Qui étaient les cagots ?

     Les cagots ou crestias qui vivaient en Gascogne et au Pays Basque séparés du reste de la population étaient probablement des descendants de lépreux.

     L’origine des cagots, appelés crestias au Moyen Âge est restée longtemps mystérieuse. On a supposé tour à tour qu’ils descendaient de wisigoths, de sarrasins, d’hispaniques, de gitans, de juifs, ou de cathares mis à l’écart par la société. En réalité il semble bien que la plupart des cagots descendent de lépreux (la lèpre n’étant pas héréditaire) auxquels ont pu s’ajouter d’autres exclus de la société : vagabonds, gitans… En revanche il reste à expliquer pourquoi, alors que la lèpre était répandue dans toute l’Europe, ce phénomène de ségrégation n’a concerné que la Gascogne, la Navarre et le Pays Basque.

 Parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare. Miniature datée de 1295. (Source : Paris, Bibl. Mazarine, ms. 0870 f. 000A-191, f. 179.) A droite, Lazare vient mendier auprès du mauvais riche. Il tient une cliquette,  instrument formé de plusieurs lames de bois réunies sur un manche, produisant un son sec lorsqu'on les agite. Les lépreux devaient en effet agiter une cliquette pour signaler leur présence. Le visage et les jambes de Lazare sont couverts d'ulcères, signes de la lèpre. Malgré l'image favorable dont ils bénéficient dans les Évangiles, les lépreux sont mis à l'écart de la société chrétienne.


Parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare. Miniature datée de 1295. (Source : Paris, Bibl. Mazarine, ms. 0870 f. 000A-191, f. 179.) A droite, Lazare vient mendier auprès du mauvais riche. Il tient une cliquette, instrument formé de plusieurs lames de bois réunies sur un manche, produisant un son sec lorsqu’on les agite. Les lépreux devaient en effet agiter une cliquette pour signaler leur présence. Le visage et les jambes de Lazare sont couverts d’ulcères, signes de la lèpre.
Malgré l’image favorable dont ils bénéficient dans les Évangiles, les lépreux sont mis à l’écart de la société chrétienne.

     Sous le mot crestian (pluriel crestias) qui signifie chrétien en gascon, on désigne au Moyen Âge un lépreux, sans doute parce qu’il est béni de Dieu comme Lazare dans la Bible. Dès l’an mil une charte béarnaise mentionne un crestian. Dans un acte concernant la fondation de la Bastide de Barran en 1278, le terme crestianie apparaît comme synonyme de léproserie pour désigner le lieu habité par les crestias. Les statuts énoncés lors du concile d’Auch en 1290 nous renseignent sur la mise à l’écart des lépreux justifiée par la peur de la contagion : « Les lépreux sont tenus de porter un insigne, sur la partie supérieure du vêtement, lorsqu’ils rentrent dans les villes et villages. Il leur est interdit de fréquenter foires et marchés sous peine de cinq sous d’amende. Les lépreux doivent vivre à part des fidèles sains et ne doivent entrer ni dans les tavernes, ni dans les églises, marchés ou boucheries. Ils ne doivent pas être ensevelis avec les autres. Qu’ils ne portent pas d’étoffes vergées, ni des bonnets de couleur, ni des cheveux longs… ».

     Les crestias sont donc des lépreux ou des descendants de lépreux qui habitent dans des hameaux à l’écart des villages ou des villes, appelés crestianies puis à partir du XVIe siècle cagoteries. Ces hameaux possèdent leur propre point d’eau, leur cimetière, et pour les communautés les plus importantes leur propre église comme Sainte Catherine de Vic-Fezensac ou Saint-Nicolas de Graves à Bordeaux. Ailleurs ils assistent aux offices relégués à l’extérieur ou rentrent par une porte qui leur est réservée et possèdent leur propre bénitier. Ne pouvant se marier qu’entre eux, les crestias vont chercher leur conjoint dans une communauté assez éloignée. En dehors de cette ségrégation, la vie des crestias ne diffère guère de celle de leurs concitoyens.

     La plupart des crestias sont spécialisés dans les métiers du bois car on croit alors que le bois ne peut transmettre la lèpre et car la plupart des autres métiers leur sont interdits. Les crestias sont réputés pour leur habilité comme charpentier, menuisier, tonnelier, charron ou fabricant de bateaux. Ainsi, en 1379, Gaston Fébus, comte de Foix et vicomte de Béarn passe contrat avec 88 crestias de diverses localités du Béarn pour réaliser la charpente du château de Montaner en construction. Mais on rencontre aussi des maçons, des médecins comme Jean de Mailloc qui possède en 1472 un petit établissement thermal à Cauteret etc.

     Souvent victimes du mépris et de la peur des autres, les crestias vont chercher à sortir de leur condition. Dès 1425 le comte d’Armagnac tente de protéger les crestias de Lectoure victimes de tracasseries des consuls de la cité. Du XVe au XVIIIe siècle les autorités civiles ou religieuses supérieures s’efforcent de faire cesser cette ségrégation, mais les mentalités villageoises changent lentement et les derniers cagots ne sont intégrés à la société qu’à la fin du XIXe siècle.

Pour en savoir plus :

Cet article a été rédigé en 1998 pour un ouvrage inachevé, 99 réponses sur la société médiévale occitane, qui devait être édité par le C.R.D.P. Languedoc-Roussillon et le Centre d’études cathares. Sources :

  • BÉRIAC (Françoise). – Des lépreux aux cagots, Bordeaux, 1990.
  • LOUBÈS (Gilbert). – L’énigme des cagots, histoire d’une exclusion, Editions Sud-Ouest, 1995, 189 p.
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