Benoît de Termes, évêque cathare du Razès

Le catharisme dans le Razès

      Au milieu du XIIe siècle apparaissent dans le sud de la France et en Europe des communautés chrétiennes dont les membres s’appellent eux-mêmes vrai chrétien ou bon homme. Leurs opposants les désignent dans le sud de la France sous le nom d’ariens et en Allemagne sous le nom de cathares, terme utilisé aujourd’hui par les historiens. Ces communautés contestent l’interprétation que fait l’Église catholique des écritures saintes. En particulier la parole de Jésus : « Mon royaume n’est pas de ce monde » signifie pour eux que la Terre est une création du diable. La véritable création divine est le paradis. L’âme, prisonnière sur la Terre d’une tunique de chair, ne peut se libérer et atteindre le paradis qu’en étant baptisée et en menant une vie détachée des tentations malines. A défaut l’âme du mourant se réincarne dans un autre être vivant.

Itinéraire de Benoît de Termes entre 1207 et 1230. Carte : Gauthier Langlois, 27/08/2001

Itinéraire de Benoît de Termes en Razès et Carcassès entre 1207 et 1230. Carte : Gauthier Langlois, 27/08/2001 (Cliquer sur l’image pour l’agrandir)

     Les bons hommes ou bonnes femmes, appelés parfaits par l’Église catholique, sont ceux qui ont reçu le consolament, l’unique sacrement cathare, tenant lieu de baptême, d’ordination et d’extrême onction. Ce sacrement les engage à respecter une règle de vie proche de celle des moines, où les relations sexuelles et la consommation de viande sont prohibées. En revanche, les simples croyants ne sont soumis qu’à quelques rites comme celui de l’adoration des parfaits. Ils demandent à recevoir le consolament à la fin de leur vie.

     Sur le modèle des églises chrétiennes primitives les cathares se sont dotés d’une hiérarchie comprenant des évêques, des diacres et de simples parfaits dont la mission est de prêcher et d’administrer le consolament. Les parfaits vivent de leur propre travail et d’aumônes. Leur vie exemplaire qui contraste avec le relâchement d’une partie du clergé catholique les rend très populaires. Ils sont particulièrement bien accueillis dans l’aristocratie locale, notamment à Termes avant la croisade.

     Fautes de sources, l’implantation du catharisme en Razès est mal connue. Elle semble plus faible qu’en Lauragais, sauf peut-être dans la haute vallée de l’Aude. Malgré la répression qui s’abat sur les parfaits avec la croisade albigeoise, le catharisme continue un temps à se développer au point de nécessiter la création de l’évêché de Razès.

Benoît de Termes, évêque cathare du Razès

     Issu d’une puissante famille aristocratique, probablement lettré et savant, Benoît de Termes fut sans doute l’un des cadres les plus influents du catharisme occitan. Et c’est à ce titre qu’il fut l’un des quatre représentants des églises cathares qui tinrent tête au futur saint Dominique puis qu’il devint évêque. Mais sa vie comporte beaucoup d’incertitudes.

Cette miniature représente le miracle de du feu. Saint Dominique à droite fait face aux champions de des églises cathares du Toulousain et du Carcassès parmi lesquels se trouvaient Benoît de Termes. Les deux parties ont jeté au feu leur écrits. Le feu épargne le manuscrit du prédicateur catholique. (Psautierlivre d’heure franciscain de la seconde moitié du XIIIe siècle. Bibl. de l’Arsenal, Paris, ms. 280, f° 31.)

     La miniature ci-dessus représente le miracle du feu en 1207. Saint Dominique à gauche avec une auréole fait face aux champions des églises cathares du Toulousain et du Carcassès parmi lesquels se trouvaient Benoît de Termes. Les deux parties ont jeté au feu leur écrits. Le feu épargne le manuscrit du prédicateur catholique. (Psautier livre d’heure franciscain de la seconde moitié du XIIIe siècle. Bibl. de l’Arsenal, Paris, ms. 280, f° 31.)

     Benoît apparait dans l’Histoire en 1207 avec la dispute théologique qui oppose, à Montréal et Fanjeaux, les champions des églises cathares aux prédicateurs catholiques. Il est alors probablement diacre du Razès et fils mineur de l’évêque de Carcassonne, c’est-à-dire le troisième personnage dans la hiérarchie cathare du Carcassès. Il a donc déjà une longue carrière religieuse derrière lui.

     Sur ses origines et sa jeunesse nous ne pouvons faire que des suppositions. Benoît est probablement né avant 1160 dans la famille de Termes qui contrôle alors la plus grande partie du Razès oriental. Au siècle précédant un seigneur de Termes avait confié au monastère de Lagrasse l’un de ses cadets, nommé Benoît, pour qu’il devienne moine. Et c’est peut-être de cette manière, comme beaucoup de cadets de l’aristocratie, que Benoît entame une carrière religieuse. Son prénom, Benoît, le prédestinait à faire carrière dans l’ordre bénédictin. Mais vers 1175-1180 les seigneurs de Termes amorcent un long conflit avec Lagrasse, allant jusqu’à enlever et rançonner l’abbé de ce monastère. Leur anticléricalisme et leur mépris des excommunications fulminées contre eux par l’Église catholique semble indiquer qu’ils ont dès cette époque adhéré en famille au catharisme. Benoît est-il à l’origine de la conversion de sa famille ? Nous ne pouvons répondre. Mais il n’est certainement pas étranger à la diffusion du catharisme dans les Corbières. Il pouvait s’appuyer sur le réseau de relations des seigneurs de Termes, réseau qui s’étendait jusqu’au Lauragais, au Minervois et au Roussillon. De même l’esprit d’indépendance et l’influence de la famille de Termes ont certainement joué dans la création de l’évêché du Razès et la nomination de Benoît à sa tête.

     C’est à Pieusse, en 1226, que Benoît est ordonné évêque par Guilhabert de Castres, évêque des Toulousains. Peut-être résidait-il dans ce village, dans la maison de parfait qui y est signalée. La proximité de Limoux, centre de gravité du Razès dont le vicomte Trencavel avait fait un pôle de résistance contre l’Église catholique et le roi a sans doute fait de Pieusse le siège de l’Église du Razès. Pour peu de temps cependant. Car l’année suivante, la reprise de l’offensive royale force les résistants à se replier sur Couiza. Benoît y console le chevalier Raimond de Roquefeuil, blessé pendant les combats, en présence des seigneurs de Niort et de Montréal. La soumission des principaux résistants, dont celle d’Olivier seigneur de Termes en novembre 1228, contraint à nouveau Benoît à se replier plus au sud. Il trouve refuge dans le Fenouillèdes, sous la protection de Chabert de Barbaira. Ce chevalier, farouche défenseur des hérétiques, a sans doute accueilli l’évêque du Razès dans son château de Quéribus. C’est en tout cas là que Benoît est signalé pour la dernière fois. Un croyant originaire du Lauragais qui dépose devant l’Inquisition, affirme lui avoir vendu un pâté de poisson vers 1230. Benoît, très âgé, meurt sans doute peu après car son fils mineur, Raimond Agulher, est signalé comme évêque du Razès en 1233. Ce dernier se réfugie à Montségur et avec lui disparaît l’évêché cathare du Razès. Les derniers parfaits et croyants cathares du Razès sont condamnés par l’Inquisition dans la première moitié du XIVe siècle.

Pour en savoir plus :

  • Ce texte est extrait de Poudou (Francis), Langlois (Gauthier), (dir.). – Communauté de Communes du massif de Mouthoumet : Albières, Auriac, Bouisse, Davejean, Dernacueillette, Félines-Termenès, Lairière, Lanet, Laroque-de-Fa, Massac, Montjoi, Mouthoumet, Salza, Soulatgé, Termes, Vignevieille, Villerouge-Termenès. Narbonne : Association Ciném’Aude – Vilatges al país, 2010, p. 44-45.
  • La biographie la plus développée de Benoît de Termes figure dans Langlois (Gauthier), Olivier de Termes, le cathare et le croisé, éditions Privat, 2001.
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