, et des élus des deux régions et de plusieurs tendances politiques comme les maires de Toulouse, Montpellier et Narbonne. Les intervenants, tous acquis au principe de fusion des deux régions, se sont prononcés pour nommer la future région « Languedoc ».

La Senyera ou drapeau catalan (Source : Wikipédia)

La Senyera ou drapeau catalan (Source : Wikipédia)

Chez les Catalans, mobilisation pour le maintient de l’identité catalane

     En réaction, des catalans des Pyrénées-Orientales se mobilisent pour le maintient de l’identité catalane dans le nom de la future région. Le site de l’Association catalaniste Olivier propose depuis le 9 octobre un sondage sur ce sujet. En moins de deux jours plus de 21 000 personnes s’y seraient déjà exprimées, preuve du grand intérêt que portent les habitants à leur identité (1). Selon les chiffres publiés par le site « Languedoc-Pays-Catalans » remporte plus de la moitié des suffrages, suivi par « Languedoc-Catalogne » (14%). Les autres propositions : « Pyrénées-Languedoc-Roussillon », « Pyrénées-Méditerranée », « Languedoc-Méditerranée » et « Midi-Méditerranée » ne semblent rencontrer qu’une minorité de suffrages. Dommage que le choix soit orienté, notamment en ne proposant pas aux internautes la proposition « Languedoc ».

     On notera dans ce sondage que la très grande majorité de ceux qui se prononcent pour une identité catalane, préfèrent l’expression « Pays-Catalans » ou « Catalogne » à « Roussillon ». Il est vrai que les deux premières expressions renvoient à une identité linguistique et culturelle partagée avec le sud des Pyrénées, ce qui donne plus de poids aux Catalans. Alors que le nom Roussillon n’évoque qu’une province d’ancien régime et un comté médiéval dont le territoire ne correspondait qu’à une partie des Pyrénées-Orientales.

     On notera aussi dans des commentaires postés sur le site de l’Indépendant que certains internautes évoquent ouvertement la possibilité d’un rattachement des Pyrénées-Orientales à la Catalogne espagnole. L’annonce faite unilatéralement par le président de la generalitat de Catalunya d’un référendum sur l’indépendance de la Catalogne espagnole a certainement contribué à susciter des espoirs d’une réunification du Nord et du Sud de la Catalogne.

     Ces débats ne sont pas sans évoquer ceux suscités par l’initiative de Georges Frèche, alors président de la région Languedoc-Roussillon, de rebaptiser la région de Septimanie. Débats que j’avais évoqués dans l’article sur les emblèmes de la région.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone. A noter que les pals catalans sont ici à droite (à sénestre ne héraldique) dans une position qui rappelle la situation géographique par rapport à la France. Pour des raisons graphiques les mêmes pals sont à gauche dans le logo.

Blason du Languedoc-Roussillon associant les armes des comtes de Toulouse et des comtes de Barcelone.

Une conciliation possible ?

     Si le choix d’un emblème reprenant les ceux des Catalans et des Occitans ne pose pas de problèmes (voir ci-dessus), le choix du nom est beaucoup plus polémique. Les Catalans se sentent à juste titre lésés par la dénomination « Languedoc ». Mais les Gascons peuvent en dire autant. Et que dire de tous ceux qui ne se sentent ni occitan, ni catalan ? Faut-il préférer une dénomination plus neutre empruntée à la géographique physique telle que Midi, Méditerranée ou Pyrénées ? C’est la solution qui avait été choisie lors de la création des départements en 1790. Pour ne pas rappeler l’ancien régime et couper court aux débats identitaires, les députés avaient décidé de baptiser les départements de noms empruntés à des cours d’eau ou à des montagnes. Quelle que soit la solution retenue n’oublions pas que l’essentiel est de vivre ensemble.

(1) J’emploie le conditionnel car ce type de sondage réalisé sur Internet est très facile à falsifier. Un même utilisateur peut voter de nombreuses fois grâce à des techniques très simples.

Pour en savoir plus :

Publié dans Géographie, Réflexions | Marqué avec , , , | Un commentaire

Les auteurs des BD L’Aude dans l’Histoire et Histoire(s) de Carcassonne au salon de Fabrègues

AFFICHE A3 JETEZ l'ENCRE 2014     Depuis seize ans la commune de Fabrègues, (située au sud de Montpellier), accueille un sympathique festival de BD animé par l’association Jetez l’encre et sa présidente Emmanuelle Grimaud. Près de 50 auteurs sont attendus pour le 16e festival qui se déroulera les samedi 6 et dimanche 7 septembre 2014 dans le cadre très agréable du Domaine du Golf.

Aude dans l'histoire, couverture

 Parmi les invités on notera la présence de plusieurs dessinateurs et scénaristes de BD inspirés par l’Histoire dont Didier Convard (Les Cathares, le Triangle secret…), Christian Gine (Les boucliers de Mars…), Chantale Chaillet (Vasco, les Boucliers de Mars), Patrick Jusseaume… Mais tous les genres sont représentés : manga, policier, fantastique…

    Vous pourrez aussi rencontrer Claude Pelet, dessinateur de l’Aude dans l’Histoire et du Destin des Algo-Berang (une uchronie se déroulant au XIXe siècle), qui a également achevé le tome II de la série Sasmira. Une exposition des planches de cet album est visible à la mairie de Fabrègues.

CarcassonneCouvPetite     Seront également présents deux des dessinateurs de la BD  Histoire(s) de Carcassonne : Yves Renda et Weissengel. Je serai à leurs côtés pour dédicacer également cette B.D. ainsi que l’Aude dans l’Histoire.

     N’hésitez à venir à Fabrègues, Vous ne serez pas déçu.

     Programme complet sur 16e festival Jetez l’encre. Fabrègues se situe à 1 h30 de Carcassonne et 1 h de Narbonne par l’autoroute. (Sortie Sète puis direction Montpellier par la nationale.)

Voici quelques photos prises lors du salon.

Gauthier Langlois et Claude Pelet montrant une dédicace de l'Aude dans l'Histoire. Photo : Catherine Vuillet, 7/9/2014

Gauthier Langlois et Claude Pelet montrant une dédicace de l’Aude dans l’Histoire. Photo : Catherine Vuillet, 7/9/2014

Claude Pelet dessinant une dédicace de l'Aude dans l'Histoire. Photo : Catherine Vuillet, 7/9/2014

Claude Pelet dessinant une dédicace de l’Aude dans l’Histoire. Photo : Catherine Vuillet, 7/9/2014

Publié dans Bande dessinée, Dédicace | Marqué avec , , , , | Un commentaire

Dame Carcas et la Cité de Carcassonne sur France 2

Face sud de la Cité - septembre 2011

Face sud de la Cité – septembre 2011

La cité de Carcassonne, monument préféré des Français en Languedoc-Roussillon et peut-être en France ?

La Cité de Carcassonne et la légende de Dame Carcas sur France 2
le 25 août 2014 à 17 heures

     Le 25 août 2014 à 17 heures a été diffusée sur France 2 la première des vingt émissions de la série Le monument préféré des Français 2014, présentée par Stéphane BERN, Philippe GLOAGEN, directeur du «Guide du Routard», Sophie JOVILLARD, animatrice et globe-trotter, et Jean-Paul OLLIVIER, journaliste spécialiste du patrimoine au Tour de France. Cette émission présentera 120 monuments pour lesquels les internautes ont voté en juin. Chaque émission d’une durée de 50 minutes est consacrée à une région. A l’issue de chaque émission un seul monument est retenu et représentera sa région lors d’une émission en début de soirée à l’occasion des journées du patrimoine (20-21 septembre).

     C’est le Languedoc-Roussillon qui a eu l’honneur d’inaugurer cette nouvelle émission. Six monuments étaient en compétition. Dans l’ordre des faveurs du public : la Cité de Carcassonne, le Pont du Gard, les arênes de Nîmes, les écluses de Fonserannes sur le Canal du Midi, l’abbaye Saint-Martin-du-Canigou et les Remparts d’Aigues-Mortes. Si la Cité de Carcassonne l’a emporté cela tient à plusieurs raisons. D’abord à la richesse de son patrimoine et de son histoire  : c’est des six monuments celui qui est le plus ancien, le plus étendu. L’Histoire de la Cité de Carcassonne se déroule sur plus de vingt-sept siècles. Ensuite grâce aux travaux des nombreux archéologues, historiens, érudits et associations qui font des recherches sur cette ville et contribuent à faire connaître son patrimoine et son histoire. C’est dû encore aux efforts des institutions telle que le Centre des Monuments nationaux, gestionnaire du château et des remparts, la Ville, gestionnaire du reste de l’espace publique, et de l’Agence de développement touristique de l’Aude. Cette réussite est due enfin à la mobilisation de nombreux carcassonnais à travers les journaux locaux, les blogs et pages Facebook sur le patrimoine Carcassonnais et leurs animateurs. (Retrouvez-les dans la rubrique liens de ce blog).

     Quelques mots sur le tournage. Sept minutes consacrées à un site tel que Carcassonne, cela peut paraître peu mais cela a mobilisé pourtant une équipe de deux personnes pendant plusieurs jours au mois de juin.  Personnellement j’ai passé un après midi avec l’équipe Élodie Galinier-Teisseire, qui avait été choisie comme fil conducteur. Pour les deux plans filmés à la porte Narbonnaise, nous avons recommencé un grand nombre de fois, notamment à cause du passage de touristes dans le champ de la caméra. De nombreux plans ont été filmés pour que les monteurs puissent choisir les meilleurs. Certaines séquences n’ont pas été retenues, faute de place, notamment celle tournée dans les lices au pied des tours penchées, selon la légende, pour saluer Charlemagne. Bref c’est beaucoup de temps et de travail pour tout le monde.

     Un mot sur les intervenants. Comme déjà dit, Élodie Galinier-Teisseire, gérante du restaurant Le jardin de la Tour, a été choisie comme fil directeur car c’est l’une des dernières habitantes de la Cité. N’hésitez pas à lui rendre visite. Son restaurant, où l’on est bien accueilli et l’où on mange bien, est un véritable musée d’arts et traditions populaire. Il offre de plus un point de vue intéressant sur le château comtal. J’ai été retenu comme historien, spécialiste de la Légende de Dame Carcas. La guide-Conférencière Anne Cathala, présente le Château comtal et notamment la fresque du XIIe siècle qui représente, selon mes travaux, la légende du siège de Carcassonne dont la légende de Dame Carcas est un épisode. N’hésitez pas à faire une visite-conférence au château : votre guide vous fera découvrir des lieux forts intéressants qui ne sont pas ouverts à la visite libre.  Dans le reportage Hadrien Pujol, directeur de l’hôtel de la Cité, présente le livre d’or de ce prestigieux hôtel. N’hésitez pas non plus à rentrer dans cet hôtel, construit en style néogothique au début du XXe siècle. Vous pouvez venir prendre un verre dans la magnifique bibliothèque que l’on voit dans le reportage, ou manger à Midi à un prix très raisonnable pour un restaurant étoilé au Guide Michelin fréquenté par les célébrités. La distillerie Cabanel, allées d’Iéna dans la ville Basse, vaut aussi une visite.

     Mais il y a beaucoup d’autres lieux et personnes à visiter à la Cité et en ville Basse. Ce reportage ne donne qu’un petit aperçu des richesses de la ville. Une émission plus développée serait souhaitable. Quant à l’Histoire de la Ville (et notamment celle du château, de la fresque, de Dame Carcas), je vous renvoie à la Bande dessinée collective Histoire(s) de Carcassonne : 32 pages de BD dessinées par des auteurs de la région, 8 pages d’explications historiques rédigées par des historiens.

     Souhaitons que la Cité Carcassonne, déjà retenue pour l’émission finale, soit le monument préféré des Français. Dans ce cas l’émission serait tournée en direct de la Cité. Souhaitons enfin que cela contribue à faire classer la légende de Dame Carcas au patrimoine immatériel de l’humanité, un projet qui m’est cher.

A lire en complément de l'émission

A lire en complément de l’émission

Pour en savoir plus :

Publié dans Publications, Uncategorized | Marqué avec , | 3 commentaires

Arnaut de Carcassés, troubadour des Corbières et la Nouvelle du Perroquet

L’Association des amis d’Aguilar a le plaisir de vous inviter à la conférence publique de Gauthier Langlois : « Arnaut de Carcassés, troubadour des Corbières et la Nouvelle du Perroquet », le samedi 30 août à 21 heures dans la cour de l’école de Tuchan.

Paredal du XIIIe siècle conservé au Musée Languedocien à Montpellier. Photo : D.R.)

Paredal du XIIIe siècle conservé au Musée Languedocien à Montpellier. Photo : D.R.)

     La Nouvelle du perroquet est considérée, depuis les travaux de René Nelli, comme l’une des plus belles œuvres de la poésie occitane. En voici l’histoire : Une dame, enfermée dans le jardin d’un château par un mari jaloux, reçoit la visite d’un perroquet. Ce perroquet séduit la dame pour le compte de son maître, le chevalier Antiphanor, puis organise la rencontre des deux amants grâce à une ruse. Cette histoire, originale par son thème et sa narration, est l’un des premiers exemples de la littérature romanesque occitane. Pourtant, l’auteur de la Nouvelle, Arnaut de Carcassés, restait jusqu’alors un inconnu. Grâce à de nouvelles découvertes, Gauthier Langlois précisera les origines et le milieu social de ce troubadour audois. Il évoquera aussi le thème dont Arnaut de Carcassés se fait le chantre : celui de l’adultère dans la société médiévale occitane.

Pour en savoir plus :

  • LANGLOIS (Gauthier). – « Note sur les origines du troubadour Arnaut de Carcassés », Revue des langues romanes, tome CXII-1, 2008, p. 89-99.
  • Le blog de l’Association des amis d’Aguilar.
Publié dans Conférence | Marqué avec , , , , | Laisser un commentaire

Carcassonne (Bastide). Le rempart médiéval recoupé par une tranchée

Plan de Carcassonne en 1787 (Source : B.n.F. Gallica).  On repère facilement les fortifications de la ville basse qui ont conservées en cette fin du XVIIIe siècle leur aspect du XVIe siècle.

Plan de Carcassonne en 1787 (Source : B.n.F. Gallica). On repère facilement les fortifications de la ville basse qui ont conservées en cette fin du XVIIIe siècle leur aspect du XVIe siècle.

     La ville Basse de Carcassonne, créée dans la seconde moitié du XIIIe siècle pour remplacer les bourgs fortifiés qui entouraient la Cité, n’était pas pourvue à l’origine de remparts. C’est pourquoi, en 1355, le Prince Noir la prend sans difficulté avant de l’incendier. De cet incendie subsiste une épaisse couche de cendres et de terre rubéfiée, que l’on rencontre régulièrement en réalisant des travaux souterrains. Après l’incendie la ville basse (ou Bastide) est reconstruite sur le même plan, mais sur une surface réduite par souci d’économie et pour tenir compte du dépeuplement. Et surtout elle est pourvue de murs en pierre, de tours et de fossés pour faire face à de nouvelles attaques. L’ensemble forme un hexagone limité par des boulevards et un rempart, renforcé au XVIe siècle par des bastions.

Détail du plan de 1787. En haut (n° 29) le bastion Saint-Martial dont l'emplacement est actuellement occupé par le collège Le Bastion. En bas à droite, en rouge, l'église Saint-Vincent. Plan à comparer avec la photographie aérienne ci-dessous.

Détail du plan de 1787. En haut (n° 29) le bastion Saint-Martial dont l’emplacement est actuellement occupé par le collège Le Bastion. En bas à droite, en rouge, l’église Saint-Vincent. Plan à comparer avec la photographie aérienne ci-dessous.

Sur cette photographie aérienne de l'IGN publiée sur le Géoportail j'ai figuré par un trait vert les parties du rempart médiéval conservées et visibles, en rouges les parties détruites ou non visibles, par un point rouge le lieu de la découverte. Le trait bleu indique les parties du bastion Saint-Martial (XVIe siècle) conservées et visibles dans le collège du Bastion.

Sur cette photographie aérienne de l’IGN publiée sur le Géoportail j’ai figuré par un trait vert les parties du rempart médiéval conservées et visibles, en rouges les parties détruites ou non visibles, par un point rouge le lieu de la découverte. Le trait bleu indique les parties du bastion Saint-Martial (XVIe siècle) conservées et visibles dans le collège du Bastion.

     Au XIXe siècle la plus grande partie des fortifications médiévales et modernes sont détruites pour ouvrir la ville. C’est ainsi que le rempart est détruit pour prolonger les rues Jules Sauzède et de la Liberté, et les faire déboucher sur les boulevards. C’est cette portion qui vient d’être redécouverte par une tranchée lors de travaux de rénovation du réseau de gaz.

rempart médiéval

     Voici ce qu’on pouvait voir le 17 juillet 2014 à l’angle des rues Jules Sauzède et de la Liberté. L’état de la tranchée ne permet pas une lecture facile des vestiges existants sur la photo ci-dessus. Néanmoins on aperçoit au centre un gros mur, orienté à environ 45 ° par rapport à trame des rues. On en voit une élévation de l’ordre de 1 m qui affleure sous le trottoir, et une épaisseur de l’ordre de 1,50 m. Une tranchée comblée (sans doute la tranchée de fondation) est visible en coupe, côté intérieur du rempart du rempart, c’est-à-dire à gauche sur la photo.

     C’est peu spectaculaire mais l’amicale laïque de Carcassonne, chargée par la municipalité des interventions archéologiques sur la ville, a été prévenue par mes soins et devrait intervenir. Les archéologues de cette association dirigée par Marie-Élise Gardel feront sans doute d’autres constatations.

Pour en savoir plus :

Publié dans Article d'histoire | Marqué avec , , | 2 commentaires

Carcassonne, Dame Carcas et Viollet-le-Duc vus par des peintres naïfs

 

 Souvenir de notre voyage de noce. Clémence et Henri Rousseau. (Le voyage de noce imaginaire du douanier Rousseau et de son épouse Clémence à Carcassonne par Marie Saleun). Huile sur toile de 55 x 46 cm, 2014.

« Souvenir de notre voyage de noce. Clémence et Henri Rousseau ». (Le voyage de noce imaginaire du douanier Rousseau et de son épouse Clémence à Carcassonne par Marie Saleun). Huile sur toile de 55 x 46 cm, 2014.

 

     Vendredi 20 juin 2014 a été inauguré à Carcassonne, en présence du maire adjoint à la culture Jean-Louis Bes, de Martine Clouet, présidente du groupe des naïfs et de plusieurs personnalités de la culture et de la politique de la ville, le festival international d’art naïf.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

     Le Groupe des primitifs modernes dit « naïfs » est une association loi de 1901 fondée en 1989 par un collectif de peintres. Il réunit vingt-huit artistes venus de France, Belgique, Espagne, Italie, Serbie, Brésil et États-Unis, présents à l’inauguration ou représentés par leurs œuvres.

     Ce groupe s’incrit dans la lignée du mouvement naïf caractérisé à la fin du XIXe siècle et dont le représentant le plus connu est le douanier Rousseau. C’est pourquoi dans l’exposition se retrouvent plusieurs hommages à Henri Rousseau, dont deux œuvres de carcassonnaises : le tableau de Marie SALEUN ci-dessus et un autre réalisé par Andrée HUC.

Un paysage russe sous la neige vu par Catherine MUSNIER

Un paysage russe sous la neige vu par Catherine MUSNIER

     Le thème de ce salon est un hommage à Viollet-le-Duc. Tous les artistes ont donc réalisé une œuvre inspirée par la Cité de Carcassonne ; par Dame Carcas, héroïne et allégorie de la ville ; ou encore par Eugène Viollet-le-Duc,  le restaurateur de la Cité. Mais des œuvres sans rapport avec Carcassonne sont aussi exposées comme celle de Catherine MUNIER ci-dessus.

     Les œuvres exposées forment un ensemble très réussi. On retrouve dans les peintures exposées les principales caractéristiques de l’art naïf : des sujets populaires tels que des scènes de vie urbaine ou campagnarde, des animaux, le caractère généralement joyeux des représentations, l’emploi de couleurs vives, la minutie des détails… Voyons maintenant un petit aperçu des œuvres inspirées par Carcassonne.

Scènes populaires contemporaines

Sous la neige, dans les fossés du château comtal. Tableau de Bernadette BROUZES-BAILLY

Sous la neige, dans les fossés du château comtal. Tableau de Bernadette BROUZES-BAILLY

     Certains artistes ont choisi d’illustrer des scènes populaires contemporaines, vues avec un œil parfois ethnographique comme ces enfants qui jouent sous la neige dans les fossés du châteaux comtal représentés par Bernadette BROUZES-BAILLY. (Ci-dessus) ou

 Le petit square face au château comtal vu par Andrée HUC.

Le petit square face au château comtal vu par Andrée HUC.

     La carcassonnaise Andrée HUC (ci-dessus et ci-dessous) s’est attachée à représenter quelques scènes de la vie quotidienne mettant en scène des touristes : enfants jouant avec des épées et boucliers en plastiques achetés dans les boutiques de souvenirs pour touristes, couple se faisant photographier sur le pont vieux, touriste au sac-à-dos recherchant son chemin…

Le pont vieux vu par Andrée HUC.

Le pont vieux vu par Andrée HUC.

Élisabeth DAVY-BOUTTIER

Élisabeth DAVY-BOUTTIER

     Martine CLOUET a choisi de peindre une scène de vie paisible sur les bords de l’Aude (ci-dessous). Les costumes des personnages comme leurs activités (pêche, peinture, ballon, vélo…) pourraient situer la scène vers 1900, au temps du douanier Rousseau. Seul le casque du cycliste inscrit très discrètement la scène dans la réalité du XXIe siècle. L’auteure semble établir un pont entre l’âge d’or de la Belle époque et du mouvement naïf et notre époque, comme si la société n’avait pas changée en un siècle.

Les bords de l'Aude vus par Martine CLOUET.

Les bords de l’Aude vus par Martine CLOUET.

     On retrouve le même aspect intemporel et le même paysage dans le tableau ci-dessous du yougoslave Mile DAVIDOVIC.

Un clair de lune sur les berges de l'Aude vu par Mile DAVIDOVIC

Un clair de lune sur les berges de l’Aude vu par Mile DAVIDOVIC

Scènes de la vie campagnarde autrefois

     D’autres artistes ont choisi de reconstituer ou d’imaginer des scènes de la vie autour de 1900. Comme Martine CLOUET et Mile DAVIDOVIC, Tito LUCAVECHE a choisi de représenter les bords de l’Aude, dans une scène joyeuse ou des enfants se baignent, jouent… Giuliano ZOPPI a choisi, comme Bernadette BROUZES-BAILLY, de peindre une scène de vie sous la neige face au château comtal.

Scène de baignade sur les bords de l'Aude vue par Tito LUCAVECHE.

Scène de baignade sur les bords de l’Aude vue par Tito LUCAVECHE.

     Mais le thème favori des artistes est une scène de la vie campagnarde d’autrefois avec la cité en arrière-plan. Thérèse COUSTRY et Maria-Cristina  HAIZE peignent les moissons; Mady de la GIRAUDIÈRE, Alain DONNAT, Christian LLOVERAS, Maria-Cristina  HAIZE et Amalia FERNANDEZ de CORDOBA peignent les vendanges;  Mady de la GIRAUDIÈRE et Paméla AMATHIEU peignent un paysage enneigé…

Scène de moissons par Thérèse COUSTRY.

Scène de moissons par Thérèse COUSTRY.

L'automne vu par Mady de la GIRAUDIÈRE.

L’automne vu par Mady de la GIRAUDIÈRE.

L'hiver vu par Mady de la GIRAUDIÈRE.

L’hiver vu par Mady de la GIRAUDIÈRE.

Scène de vendange par Alain DONNAT.

Scène de vendange par Alain DONNAT.

Scène de vendanges par Christian LLOVERAS.

Scène de vendanges par Christian LLOVERAS.

Le tour de l’âne

Le tour de l'âne par Nini CAVIN.

Le tour de l’âne par Nini CAVIN.

     Le sujet de Nini CAVIN est particulièrement original puisqu’elle représente s’agit une coutume carcassonnaise remontant au Moyen Âge et pratiquée jusqu’au début du XXIe siècle. le tour de l’âne avait lieu le 28 juillet, jour de la fête votive de Saint-Nazaire, l’un des patrons de la Cité. Ce jour là le dernier marié de l’année, le «cap de jovent» (en occitan le chef de la jeunesse), parcourait les rues de la Cité juché sur un âne en provoquant l’hilarité par ses attitudes burlesques. Vêtu d’un costume noir et coiffé d’un gibus, arborant une paire de cornes au bout desquelles pendaient de phalliques légumes, il essuyait les cris des jeunes – «Sias soiol, paure ome» (tu es cocu, pauvre homme) – et les femmes embrassaient les cornes. La raréfaction des habitants de la Cité a mis fin à cette coutume en 2010.

Bateaux et aéronefs

     Amalia FERNANDEZ de CORDOBA a choisi également un sujet original mais sans doute imaginaire puisque la présence de dirigeables à Carcassonne vers 1900 n’est pas attestée. Michel NAZE a peint également un aéronef, mais dans une représentation fantastique : une citée médiévale en forme de bateau flottant dans le ciel. Élisabeth DEPUISET transforme la cité en un port où figure au milieu une sorte d’arche de Noé transportant la cathédrale Notre-Dame et des girafes.

Dirigeable au dessus de la Cité par Amalia FERNANDEZ de CORDOBA.

Dirigeable au dessus de la Cité par Amalia FERNANDEZ de CORDOBA.

 

Dame Carcas

    La figure légendaire de Dame Carcas se prête particulièrement à l’art naïf. C’est pourquoi quatre artistes, ont choisi ce thème. Dame Carcas est un personnage qui a déjà beaucoup inspiré les artistes et les illustrateurs depuis le XIXe siècle. Elle est généralement représentée en train de lancer le cochon au dessus des remparts. S’éloignant des représentations traditionnelles, les artistes du groupe des naïfs ont choisi des compositions beaucoup plus originales, insistant sur le caractère maternel ou érotique de l’héroïne.

     Valéry QUITARD qui signe ses toiles sous le pseudonyme de Vécu, a imaginé une Dame Carcas aux grands yeux à la façon des mangas japonais, tenant dans ses bras, un cochonnet à la manière d’un enfant. La scène se situe porte d’Aude sous la neige.

Dame Carcas vue par VECU

Dame Carcas vue par VECU

     Dans une toile finalement non retenu pour le salon mais qu’on y trouvera en carte postale (voir ci-après), Marie SALEUN figure Dame Carcas dans la même attitude. L’héroïne qui reprend les traits de la statue de la porte Narbonnaise, donne la tété à son cochonnet emmailloté comme un enfant. Dans le même tableau Dame Carcas figure aussi dans une montgolfière dominant la ville, comme un « deus ex machina » des représentations théâtrales de l’époque classique. Elle est peinte toute nue, bras-dessus bras-dessous avec un homme dévêtu à la barbe blanche. S’agit-il de Viollet-le-Duc, de Charlemagne, d’Adam ou d’une représentation de Dieu ? Dame Carcas apparaît donc dans ce tableau comme une Eve, à la fois épouse de l’homme qui domine la Cité et mère des citadins, symbolisés par le cochonnet.

     Marie SALEUN est l’auteur d’un autre tableau, exposé, celui-ci, où Dame Carcas est entourée de soleils. (Non publié ici.).

Dame Carcas par Jean-Jacques MANGIN

Dame Carcas par Jean-Jacques MANGIN

     Jean-Jacques MANGIN a choisi de représenter un autre épisode de la légende, celui où Dame Carcas sonne pour rappeler l’empereur. Ici l’héroïne ne sonne pas du cor ou des cloches comme dans les représentations traditionnelles, mais une sorte de trompe.  Comme dans le tableau de Carina BARONE ci-dessous, le caractère érotique de l’héroïne, qui n’est que sous entendu dans la légende, est affirmé par un vêtement transparent qui laisse voir les seins et le buste de la jeune femme.

Dame Carcas par Carina BARONE.

Dame Carcas par Carina BARONE.

     Dans le tableau de Carina BARONE Dame Carcas apparaît dans une position très libérée voire érotique, en compagnie de deux de ses attributs : l’instrument de musique et le cochon. Le cochonnet est ici un petit animal de compagnie tenu en laisse, l’instrument un saxophone, soulignant la modernité de l’héroïne malgré ses douze siècles.

Viollet-le-Duc

     La figure du restaurateur de la Cité, qui constituait pourtant le thème du salon et de nombreuses commémorations en France et à Carcassonne, a finalement inspiré peu d’artistes. Alain DONNAT peint Viollet-le-Duc en architecte en compagnie de ses plans et relevés.

Viollet-le-Duc par Alain DONNAT.

Viollet-le-Duc par Alain DONNAT.

     Marie SALEUN, dans son tableau non exposé où figure Dame Carcas, l’a représenté dans une composition très originale où sont rassemblés devant la porte Narbonnaise une série de personnalités dont les élus de la ville. (Le tableau ayant été peint avant mars 2014, on y voit les élus de l’ancienne municipalité, dont Jean-Claude Perez , Tamara Rivel et Alain Tarlier. Est-ce la raison pour laquelle ce tableau a été écarté de la sélection ?).

"Silence on tourne" par Marie SALEUN

« Silence on tourne » par Marie SALEUN

Animaux  

   Toujours sur Carcassonne, voici quelques autres tableaux où les hommes ont laissé leur place à des chats et des chiens, indifférents à l’architecture de la Cité pour Bernard VERCRUYCE ou Marie AMALIA, ou au contraire fascinés par le feu d’artifice nocturne pour Monique VALDENEIGE.

Bernard VERCRUYCE

Bernard VERCRUYCE

Feu d'artifice sur la Cité par Monique VALDENEIGE

Feu d’artifice sur la Cité par Monique VALDENEIGE

Ce diaporama nécessite JavaScript.

     Cet article ne donne qu’un petit aperçu de la richesse et la diversité des œuvres exposées et la photographie a du mal à restituer fidèlement les couleurs. Je vous invite donc à découvrir par vous même cette exposition.

L’exposition est ouverte du 20 juin au 10 juillet 2014 tous les jours de 15 h à 20 h à la salle Joë Bousquet (ancienne mairie), au 32 rue Aimé Ramond à Carcassonne.

     A défaut de catalogue, qui aurait été le bienvenu, on trouvera sur place des reproductions en carte postale de quelques tableaux.

     Merci à tous les artistes pour leur créativité et pour cette magnifique exposition.

Pour en savoir plus :

Publié dans Histoire de l'art | Marqué avec , , , | 11 commentaires

Dédicace de la BD Histoire(s) de Carcassonne

     Dimanche 22 juin 2014 deux auteurs de la BD Histoire(s) de Carcassonne seront en séance de dédicace à la Cité de Carcassonne.A3_BD_Carcassonne_signature_auteurs_gs

  • Fabienne CALVAYRAC, qui raconte dans cette BD le sauvetage de la Cité à l’initiative de l’archéologue carcassonnais Jean-Pierre Cros-Mayrevieille et ses relations avec l’architecte Eugène Viollet-le-Duc.
  • Gauthier LANGLOIS qui évoque dans cette BD  la légende de Dame Carcas racontée par un troubadour à la cour des Trencavel au XIIe siècle; et la réalisation de la statue de Dame Carcas devant la porte Narbonnaise à l’occasion de la visite de la reine de Navarre en 1538.

     Ces auteurs dédicacerons également quelques unes de leurs autres publications dont Les mots du Moyen Âge (F. Calvayrac), la BD L’Aude dans l’Histoire (G. Langlois) ainsi que le bulletin 2013 de la Société d’études scientifiques de l’Aude dans lequel sont notamment publiés un article sur la prison de l’Inquisition de Carcassonne et un sur les petits monastères des Corbières.

     Cette dédicace se déroulera à la boutique Pennavayre, place du château (devant l’entrée du château comtal) de 14 h à 18 h.

     Si vous ne pouvez être présent n’hésitez pas à commander une dédicace auprès de la boutique Pennavayre. Vous récupérerez votre BD dédicacée à votre prochain passage. Plus de précisions sur la page Histoire(s) de Carcassonne de ce blog.

Publié dans Dédicace | Marqué avec , , , | 3 commentaires